{"id":797,"date":"1998-01-01T00:00:00","date_gmt":"1997-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/theatre797\/"},"modified":"1998-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-12-31T23:00:00","slug":"theatre797","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=797","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>La grogne des gens de th\u00e9\u00e2tre<strong> Zladek, soldat de l&#8217;Arm\u00e9e noire est une pi\u00e8ce peut-\u00eatre jamais repr\u00e9sent\u00e9e en France, de l&#8217;\u00e9crivain hongrois de langue allemande Od\u00f6n von Horv\u00e1th. Elle est jou\u00e9e \u00e0 Gennevilliers dans la mise en sc\u00e8ne de Jacques Osinski qui l&#8217;a cr\u00e9\u00e9e au Festival &#8221; En Mai &#8221; de Dijon. <\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en 1901, Horv\u00e1th \u00e9crit en 1928 une premi\u00e8re version de Zladek, puis, en 1929, une seconde (1), l&#8217;amputant de tout un acte, afin que la pi\u00e8ce puisse \u00eatre jou\u00e9e au Lessing Theater de Berlin. Encore y d\u00e9cha\u00eene-t-elle de violentes attaques des nationaux-socialistes. La vis\u00e9e de l&#8217;auteur, qui se d\u00e9clare &#8221; r\u00e9solument contre l&#8217;\u00e9criture manich\u00e9enne &#8220;, est de montrer dans le personnage de Zladek &#8221; les forces de la soci\u00e9t\u00e9 qui ont produit ce type d&#8217;homme &#8220;. Cette soci\u00e9t\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9e par un nationalisme revanchard et un antis\u00e9mitisme qui rendent extr\u00eamement troubl\u00e9s les d\u00e9buts de la R\u00e9publique de Weimar. C&#8217;est qu&#8217;elle doit assumer l&#8217;humiliation de la d\u00e9faite, exacerb\u00e9e par l&#8217;occupation de la Ruhr, et n&#8217;arrive pas \u00e0 juguler une inflation galopante. D&#8217;o\u00f9 l&#8217;engrenage de la violence obtuse o\u00f9 se trouve pris le jeune Zladek, enr\u00f4l\u00e9 dans l&#8217;Arm\u00e9e noire, moins par conviction que par manque de rep\u00e8res et par fatalisme: &#8221; Dans la nature, \u00e7a tue, \u00e7a ne changera pas.&#8221; Cette Arm\u00e9e noire, elle existe, \u00e7a se sait, mais il est tr\u00e8s dangereux de para\u00eetre m\u00eame soup\u00e7onner son existence. Ce n&#8217;est jamais que 5 000 fanatiques ultra-nationalistes, mais pratiquant le terrorisme, et le plus radical de ces corps francs qui veulent \u00e9tablir &#8221; une dictature nationale &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> Le texte de Horv\u00e1th, une \u00e9criture \u00e0 chaud mais pr\u00e9monitoire  <\/strong><\/p>\n<p>Clandestine et devant le rester, elle a en sous-main l&#8217;appui du haut commandement de la R\u00e9publique, jusqu&#8217;au moment- \u00e9lections l\u00e9gislatives qui marquent le recul de l&#8217;extr\u00eame droite, perspective d&#8217;am\u00e9lioration \u00e9conomique-o\u00f9, en haut lieu, on juge prudent de lui ordonner de se dissoudre. Refusant d&#8217;obtemp\u00e9rer, l&#8217;Arm\u00e9e noire est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant par les troupes r\u00e9guli\u00e8res dans son refuge de la forteresse de Spandau. Zladek, qui se d\u00e9finit &#8221; un homme en retrait &#8220;, a laiss\u00e9 s&#8217;accomplir sous ses yeux l&#8217;assassinat &#8221; politique &#8221; d&#8217;Anna, sa ma\u00eetresse, mais il a cri\u00e9 &#8221; arr\u00eatez &#8220;, se rendant ainsi suspect \u00e0 ce milieu de re\u00eetres orduriers et violents. Il n&#8217;emp\u00eache qu&#8217;il est le seul, &#8221; ni un tra\u00eetre, ni un l\u00e2che &#8220;, \u00e0 rester aux c\u00f4t\u00e9s de son capitaine, alors que les autres prennent la fuite d\u00e8s le d\u00e9but de l&#8217;assaut. A deux reprises, il a crois\u00e9 le journaliste pacifiste Franz (porte-parole d&#8217;Horv\u00e1th) et entr\u00e9 en discussion avec lui.