{"id":793,"date":"1998-01-01T00:00:00","date_gmt":"1997-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/maurice-roche793\/"},"modified":"1998-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-12-31T23:00:00","slug":"maurice-roche793","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=793","title":{"rendered":"Maurice Roche"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Maurice Roche, rendez-vous posthume<strong> D\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 19 juillet 1997, Maurice Roche est l&#8217;un des \u00e9crivains contemporains les plus importants. Viennent de sortir deux livres, qu&#8217;il avait achev\u00e9s. Vrais testaments apr\u00e8s son Testament de 1979. <\/strong><\/p>\n<p>Voici donc Maurice Roche entr\u00e9 en post\u00e9rit\u00e9. Avec deux livres: (Un petit rien-du-tout tout neuf pli\u00e9 dans une feuille de persil) et (Grande Humoresque opus 27). Ne serait-ce pas une facilit\u00e9 que de consid\u00e9rer la mort comme l&#8217;un des th\u00e8mes majeurs de l&#8217;auteur de Camar (a) de ? Bien s\u00fbr, le titre de Grande Humoresque &#8211; que nous nommerons GH &#8211; se situe encore sur ce terrain si l&#8217;on veut interpr\u00e9ter le mot cr\u00e9\u00e9 en l&#8217;inclinant plus du c\u00f4t\u00e9 des &#8221; humeurs &#8221; (Roche n&#8217;oublie jamais qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudiant en m\u00e9decine) que de celui de l&#8217;humour, m\u00eame si l&#8217;\u00e9crivain jongle en permanence entre ces deux topologies. N&#8217;essaie-t-il pas, plut\u00f4t, de faire rendre gorge au langage, de lui faire dire de la r\u00e9alit\u00e9 ce qu&#8217;il aurait pour fonction, en derni\u00e8re analyse, de masquer ? Par l\u00e0, faire ressortir la trag\u00e9die humaine, qu&#8217;un Sartre nommerait libert\u00e9 et que Maurice Roche tente de traquer, avec un r\u00e9sultat toujours diff\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Des questions ouvertes pour lecteurs courageux <\/strong><\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il donc de &#8221; l&#8217;aigresistence &#8221; (M\u00e9moire, 1976, p.81) ? &#8221; qu&#8217;eSt-ce QUE LETTrE ? &#8221; (Macabr\u00e9, 1979, p. XXVIII). Interrogations r\u00e9currentes, sans fin peut-\u00eatre sinon celle de la mat\u00e9rialit\u00e9 du corps. C&#8217;est justement la sienne qu&#8217;envisage explicitement le romancier &#8211; l&#8217;indication &#8221; roman &#8221; sous le titre de GH est suivie d&#8217;un point d&#8217;interrogation. Comme s&#8217;il pressentait le grand rendez-vous: &#8221; On reste sur sa fin &#8221; conclut-il avant un &#8221; \u00e0 suivre &#8220;, en italiques et entre parenth\u00e8ses &#8211; qui pourrait bien renvoyer \u00e0 l&#8217;une des oeuvres les plus originales qui puissent se trouver de nos jours. En tout cas, les habitu\u00e9s eux-m\u00eames ne manqueront pas d&#8217;\u00eatre surpris par le caract\u00e8re totalisant, achev\u00e9, de ce livre ultime qui comporte, fait rare, plus de 200 pages (\u00e0 titre de comparaison, Je ne vais pas bien, mais il faut que j&#8217;y aille, 1987, dans la m\u00eame collection, en comprend 115 et Compact, oeuvre inaugurale reparue au Seuil en collection rouge, 165). Le fait que GH s&#8217;appuie sur une dizaine d&#8217;ann\u00e9es de la vie d&#8217;un village proven\u00e7al, o\u00f9 a v\u00e9cu l&#8217;auteur, n&#8217;explique pas tout. Entrent en co\u00efncidence de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences culturelles: litt\u00e9rature, bien s\u00fbr; musique, le m\u00e9tier originel de l&#8217;\u00e9crivain lui ayant permis l\u00e9gitimement de s&#8217;enorgueillir d&#8217;\u00eatre l&#8217;un des premiers signataires de musique concr\u00e8te &#8211; c&#8217;\u00e9tait une musique de sc\u00e8ne pour les Epiphanies, de Henri Pichette, en 1947; peinture (Camar (a) de, chez Artaud, n&#8217;est-il pas aussi un livre d&#8217;art ?). L&#8217;habillage d&#8217;une vie, en quelque sorte, o\u00f9 l&#8217;individu cherche pourquoi du sens advient et quels circuits inattendus il peut emprunter, d\u00e9voilant les impens\u00e9s