{"id":7953,"date":"2014-09-24T13:59:54","date_gmt":"2014-09-24T11:59:54","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/moyen-orient-alain-gresh-nous7953\/"},"modified":"2023-06-23T23:17:56","modified_gmt":"2023-06-23T21:17:56","slug":"moyen-orient-alain-gresh-nous7953","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7953","title":{"rendered":"Alain Gresh : \u00ab Ceux qui pensent que l\u2019intervention militaire est une solution politique devraient r\u00e9fl\u00e9chir \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Sp\u00e9cialiste du Proche et du Moyen-Orient, Alain Gresh doute de la r\u00e9elle puissance de l&#8217;\u00c9tat islamique et redoute les cons\u00e9quences d&#8217;une nouvelle guerre \u2013 pour l&#8217;Irak et pour toute une r\u00e9gion d\u00e9chir\u00e9e par les int\u00e9r\u00eats locaux et internationaux.<\/p>\n<p><strong>Regards. Sommes-nous en train de voir exploser les fronti\u00e8res \u00e9tablies en 1916 d\u00e9finissant les contours de la Syrie et de l\u2019Irak ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alain Gresh.<\/strong> Je ne suis pas s\u00fbr\u2026 On peut toujours parler de l\u2019artificialit\u00e9 de ces fronti\u00e8res. C\u2019est vrai et relatif \u00e0 la fois. La r\u00e9gion m\u00e9sopotamienne est de longue date unifi\u00e9e et il existe une identit\u00e9 irakienne. Pouvons-nous revenir au point de d\u00e9part ? Ce n\u2019est pas certain. En tout cas, il y a bien un affaissement des \u00c9tats de la r\u00e9gion. C\u2019est manifeste avec l\u2019Irak, l\u2019Afghanistan, moins visible dans les r\u00e9gimes dictatoriaux comme l\u2019\u00c9gypte ou la Syrie. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette faiblesse des \u00c9tats, et bien avant le printemps arabe, on constatait que les \u00e9l\u00e9ments les plus dynamiques dans la r\u00e9gion \u00e9taient des forces non gouvernementales comme les talibans, le Hezbollah, le Hamas ou les milices kurdes. C\u2019est toute une r\u00e9gion qui est affaiblie par les guerres et les interventions \u00e9trang\u00e8res. Sans m\u00eame parler de la longue guerre Iran-Irak des ann\u00e9es 80, l\u2019Irak est en guerre avec des puissances \u00e9trang\u00e8res de fa\u00e7on quasi continue depuis trente ans et a subi dix ann\u00e9es d\u2019embargo. La guerre de 2003 a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9stabilisateur de trop : l\u2019\u00c9tat Irakien s&#8217;est effondr\u00e9. Cela devrait faire r\u00e9fl\u00e9chir ceux qui pensent que l\u2019intervention militaire est une solution politique. La guerre est de moins en moins consid\u00e9r\u00e9e comme une solution de derniers recours, mais de premi\u00e8re intention. Pourtant, on constate que m\u00eame quand il s\u2019agit d\u2019abattre un dictateur comme en Lybie ou en Irak, cela d\u00e9bouche sur des guerres civiles, l\u2019armement de milices, la diss\u00e9mination des armes.<\/p>\n<p><strong>Associez-vous ce recul des \u00c9tats avec la mont\u00e9e des conflits religieux ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il est difficile de d\u00e9finir la place de chaque facteur et leurs interactions. Il est certain que la division Sunnites \/ Chiites est pr\u00e9gnante et qu\u2019elle est manipul\u00e9e par les deux puissances r\u00e9gionales, l\u2019Iran et l\u2019Arabie saoudite. Ce sont moins les gouvernements qui jettent de l\u2019huile sur le feu que les cha\u00eenes satellitaires religieuses. Dans ces moments de recul des \u00c9tats, de violence et de guerre, les communaut\u00e9s ethnico-religieuses tendent \u00e0 prendre une place grandissante dans la vie de chacun. C\u2019est souvent aupr\u00e8s de sa communaut\u00e9 que l\u2019on recherche de la s\u00e9curit\u00e9. On peut aussi voir dans cette mont\u00e9e du facteur religieux l\u2019impact de l\u2019intervention am\u00e9ricaine. Est-ce par m\u00e9connaissance, pour faire \u00e9clater l\u2019\u00c9tat irakien ? En tout cas, ils voient l\u2019Irak comme un regroupement de communaut\u00e9s, chiite, sunnite, kurde\u2026 Et ils ont impos\u00e9 cette organisation. Difficile, dans ce contexte, de construire des propositions politiques par dessus cette partition simpliste. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque &#8220;communaut\u00e9&#8221;, il n\u2019y pas un seul point de vue, une seule strat\u00e9gie, et donc des jeux d\u2019alliances qui peuvent fluctuer.