{"id":8005,"date":"2014-10-21T20:31:37","date_gmt":"2014-10-21T18:31:37","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jean-tirole-un-nobel-d-economie8005\/"},"modified":"2014-10-21T20:31:37","modified_gmt":"2014-10-21T18:31:37","slug":"jean-tirole-un-nobel-d-economie8005","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8005","title":{"rendered":"Jean Tirole, un &#8220;Nobel&#8221; d\u2019\u00e9conomie normal"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Consacr\u00e9 par le prestigieux prix su\u00e9dois, l\u2019\u00e9conomiste Jean Tirole affirme la sup\u00e9riorit\u00e9 du march\u00e9. Tour d\u2019horizon des implications \u00e9conomiques et sociales de ses principaux travaux.<\/p>\n<p>L\u2019attribution du prix &#8220;Nobel&#8221; d\u2019\u00e9conomie au Fran\u00e7ais Jean Tirole est l\u00e9gitime si l\u2019on consid\u00e8re la qualit\u00e9 de ses travaux tr\u00e8s largement reconnue par ses pairs et le fait qu\u2019ils s\u2019inscrivent dans le courant dominant de la &#8220;science \u00e9conomique&#8221;, r\u00e9compens\u00e9e quasi syst\u00e9matiquement par ce prix. Les jur\u00e9s de la Banque de Su\u00e8de confortent ainsi, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, le statut de &#8220;conseil scientifique&#8221; de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste de cette science et de ses repr\u00e9sentants les plus \u00e9minents.<\/p>\n<p>Comme les travaux de Jean Tirole couvrent une large palette de domaines, avec le plus souvent des implications politiques et sociales importantes, un tour d\u2019horizon n\u2019est pas inutile.<\/p>\n<p><strong><em>\u00c9conomiste inclassable ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>Le Monde<\/em> a <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2014\/10\/15\/jean-tirole-un-economiste-inclassable_4506519_3234.html\">pr\u00e9sent\u00e9 Jean Tirole comme un \u00e9conomiste inclassable<\/a>. C\u2019est aller vite en besogne. Certes Jean Tirole n\u2019est pas un ultra lib\u00e9ral adepte du laisser-faire absolu et de la d\u00e9r\u00e9glementation syst\u00e9matique. Les r\u00e9gulations, dit-il, sont n\u00e9cessaires pour pallier certaines d\u00e9faillances du march\u00e9 et r\u00e9tablir une responsabilisation des acteurs \u00e9conomiques. Mais il s\u2019inscrit n\u00e9anmoins totalement dans le courant de l\u2019\u00e9conomie dite n\u00e9oclassique, qui, <a href=\"http:\/\/alternatives-economiques.fr\/blogs\/gadrey\/2014\/10\/14\/la-legitime-recompense-de-jean-tirole\/\">ainsi que le rappelle l\u2019\u00e9conomiste Jean Gadrey<\/a><em> \u00ab affirme la sup\u00e9riorit\u00e9 du march\u00e9 pourvu qu\u2019il soit conforme aux mod\u00e8les \u00e9conomiques, sur toutes les autres institutions de l\u2019\u00e9conomie \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Plus concr\u00e8tement, voil\u00e0 ce que cela donne sur quelques dossiers cl\u00e9s de notre \u00e9poque. <\/p>\n<p><strong><em>La r\u00e9forme du march\u00e9 du travail<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Arr\u00eatons-nous d\u2019abord et plus longuement sur celui qui fait le plus l\u2019actualit\u00e9 et que Jean Tirole classe en premier parmi les priorit\u00e9s de r\u00e9formes pour la France : l\u2019indemnisation du ch\u00f4mage et le march\u00e9 du travail. <\/p>\n<p><em>\u00ab Le march\u00e9 de l\u2019emploi fran\u00e7ais est assez catastrophique \u00bb, <\/em> <a href=\"http:\/\/www.franceinter.fr\/emission-on-narrete-pas-leco-linvite-jean-tirole-prix-nobel-deconomie-2014\">a expliqu\u00e9 il y a quelques jours le nouveau laur\u00e9at<\/a>, remettant \u00e0 cette occasion sur le tapis <a href=\"www.cae-eco.fr\/IMG\/pdf\/044.pdf\">des propositions qu\u2019il avait faites en 2003<\/a> avec son coll\u00e8gue Olivier Blanchard \u2013 devenu depuis \u00e9conomiste en chef du FMI. Il s\u2019agirait, d\u2019une part, de supprimer CDD et CDI et de cr\u00e9er un contrat de travail unique donnant acc\u00e8s \u00e0 des droits d\u2019indemnisation ch\u00f4mage modulables selon l\u2019anciennet\u00e9 et l\u2019exp\u00e9rience des salari\u00e9s. D\u2019autre part, de supprimer les cotisations sociales ch\u00f4mage (pay\u00e9es actuellement par les salari\u00e9s et les employeurs) pour les remplacer par une taxe modulable en fonction du comportement plus ou moins licencieur des entreprises. Enfin, le recours \u00e0 des proc\u00e9dures judiciaires (les prudhommes) serait strictement limit\u00e9 et une agence ind\u00e9pendante de l\u2019\u00c9tat g\u00e8rerait ce syst\u00e8me d\u2019indemnisation. <\/p>\n<p>Le march\u00e9 de l\u2019emploi serait donc un march\u00e9 comme les autres. Ce qui compte pour son fonctionnement optimal serait que les acteurs de ce march\u00e9 (les patrons et les employ\u00e9s) re\u00e7oivent les incitations ad\u00e9quates pour se comporter de fa\u00e7on responsable. La main invisible du march\u00e9 pourvoyant \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est-\u00e0-dire au meilleur niveau et \u00e0 la meilleure protection de l\u2019emploi possible, compte tenu de la situation des autres march\u00e9s. Ce que l\u2019\u00e9conomiste Jacques Freyssinet commentait en 2003 de la fa\u00e7on suivante : <em>\u00ab On pourrait craindre que le message adress\u00e9 par le rapport aux pouvoirs publics ne soit caricatur\u00e9 ainsi : d\u00e8s lors que les pr\u00e9l\u00e8vements et les prestations sont correctement calcul\u00e9s, laissez les employeurs seuls juges de la d\u00e9cision de licencier. Pour l\u2019essentiel, la protection de l\u2019emploi passe par des instruments qui infl\u00e9chissent le calcul de rentabilit\u00e9 de l\u2019entreprise&#8230; \u00bb <\/em> <\/p>\n<p>Attention ! Si elles sont appliqu\u00e9es dans leur ensemble ces propositions ne produiraient sans doute pas que des effets n\u00e9gatifs. <a href=\"www.cgt.fr\/IMG\/pdf\/DP_12_03_2014_COG.pdf\">La CGT propose par exemple<\/a>, elle aussi, une modulation du taux de cotisation des entreprises pour le financement de la s\u00e9curit\u00e9 sociale (et pas seulement des cotisations pour la branche ch\u00f4mage) en fonction de la gestion de l\u2019emploi. Mais ce n\u2019est \u00e9videmment pas une r\u00e9forme suffisante. Elle n\u2019est, elle-m\u00eame, pas sans risque d\u2019effet pervers, comme de p\u00e9naliser les entreprises de secteurs en difficult\u00e9. D\u2019o\u00f9 des propositions compl\u00e9mentaires de la CGT en faveur de taux diff\u00e9renci\u00e9s en fonction du secteur d\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Mais, surtout, il n\u2019est pas exact que le march\u00e9 du travail soit le probl\u00e8me principal pour combattre le ch\u00f4mage. Comme l\u2019a expliqu\u00e9, il y a un peu moins d\u2019un an, <a