{"id":7952,"date":"2014-09-23T10:50:43","date_gmt":"2014-09-23T08:50:43","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ferme-des-1-000-vaches-la-negation7952\/"},"modified":"2023-06-23T23:17:56","modified_gmt":"2023-06-23T21:17:56","slug":"ferme-des-1-000-vaches-la-negation7952","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7952","title":{"rendered":"Ferme des 1.000 vaches : \u00ab La n\u00e9gation pure et simple de notre m\u00e9tier \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Malgr\u00e9 les mobilisations, la ferme laiti\u00e8re des 1.000 vaches, grand projet d&#8217;\u00e9levage industriel, a re\u00e7u ses premi\u00e8res b\u00eates. Porte-parole de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne, Laurent Pinatel explique un conflit qui pr\u00e9figure l&#8217;avenir du mod\u00e8le agricole fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>\u00c0 Drucat dans la Somme, les premiers animaux, environ 150, sont arriv\u00e9s sous escorte polici\u00e8re samedi 13 septembre \u00e0 cinq heures du matin sur le site de l&#8217;immense \u00e9levage laitier. \u00c0 terme, celui-ci doit en accueillir au moins 850 de plus. D&#8217;une ampleur in\u00e9dite en France, le projet est contest\u00e9 depuis trois ans par l&#8217;association d&#8217;habitants Novissen et par les syndicalistes agricoles de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne. Ces derniers y voient une menace pour l&#8217;environnement, pour le bien-\u00eatre animal et la sant\u00e9 des citoyens, mais aussi pour l&#8217;avenir de l&#8217;agriculture fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Les opposants ont imm\u00e9diatement organis\u00e9 le blocus du site, lev\u00e9 le 16 septembre \u00e0 l&#8217;issue d&#8217;une r\u00e9union au minist\u00e8re de l&#8217;Agriculture qui les a vus obtenir quelques concessions. <em>\u00ab Ce projet ne correspond pas au mod\u00e8le d\u2019exploitation promu par le ministre dans la loi d\u2019avenir pour l\u2019agriculture \u00bb<\/em> (laquelle vient d&#8217;\u00eatre adopt\u00e9e par l&#8217;Assembl\u00e9e), a d\u00e9clar\u00e9 Le directeur de cabinet de St\u00e9phane Le Foll. Pour autant, dans un contexte qui verra dispara\u00eetre les quotas laitiers, en vigueur depuis 1984, d&#8217;ici quelques mois, toutes les conditions semblent r\u00e9unies pour que cette r\u00e9volution industrielle de l&#8217;\u00e9levage ait bien lieu. <\/p>\n<p><em>Regards<\/em> s&#8217;est d\u00e9plac\u00e9 dans la Somme, \u00e0 la rencontre des acteurs du conflit, pour un reportage qui figure dans notre <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/regards-numero-d-automne,7919\">num\u00e9ro d&#8217;automne<\/a> et que nous compl\u00e9tons par cet entretien avec le porte-parole de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne, Laurent Pinatel.<\/p>\n<p><strong>Regards. Pour quelles raisons la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne s&#8217;oppose-t-elle au projet de ferme industrielle des &#8220;1.000 vaches&#8221; ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Laurent Pinatel.<\/strong> Ce projet repr\u00e9sente l&#8217;exact oppos\u00e9 de ce que nous revendiquons. D&#8217;abord, il y a la question de la financiarisation de l&#8217;agriculture, avec l&#8217;apport de capitaux ext\u00e9rieurs \u00e0 la profession. Michel Ramery, le promoteur du projet, est un entrepreneur du BTP. Il y met beaucoup l&#8217;argent, et exigera, en contrepartie, une forte rentabilit\u00e9 \u00e9conomique. Une autre question est celle de l&#8217;accaparement des terres. Dans certains secteurs, des jeunes cherchent \u00e0 l&#8217;installer comme agriculteurs, mais il n&#8217;y a pas de terres disponibles. Avec les 1.000 vaches, on se retrouve avec un projet qui va mobiliser jusqu&#8217;\u00e0 3.000 hectares \u00e0 lui tout seul. Ensuite, la concentration animale. Dans un \u00e9levage plus classique, par exemple avec une trentaine de vaches, quand il y un coup de grippe, les trente peuvent tomber malade. Cela a des incidences sur la production. Avec mille vaches, je ne pense pas qu&#8217;ils vont prendre un tel risque. On peut imaginer un recours \u00e0 la vaccination syst\u00e9matique, \u00e0 un usage plus pouss\u00e9 des antibiotiques.