&#8221; J&#8217;essaie de penser par moi-m\u00eame &#8220;, assure-t-il, mais rien ne l&#8217;y a pr\u00e9par\u00e9, les \u00e9v\u00e9nements le d\u00e9passent. Son d\u00e9sarroi d'&#8221; homme de notre temps &#8221; (titre du court r\u00e9cit, derni\u00e8re oeuvre d&#8217;Horv\u00e1th) s&#8217;en accro\u00eet, bien qu&#8217;une certaine prise de conscience \u00e9merge. La deuxi\u00e8me version de la pi\u00e8ce s&#8217;achevait par la mort de Zladek dans l&#8217;assaut de la forteresse.<\/p>\n<p>Jacques Osinski a le m\u00e9rite d&#8217;avoir choisi la premi\u00e8re version, reprenant en compte le IIIe acte sacrifi\u00e9, qui r\u00e9v\u00e8le un esprit Arm\u00e9e noire toujours vivace. Franz est jug\u00e9 pour &#8221; tentative de haute trahison &#8220;: le journaliste a d\u00e9nonc\u00e9 l&#8217;existence du groupuscule terroriste, violant le tabou du silence. Zladek, par contre, jug\u00e9 pour l&#8217;assassinat d&#8217;Anna, est condamn\u00e9 puis amnisti\u00e9, indulgence significative d&#8217;un \u00e9tat d&#8217;esprit g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p> <strong> Un spectacle foisonnant, autour de 25 personnages <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;Allemagne est m\u00fbre pour tomber dans les bras d&#8217;Hitler. D\u00e9boussol\u00e9 et amer, Zladek ne songe plus qu&#8217;\u00e0 \u00e9migrer au Nicaragua: &#8221; on \u00e9touffe&#8230;c&#8217;est trop \u00e9troit ici &#8220;. Horv\u00e1th \u00e9crit \u00e0 chaud mais il est pr\u00e9monitoire. On peut voir se profiler l&#8217;Allemagne d&#8217;apr\u00e8s Hitler: juges compr\u00e9hensifs et fuite prot\u00e9g\u00e9e des criminels nazis vers l&#8217;Am\u00e9rique latine. Jacques Osinski, qui a \u00e0 son actif cinq mises en sc\u00e8ne, dont la Faim, de Knut Hamsun pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 internationale, s&#8217;affronte \u00e0 une oeuvre foisonnante qui comporte 25 personnages. Il s&#8217;en tire, et fort bien, avec sept com\u00e9diens, J\u00e9r\u00f4me Kircher n&#8217;assumant qu&#8217;un r\u00f4le, celui de Zladek, et Nicolas Bonnefoy, presque uniquement celui de Franz. Tout se passe sur un vaste plateau en ellipse pos\u00e9 sur la sc\u00e8ne; peu d&#8217;accessoires, c&#8217;est le jeu des lumi\u00e8res qui localise les lieux de l&#8217;action. La traduction est d&#8217;Henri Christophe, le meilleur connaisseur du th\u00e9\u00e2tre autrichien, organisateur, sous son nom de Heinz Schwarzinger (2), de cycles de lectures d&#8217;auteurs dramatiques autrichiens, qui se d\u00e9roulent chaque ann\u00e9e. Un m\u00e9diateur \u00e9clair\u00e9 entre deux cultures.<\/p>\n<p><strong> La grogne des gens de th\u00e9\u00e2tre <\/strong><\/p>\n<p>Pas une semaine ne s&#8217;\u00e9coule depuis l&#8217;\u00e9t\u00e9 sans qu&#8217;un article sur le ministre de la Culture, le budget du minist\u00e8re, le th\u00e9\u00e2tre public, ses subventions et le r\u00f4le de l&#8217;Etat ne paraisse. Les titres sont parfois alarmants: &#8221; Mais que fait le ministre ? &#8221; (T\u00e9l\u00e9rama), &#8221; Les subventions \u00e9touffent-elles la cr\u00e9ativit\u00e9 ? &#8221; (le Figaro), &#8221; Un ministre de la Culture est-il n\u00e9cessaire ? &#8221; (France-Inter). Les gens de th\u00e9\u00e2tre sont inquiets; ils se r\u00e9unissent en colloque au Th\u00e9\u00e2tre du Quartz \u00e0 Brest (&#8221; Pour la refondation du Th\u00e9\u00e2tre public &#8220;). Aucune publication n&#8217;en sort. Seulement deux interventions paraissent dans le Monde: &#8221; Inutile et glorieux th\u00e9\u00e2tre &#8221; sign\u00e9 Jean-Loup Rivi\u00e8re, conseiller artistique et litt\u00e9raire \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, et &#8221; Politique des arts de la sc\u00e8ne: du discours \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 &#8221; sign\u00e9 Pierre Hivernat, responsable de la rubrique &#8221; Sc\u00e8nes &#8221; des Inrockuptibles. Politis, quant \u00e0 lui, lance un appel &#8221; Pour un service public au service du public&#8221; mettant directement en cause &#8221; le carri\u00e9risme &#8221; et &#8221; l&#8217;irresponsabilit\u00e9 &#8221; de certains directeurs d&#8217;\u00e9quipement, et se d\u00e9clare &#8221; scandalis\u00e9 &#8221; par &#8221; certaines tendances actuelles dans le th\u00e9\u00e2tre public &#8220;.