href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/le-marche-du-travail-n-est-pas-le-probleme_fr_art_1266_66216.html\">l\u2019\u00e9conomiste Michel Aglietta<\/a> :<em> \u00ab Il n&#8217;existe pas de march\u00e9 o\u00f9 l&#8217;offre des capacit\u00e9s de travail et la demande de travail par les employeurs s&#8217;\u00e9quilibrent. \u00bb<\/em> [[En effet, explique-t-il, <em>\u00ab La demande de travail est d\u00e9termin\u00e9e par l&#8217;anticipation de la rentabilit\u00e9 que les entreprises retirent de l&#8217;usage des forces de travail, laquelle d\u00e9pend au premier chef des d\u00e9bouch\u00e9s anticip\u00e9s des entreprises. Le ch\u00f4mage involontaire est donc la cons\u00e9quence d&#8217;une demande agr\u00e9g\u00e9e insuffisante. Une diminution des salaires peut aggraver la situation de l&#8217;emploi si l&#8217;effet n\u00e9gatif de la baisse de la demande sur le march\u00e9 des produits, due \u00e0 la baisse des revenus, l&#8217;emporte sur l&#8217;effet positif de la baisse du co\u00fbt salarial pour les entreprises. \u00bb<\/em>] L\u2019emploi fait bien davantage les frais de la financiarisation de l&#8217;\u00e9conomie et de la mainmise des actionnaires sur les entreprises que du dualisme entre CDD et CDI. <\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019une bonne r\u00e9gulation du march\u00e9 de l\u2019emploi par des incitations pesant sur les co\u00fbts des acteurs individuels (salari\u00e9s et entreprises) pour les inciter \u00e0 des bons comportements est largement illusoire. La responsabilit\u00e9 des entreprises, souligne Jacques Freyssinet, doit \u00eatre <em>\u00ab moins une responsabilit\u00e9 \u00e0 payer qu\u2019une responsabilit\u00e9 \u00e0 faire. La protection de l\u2019emploi est un objet de rapport collectifs et donc de conflits et de n\u00e9gociation \u00bb<\/em>. Au-del\u00e0 des r\u00e9f\u00e9rences de principe au mod\u00e8le social de l\u2019Europe du Nord, les r\u00e9formes du march\u00e9 de l\u2019emploi pr\u00e9conis\u00e9es par Jean Tirole ne sont pas de nature \u00e0 faire progresser la s\u00e9curisation des parcours professionnels et la mise en \u0153uvre d\u2019un droit social \u00e0 l\u2019emploi et \u00e0 la formation. <\/p>\n<p><strong><em>Des le\u00e7ons de la crise et de la r\u00e9gulation de la finance&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>\u00c9videmment, le m\u00eame probl\u00e8me de fond se pose en ce qui concerne l\u2019analyse de la crise et la r\u00e9gulation de la finance. <a href=\"http:\/\/idei.fr\/doc\/wp\/2008\/notes-j.tirole-1-12-08.pdf\">Pour Jean Tirole<\/a>, la responsabilit\u00e9 principale de la crise qui \u00e9clate en 2007\/2008 incombe aux r\u00e9gulateurs et aux pouvoirs publics, et notamment aux banques centrales qui ont accabl\u00e9 le march\u00e9 de liquidit\u00e9s trop abondantes, envoyant ainsi de mauvais signaux aux banques et aux investisseurs. Jean Tirole se situe ici dans le droit fil des \u00e9conomistes lib\u00e9raux comme Friedrich Hayek, qui expliquait d\u00e9j\u00e0 la crise de 1929 par les exc\u00e8s de liquidit\u00e9s et des facilit\u00e9s de cr\u00e9dit des banques, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de John Maynard Keynes qui soulignait au contraire l\u2019instabilit\u00e9 fondamentale des march\u00e9s financiers. <\/p>\n<p>Et dans le contexte de la crise actuelle, on retrouve un m\u00eame clivage entre les analyses de Jean Tirole et celles <a