<\/p>\n<p><strong>Sur le plan social, la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne y voit l&#8217;assurance d&#8217;une <em>\u00ab disparition programm\u00e9e du m\u00e9tier de paysan \u00bb<\/em>. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;un des objectifs du projet est de rationaliser les charges. Et rationaliser les charges, c&#8217;est rationaliser l&#8217;emploi. Le projet pr\u00e9voit, au total, l&#8217;\u00e9quivalent de dix-huit salari\u00e9s, m\u00e9thaniseur compris [[Sur la question du m\u00e9thaniseur industriel, voir notre reportage dans <em>Regards<\/em> n\u00b032, actuellement dans les kiosques.]]. Soit une dizaine de postes sur la production laiti\u00e8re. Tandis que des fermes classiques n\u00e9cessiteraient une quarantaine d&#8217;emplois pour exploiter autant d&#8217;animaux. Cela fait quand m\u00eame de la casse&#8230; Fran\u00e7ois Rebsamen [ministre du Travail, ndlr] \u00e9tait il y a peu \u00e0 la radio pour r\u00e9affirmer qu&#8217;il faut <em>\u00ab endiguer le ch\u00f4mage \u00bb<\/em>. Il y a quand m\u00eame un souci, l\u00e0 ! Sans compter qu&#8217;il s&#8217;agira d&#8217;emplois peu qualifi\u00e9s et sous-pay\u00e9s.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Officiellement tout le monde \u00e9tait contre, mais dans les faits rien ne bougeait \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Selon les promoteurs de la ferme, l&#8217;objectif ne serait pas de casser les prix sur le march\u00e9 du lait, mais de r\u00e9duire les co\u00fbts de production pour am\u00e9liorer les marges et mieux r\u00e9mun\u00e9rer les producteurs. Cet argument vous semble-t-il cr\u00e9dible ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Michel Welter [le directeur des 1.000 vaches, ndlr] n&#8217;a cess\u00e9 de raconter dans la presse qu&#8217;il pouvait descendre \u00e0 un prix de revient de 25 centimes le litre de lait. Dans la majorit\u00e9 des r\u00e9gions fran\u00e7aises, on ne peut pas s&#8217;en sortir \u00e0 moins de 34 centimes le litre. Dans ces conditions, il ne faut pas imaginer que les clients des 1.000 vaches vont accepter de payer le litre \u00e0 34 centimes ! Le prix du lait, en France, sera d\u00e9termin\u00e9 par la ferme, en fonction de ce que Michel Ramery pourra accepter comme prix, et non dans le cadre de l&#8217;inter-profession ou de n\u00e9gociations \u00e9largies. \u00c0 la suite de l&#8217;embargo russe sur les importations de lait, les prix ont commenc\u00e9 \u00e0 baisser. Avec les co\u00fbts de production annonc\u00e9s, la ferme des 1.000 vaches traversera mieux les crises de ce type que les exploitations de taille plus restreinte. Les coop\u00e9ratives laiti\u00e8res et les industries de transformation vont nous dire : <em>\u00ab Si lui peut produire \u00e0 ce prix, alors structurez-vous \u00e9galement pour faire des fermes plus comp\u00e9titives et passer les crises \u00e0 des prix d\u00e9fiant toute concurrence. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p><strong>Le 28 mai 2014, des militants de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne ont entrepris le &#8220;d\u00e9montage&#8221; de certaines pi\u00e8ces sur la machine de traite des 1.000 vaches. Pourquoi avoir d\u00e9cid\u00e9 une telle op\u00e9ration ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Sur ce dossier, nous avons beaucoup interpell\u00e9 les pouvoirs publics. Sans r\u00e9sultat. On sentait une sorte de black-out, personne ne voulait en parler. Nous avons donc men\u00e9 une premi\u00e8re action sur le chantier de la ferme, le 12 septembre 2013. Suivie, le lendemain, d&#8217;une occupation du si\u00e8ge social de l&#8217;entreprise Ramery. \u00c0 partir de cette date, l&#8217;\u00e9cho m\u00e9diatique a \u00e9t\u00e9 plus important, et St\u00e9phane Le Foll [ministre de l&#8217;Agriculture, ndlr] a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 sur la question par