{"id":7987,"date":"2014-10-14T09:57:41","date_gmt":"2014-10-14T07:57:41","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/a-berlin-un-palestinien-pousse-la7987\/"},"modified":"2023-06-23T23:17:59","modified_gmt":"2023-06-23T21:17:59","slug":"a-berlin-un-palestinien-pousse-la7987","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7987","title":{"rendered":"\u00c0 Berlin, un Palestinien pousse la porte de la mairie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Trois candidats SPD seront en lice, samedi, pour succ\u00e9der au maire de Berlin Klaus Wowereit, dont le Palestinien d&#8217;origine Raed Saleh. Son \u00e9lection serait un symbole fort, mais il lui faut convaincre son parti \u2013 en restant dans les clous de la social-d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><em>\u00ab Ich bin ein Berliner ! \u00bb<\/em> L\u2019homme qui, en cette fin septembre 2014, lance cette fameuse adresse s\u2019appelle Raed Saleh. N\u00e9 en 1977 pr\u00e8s de Naplouse, en Cisjordanie, celui qui se d\u00e9finit comme un <em>\u00ab social-d\u00e9mocrate au passeport allemand, d\u2019origine arabe, et de confession musulmane \u00bb<\/em> insiste : <em>\u00ab Ich bin in Berliner durch und durch \u00bb<\/em> (\u00ab Je suis un Berlinois pur et dur \u00bb, ndlr). L\u2019assertion produit son effet : dans la maison Willy-Brandt, si\u00e8ge du SPD, r\u00e9sonne une salve d\u2019applaudissements des plus de sept cents militants sociaux-d\u00e9mocrates assistant au premier d\u00e9bat entre les trois candidats \u00e0 la mairie de Berlin qui se tient au si\u00e8ge de leur parti.<\/p>\n<p><strong><em>Premi\u00e8re pour une capitale europ\u00e9enne<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Raed Saleh sait bien que nombre d\u2019entre eux sont venus pour le voir et l\u2019\u00e9valuer. Car dans le fond, vingt-cinq ans apr\u00e8s la chute du mur, la question n\u2019est pas seulement : qui succ\u00e9dera \u00e0 Klaus Wowereit, premier \u00e9dile depuis 2001 de la capitale allemande, d\u00e9missionnaire ? Elle est surtout : Berlin sera-t-elle la premi\u00e8re capitale europ\u00e9enne \u00e0 se doter d\u2019un maire qui soit tout \u00e0 la fois issu de l\u2019immigration, de confession musulmane, et n\u00e9 en Palestine ?<\/p>\n<p>L\u2019interrogation taraude les esprits depuis que, face \u00e0 la perte inexorable de sa popularit\u00e9 due \u00e0 la livraison sans cesse retard\u00e9e de l\u2019a\u00e9roport Berlin-Brandebourg, Klaus Wowereit a d\u00e9cid\u00e9 de quitter ses fonctions le 11 d\u00e9cembre, sans nommer de successeur, et de laisser le soin de trancher aux militants du parti, majoritaire \u00e0 la chambre berlinoise. <\/p>\n<p>Ils sont trois en lice. Le premier \u00e0 s\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9, Raed Saleh est l\u2019actuel pr\u00e9sident du groupe SPD qui compte quarante sept parlementaires. Jan St\u00f6\u00df, le chef du SPD r\u00e9gional, repr\u00e9sentant l\u2019aile &#8220;gauche&#8221; du SPD, s\u2019est longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme successeur naturel, mais ne semble pas remporter l\u2019adh\u00e9sion. Le troisi\u00e8me, et le dernier \u00e0 avoir officialis\u00e9 sa candidature, est le s\u00e9nateur en charge du d\u00e9veloppement de la ville et de l\u2019environnement, Michael M\u00fcller, plus au centre du SPD. Trois cadres, un seul poste. Aux militants SPD de choisir, mi-octobre, qui sera \u00e0 la t\u00eate de cette ville-r\u00e9gion de 3,4 millions d\u2019habitants. <\/p>\n<h2>\u00ab L&#8217;Allemand du futur \u00bb<\/h2>\n<p>Sous l\u2019imposante statue de Willy-Brandt, Raed Saleh est \u00e0 son aise. Le candidat