href=\"www.cepremap.fr\/depot\/opus\/OPUS16.pdf\">d\u2019\u00e9conomistes comme Andr\u00e9 Orlean<\/a> qui centre le tir sur l\u2019instabilit\u00e9 de la finance de march\u00e9. Sur la base de son analyse, les pr\u00e9conisations de Jean Tirole pour une meilleure r\u00e9gulation resteront plus que limit\u00e9es. Il r\u00e9clame certes que l\u2019on incite<em> \u00ab les institutions financi\u00e8res r\u00e9gul\u00e9es \u00e0 s&#8217;orienter vers les march\u00e9s organis\u00e9s, en leur demandant plus de fonds propres quand elles vont sur les march\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 \u00bb<\/em>. Mais il met surtout l\u2018accent sur une meilleure supervision des banques et il se f\u00e9licite notamment que dans le cadre de l\u2019union bancaire europ\u00e9enne, elle soit confi\u00e9e \u00e0 la BCE et non plus \u00e0 des autorit\u00e9s nationales. Selon lui, c\u2019est le gage d\u2019une plus grande ind\u00e9pendance du superviseur vis-\u00e0-vis des banques supervis\u00e9es. Outre que la d\u00e9monstration n\u2019en est pas encore faite, cela laisse de c\u00f4t\u00e9 des probl\u00e8mes cl\u00e9s, tels que <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/dominique-plihon-les-reformes,7703\">les enjeux de s\u00e9paration bancaire<\/a>, de s\u00e9lectivit\u00e9 de la politique du cr\u00e9dit ou de surveillance macro\u00e9conomique des march\u00e9s et pas simplement de r\u00e9glementation et de supervision micro \u00e9conomique des acteurs financiers. <\/p>\n<p><strong><em>\u2026 \u00e0 la crise de l\u2019euro&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>L\u2019objectif essentiel, selon lui, est de parvenir \u00e0 mieux mesurer les d\u00e9ficits publics et \u00e0 mieux les contr\u00f4ler. Le plus important, a-t-il affirm\u00e9, serait de <em>\u00ab r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une structure externe et ind\u00e9pendante pour que les \u00c9tats appliquent les r\u00e8gles fiscales \u00bb<\/em>. C\u2019\u00e9tait en 2011. Depuis, le Pacte de stabilit\u00e9 a constitu\u00e9 une grande avanc\u00e9e dans cette direction avec la cons\u00e9quence \u00e9vidente d\u2019aggraver la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 politique des institutions europ\u00e9enne, sans r\u00e9soudre le moins du monde la crise \u00e9conomique et sociale de la zone euro. Au-del\u00e0 de ce cas, Il faut observer que le gouvernement des experts \u00e0 la place des citoyens est chez Jean Tirole un tropisme assez g\u00e9n\u00e9ral, au nom de leur comp\u00e9tence et de leur ind\u00e9pendance suppos\u00e9es. <em>\u00ab Les d\u00e9cideurs non soumis \u00e0 la sanction \u00e9lectorale ont plus de marges de man\u0153uvre pour juger des questions aussi complexes que l&#8217;\u00e9nergie ou les taux d&#8217;int\u00e9r\u00eats \u00bb<\/em>, explique-t-il dans un point de vue publi\u00e9 par le journal <em>Le Monde<\/em> en janvier 2007. Bonjour la d\u00e9mocratie !