{"id":80,"date":"1995-10-01T00:00:00","date_gmt":"1995-09-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-indispensable-solidarite080\/"},"modified":"1995-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-09-30T23:00:00","slug":"l-indispensable-solidarite080","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=80","title":{"rendered":"L&#8217;indispensable solidarit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  L&#8217;id\u00e9e neuve du prochain si\u00e8cle, c&#8217;est que l&#8217;internationalisme n&#8217;est pas d\u00e9pass\u00e9. L&#8217;int\u00e9r\u00eat du p\u00eacheur de Concarneau rejoint celui du Tha\u00eflandais qui travaille plus de douze heures par jour. <\/p>\n<p>C&#8217;est vrai, le monde a chang\u00e9. On doit accepter cette \u00e9vidence, qui s&#8217;impose: la fin de la guerre froide a boulevers\u00e9 les cartes. Un camp a vaincu l&#8217;autre et demeure seul debout, dans la solitude inqui\u00e9tante d&#8217;une victoire par KO&#8230;<\/p>\n<p>La question est de savoir si ce succ\u00e8s implique n\u00e9cessairement l&#8217;inanit\u00e9 th\u00e9orique de ceux qui ont &#8221; perdu &#8220;.<\/p>\n<p>A vrai dire, l&#8217;appareil id\u00e9ologique qui accompagne le triomphalisme des ultra-lib\u00e9raux para\u00eet si faible qu&#8217;on ne peut que rester stup\u00e9fait du prestige qui l&#8217;entoure; fond\u00e9e sur des clich\u00e9s, la pens\u00e9e dominante s&#8217;appuie litt\u00e9ralement sur le vide.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas possible d&#8217;accepter une mythologie en guise de rationalit\u00e9. Les concepts sans fondements n&#8217;ont jamais longtemps tenu lieu de pens\u00e9e. L&#8217;ordre du jour est donc la mise en alerte des gens sur la faiblesse th\u00e9orique de l&#8217;id\u00e9ologie du capital global, m\u00eame si en apparence il semble avoir le vent en poupe. Pour cela il faut d\u00e9noncer trois id\u00e9es re\u00e7ues sur lesquelles repose la pens\u00e9e &#8221; en vogue &#8221; :<\/p>\n<p>1. Le triomphe du lib\u00e9ralisme ouvre une \u00e8re nouvelle, celle du &#8221; syst\u00e8me-monde &#8220;, enfin unifi\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un village, sur les bases id\u00e9ales d&#8217;une coop\u00e9ration plan\u00e9taire pour un enrichissement commun.<\/p>\n<p>2. L&#8217;aide aux pays pauvres a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 cause des Etats socialistes corrompus et incomp\u00e9tents. L&#8217;av\u00e8nement du &#8221; march\u00e9 global &#8221; et le recul de l&#8217;Etat dans le monde entier annoncent des lendemains qui chantent.<\/p>\n<p>3. La globalisation du capital jette les bases d&#8217;une unification g\u00e9n\u00e9rale des pratiques \u00e9conomiques et politiques. L&#8217;ajustement structurel est sans doute dur pour les pauvres, mais tout le monde finira par en profiter \u00e0 la longue.<\/p>\n<p>Le concept de &#8221; village-monde &#8221; ou de &#8221; syst\u00e8me-monde &#8220;, mis \u00e0 la mode par l&#8217;avanc\u00e9e spectaculaire des r\u00e9seaux multim\u00e9dias et la transnationalisation grandissante du capital accompagne une id\u00e9ologie unanimiste r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e des utopies libertaires des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies. Un usage d\u00e9voy\u00e9 des concepts d'&#8221; action locale &#8221; et de &#8221; droit des individus &#8221; transforme les anciennes revendications populaires en leur contraire.