{"id":798,"date":"1998-01-01T00:00:00","date_gmt":"1997-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/toiles798\/"},"modified":"1998-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-12-31T23:00:00","slug":"toiles798","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=798","title":{"rendered":"Toiles"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Longtemps, le cin\u00e9ma anglais a \u00e9t\u00e9 tenu en pi\u00e8tre estime. Voire m\u00e9pris\u00e9, comme dans cet article du Guardian qui, en 1991, s&#8217;interrogeait: &#8221; Qui se soucie encore de savoir s&#8217;il existe ou non un cin\u00e9ma britannique ? &#8221; <\/p>\n<p>Six ans apr\u00e8s l&#8217;apostrophe du journal anglais, le d\u00e9menti est spectaculaire. Au cours des derniers mois sont sorties des oeuvres aussi contrast\u00e9es et int\u00e9ressantes que Ne pas avaler de Gary Oldman, the Full Monty de Peter Cattaneo ou les Virtuoses de Mark Herman. Ken Loach vient de terminer le tournage de son dernier film, My name is Joe. Mike Leigh, apr\u00e8s sa Palme d&#8217;or avec Secrets et mensonges, a sorti r\u00e9cemment sur les \u00e9crans fran\u00e7ais Deux Filles d&#8217;aujourd&#8217;hui. Tous ces longs m\u00e9trages reposent sur un tissu social similaire. La volont\u00e9 de s&#8217;ancrer dans la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne est tr\u00e8s forte et r\u00e9v\u00e8le une sensibilit\u00e9 sp\u00e9cifiquement anglaise autant qu&#8217;une op\u00e9ration plus mercantile (the Full Monty est un succ\u00e8s dans le monde entier. En France, il avait attir\u00e9, d\u00e9but d\u00e9cembre, plus de 1,5 million spectateurs).<\/p>\n<p> <strong> Ken Loach, pr\u00e9curseur du film de critique sociale <\/strong><\/p>\n<p>Cette vogue actuelle doit, en grande partie, son origine \u00e0 un seul homme: Ken Loach. Son engagement politique a toujours \u00e9t\u00e9 ins\u00e9parable de sa conviction de la force des images pour d\u00e9noncer les abus de toutes sortes. Ses films baignent dans un m\u00e9lange de r\u00e9alisme et d&#8217;humanit\u00e9 pour des laiss\u00e9s-pour-compte ch\u00f4meurs ou marginaux. Paradoxalement, les milieux culturels ont vu, dans cette attitude, plus de d\u00e9fauts que de qualit\u00e9s. Pendant pr\u00e8s de dix ans, il n&#8217;a pratiquement pas tourn\u00e9, brid\u00e9 par le syst\u00e8me. Il n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 reconnu avant le succ\u00e8s cannois de Raining Stones en 1993. M\u00eame si Ken Loach a surtout lutt\u00e9 contre Margaret Thatcher et la politique qu&#8217;elle incarnait &#8211; Regards et sourires (1981) ou Ladybird (1994) sont n\u00e9s de cette volont\u00e9 de t\u00e9moigner contre l&#8217;in\u00e9luctable &#8211; la mont\u00e9e en puissance du parti travailliste ne l&#8217;a nullement servi. Il s&#8217;attaque \u00e0 eux, aussi bien qu&#8217;aux syndicats trop frileux \u00e0 son go\u00fbt.<\/p>\n<p>The Full Monty ou Ne pas avaler sont les enfants de cette frustration. Les Virtuoses se termine sur cette phrase: &#8221; Depuis 1984, le gouvernement britannique a ferm\u00e9 140 puits de mine et ainsi priv\u00e9 de travail 250 000 personnes dont la vie a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e.&#8221; Il y a, chez ces jeunes r\u00e9alisateurs, la volont\u00e9 de s&#8217;interroger sur ce qu&#8217;est devenue l&#8217;Angleterre moderne. Ken Loach a servi de pr\u00e9curseur. Sans lui, le cin\u00e9ma britannique n&#8217;aurait continu\u00e9 qu&#8217;\u00e0 parodier les vieux succ\u00e8s de David Lean ou Laurence Olivier. Gary Oldman ou Peter Cattaneo reprennent la critique sociale mais l&#8217;adaptent au go\u00fbt du jour. Le premier avoue avoir \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par Scorsese et Cassavetes. Le second joue sur un comique de situation parfois un peu \u00e9pais.