<\/p>\n<p><strong><em>\u2026 en passant par la politique du climat &#8230;<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>On ne s\u2019\u00e9tonnera pas qu\u2019une fois de plus Jean Tirole privil\u00e9gie l\u00e0 aussi les incitations sur le march\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.cae-eco.fr\/Politique-climatique-une-nouvelle-architecture-internationale.html\">dans un rapport sur la politique climatique<\/a> pour le Conseil d\u2019analyse \u00e9conomique publi\u00e9 en 2009. Sans surprise, <em>\u00ab il s\u2019y prononce contre les normes techniques impos\u00e9es (par exemple par secteurs) et les r\u00e9gulations non marchandes contraignantes \u00bb,<\/em> analyse Jean Gadrey et <em>\u00ab il pr\u00e9conise non pas des taxes, mais un &#8220;march\u00e9 unique&#8221; \u00e0 prix international unique du carbone, fond\u00e9 de pr\u00e9f\u00e9rence sur une mise aux ench\u00e8res des &#8220;droits \u00e0 polluer&#8221; (avec la possibilit\u00e9 que les pays pauvres ou \u00e9mergents soient alors favoris\u00e9s) \u00bb.<\/em> Selon Jean Tirole, les normes sectorielles se heurteraient  \u00e0 l\u2019action de lobbies industriels puissants. Pour Jean Gadrey, cet argument ne peut \u00eatre s\u00e9rieusement retenu,<em> \u00ab comme si ces m\u00eames lobbies n\u2019\u00e9taient pas capables, on l\u2019a vu en Europe, de provoquer l\u2019effondrement, avec la complicit\u00e9 des politiques, d\u2019un march\u00e9 du carbone devenu sans effet \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><strong><em>\u2026 et les industries de r\u00e9seaux.<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les travaux qui pour l\u2019essentiel ont fait la r\u00e9putation de Jean Tirole (et celle de son coll\u00e8gue Jean-Jacques Laffont, aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9) portent sur la nouvelle \u00e9conomie industrielle et notamment sur les industries de r\u00e9seaux (\u00e9lectricit\u00e9, t\u00e9l\u00e9communications, poste, internet, services de paiement). Ils accompagnent les privatisations et l\u2019expansion des firmes multinationales priv\u00e9es mieux \u00e0 m\u00eame de d\u00e9velopper en leur sein les d\u00e9penses de recherche, de distribution, d\u2019innovation \u2013 y compris davantage que des entreprises publiques purement nationales. Mais ces march\u00e9s sont tr\u00e8s imparfaits. Ils ont tendance \u00e0 produire des oligopoles voire des monopoles, des rentes, des sous-investissements. Jean Tirole est favorable \u00e0 la concurrence. <a href=\"http:\/\/www.scienceshumaines.com\/le-francais-jean-tirole-prix-nobel-d-economie_fr_33420.html \">Mais, dit-il<\/a>, <em>\u00ab il s\u2019agit d\u2019un moyen et non d\u2019une fin. L\u2019introduction de la concurrence est un bienfait lorsqu\u2019elle suscite l\u2019apparition de produits nouveaux, fait baisser les prix, oblige l\u2019op\u00e9rateur historique \u00e0 sortir de sa torpeur. Mais, mal con\u00e7ue, elle peut tout aussi bien avoir des effets n\u00e9fastes \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>Ses travaux portent sur les r\u00e9gulations qui permettent autant que possible d\u2019\u00e9viter les mauvais fonctionnements de ces march\u00e9s. C\u2019est pourquoi ils sont salu\u00e9s y compris par des \u00e9conomistes <a href=\"http:\/\/lespoir.jimdo.com\/2014\/10\/15\/jean-tirole-ou-le-triomphe-de-la-b%C3%AAtise-calcul%C3%A9e-paul-krugman\/\">comme l&#8217;Am\u00e9ricain Paul Krugman<\/a>. Mais, quelle que soit la port\u00e9e pratique plus ou moins limit\u00e9e de ces travaux, qui ne portent pas exemple nullement sur les pouvoirs de mise en concurrence sociale et fiscale des firmes multinationales), il faut souligner la limite m\u00eame de leur ambition : se rapprocher d\u2019un fonctionnement &#8220;normal&#8221; du march\u00e9. Ainsi ne prennent-ils pas du tout en