qui, peut-\u00eatre, commandent le monde: &#8221; On ne peut pas na\u00eetre et avoir \u00e9t\u00e9 &#8221; (GH p.12); &#8221; Y avait une paye qu&#8217;on l&#8217;attendait, l&#8217;salaire &#8221; (M\u00e9moire, p.85). Mais tout ne reste-t-il pas, en fin de compte, myst\u00e8re ? Ou inaccompli ? &#8221; Tout ce qu&#8217;on n&#8217;a pas fait est plus important que ce que l&#8217;on a fait (ou aurait pu faire)&#8230; Et \u00e7a, fallait le faire ! &#8221; (Un petit rien-du-tout&#8230;p.23). Errant entre le jour et la nuit (la vue\/la vie; l&#8217;existence\/la mort), la qu\u00eate de savoir de Maurice Roche ne pouvait emprunter que des chemins inauguraux. Aussi bien ne &#8221; narratise &#8220;-t-il pas, n&#8217;y a-t-il chez lui ni v\u00e9ritable d\u00e9but ni fin d\u00e9finitive. Tout reste ouvert, \u00e0 charge pour le lecteur courageux de s&#8217;emparer des questions pos\u00e9es. Qu&#8217;on le veuille ou non, elles sont l\u00e0, bien pr\u00e9sentes, fussent-elles tapies dans l&#8217;ombre, n\u00e9glig\u00e9es ou rejet\u00e9es. Tant pis pour ceux et celles qui font mine de rien, &#8221; litt\u00e9rature &#8221; comprise. Apr\u00e8s le &#8221; nouveau roman &#8220;, quelques exp\u00e9riences &#8221; limites &#8221; (Bataille, Artaud, Sade, Leiris, Blanchot&#8230;) et la plus-riche-qu&#8217;on-ne-pense histoire du roman baptis\u00e9 &#8221; structuraliste &#8221; par certains, voici qu&#8217;on est revenu au XIXe si\u00e8cle, voire \u00e0 une caricature de celui-ci. Maurice Roche, seul ou presque, a poursuivi, infatigablement, son chemin. Pourquoi ? &#8221; Le p\u00e8re de Maurice \u00e9tait ouvrier chez Michelin &#8221; (Un petit&#8230;p.31) Ancrages dans les r\u00e9alit\u00e9s de l&#8217;entre-deux-guerres et dans les quotidiennes pratiques du rugby ou de la boxe&#8230; Etudes de m\u00e9decine, de musique. Il \u00e9tait outr\u00e9 que le Who&#8217;s Who fasse de lui un fils d&#8217;ing\u00e9nieur; il rappelait fermement, mais sans rancune, qu&#8217;Aragon l&#8217;avait vir\u00e9 de Ce soir alors qu&#8217;il \u00e9tait journaliste. Tout se passe comme si l&#8217;\u00e9crivain \u00e9tait toujours, par avance, averti (Sans espoir ?) &#8221; On pr\u00e9tend que j&#8217;ai le regard per\u00e7ant mais que je vis dans le flou.\/Tant mieux. Cela me permet de voir ceux qui m&#8217;entourent tels qu&#8217;ils sont &#8221; (Un petit&#8230;, p.20)<\/p>\n<p> <strong> Un \u00e9couteur du monde qui int\u00e8gre \u00e0 sa culture le quotidien  <\/strong><\/p>\n<p>Il n&#8217;a donc pas besoin de donner le change, contrairement \u00e0 bien d&#8217;autres, la &#8221; haine de soi &#8221; effectuant actuellement un retour en force. Donc: les r\u00e9alit\u00e9s de l&#8217;existence, du milieu social et de la recherche. Donc: ce qui r\u00e9v\u00e8le cela, dans toutes ses contradictions; le langage, trait\u00e9 alors non pas comme une esp\u00e8ce d&#8217;outil neutre propre \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler un r\u00e9el plus tangible &#8211; f\u00fbt-il anecdotique -, mais comme un instrument qui intervient directement sur le travail de notre conscience et de notre inconscient, c&#8217;est-\u00e0-dire, en fin de compte, dans la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame. Ne nous \u00e9tonnons pas, par cons\u00e9quent, que ce formidable \u00e9couteur du monde int\u00e8gre \u00e0 sa riche culture le quotidien qui est le n\u00f4tre: entre autres r\u00e9f\u00e9rences, Gilbert B\u00e9caud, Graham Obree (un moment recordman du monde de l&#8217;heure \u00e0 v\u00e9lo), Madonna, etc., traversant les riches \u00e9changes avec les amis de toujours: Edouard Glissant, Jean Paris (auteur d&#8217;un Maurice Roche chez Seghers, coll.&#8221; Po\u00e8tes d&#8217;aujourd&#8217;hui &#8220;), Jean-Louis Baudry&#8230; Autant dire que la modernit\u00e9 &#8211; ou l&#8217;hyper-modernit\u00e9, devrait-on dire aujourd&#8217;hui &#8211; de la page, de ses caract\u00e8res diversifi\u00e9s, pens\u00e9s, compos\u00e9s, proc\u00e8de d&#8217;une modernit\u00e9 de l&#8217;homme, immerg\u00e9 dans le monde de son temps qu&#8217;une grande culture lui permet de resituer en l&#8217;historicisant. De nouvelles trouvailles (d&#8217;infimes surlignes, par exemple) ne masquent pas le caract\u00e8re abouti de GH, construit en chapitres dont chacun arbore un exergue et un titre.