{"id":795,"date":"1998-01-01T00:00:00","date_gmt":"1997-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/edouard-pignon795\/"},"modified":"1998-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-12-31T23:00:00","slug":"edouard-pignon795","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=795","title":{"rendered":"Edouard Pignon"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;un des plus riches de France, le mus\u00e9e des Beaux-Arts de Lille, r\u00e9nov\u00e9 apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de travaux, propose une premi\u00e8re exposition temporaire de l&#8217;oeuvre d&#8217;Edouard Pignon (1905-1993). <\/p>\n<p>Le parti pris mus\u00e9ographique de cette exposition se veut \u00e0 la fois historique et critique. La grande salle, originalit\u00e9 du lieu, m\u00e9nage une s\u00e9rie de murets blancs en son centre, comme autant de cimaises en pointill\u00e9s, si bien que l&#8217;on circule dans cette aire \u00e0 coups d&#8217;angles morts, de faces cach\u00e9es, de perspectives d\u00e9rob\u00e9es, comme des raccourcis temporels qui oblit\u00e8rent une partie de l&#8217;oeuvre. Les diff\u00e9rentes \u00e9poques de l&#8217;oeuvre du peintre s&#8217;y d\u00e9clinent de mani\u00e8re toutefois lin\u00e9aire, depuis les Meetings et l&#8217;Ouvrier mort jusqu&#8217;aux Dames du soleil (1983-1984).<\/p>\n<p>&#8221; Je veux faire rendre gorge \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 &#8220;, disait Pignon. Il a sa fa\u00e7on de la m\u00e2cher, d&#8217;une pupille vorace dans l&#8217;oeil dent\u00e9 qui la saisit pour la restituer en ses mille diffractions de sens, de couleurs, de mouvement, de temps en elle suspendu. Cette peinture saute aux yeux. A la gorge ? Voyez la s\u00e9rie &#8221; Combats de coq &#8220;: une vaste vol\u00e9e de plumes et d&#8217;ergots, guett\u00e9e par un noir de mort, menace d&#8217;implosion l&#8217;alentour imm\u00e9diat. C&#8217;est beau comme une grenade d\u00e9goupill\u00e9e. Et ce Guerrier angoiss\u00e9, issu de la s\u00e9rie des &#8221; T\u00eates de guerrier &#8220;, qui nous propose un visage faunesque, cheveux en ceps de vigne, la bouche carnassi\u00e8re semant ses dents \u00e0 l&#8217;envi au-del\u00e0 de son contour improbable ! Sorties de leur enclos, ces dents ont figure de territoires vus d&#8217;en haut. Le peintre joue ici d&#8217;une homonymie des formes \u00e0 \u00e9chelles variables, si bien que, pour reprendre les mots de Francastel \u00e0 propos d&#8217;une de ses toiles, nous avons l\u00e0 &#8221; une vue planante sur un espace ouvert &#8220;. Le terme s&#8217;applique \u00e9galement \u00e0 la s\u00e9rie des Plongeurs (1962-1986), th\u00e8me qui, avec les Nus g\u00e9ants, occupera les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es de la vie de l&#8217;artiste. Il tente alors, \u00e0 l&#8217;encontre de la fixation photographique, d&#8217;accumuler les d\u00e9tails &#8211; et les secondes du vol plan\u00e9 &#8211; d&#8217;une \u00e9chine osseuse aux jambes multiples, en plein saut, vers un vide sectionn\u00e9 de couleurs. Captation du mouvement peint, \u00e9tonnante distension de l&#8217;\u00e9cran plastique. Dans son livre, la Qu\u00eate de la r\u00e9alit\u00e9, Edouard Pignon \u00e9crit: &#8221; Les mouvements que mes personnages font, je les fais aussi.&#8221; En cela, la s\u00e9rialit\u00e9, dont il est adepte d\u00e8s ses tout d\u00e9buts de peintre, joue a contrario de l&#8217;usage courant. Elle se donne non comme des points de vue diff\u00e9rents sur un m\u00eame sujet, mais comme la totalisation d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 multiple en son mode d&#8217;apparition.&#8221; Une s\u00e9rie, pr\u00e9cise-t-il, c&#8217;est une s\u00e9rie de d\u00e9marches pour conna\u00eetre &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> La s\u00e9rialit\u00e9 comme totalisation d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 multiple <\/strong><\/p>\n<p>Ce peintre de l&#8217;inclassable, bien pr\u00e9sent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 charg\u00e9e de son \u00e9poque, se coltine le r\u00e9el en acte. Il en tente la redistribution \u00e0 la mesure de perceptions inou\u00efes. Mais il nous appartient d&#8217;interroger le d\u00e9sir qui le pousse. Ainsi la s\u00e9rie des Maternit\u00e9s prend-elle racine dans une double origine: la photographie d&#8217;un journal &#8211; Pignon, qui a fourni des illustrations au premier Regards, celui des ann\u00e9es 30, touche de pr\u00e8s \u00e0 cette technique &#8211; o\u00f9 l&#8217;on voit une m\u00e8re espagnole avec son enfant mort sur les genoux et la Naissance de la Vierge de Signorelli. Dans ce bras au fusain, p\u00e8sent le poids du petit, tendresse enveloppante, mais en m\u00eame temps la douleur indicible de l&#8217;avoir t\u00f4t perdu. R\u00e9side ainsi dans son oeuvre la projection d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 multiple, laquelle totalise ce qui nous \u00e9chappe. L&#8217;exposition se conclut, en majest\u00e9, sur les Nus et les Nus g\u00e9ants qui obs\u00e9deront l&#8217;ultime palette de l&#8217;artiste. Ces oeuvres se concentrent autour de &#8221; la forme lumi\u00e8re &#8220;. De facture extr\u00eamement libre, ces Nus ne sont pas sans rappeler ceux de Matisse, que l&#8217;auteur go\u00fbte plus que tout. Il ressaisit ici le mouvement des corps alanguis m\u00eame si la surface est quasi envahie par une couleur \u00e0 couper au couteau, dense, irradiante, o\u00f9 le sein et l&#8217;oeil red\u00e9coupent l&#8217;espace autour d&#8217;eux, lorsqu&#8217;ils ne sont pas regard masqu\u00e9, cach\u00e9 derri\u00e8re cette rude stridence. La toile a des allures de grande flamb\u00e9e, se consume de l&#8217;int\u00e9rieur, dans un \u00e9lan d&#8217;autant plus path\u00e9tique que l&#8217;on sait le peintre alors atteint, depuis peu, d&#8217;un d\u00e9but de c\u00e9cit\u00e9.n M. S.<\/p>\n<p> <strong> Edouard Pignon, r\u00e9trospective, Palais des Beaux-Arts de Lille, jusqu&#8217;au 1er mars 1998. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Commissaires de l&#8217;exposition: Didier Schulmann, conservateur au Mus\u00e9e national d&#8217;art moderne de Paris et Philippe Bouchet, auteur du beau catalogue raisonn\u00e9 de l&#8217;artiste. <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;un des plus riches de France, le mus\u00e9e des Beaux-Arts de Lille, r\u00e9nov\u00e9 apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de travaux, propose une premi\u00e8re exposition temporaire de l&#8217;oeuvre d&#8217;Edouard Pignon (1905-1993). <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-795","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/795","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=795"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/795\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=795"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=795"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}