surprise dont toute la presse parle, en Allemagne comme \u00e0 l\u2019\u00e9tranger manie l\u2019humour avec habilet\u00e9, multiplie les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019histoire allemande et du SPD, \u00e9num\u00e8re les r\u00e9alisations \u00e0 son actif depuis qu\u2019il est chef de groupe. Il se d\u00e9marque et oblige \u00e0 se positionner. Son slogan en t\u00e9moigne : <em>\u00ab Es-tu pr\u00eat ? \u00bb,<\/em> demande-t-il aux militants. Et de raconter l\u2019anecdote fondatrice de son slogan : interpel\u00e9 pour savoir si Berlin \u00e9tait m\u00fbre pour le faire maire, lui a retourn\u00e9 la question \u00e0 son interlocuteur.<\/p>\n<p><em>\u00ab Je ne voterai pas pour lui m\u00eame si je trouve son discours et les th\u00e8mes qu\u2019il aborde justes \u00bb<\/em>, explique Monika, soixante-cinq ans, militante du SPD. Sa justification ? <em>\u00ab Les Berlinois ne sont pas pr\u00eats \u00e0 \u00e9lire un immigr\u00e9 comme maire \u00bb. <\/em> Hans-Georg Lorenz, ancien d\u00e9put\u00e9 berlinois que Raed Saleh consid\u00e8re comme son <em>\u00ab p\u00e8re politique \u00bb<\/em>, est de l\u2019avis oppos\u00e9 : <em>\u00ab Les Berlinois sont pr\u00eats ; les partis politiques, je n\u2019en suis pas toujours s\u00fbr. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Le SPD berlinois est effectivement en d\u00e9calage avec la population : parmi les 17.220 militants, les deux tiers sont des hommes (les femmes repr\u00e9sentent 51% de la population berlinoise) ; l\u2019\u00e2ge moyen est de cinquante et un ans (pr\u00e8s de quarante trois pour la capitale). Mais Hans-Georg Lorenz veut y croire :<em> \u00ab Aucune soci\u00e9t\u00e9 ne subsistera si elle n\u2019int\u00e8gre pas la diversit\u00e9, ne la rend pas utile, d\u00e9sirable. Berlin a su le faire. Les Huguenots ont constitu\u00e9 une part tr\u00e8s importante de la soci\u00e9t\u00e9 berlinoise Nous avons beaucoup tir\u00e9 avantage des vagues d\u2019immigration. Nous avons \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 apprendre de Raed. Il est en quelque sorte l\u2019arch\u00e9type de l\u2019Allemand du futur. Les Allemands doivent en avoir conscience. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong><em>\u00c9ducation, \u00e9conomie, int\u00e9gration<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>La personnalit\u00e9 comme le parcours de Raed Saleh semblent en effet correspondre \u00e0 cette ville qui compte 15% d\u2019immigr\u00e9s, et un quart de Berlinois issus de l\u2019immigration. Lui est arriv\u00e9 en 1982 lorsque son p\u00e8re, travailleur immigr\u00e9, fait venir sa famille, dont il est le sixi\u00e8me des neuf enfants. Sourire aux l\u00e8vres, il raconte que c\u2019\u00e9tait alors un r\u00eave d\u2019exercer un m\u00e9tier dans lequel il fallait <em>\u00ab porter un costume ou une blouse blanche \u00bb<\/em>. Il commencera par distribuer des journaux, puis d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de seize ans, pr\u00e9parera des frites et des burgers dans une cha\u00eene de fast-food. Il en gravit tous les \u00e9chelons jusqu\u2019\u00e0 devenir cadre dirigeant avant de fonder en 2005, avec des amis, sa propre entreprise, la soci\u00e9t\u00e9 Mandaro, sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019impression de documents.<\/p>\n<p>&#8220;Self made man&#8221;, donc ? Il pr\u00e9f\u00e8re rappeler le r\u00f4le de l\u2019enseignement, et son parcours.<em> \u00ab J\u2019ai travaill\u00e9 durement \u00bb<\/em>, rappelle-t-il. Et ajoute : <em>\u00ab je dois beaucoup \u00e0 une enseignante, Hannelore Wolf. \u00c0 mon arriv\u00e9e, je ne connaissais pas un mot d\u2019allemand. Elle m\u2019a dit de rester apr\u00e8s les cours pour apprendre la langue et combler ainsi cette lacune. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>De son histoire, il semble avoir tir\u00e9 ses trois axes de campagne : \u00e9ducation, \u00e9conomie, int\u00e9gration. L\u2019\u00e9cole a permis son int\u00e9gration. Il r\u00e9p\u00e8te aujourd\u2019hui dans tous les meetings : <em>\u00ab La place des enfants est en cr\u00e8che, pas devant la t\u00e9l\u00e9vision ! \u00bb<\/em> Son \u00e9volution se confondrait presque avec celle de la ville r\u00e9unifi\u00e9e, en pleine croissance \u00e9conomique, qui abrite nombre de start-up, tandis que son pass\u00e9 le pousse \u00e0 lutter contre les injustices grimpantes : Berlin compte 11,7% de ch\u00f4meurs, dont 22,3% d\u2019\u00e9trangers. <em>\u00ab Son d\u00e9veloppement est extraordinaire. Mais tout le monde n\u2019en profite pas. Nombreux sont ceux qui n\u2019ont plus les moyens de vivre \u00e0 Berlin ou disent qu\u2019ils n\u2019ont aucune perspective. Cela ne peut pas laisser indiff\u00e9rent le social-d\u00e9mocrate que je suis \u00bb<\/em>, confie-t-il.<\/p>\n<p><strong><em>Une mod\u00e9ration toute sociale-d\u00e9mocrate<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p> <em>\u00ab Nous, les sociaux-d\u00e9mocrates, devons \u00e9crire des histoires d\u2019ascension sociale. Il n\u2019est pas possible que l\u2019avenir des jeunes d\u00e9pende de leur lieu de naissance \u00bb<\/em>, mart\u00e8le-t-il. Il veut donc d\u00e9velopper le <em>\u00ab vivre-ensemble \u00bb<\/em>, faire de la capitale <em>\u00ab un exemple europ\u00e9en en mati\u00e8re d\u2019int\u00e9gration \u00bb<\/em> tout en <em>\u00ab fixant des r\u00e8gles claires \u00bb <\/em> : respect de l\u2019autre, des enseignants, de la police notamment. Il veut construire des ponts, comme il le fait avec sa femme palestinienne, en tant que p\u00e8re de deux enfants, \u00e9lev\u00e9s dans les deux langues, allemand et arabe, ou dans ses associations, sa circonscription, son parti. <\/p>\n<p>Mais lui qui multiplie les rencontres et d\u00e9clarations combattant l\u2019antis\u00e9mitisme n\u2019a \u00e9crit aucune ligne sur le conflit isra\u00e9lo-palestinien sur son site. Il fait de la politique pour le Land de Berlin, retourne certes r\u00e9guli\u00e8rement en Palestine, mais n\u2019est pas l\u00e0 <em>\u00ab pour \u00e9crire un essai sur le sujet. \u00bb <\/em> Puis il t\u00e9moigne : <em>\u00ab Il ne peut y avoir qu\u2019un dialogue pacifique. Je vois, des deux c\u00f4t\u00e9s, que les gens n\u2019en peuvent plus de cette guerre. Ils sont \u00e9puis\u00e9s par ce conflit inutile et sanglant. Nous voulons la paix. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce Berlinois n\u2019en dira pas plus sur la question. <em>\u00ab Ce serait bien que je puisse ouvrir les portes de la politique \u00e0 d\u2019autres immigr\u00e9s \u00bb<\/em>, conclut-il. Et confie que, s\u2019il \u00e9tait \u00e9lu, il aimerait favoriser des rencontres entre de jeunes Allemands, Isra\u00e9liens et Palestiniens. Le candidat surprise n\u2019en finit pas d\u2019ouvrir des portes.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7987 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/saleh-berlin-da8.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/saleh-berlin-da8-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"saleh-berlin.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois candidats SPD seront en lice, samedi, pour succ\u00e9der au maire de Berlin Klaus Wowereit, dont le Palestinien d&#8217;origine Raed Saleh. 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