<\/p>\n<p> <strong> Le langage pris en flagrant d\u00e9lit de dire tout et son contraire <\/strong><\/p>\n<p>Le dernier: &#8221; Dormir, dormir le plus loin possible&#8230;&#8221; Le rire du lecteur, \u00e0 chaque fois que le langage est pris en flagrant d\u00e9lit de dire tout et son contraire (&#8221; A force de boire, je me suis alt\u00e9r\u00e9 &#8220;, p.155) s&#8217;\u00e9chappe d&#8217;une \u00e9motion particuli\u00e8rement forte de ces deux livres. Qu&#8217;a-t-elle de neuf ici ? Le caract\u00e8re de somme, de bouclage de la boucle ? Ou bien cette &#8221; assumation &#8220;, sans g\u00eane aucune, d&#8217;une m\u00e9taphysique pourtant d\u00e9j\u00e0 lisible \u00e0 qui voulait bien ne pas la rejeter ? Un rien, dans Un tout petit rien&#8230; Une petite camarade a trucid\u00e9 le Bibendum en caoutchouc du petit Maurice, lequel ne lui en veut pas apr\u00e8s qu&#8217;elle lui a avou\u00e9 avoir commis cela par jalousie: &#8221; &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;. Ze t&#8217;aime bien malgr\u00e9 tout; quand tu seras morte ze te ferai empailler et on fera dodo ensemble.\/ &#8211; Sic ! oh ouif ! Ze veux bien &#8221; (p.17). Drame de petits ne sont pas petits et Jean-Louis Baudry, dans le train qui nous emmenait, avec Jean Thibaudeau, vers la vraie c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e8bre de Maurice Roche, s&#8217;interrogeait: &#8221; Ne passe-t-on pas toute une vie \u00e0 essayer de gu\u00e9rir de blessures tr\u00e8s anciennes, venues parfois de mots qui n&#8217;avaient pas, \u00e0 l&#8217;origine, la m\u00eame importance ? &#8220;.&#8221; Et peut-\u00eatre n&#8217;y arrivons-nous pas &#8220;, concluait-il. Nous restent Maurice Roche et ses ma\u00eetres nomm\u00e9s &#8211; Fran\u00e7ois Rabelais et Claudio Monteverdi; ce n&#8217;est sans doute pas hasard si tous les premiers livres portent un &#8221; C &#8221; ou un &#8221; M &#8221; en titre &#8211; hommage feutr\u00e9 &#8211; Compact, Circus, CodeX, Macabr\u00e9, Maladie M\u00e9lodie. Parent\u00e9 de confr\u00e9rie (m\u00e9decine) et rire pour l&#8217;un; parent\u00e9 d&#8217;existence avec l&#8217;autre (&#8221; Perdre sa vie \u00e0 la gagner dit le prolo\u00e8te &#8220;) outre un go\u00fbt pour la musique qui, peut-\u00eatre mieux que n&#8217;importe quel autre art, permet l&#8217;illusion de cerner les grandes questions dans ce qu&#8217;elles ont de plus vivace, de plus imparable \u00e0 qui sait ne pas fermer les yeux, f\u00fbt-ce en pleine nuit.n P. F.<\/p>\n<p> <strong> Un petit rien-du-tout tout neuf pli\u00e9 dans une feuille de persil, \u00e9ditions Gallimard, coll.&#8221; Haute enfance &#8220;, 115 p., 75 F <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Grande humoresque opus 27, roman (?).\u00e9ditions du Seuil, coll.&#8221; Fiction et Cie &#8220;, 203 p., 130 F <\/strong><\/p>\n<p><strong> Maurice Roche, rendez-vous posthume <\/strong><\/p>\n<p>Ce sont les amis les plus fid\u00e8les qui ont accompagn\u00e9 Maurice Roche dans un ultime hommage. Que la chose se soit d\u00e9roul\u00e9e en juillet n&#8217;explique rien. Les fid\u00e8les \u00e9taient l\u00e0, soit: Jean Paris, Jean-Louis Baudry, Jean Thibaudeau, Jean-Pierre Faye, Mathieu B\u00e9n\u00e9zet, Denis Roche, un producteur de &#8221; France-Culture &#8220;, etc. Moins de monde, en somme, que pour quelque anonyme. Roche n&#8217;en a cure: l&#8217;avenir, celui de la post\u00e9rit\u00e9, lui appartient.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-793","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/793","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=793"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/793\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=793"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=793"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=793"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}