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Sans doute Obama pense-t-il qu\u2019il faut tenter de sauver quelque chose de l\u2019Irak. Il a bien raison de peser le pour et le contre \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Qui est EI, l\u2019\u00c9tat islamique ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>On gonfle la dangerosit\u00e9 d\u2019EI. Tout d\u2019abord ce n\u2019est pas un \u00c9tat. Il s\u2019agit tout au plus de 20.000 hommes en armes, regroup\u00e9s r\u00e9cemment. EI n\u2019est pas non plus une arm\u00e9e ; il ne poss\u00e8de pas d\u2019aviation, par exemple. Il est bas\u00e9 en Irak et s&#8217;est d\u00e9plac\u00e9 vers la Syrie. Il se nourrit des r\u00e9pressions successives, comme celle qui a fait de nombreuses victimes parmi les Sunnites d\u2019Irak en d\u00e9cembre 2013. Les Sunnites irakiens se sentent d\u00e9munis face \u00e0 la puissance iranienne. EI profite de ce vide et en fait sa force. Mais EI n\u2019a plus aucun soutien ext\u00e9rieur. M\u00eame l\u2019Arabie saoudite qui avait appuy\u00e9 une partie de l\u2019insurrection sunnite en Irak ne les soutient plus. EI conserve le soutien financier de fortunes du Golfe et une certaine complaisance turque, mais il ne poss\u00e8de plus aucun soutien \u00e9tatique : il est clairement devenu un danger pour tous les \u00c9tats qui redoutent l\u2019extension du djihadisme. EI a m\u00eame perdu l\u2019appui d\u2019Al-Qa\u00efda. EI et Al-Nosra se revendiquaient tous les deux de Al-Qa\u00efda avec des strat\u00e9gies diff\u00e9rentes vis-\u00e0-vis des Chiites. EI les prend pour cible. Al-Qa\u00efda condamne ces attaques et choisi donc de soutenir Al-Nosra au d\u00e9triment de EI, qui se retrouve d&#8217;autant plus isol\u00e9. En Irak, il n\u2019y a pas d\u2019autre voie que la solution politique pour int\u00e9grer l\u2019ensemble de la population dans le syst\u00e8me. Avec les derniers changement cosm\u00e9tiques au sommet de l\u2019\u00c9tat, on en est tr\u00e8s loin : le pouvoir reste celui des seuls Chiites et il s\u2019appuie sur les milices chiites.<\/p>\n<p><strong>On reste perplexe devant la grande coalition pour venir \u00e0 bout de ces 20.000 hommes. Quel sens a la rencontre sur l\u2019Irak organis\u00e9e par Paris le 15 septembre ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les plus r\u00e9ticents pour monter cette coalition internationale furent les Am\u00e9ricains et l\u2019administration Obama. Barack Obama a \u00e9t\u00e9 beaucoup attaqu\u00e9 pour ne pas \u00eatre intervenu plus t\u00f4t. Il est sous la pression des conservateurs et d\u2019Hillary Clinton. Ses alli\u00e9s du Golfe aussi se font pressants. Sans doute pense-t-il qu\u2019il faut tenter de sauver quelque chose de l\u2019Irak. Il redoute s\u00fbrement que le pouvoir tombe et se tourne vers l\u2019Iran. Il a bien raison de peser le pour et le contre. La France a, elle, jou\u00e9 les va-t-en guerre. \u00c0 mon avis pour des raisons de politique int\u00e9rieure et pour susciter l\u2019unit\u00e9 nationale. Mais la coalition n\u2019enverra pas de soldats sur le terrain. Obama y est fermement oppos\u00e9. Il sait qu\u2019en dix ans et avec 100.000 hommes sur place, les Am\u00e9ricains ne sont pas parvenus \u00e0 fixer la situation. Ce relatif \u00e9loignement des Am\u00e9ricains a pour cons\u00e9quence de revaloriser la place des acteurs r\u00e9gionaux. Cela permettra que l\u2019on puisse voir chaque conflit comme des divergences entre puissances r\u00e9gionales et non comme la relance d\u2019une nouvelle guerre froide. Le possible accord avec les Iraniens sur la question du nucl\u00e9aire serait, de ce point de vue, un pas de plus tr\u00e8s substantiel. <\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Il y a une certaine d\u00e9sesp\u00e9rance apr\u00e8s l\u2019espoir de 2011 \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Et donc, quels sont les int\u00e9r\u00eats des puissances r\u00e9gionales ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Arabie saoudite et les \u00c9tats du Golfe veulent un changement \u00e0 Bagdad. Mais pour eux, le renversement d&#8217;Assad est essentiel : ils se sont trop engag\u00e9s en ce sens pour faire marche arri\u00e8re. Leur politique est <em>\u00ab inflexion en Irak ; changement en Syrie \u00bb<\/em>.  