{"id":796,"date":"1998-01-01T00:00:00","date_gmt":"1997-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/choregraphies796\/"},"modified":"1998-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-12-31T23:00:00","slug":"choregraphies796","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=796","title":{"rendered":"Chor\u00e9graphies"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Depuis les ann\u00e9es 80, la danse contemporaine a connu un d\u00e9veloppement exceptionnel. De nombreux chor\u00e9graphes et compagnies ont \u00e9nonc\u00e9 des esth\u00e9tiques riches et diverses. Un renouveau s&#8217;est fait jour. Une premi\u00e8re approche, en deux articles (1). <\/p>\n<p>Alors que les dispositifs artistiques et institutionnels mis en place pour la danse dans les ann\u00e9es 80 exposent aujourd&#8217;hui leurs failles, \u00e0 la fois du fait des restrictions budg\u00e9taires et de l&#8217;essoufflement \u00e9vident de cette &#8221; danse fran\u00e7aise &#8221; qui fut le fleuron des &#8221; ann\u00e9es Lang &#8220;, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de cr\u00e9ateurs embrasse vigoureusement la complexit\u00e9 des rapports entre esth\u00e9tique et politique. On l&#8217;a assez dit, la question des rapports de la cr\u00e9ation avec le pouvoir ou l&#8217;Etat n&#8217;est politique que dans la mesure o\u00f9 elle informe le potentiel artistique, et que, budget ou pas, les artistes se soumettent ou, au contraire, font trembler les cadres de l&#8217;institution. C&#8217;est bien cette question que pose, avec virulence, humour et esprit, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de danseurs qui commence, d\u00e9j\u00e0, \u00e0 dessiner de nouveaux territoires de la danse. Le mod\u00e8le dominant des ann\u00e9es 80 aura \u00e9t\u00e9 celui des pi\u00e8ces nombreuses, travaillant sur l&#8217;exc\u00e8s, les d\u00e9cors monumentaux, l&#8217;\u00e9puisement physique, voire, souvent, la violence. Ses danseurs sont des artistes du choc, virtuoses cascadeurs qu&#8217;aucune chute, aucune collision n&#8217;\u00e9puise, trouvant au contraire leur ressort dans la compression et l&#8217;impact. La danse, dans ces spectacles d&#8217;apocalypse \u00e9nerg\u00e9tique, est un mat\u00e9riau parmi d&#8217;autres. Impressionnante, virtuose, \u00e9puisante, certes, elle n&#8217;est pourtant pas le lieu premier du sens; fonctionnant sur des modes identifi\u00e9s de &#8221; production &#8220;, elle r\u00e9it\u00e8re le vocabulaire d\u00e9sormais standardis\u00e9 d&#8217;une certaine danse contemporaine, et fait du corps du danseur un \u00e9l\u00e9ment, un &#8221; instrument &#8221; comme on l&#8217;entend souvent dire&#8230;par les danseurs eux-m\u00eames. Les danseurs, d&#8217;ailleurs, se vivent de plus en plus comme les m\u00e9t\u00e9ores propuls\u00e9es par la loi d&#8217;un syst\u00e8me dont ils ne sont gu\u00e8re plus que des particules: la chor\u00e9graphie et son ma\u00eetre, le chor\u00e9graphe, dont les ann\u00e9es 80 ont fait un monarque absolu.<\/p>\n<p> <strong> Danseur &#8211; chor\u00e9graphe: une pol\u00e9mique replac\u00e9e sur le terrain artistique <\/strong><\/p>\n<p>Les d\u00e9bats qui s&#8217;\u00e9l\u00e8vent dans la profession depuis plusieurs ann\u00e9es, sur le manque de reconnaissance de l&#8217;interpr\u00e8te, le pouvoir excessif du chor\u00e9graphe, les droits (moraux et patrimoniaux) mal partag\u00e9s, l&#8217;ali\u00e9nation du danseur &#8211; \u00e9conomique autant qu&#8217;humaine &#8211; posent une pol\u00e9mique binaire assez improductive qui fait du chor\u00e9graphe un patron, et de l&#8217;interpr\u00e8te un travailleur exploit\u00e9. Arguant que les processus contemporains de cr\u00e9ation font souvent appel \u00e0 des mat\u00e9riaux gestuels produits par