{"id":792,"date":"1998-01-01T00:00:00","date_gmt":"1997-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/collage792\/"},"modified":"1998-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-12-31T23:00:00","slug":"collage792","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=792","title":{"rendered":"Collage"},"content":{"rendered":"<p>On part d&#8217;une pomme rid\u00e9e pos\u00e9e sur un coin de table qui, depuis trois ans, m\u00e8ne sa vie sans histoire &#8221; d&#8217;avatar froiss\u00e9 &#8221; et l&#8217;on en vient \u00e0 attendre des nouvelles de l&#8217;enfant qui est \u00e0 na\u00eetre, dans la pi\u00e8ce d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Celui-l\u00e0 m\u00eame qui, demain, quand il aura &#8221; la bouche un peu plus haute et la main moins sauvage, [ira] d\u00e9couvrir la table sous un autre jour &#8220;. Est-ce bien une pomme, d&#8217;ailleurs, cette chose bizarre, ramass\u00e9e un jour d&#8217;automne trois ans auparavant, et dont &#8221; les creux, les rides, rappelaient une t\u00eate humaine &#8220;? Peut-\u00eatre une personne, puisque le narrateur, aux premiers mots de son livre, \u00e9crit: &#8221; Pr\u00e8s d&#8217;elle, je suis les traces de l&#8217;histoire de toujours&#8230;&#8221;. Et ce livre, le Pli de la nappe au milieu du jour (Gallimard) de Bruno Bayen, c&#8217;est quoi ? Un roman, celui de cette jeune femme crois\u00e9e Alexanderplatz, \u00e0 Berlin qui tiendra en deux lignes, juste assez pour la travers\u00e9e d&#8217;un demi-si\u00e8cle ? Un trait\u00e9 de savoir-vivre, par lequel &#8221; au moyen des go\u00fbts, des textures et de l&#8217;aspect des choses [se fabrique] le tissu futur de notre hospitalit\u00e9 &#8220;? Les digressions d&#8217;un gardien de mus\u00e9e qui, regardant par dessus l&#8217;\u00e9paule de Proust, ces verres peints par Chardin &#8221; o\u00f9 quelques gorg\u00e9es de vin doux se pr\u00e9lassent comme au fond d&#8217;un gosier&#8230;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de verres d\u00e9j\u00e0 presque vides, comme, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des embl\u00e8mes de la soif ardente, les embl\u00e8mes de la soif apais\u00e9e &#8221; apprendrait au visiteur \u00e0 marcher \u00e0 son pas ?<\/p>\n<p>Le charme de ce petit livre est tout entier dans ces d\u00e9rives concert\u00e9es. Un effet de montage, en quelque sorte, qui, renvoyant sans cesse de la banalit\u00e9 d&#8217;un d\u00e9cor quotidien aux savants arrangements d&#8217;une nature morte, sert de tremplin aux successives fictions esquiss\u00e9es que ces rapprochements pr\u00e9parent, amorces de romans que le lecteur pourra, le menant \u00e0 terme, faire sien. Effet de montage ou plut\u00f4t de mise en sc\u00e8ne. Passant d&#8217;un &#8221; jardin sec &#8221; de Kyoto \u00e0 une table o\u00f9 sont dispos\u00e9es ces &#8221; oeuvres mortes &#8221; aussi diverses que sont fruits, l\u00e9gumes, fleurs, b\u00eates, livres, coquillages et nautiles, Bruno Bayen \u00e9crit: &#8221; Elles sont nomades, pour que nous soyons s\u00e9dentaires. Nous ? G\u00e9n\u00e9ralement des citadins. Les choses nous reviennent. Nous voyons l&#8217;arrivage du dehors, la route de l&#8217;approvisionnement.&#8221; Un autre a dit cela, ou plut\u00f4t, po\u00e8te, l&#8217;a montr\u00e9 sans un mot. C&#8217;est Pablo Neruda. Sur un promontoire trapu au bord du Pacifique, il a b\u00e2ti sa maison chilienne d&#8217;Isla Negra, ajoutant sans hiatus pi\u00e8ce \u00e0 pi\u00e8ce au fil des ans, pour y disposer, traces d&#8217;une vie formant d&#8217;inattendues &#8221; natures mortes &#8220;, les tr\u00e9sors ramen\u00e9s de ses voyages, poup\u00e9es, coquillages, masques, jouets, bouteilles.<\/p>\n<p>Affaire encore d&#8217;une mise en sc\u00e8ne de &#8221; l&#8217;arrivage du dehors &#8220;. Aussi cette maison est-elle toujours vivante et qui la visite aujourd&#8217;hui ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser qu&#8217;hier encore le po\u00e8te ramassait sur la plage en contrebas l&#8217;une de ces improbables \u00e9paves, port\u00e9e par les longues vagues du Pacifique. Le livre de Bruno Bayen est comme cette maison du bout de la terre. Habit\u00e9. On a envie, le lisant, d&#8217;y ajouter sa petite pierre, comme, \u00e0 Isla Negra, de laisser un caillou sur une \u00e9tag\u00e8re, pour Pablo. C&#8217;est que Bayen est aussi metteur en sc\u00e8ne. De th\u00e9\u00e2tre et de cin\u00e9ma. Et, dans ce Pli de la nappe au milieu du jour de sa propre parole, de son \u00e9criture.