les journalistes et les parlementaires. Apr\u00e8s cela, officiellement tout le monde \u00e9tait contre, mais dans les faits rien ne bougeait. Nous avons r\u00e9occup\u00e9 la ferme, le 17 janvier. Nous avons rencontr\u00e9 C\u00e9cile Duflot, alors ministre du Logement et de l\u2019\u00c9galit\u00e9 des territoires, et Philippe Martin, le ministre de l\u2019\u00c9cologie. Toujours sans r\u00e9sultat significatif. Nous avons continu\u00e9 d\u2019interpeller St\u00e9phane Le Foll, en lui disant :<em> \u00ab Ce mod\u00e8le ne vous convient pas, la loi d&#8217;avenir agricole est en cours de discussion au Parlement, c&#8217;est donc le moment d&#8217;arr\u00eater les 1.000 vaches. \u00bb <\/em> Aucune r\u00e9ponse. Donc cette fois, Nous avons pris nos responsabilit\u00e9s, et voulu poser des actes, amener un d\u00e9bat public qui jusque-l\u00e0 n&#8217;existait pas.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Pas de volont\u00e9 de sortir du mod\u00e8le agricole issu de plusieurs d\u00e9cennies d&#8217;agriculture intensive \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Quels ont \u00e9t\u00e9 les cons\u00e9quences de cette action ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Symboliquement, nous avons remis des pi\u00e8ces de la machine \u00e0 St\u00e9phane Le Foll, en lui disant :<em> \u00ab Monsieur le ministre, maintenant il y a deux solutions : soit vous rendez ces pi\u00e8ces \u00e0 Michel Ramery, et il continue son exploitation ; soit vous gardez ces pi\u00e8ces, et il arr\u00eate. A vous de choisir. \u00bb<\/em> C&#8217;est alors qu&#8217;est apparu un nouveau discours. Ce n&#8217;\u00e9tait plus mille vaches, mais cinq cents vaches [[Ndlr : le premier permis d&#8217;exploitation d\u00e9livr\u00e9 par la pr\u00e9fecture est limit\u00e9 \u00e0 500 vaches.]]. Mais la structure a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour 1.000 vaches et 750 g\u00e9nisses, ce qui laisse penser qu&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;une limitation tr\u00e8s provisoire. Et puis, on a senti qu&#8217;on avait tap\u00e9 o\u00f9 il ne fallait pas. La r\u00e9pression qui s&#8217;abat sur nous est incroyable, on sent qu&#8217;il y a une volont\u00e9 de casser la contestation [[Suite au d\u00e9montage, cinq personnes, dont Laurent Pinatel, ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es en garde \u00e0 vue. Le proc\u00e8s, qui a \u00e9t\u00e9 report\u00e9 apr\u00e8s une premi\u00e8re audience, doit avoir lieu le 28 octobre au tribunal correctionnel d&#8217;Amiens.]]. Au niveau parlementaire, le 1er juillet, c&#8217;est-\u00e0-dire le m\u00eame jour que la premi\u00e8re audience au tribunal correctionnel d&#8217;Amiens, Barbara Pompili, d\u00e9put\u00e9e de la Somme, est intervenue \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale pour demander \u00e0 St\u00e9phane Le Foll d&#8217;arr\u00eater le projet. En r\u00e9ponse, il l&#8217;a litt\u00e9ralement envoy\u00e9e balader, en lui r\u00e9pondant sur un ton totalement ind\u00e9cent. Nous, nous avons l&#8217;habitude ; il nous parle toujours comme \u00e7a. Mais l\u00e0&#8230; Il y a un vrai probl\u00e8me de d\u00e9bat d\u00e9mocratique (voir la <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x20mb04_ferme-des-1.000-vaches_news#from=embediframe\">vid\u00e9o de l&#8217;intervention de Barbara Pompili<\/a>, ainsi que la r\u00e9ponse de St\u00e9phane Le Foll).<\/p>\n<p><strong>Au del\u00e0 des intentions, quel regard portez-vous sur le contenu des d\u00e9bats sur la loi d\u2019avenir pour l\u2019agriculture, l\u2019alimentation et la for\u00eat ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;esprit annonc\u00e9 pour cette loi, c&#8217;\u00e9tait de promouvoir l&#8217;agro-\u00e9cologie, avec des groupements d&#8217;int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et environnementaux, des &#8220;GI2E&#8221;. L&#8217;id\u00e9e paraissait int\u00e9ressante. En fait, on s&#8217;est aper\u00e7u que cela manquait de contenu. Nous partageons le constat initial. Il faut d\u00e9poussi\u00e9rer l&#8217;agriculture, son