compte les besoins de ma\u00eetrise, de partages et de coop\u00e9ration des services publics des diff\u00e9rents pays jusqu\u2019\u00e0 l\u2019institution de biens publics r\u00e9gionaux ou mondiaux. <\/p>\n<p><strong><em>Entrepreneur universitaire<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le prix &#8220;Nobel&#8221; d\u2019\u00e9conomie r\u00e9compense aussi la Toulouse School of Economy qu\u2019il a fond\u00e9e en 2007 et qu\u2019il dirige aujourd\u2019hui. \u00c9tablissement universitaire internationalement reconnu dont une partie des financements est apport\u00e9 par des entreprises priv\u00e9es, dont des repr\u00e9sentants si\u00e8gent au Conseil d\u2019Administration dirig\u00e9 par Jean Tirole. Cela se fait, dit-il, au b\u00e9n\u00e9fice des uns et des autres et des r\u00e8gles strictes de gouvernance permettent selon lui de garantir l\u2019absence de conflits d\u2019int\u00e9r\u00eat, l\u2019ind\u00e9pendance des recherches et la qualit\u00e9 scientifique des travaux. Le mod\u00e8le tend \u00e0 se r\u00e9pandre. <\/p>\n<p>Certes, lorsque l\u2019\u00e9conomiste de la TSE produit en 2012 avec son coll\u00e8gue David Thesmar de HEC <a href=\"http:\/\/www-gremaq.univ-tlse1.fr\/perso\/landier\/pdfs\/FreeComplete5.pdf\">une \u00e9tude financ\u00e9e par Iliad<\/a> sur l\u2019attribution d\u2019une quatri\u00e8me licence de t\u00e9l\u00e9phonie mobile qui estime que l&#8217;entr\u00e9e de Free Mobile sur le march\u00e9 va entrainer la cr\u00e9ation de 17.000 \u00e0 30.000 emplois et va renforcer l\u2019incitation des acteurs historiques \u00e0 investir dans le secteur, il est pr\u00e9cis\u00e9 que <em>\u00ab cela n&#8217;engage que ses auteurs et non leurs institutions d&#8217;origine \u00bb<\/em>. Il n\u2019emp\u00eache que des inqui\u00e9tudes peuvent \u00eatre l\u00e9gitimement formul\u00e9es sur les th\u00e8mes de recherches et les recrutements privil\u00e9gi\u00e9s. <\/p>\n<p>L\u2019AFEP (Association fran\u00e7aise d\u2019\u00e9conomie politique), association d\u2019universitaires qui d\u00e9fend le pluralisme dans l\u2019enseignement et la recherche en \u00e9conomie, <a href=\"http:\/\/assoeconomiepolitique.org\/?p=2890\">a salu\u00e9 l\u2019attribution du prix \u00e0 Jean Tirole<\/a> tout en soulignant que <em>\u00ab l\u2019excellence de la pens\u00e9e \u00e9conomique fran\u00e7aise r\u00e9side aussi dans les approches qui se distinguent de l\u2019approche dominante et qui (&#8230;) ont donn\u00e9 des cl\u00e9s de compr\u00e9hension de la crise et ouvrent des perspectives permettant la sortie de crise \u00bb,<\/em> et en regrettant le faible int\u00e9r\u00eat du jury du prix de la Banque de Su\u00e8de pour ces recherches. <\/p>\n<p>Certes, mais le probl\u00e8me est aussi, et peut \u00eatre surtout, que cette \u00e9cole et cette approche dominante r\u00e8gnent de plus en plus en ma\u00eetres parmi les conseils divers (Conseil d\u2019analyse \u00e9conomique, France strat\u00e9gie) cens\u00e9s aider les dirigeants politiques dans l\u2019\u00e9laboration des politiques publiques, et qu\u2019elle est de plus en plus exclusivement \u00e9cout\u00e9e par les dirigeants fran\u00e7ais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Consacr\u00e9 par le prestigieux prix su\u00e9dois, l\u2019\u00e9conomiste Jean Tirole affirme la sup\u00e9riorit\u00e9 du march\u00e9. 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