<\/p>\n<p>Au nom des libert\u00e9s, on nie l&#8217;utilit\u00e9 d&#8217;une coordination des comportements et on aboutit \u00e0 un foisonnement d\u00e9sordonn\u00e9 qui se d\u00e9veloppe sans contr\u00f4le, avec comme moteur non la consid\u00e9ration de l&#8217;int\u00e9r\u00eat de tous, mais bien plut\u00f4t la r\u00e9alisation de d\u00e9sirs imm\u00e9diats, sans tenir compte de leurs effets sociaux, politiques et \u00e9cologiques. Innocemment, chacun est appel\u00e9 \u00e0 se connecter sur l&#8217;Internet, \u00e0 acheter des &#8221; privatis\u00e9es &#8221; ou des Sicav mon\u00e9taires, sans r\u00e9aliser qu&#8217;en faisant cela il fortifie un syst\u00e8me qui, s&#8217;il devait s&#8217;imposer, annulerait en fin de compte le droit \u00e0 l&#8217;emploi, les conqu\u00eates sociales et les libert\u00e9s publiques. Le &#8221; syst\u00e9misme &#8221; ambiant fonctionne donc comme une sorte d&#8217;anesth\u00e9sique de la pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Car il se trouve que la superbe m\u00e9taphore du village-monde fait peu de cas d&#8217;un fait historique patent: au-dessus des bourgs du Moyen Age veillait un ch\u00e2teau agressif et surarm\u00e9. Comment pousser la na\u00efvet\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 croire que le village-monde serait une &#8221; ville franche &#8220;, alors que la r\u00e8gle fut toujours la vassalit\u00e9 et la tutelle ?<\/p>\n<p> <strong>  La recolonisation sous couvert de coop\u00e9ration  <\/strong><\/p>\n<p>Il suffit d&#8217;observer les effets de la reconqu\u00eate du monde pauvre par le cheval de Troie lib\u00e9ral que furent et que sont toujours la Banque mondiale, le Fonds mon\u00e9taire international et le GATT (devenu depuis 1995 l&#8217;Organisation mondiale du commerce) pour comprendre que l&#8217;annihilation de l&#8217;Etat par les tenants du capital global a pour objectif la mise au pas de tous les travailleurs du monde, y compris ceux des pays riches: depuis 1944, les institutions fond\u00e9es par les accords de Bretton Woods (Banque mondiale, FMI et GATT) ont organis\u00e9 la d\u00e9pendance technologique: une fausse coop\u00e9ration a consolid\u00e9 la recolonisation par la dette et impos\u00e9 aux pays pauvres le passage \u00e0 des technologies ch\u00e8res. Comme drogu\u00e9s par ce poison des pr\u00eats, plus de 100 pays qui ont acquis leur ind\u00e9pendance politique, souvent au prix du sang, se voient r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s de force dans le circuit n\u00e9o-colonial, dans une partie o\u00f9 tous les d\u00e9s sont pip\u00e9s. A la d\u00e9pendance technique et financi\u00e8re s&#8217;ajoute un chantage \u00e0 la dette d&#8217;autant plus cruel que seuls les pauvres payent la note. On fait comme si la corruption locale \u00e9tait responsable de l&#8217;\u00e9chec de l&#8217;aide internationale, alors que toutes les banques occidentales et japonaises profitent directement de la d\u00e9linquance financi\u00e8re et organisent le transfert des ressources des pays pauvres vers le Nord, avec la complicit\u00e9 des entreprises transnationales. Dans le monde entier, les programmes de d\u00e9veloppement de la Banque mondiale pr\u00e9voient le d\u00e9placement de millions de personnes pour construire des barrages qui ne fonctionnent m\u00eame pas (1); \u00e0 chaque plan de redressement du FMI, les prix du ma\u00efs, de la semoule, de l&#8217;huile d&#8217;olive, des transports et de l&#8217;\u00e9nergie croissent en moyenne de 30% \u00e0 50%. Merci pour les pauvres ! Comment s&#8217;\u00e9tonner des progr\u00e8s de l&#8217;int\u00e9grisme alors que, dans le secret des conseils d&#8217;administration des grandes banques, on planifie la baisse mondiale des salaires et la destruction des acquis sociaux ?