les danseurs, ceux-ci revendiquent d&#8217;\u00eatre reconnus comme &#8221; cr\u00e9ateurs &#8220;, voire m\u00eame co-auteurs de certaines pi\u00e8ces, ignorant qu&#8217;ainsi, ils sont les premiers \u00e0 d\u00e9valoriser le statut de l&#8217;interpr\u00e8te, pos\u00e9 comme &#8221; moins &#8221; cr\u00e9ateur, &#8221; moins &#8221; reconnu, &#8221; moins &#8221; identifi\u00e9 que l&#8217;auteur. Ces d\u00e9bats s&#8217;exercent principalement dans le cadre fragile des tentatives de mobilisation de la profession &#8211; qui rencontre une frappante difficult\u00e9 \u00e0 s&#8217;organiser &#8211; et saisissent rarement que le malaise v\u00e9cu par les danseurs est aussi, et peut-\u00eatre surtout, un malaise artistique; que le sentiment &#8221; d&#8217;exploitation &#8221; \u00e9conomique, tout \u00e0 fait r\u00e9el, est coh\u00e9rent, ou fait sympt\u00f4me, de ce que bien des pi\u00e8ces des ann\u00e9es 80 ont fait du danseur: un objet de fantasme, un \u00eatre irr\u00e9el qui n&#8217;est pas sans rapport, malgr\u00e9 la distance esth\u00e9tique, avec la ballerine romantique, ange-fant\u00f4me \u00e0 la sc\u00e8ne, femme facile \u00e0 la ville. Aussi, tandis que s&#8217;exacerbent, avec la crise \u00e9conomique, ces discussions sans fin sur l&#8217;origine de la douleur &#8211; car il s&#8217;agit bien de douleur, tant les danseurs sont, physiquement autant que moralement, continuellement bless\u00e9s &#8211; on voit appara\u00eetre d&#8217;autres r\u00e9ponses, artistiques cette fois. Depuis quelques ann\u00e9es, des interpr\u00e8tes, tout en continuant leur m\u00e9tier (contrairement \u00e0 la r\u00e8gle des ann\u00e9es 80 qui voulait que tout &#8221; danseur &#8221; devenait, un jour, &#8221; chor\u00e9graphe &#8220;, et que les deux statuts s&#8217;excluaient mutuellement), pensent la danse autrement. Certains se sont constitu\u00e9s en collectifs autour d&#8217;un projet: le Quatuor Knust a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par quatre danseurs qui, les premiers en France, se sont int\u00e9ress\u00e9s au r\u00e9pertoire de la danse moderne, et les Carnets Bagouet qui rassemblent les anciens interpr\u00e8tes de Dominique Bagouet, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1992, autour de la transmission de son oeuvre \u00e0 d&#8217;autres compagnies. D&#8217;autres investissent une forme s\u00e9minale de toute l&#8217;histoire de la modernit\u00e9: le solo, qui remet la danse au coeur de l&#8217;oeuvre, non plus comme &#8221; mat\u00e9riau &#8221; de la chor\u00e9graphie, mais comme lieu premier du travail du sens. Ainsi apparaissent des formes qui rendent inop\u00e9rante la pol\u00e9mique entre chor\u00e9graphe et danseur, et replacent la dialectique de la danse et de la chor\u00e9graphie sur un terrain artistique.<\/p>\n<p> <strong> Interpr\u00e8te &#8211; spectateur: un rapport ambivalent de s\u00e9duction  <\/strong><\/p>\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant dans ces nouveaux \u00e9v\u00e9nements est avant tout la transformation de rapports qui s&#8217;\u00e9taient fig\u00e9s: le rapport chor\u00e9graphe\/interpr\u00e8te, bien s\u00fbr, mais, aussi, \u00e0 travers lui, le rapport danseur\/public. Le spectateur des ann\u00e9es 80 a le regard et le corps \u00e9blouis par des spectacles d\u00e9bordants; il est habitu\u00e9 \u00e0 rebondir sur des corps quasi virtuels, guerriers, \u00e9clatants d&#8217;une virtuosit\u00e9 devenue pl\u00e9thorique. Ce rapport de s\u00e9duction &#8211; au double sens de d\u00e9sir et de possession &#8211; est un rapport ambivalent: le corps du danseur se construit autant pour r\u00e9pondre \u00e0 ce regard que le regard s&#8217;ajuste \u00e0 l&#8217;image qui lui est propos\u00e9e. Peut-\u00eatre est-ce pour cela que la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 des formes minimales.