fonctionnement. Beaucoup de choses ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es, mais tout a \u00e9t\u00e9 minimis\u00e9. Nous aurions souhait\u00e9 une loi pour mettre en route la recherche d&#8217;un autre mod\u00e8le agricole. Avec un accompagnement, des mesures \u00e9conomiques, financi\u00e8res, techniques, la formation des paysans. Avec l&#8217;id\u00e9e de prendre les gens o\u00f9 ils en sont aujourd&#8217;hui, c&#8217;est-\u00e0-dire parfois dans des syst\u00e8mes tr\u00e8s intensifs, et de r\u00e9orienter les syst\u00e8mes vers des productions plus respectueuses de l&#8217;environnement, qui cr\u00e9ent de la valeur ajout\u00e9e et moins de d\u00e9pendance \u00e9conomique. \u00c7a ne sera pas pour cette fois. Il n&#8217;y avait pas de volont\u00e9 de sortir du mod\u00e8le agricole issu de plusieurs d\u00e9cennies d&#8217;agriculture intensive.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab L&#8217;agriculture industrielle avance syst\u00e9matiquement sur l&#8217;agriculture paysanne. L&#8217;une est pr\u00e9datrice de l&#8217;autre \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Vers quel type de mod\u00e8le agricole le gouvernement entend-t-il, selon-vous, nous amener ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Je pense que St\u00e9phane Le Foll est sur la ligne d&#8217;une dualit\u00e9 de l&#8217;agriculture. C&#8217;est-\u00e0-dire un syst\u00e8me de production et d&#8217;exportation en volume, de type industriel. Et \u00e0 c\u00f4t\u00e9, un syst\u00e8me &#8220;vitrine&#8221;, en quelque sorte, avec une agriculture relocalis\u00e9e, des produits de qualit\u00e9 pour les march\u00e9s locaux. Les deux agricultures devraient alors cohabiter. De notre c\u00f4t\u00e9, nous consid\u00e9rons que ce projet n&#8217;est pas viable. En effet, l&#8217;agriculture industrielle avance syst\u00e9matiquement sur l&#8217;agriculture paysanne. L&#8217;une est pr\u00e9datrice de l&#8217;autre. L&#8217;agriculture industrielle capte beaucoup plus de soutien public. Plus on est intensif, plus on touche. Plus on a de surface, plus on touche. Tandis que les petites fermes sont dans une logique de survie, elles r\u00e9sistent. La Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne estime que l&#8217;agriculture est un marqueur fort de la soci\u00e9t\u00e9 ; elle doit \u00eatre porteuse d&#8217;emplois, tandis que le syst\u00e8me industriel va litt\u00e9ralement &#8220;bouffer&#8221; les petites fermes. Un jour, St\u00e9phane Le Foll me dit :<em> \u00ab Quand je suis entr\u00e9 au PS, il y a avait un million de paysans, aujourd&#8217;hui il n&#8217;y en a plus que 400.000. C&#8217;est comme \u00e7a. \u00bb<\/em> Et bien non, quand on est ministre, il faut avoir de l&#8217;ambition ! On ne sent pas de projet politique. On n&#8217;entend parler que de l&#8217;export&#8230; Mais les prix du lait se cassent imm\u00e9diatement la figure \u00e0 cause de l&#8217;embargo russe. Voil\u00e0 ce que c&#8217;est, l&#8217;export !<\/p>\n<p><strong>Quelles sont pour vous les causes de cette situation, qui a vu fondre le nombre d&#8217;agriculteurs ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les politiques successives ont \u00e9t\u00e9 conduites selon des orientations toujours plus lib\u00e9rales. Progressivement, on a fait \u00e9clater les quotas laitiers, qui vont \u00eatre d\u00e9finitivement supprim\u00e9s le 1er avril 2015. On a laiss\u00e9 augmenter la production, en accordant des rallonges. Individuellement, les producteurs se disaient : <em>\u00ab G\u00e9nial, je vais pouvoir produire un peu plus. \u00bb<\/em> Sauf que c&#8217;est un march\u00e9 d&#8217;\u00e9quilibre, donc le surplus a fait baisser les cours. Au milieu des ann\u00e9es 90, il y avait environ 150.000 producteurs de lait en France. Aujourd&#8217;hui, on est en train de passer sous la barre des 70.000. On concentre, on concentre. Et dans le m\u00eame temps, la production laiti\u00e8re augmente ! Ce sont les politiques publiques qui poussent dans cette direction. On d\u00e9r\u00e9gule, on laisse le march\u00e9 organiser le fonctionnement du secteur.