<\/p>\n<p> <strong>  La r\u00e9organisation du monde selon la loi du profit  <\/strong><\/p>\n<p>Depuis 1985, le capital global a utilis\u00e9 la strat\u00e9gie agressive des Etats-Unis pour imposer au monde entier le &#8221; march\u00e9 libre &#8220;.<\/p>\n<p>La philosophie de l'&#8221; ajustement structurel &#8220;, produite par la Banque mondiale et le FMI, sert depuis cette date de pr\u00e9texte \u00e0 la r\u00e9organisation du monde selon la loi du profit. L&#8217;alignement forc\u00e9 de toutes les \u00e9conomies &#8211; y compris la n\u00f4tre &#8211; sur les r\u00e8gles du &#8221; march\u00e9 libre &#8221; aboutit \u00e0 la d\u00e9localisation, \u00e0 la casse d&#8217;entreprises viables, \u00e0 la privatisation sauvage et au bradage de la richesse nationale aux int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. Une des plus graves illusions, fort r\u00e9pandues aujourd&#8217;hui, pousse \u00e0 croire que les lois d&#8217;airain du march\u00e9 global \u00e9pargneront les travailleurs des pays riches.<\/p>\n<p>Enorme erreur ! Au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9, on d\u00e9localise. Pour l&#8217;amour de la monnaie, on comprime les d\u00e9penses sociales. La guerre sainte contre les d\u00e9ficits publics va faire de la sant\u00e9, de l&#8217;\u00e9ducation, des transports, un fromage inesp\u00e9r\u00e9 pour le capital global. D\u00e9sormais tout le monde est dans la cible. La France sera trait\u00e9e comme le Zimbabwe. Plus personne n&#8217;est \u00e0 l&#8217;abri. L&#8217;\u00e9go\u00efsme national n&#8217;a plus cours. La religion du prix fera sa loi.<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9e neuve du prochain si\u00e8cle, c&#8217;est donc que le p\u00eacheur de Concarneau et celui du Sri-Lanka ont le m\u00eame ennemi, et que les jeunes filles de Tha\u00eflande qui travaillent douze heures par jour sont les soeurs de lutte des travailleurs de Renault ou d&#8217;EDF. A premi\u00e8re vue, cela peut sembler incongru \u00e0 cause des diff\u00e9rences, des distances, des inimiti\u00e9s, de l&#8217;incompr\u00e9hension, mais l&#8217;internationalisme n&#8217;est en rien d\u00e9pass\u00e9, car l&#8217;int\u00e9r\u00eat des peuples est de construire une analyse sociale et une critique politique communes des nouveaux r\u00e9seaux d&#8217;exploitation qui les enserrent. Jamais sans doute l&#8217;appel \u00e0 la solidarit\u00e9 et la conscience d&#8217;une unit\u00e9 des opprim\u00e9s n&#8217;auront \u00e9t\u00e9 si n\u00e9cessaires. Le capital promet tout et ne tient rien. C&#8217;est sa faiblesse, sachons en tirer parti. L&#8217;inacceptable ne doit pas \u00eatre accept\u00e9.<\/p>\n<p>1. En 1992, le rapport interne &#8221; Wappenhans &#8221; a \u00e9tabli que 43% seulement des barrages et travaux d&#8217;irrigation financ\u00e9s par la Banque mondiale marchaient vraiment.<\/p>\n<p>* Auteur de l&#8217;Utopie verte, coll.&#8221; Pluriel-Intervention &#8220;, Hachette, 1992, et le Village-monde et son ch\u00e2teau, le Temps des Cerises, 1995<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  L&#8217;id\u00e9e neuve du prochain si\u00e8cle, c&#8217;est que l&#8217;internationalisme n&#8217;est pas d\u00e9pass\u00e9. 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