<\/p>\n<p> <strong> Virtuosit\u00e9 int\u00e9rieure qui travaille le sens \u00e0 sa source mouvement\u00e9e <\/strong><\/p>\n<p>Emmanuelle Huynh, brillante interpr\u00e8te des compagnies d&#8217;Herv\u00e9 Robbe et Odile Duboc, fut la premi\u00e8re \u00e0 oser cr\u00e9er un solo, M\u00f9a, dans une presque totale obscurit\u00e9. Position radicale ? Plut\u00f4t retour \u00e0 une question fondamentale de la danse: comment interagissent le geste du danseur et la perception du spectateur ? Comment l&#8217;un et l&#8217;autre refondent ou transforment des codes communs, comment le recours \u00e0 certaines conventions du spectacle et du mouvement conditionne le regard du spectateur, et r\u00e9ciproquement, comment la transformation de ce regard &#8211; ici par la p\u00e9nombre obligeant \u00e0 des modes de perception inhabituels, notamment la vision dite p\u00e9riph\u00e9rique &#8211; transforme le geste du danseur. Rachid Ouramdane, encore un interpr\u00e8te d&#8217;Herv\u00e9 Robbe et Odile Duboc, cr\u00e9e pour sa camarade de compagnie, Julie Nioche, un \u00e9tonnant solo: 3, avenue de l&#8217;Esp\u00e9rance, accompagn\u00e9 du seul bruit d&#8217;un papier de soie invisible gliss\u00e9 sous le collant sombre de la danseuse. Gestuelle stridente, danse creus\u00e9e aux angles et courbes amers, se rar\u00e9fiant jusqu&#8217;au point o\u00f9 le regard cherche, dans la quasi- obscurit\u00e9, les traces du souffle de la danseuse, ces deux solos (qui ne sont pourtant pas les deux seuls) pourraient bien devenir les embl\u00e8mes des danses de cette fin de d\u00e9cennie: rompus aux exploits de la technique (contrairement aux g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes) ces interpr\u00e8tes revisitent leurs corps savant, et en d\u00e9voilent les fondations. Ils reviennent \u00e0 ses profondeurs architecturales, font jouer en virtuoses ses ressorts non pas dans la figure spectaculaire, mais plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;initiale: l\u00e0 o\u00f9 les ruptures, les retournements, les changements abrupts de direction prennent leur origine, plut\u00f4t que l\u00e0 o\u00f9 ils trouvent leur plein \u00e9panouissement. Virtuosit\u00e9, donc, mais int\u00e9rieure, qui travaille le sens \u00e0 sa source mouvement\u00e9e plut\u00f4t que dans les formes rh\u00e9toriques du discours. Ainsi, alors qu&#8217;on nous promettait la fin de la cr\u00e9ation contemporaine, les danseurs reviennent \u00e0 la danse; dans des conditions infiniment plus difficiles qu&#8217;il y a une dizaine d&#8217;ann\u00e9es, ils rejouent le politique \u00e0 l&#8217;oeuvre dans leur corps et inventent, finement, une alternative aux pi\u00e8ges du pouvoir.n I. G.(A suivre)<\/p>\n<p>1. Le deuxi\u00e8me article, &#8221; D\u00e9placer le regard: nouvelles formes de repr\u00e9sentation &#8220;, sera publi\u00e9 dans le n\u00b0 32 de Regards, en f\u00e9vrier 1998.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Depuis les ann\u00e9es 80, la danse contemporaine a connu un d\u00e9veloppement exceptionnel. De nombreux chor\u00e9graphes et compagnies ont \u00e9nonc\u00e9 des esth\u00e9tiques riches et diverses. Un renouveau s&#8217;est fait jour. Une premi\u00e8re approche, en deux articles (1). <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-796","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/796","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=796"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/796\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=796"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=796"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=796"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}