L\u2019Iran, qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 convi\u00e9e \u00e0 Paris, veut l\u2019inverse. L\u2019autre grand acteur r\u00e9gional, la Turquie, ne participera pas \u00e0 la coalition. Sans doute pour des raisons conjoncturelles : un consul et quarante ressortissants turcs sont retenus en otage par l&#8217;\u00c9tat islamique. La Turquie est engag\u00e9e en faveur du renversement du pouvoir syrien et elle a beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9bellion en laissant ses fronti\u00e8res poreuses. Elle veut d\u00e9sormais les fermer car elle craint des attentats sur son sol. La question kurde d\u00e9termine aussi le r\u00e9gime d\u2019Ankara. Les Kurdes veulent un \u00c9tat le plus \u00e9tendu possible. C\u2019est leur seul objectif : ils ont accueilli les chr\u00e9tiens, mais ne les ont pas d\u00e9fendus. La force dynamique parmi les Kurdes, qui connaissent aussi des divisions internes, est constitu\u00e9e par les militants marxistes du PKK. Et la Turquie n\u2019entend absolument pas n\u00e9gocier avec eux. <\/p>\n<p><strong>Ces enjeux de puissance nous \u00e9loignent de tout projet politique\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience du Liban montre que les objectifs politiques s\u2019effondrent dans les guerres civiles. La politique ne s\u2019invente pas dans la guerre. Nous entrons dans des d\u00e9cennies d\u2019affrontement. Il y a une certaine d\u00e9sesp\u00e9rance apr\u00e8s l\u2019espoir de 2011. Mais les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents lors du printemps arabe restent pr\u00e9sents, en particulier le dynamisme de la jeunesse, quand bien m\u00eame, partout, les vieux tentent de le confisquer.<\/p>\n<p><strong>La Palestine continue-t-elle d\u2019\u00eatre un vecteur politique, d\u2019identification et de lutte, pour tous ces peuples ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il devient clair qu\u2019il n\u2019y a plus de projet palestinien. Ni la cr\u00e9ation de deux \u00c9tats palestinien et isra\u00e9lien, ni l\u2019\u00c9tat unique binational ne paraissent cr\u00e9dibles. Pourtant, la question palestinienne reste un enjeu symbolique puissant. On l\u2019a vu encore cet \u00e9t\u00e9 avec les mouvements de solidarit\u00e9, en particulier sur les r\u00e9seaux sociaux, en faveur des Gazaouis. Un g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain ne dit pas autre chose en d\u00e9clarant : <em>\u00ab La non solution du conflit palestinien fait chez nous des dizaines de morts. \u00bb<\/em> La question palestinienne reste un ferment de mobilisation et d\u2019engagement, une cause qui rassemble la diversit\u00e9 de la jeunesse et qui provoque des rapprochements durables.<\/p>\n<p><em>Entretien extrait du e-mensuel de<\/em> Regards <em>de septembre.<\/em><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7953 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/gresh-interview-df9.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/gresh-interview-df9-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"gresh-interview.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sp\u00e9cialiste du Proche et du Moyen-Orient, Alain Gresh doute de la r\u00e9elle puissance de l&#8217;\u00c9tat islamique et redoute les cons\u00e9quences d&#8217;une nouvelle guerre \u2013 pour l&#8217;Irak et pour toute une r\u00e9gion d\u00e9chir\u00e9e par les int\u00e9r\u00eats locaux et internationaux.<\/p>\n","protected":false},"author":464,"featured_media":20721,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[293,417],"class_list":["post-7953","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-entretien","tag-syrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7953","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/464"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7953"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7953\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20721"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7953"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7953"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7953"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}