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Si l&#8217;on r\u00e9oriente les ressources de la PAC, on peut changer le cours des choses \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Que pr\u00f4nez-vous face au mod\u00e8le de concentration et d&#8217;intensification de l&#8217;\u00e9levage ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Comment peut-on sortir de cette situation par le haut ? R\u00e9ponse possible : la PAC, c&#8217;est dix milliards d&#8217;euros. Si l&#8217;on r\u00e9oriente l&#8217;utilisation de ces ressources, on peut changer le cours des choses. Pour nous, la politique \u00e0 mener consiste \u00e0 favoriser le mod\u00e8le des petites et moyennes exploitations. Il faut limiter les aides accord\u00e9es \u00e0 un certain seuil. Aujourd&#8217;hui, les plus intensifs ont des aides \u00e0 l&#8217;hectare qui peuvent monter jusqu&#8217;\u00e0 900 euros, tandis que les moins intensifs re\u00e7oivent autour de 100 euros. L&#8217;id\u00e9e serait de faire converger ces montants. Certains y perdraient ; une solution serait de leur verser des montants \u00e9quivalents, mais \u00e0 condition qu&#8217;ils changent leurs pratiques. Autrement dit : <em>\u00ab Vous arr\u00eatez le ma\u00efs et le soja avec pesticides, vous passez sur de l&#8217;herbager et on vous aide \u00e0 changer de syst\u00e8me. \u00bb<\/em> \u00c7a ne co\u00fbterait rien de plus, mais l&#8217;impact environnemental et social serait consid\u00e9rable.<\/p>\n<p><strong>Votre organisation avance un mod\u00e8le qu&#8217;elle qualifie d&#8217;<em>\u00ab agriculture paysanne \u00bb<\/em>. Pourriez-vous pr\u00e9ciser cette notion ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au del\u00e0 des dimensions techniques, c&#8217;est un projet d&#8217;essence politique, centr\u00e9 sur l&#8217;autonomie. Comment peut-on rendre les producteurs plus autonomes ? En termes d&#8217;approvisionnement, d&#8217;abord. Limiter ou supprimer les achats de foin, de soja. Ensuite, diriger sa ferme soi m\u00eame. Ne plus \u00eatre d\u00e9pendant du banquier, ou de l&#8217;industriel. Il s&#8217;agit d&#8217;\u00eatre autonome dans ses d\u00e9cisions, de se r\u00e9approprier son m\u00e9tier. Les gens qui travaillent essentiellement avec des syst\u00e8mes herbagers utilisent moins d&#8217;engrais, moins de pesticides ; ce sont des syst\u00e8mes qui permettent de limiter la d\u00e9pendance des paysans vis-\u00e0-vis de l&#8217;agro-industrie. Il s&#8217;agit, enfin, de recr\u00e9er du lien avec les citoyens, ainsi qu&#8217;avec les territoires, dont la vitalit\u00e9 peut \u00eatre influenc\u00e9e de mani\u00e8re tr\u00e8s positive par l&#8217;activit\u00e9 paysanne.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7952 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/1000-vaches-infographie-13b.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/1000-vaches-infographie-13b-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"1000-vaches-infographie.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malgr\u00e9 les mobilisations, la ferme laiti\u00e8re des 1.000 vaches, grand projet d&#8217;\u00e9levage industriel, a re\u00e7u ses premi\u00e8res b\u00eates. Porte-parole de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne, Laurent Pinatel explique un conflit qui pr\u00e9figure l&#8217;avenir du mod\u00e8le agricole fran\u00e7ais.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":20719,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[293],"class_list":["post-7952","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-entretien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7952","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7952"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7952\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20719"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7952"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7952"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7952"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}