<\/p>\n<p> <strong> Le &#8221; petit film &#8221; britannique, ph\u00e9nom\u00e8ne de mode ? <\/strong><\/p>\n<p>Le spectateur est toutefois amen\u00e9 \u00e0 se demander s&#8217;il n&#8217;assiste pas \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de mode. Chaque &#8221; petit &#8221; film britannique est accompagn\u00e9 par une rumeur flatteuse. On l&#8217;encense sans pr\u00e9ciser que le cin\u00e9ma anglais repose entre les mains des compagnies hollywoodiennes. Miramad a produit les Virtuoses. Une filiale de la Fox s&#8217;est occup\u00e9 de the Full Monty. L&#8217;\u00e9quipe a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e totalement libre. Mais que se passera-t-il le jour o\u00f9 ils perdront de l&#8217;argent ? Parall\u00e8lement, les \u00e9crans britanniques sont domin\u00e9s par la production am\u00e9ricaine. Le succ\u00e8s des multiplexes outre-Manche (68 en 1995 contre 1 en 1985) leur est largement d\u00fb. Mais un spectateur du Yorkshire a moins de chance de voir un film de son pays qu&#8217;un Parisien. La distribution favorise plut\u00f4t le dernier Spielberg. Economiquement, le public ne provient pas du m\u00eame milieu que la communaut\u00e9 mini\u00e8re des Virtuoses. A Londres, une place de cin\u00e9ma peut atteindre 9 livres (90 F).<\/p>\n<p> <strong> Le ministre du cin\u00e9ma, symbole d&#8217;une politique culturelle <\/strong><\/p>\n<p>Depuis le 1er mai dernier, l&#8217;\u00e9lection de Tony Blair pourrait consid\u00e9rablement transformer la situation. Les charges pour les productions ont \u00e9t\u00e9 baiss\u00e9es. Cela permettra de cr\u00e9er pr\u00e8s de 11 000 emplois. Plus symboliquement, un poste de ministre du cin\u00e9ma a vu le jour. Il s&#8217;agit maintenant de voir quel type d&#8217;oeuvres va surgir de ces r\u00e9formes. Dans d&#8217;autres domaines, la politique travailliste n&#8217;a pas apport\u00e9 les r\u00e9sultats escompt\u00e9s. Pendant des ann\u00e9es, Mike Leigh ou Stephen Frears se sont nourris de la haine qu&#8217;ils \u00e9prouvaient face aux conservateurs. Ne vont-ils pas perdre une partie de leur inspiration avec l&#8217;\u00e9chec de John Major ?<\/p>\n<p>Le seul acquis des ann\u00e9es Thatcher se situe peut-\u00eatre dans le mariage incongru (pour nous, Fran\u00e7ais) mais heureux entre cin\u00e9ma et t\u00e9l\u00e9vision. Un metteur en sc\u00e8ne comme Ken Loach r\u00e9alise, r\u00e9guli\u00e8rement, des reportages pour Channel 4, la cha\u00eene culturelle anglaise. Son dernier documentaire, les Dockers de Liverpool (diffus\u00e9 sur Arte) sonne comme un bilan. Il s&#8217;\u00e9loigne de la volont\u00e9 d&#8217;\u00e9tendre une certaine r\u00e9alit\u00e9 sociale au grand public et se concentre, au contraire, sur une situation aride. La gr\u00e8ve de ces dockers est sans espoir. La d\u00e9tresse de ces gens abandonn\u00e9s par tous r\u00e9sonne comme un cri d&#8217;alarme. Le dernier pouvoir du septi\u00e8me art ne r\u00e9side-t-il pas, aujourd&#8217;hui, dans cette capacit\u00e9 \u00e0 enregistrer l&#8217;angoisse de ceux qui se noient ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Longtemps, le cin\u00e9ma anglais a \u00e9t\u00e9 tenu en pi\u00e8tre estime. 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