<\/p>\n<p>Le Syndicat des directeurs de th\u00e9\u00e2tres et d&#8217;\u00e9tablissements d&#8217;action culturelle (SYNDEAC), silencieux jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, appelle \u00e0 une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale extraordinaire \u00e0 Nanterre, au Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers, d\u00e9but de ce mois de janvier 1998. Le d\u00e9bat est donc vif, pas toujours clair. La profession grogne, s&#8217;interroge mais reste divis\u00e9e. Les clivages sont multiples: entre les directeurs de th\u00e9\u00e2tres nationaux et les compagnies, entre la g\u00e9n\u00e9ration issue des ann\u00e9es 70, et celle qui \u00e9merge aujourd&#8217;hui, entre les artistes et les gestionnaires de sc\u00e8nes nationales. Le d\u00e9bat tourne autour de trois th\u00e8mes: budget, d\u00e9concentration des budgets, nouvelle charte du service public. La profession a \u00e9t\u00e9 refroidie \u00e0 Avignon, quand la ministre Catherine Trautmann, b\u00e9n\u00e9ficiant pourtant d&#8217;un pr\u00e9jug\u00e9 favorable, a annonc\u00e9 qu&#8217;elle ent\u00e9rinait le gel sans pr\u00e9c\u00e9dent des cr\u00e9dits en 1997, propos\u00e9s par le pr\u00e9c\u00e9dent ministre de la Culture. L&#8217;augmentation annonc\u00e9e pour 1998, qui n&#8217;atteint pas le 1% promis par Jospin dans sa campagne \u00e9lectorale, n&#8217;a pas calm\u00e9 les esprits. La &#8221; d\u00e9concentration &#8221; doit s&#8217;appliquer d\u00e8s le 1er janvier de cette ann\u00e9e; elle consiste \u00e0 transf\u00e9rer aux pr\u00e9fets de r\u00e9gion, assist\u00e9s de la Direction r\u00e9gionale des affaires culturelles (DRAC), la gestion des subventions d&#8217;Etat. Les gens de th\u00e9\u00e2tre, qui ont d\u00e9j\u00e0 fait de tristes exp\u00e9riences, \u00e0 Verdun, Chateauvallon ou Corbeil-Essonne, en ce qui concerne le client\u00e9lisme, la primaut\u00e9 de l&#8217;int\u00e9r\u00eat politique et local, se m\u00e9fient grandement. Ils craignent un d\u00e9sengagement de l&#8217;Etat sur le plan moral et financier.<\/p>\n<p>A cette crainte de d\u00e9rive, la ministre r\u00e9pond qu&#8217;il s&#8217;agit de &#8221; responsabiliser l&#8217;Etat &#8221; qui &#8221; doit piloter, initier, \u00e9valuer &#8220;. Catherine Trautmann annonce donc une v\u00e9ritable red\u00e9finition du r\u00f4le de l&#8217;Etat et propose une charte de refondation du th\u00e9\u00e2tre public. Le d\u00e9bat est donc vaste et se situe historiquement au centre de la vie culturelle fran\u00e7aise, tr\u00e8s exactement au lieu de &#8221; l&#8217;exception culturelle &#8220;. S&#8217;il est vrai qu&#8217;on ne peut plus simplement se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Jean Vilar et \u00e0 Jeanne Laurent dans une soci\u00e9t\u00e9 qui traverse une profonde crise sociale, le th\u00e9\u00e2tre ne peut se contenter de se regarder lui-m\u00eame. Il para\u00eet effectivement n\u00e9cessaire de replacer la question du public au centre du d\u00e9bat. S&#8217;il est dangereux d&#8217;instrumentaliser l&#8217;art pour en faire un objet socioculturel (r\u00e9duire la fracture sociale), il para\u00eet tout aussi dangereux de le r\u00e9duire \u00e0 un produit de simple consommation culturelle. Peut-\u00eatre est-il temps, enfin, de sortir du mauvais d\u00e9bat: Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;art\/Th\u00e9\u00e2tre populaire; Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;art\/Action culturelle. La profession attend d&#8217;un gouvernement de gauche un geste politique fort qui va dans le sens d&#8217;un grand th\u00e9\u00e2tre de service public.<\/p>\n<p>Par Sylviane Gresh<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-797","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=797"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/797\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=797"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=797"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}