<\/p>\n<p>Temp\u00eate sur l&#8217;Asie, comme aurait dit il y a soixante-et-dix ans de cela un cin\u00e9aste sovi\u00e9tique qui, il est vrai, ne parlait pas tout \u00e0 fait de la m\u00eame chose. Le baht tha\u00eflandais s&#8217;effondre, le yen vacille et la bourse de Hong Kong, qui commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 go\u00fbter \u00e0 l&#8217;ivresse capitaliste, a d\u00e9j\u00e0 la gueule de bois. L&#8217;onde de choc touche une place boursi\u00e8re apr\u00e8s l&#8217;autre, en une trajectoire qu&#8217;on croirait trac\u00e9e par la plus froide raison financi\u00e8re. Raison ? Vous n&#8217;y \u00eates pas du tout. Dans le Monde du 8 novembre, Monsieur Andr\u00e9 Orl\u00e9an, qui a quelque raison de poss\u00e9der sur la question certaines lumi\u00e8res, puisqu&#8217;il est \u00e9conomiste et directeur de recherche au CNRS, r\u00e9v\u00e8le que tout cela n&#8217;est en fait que po\u00e9sie pure. Ce n&#8217;est pas, bien s\u00fbr, le terme exact qu&#8217;il emploie, mais c&#8217;est bien ainsi que le profane peut le lire.&#8221; Si l&#8217;on pense, \u00e9crit-il, que les march\u00e9s ont un r\u00f4le essentiellement informationnel et qu&#8217;en cons\u00e9quence il convient de mesurer leurs performances \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 former des prix qui refl\u00e8tent fid\u00e8lement les donn\u00e9es fondamentales des \u00e9conomies, ils sont certainement irrationnels.&#8221; Et, pour eux qui n&#8217;auraient pas encore compris que le comportement des &#8221; march\u00e9s &#8220;, ces dieux contemporains, est aussi fantasque que celui de leurs anc\u00eatres qui peuplaient l&#8217;Olympe des Grecs, il explique avec force d\u00e9tails que ce qui compte pour les op\u00e9rateurs de ces march\u00e9s, c&#8217;est moins son \u00e9tat r\u00e9el que ce que pensent ses confr\u00e8res, dans l&#8217;espoir de les devancer d&#8217;une infime fraction de temps, pour, hausse ou baisse, les gagner de vitesse. Et gagner sur eux. A l&#8217;appui de ces explications, monsieur Orl\u00e9an avance la th\u00e9orie des &#8221; taches solaires &#8220;. C&#8217;est trop beau pour qu&#8217;on ne le cite pas, m\u00eame un peu longuement.&#8221; Il s&#8217;agit, \u00e9crit-il, d&#8217;une situation th\u00e9orique o\u00f9 les prix sont corr\u00e9l\u00e9s aux taches solaires, non pas parce que ces taches solaires auraient des effets sur la productivit\u00e9 agricole, comme le croyait Stanley Jevons \u00e0 son \u00e9poque, mais simplement parce que les individus croient qu&#8217;il en est ainsi. M\u00eame si cette relation n&#8217;est pas objectivement vraie, la croyance unanime des acteurs \u00e9conomiques suffit \u00e0 la r\u00e9aliser.&#8221; De la po\u00e9sie pure, on le voit, l&#8217;imagination qui dicte sa loi \u00e0 l&#8217;argent. Et il n&#8217;y aura que les tenants attard\u00e9s de la lutte des classes pour penser \u00e0 ces millions de gens de par le monde r\u00e9duits au ch\u00f4mage parce que des Golden Boys stress\u00e9s ont cru voir dans les yeux de leurs concurrents le reflet d&#8217;une tache solaire.<\/p>\n<p>Le rationnel, pour ne pas dire la sagesse, on ira donc le chercher du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui n&#8217;en font pas m\u00e9tier. Par exemple, chez Charles-Albert Cingria (1883-1954), \u00e9crivain suisse bien oubli\u00e9 aujourd&#8217;hui. Dans une de leurs collections de poche, les \u00e9ditions L&#8217;Age d&#8217;Homme ont publi\u00e9, sous le titre la Fourmi rouge et autres textes, quelque chose comme une anthologie de lui. Ou plut\u00f4t un ap\u00e9ritif, qui donne envie de lire tout ce qu&#8217;il a publi\u00e9, dans des genres si divers. Son pr\u00e9facier, Pierre-Olivier Walzer, \u00e9crit: &#8220;Henry Miller, qui professe&#8230;une vive admiration pour [C.-A. C.] disait de lui: &#8220;Cet homme a l&#8217;air d&#8217;un clown, ou d&#8217;un pr\u00eatre d\u00e9froqu\u00e9 &#8220;. Justement, le Suisse se m\u00e9fie des d\u00e9froqu\u00e9s et, s&#8217;il accepte les clowns, c&#8217;est au cirque, et une fois par an.&#8221; On ne l&#8217;aimait pas, et il semble bien que cela ne se soit pas arrang\u00e9 avec le temps. C&#8217;est que ce chercheur de biblioth\u00e8que, sp\u00e9cialiste de la musique du Moyen-Age et des troubadours (on lira dans ce livre cette tr\u00e8s curieuse pi\u00e8ce, entre \u00e9rudition, fiction et canular: &#8221; Musiques et langues romanes en pays romand &#8220;) ne se laissait pas raconter d&#8217;histoire quand il s&#8217;agissait du monde dans lequel il vivait. Ainsi, de ce d\u00e9but d&#8217;un texte de 1931, le Canal exutoire: &#8221; Il est odieux que le monde appartienne aux virtuistes &#8211; \u00e0 ces dames aux ombrelles fan\u00e9es par les climats qui indiquent ce qu&#8217;il faut faire ou ne pas faire- car vertu, au premier sens, veut dire courage. C&#8217;est le contraire du virtuisme. La vertu fume, crache, lance du foutre et assassine.&#8221;<\/p>\n<p>Dans cette attaque, et dans pas mal d&#8217;autres, passe la fureur libertaire qui secoua ce d\u00e9but des ann\u00e9es trente, et l&#8217;on croit parfois, ici ou dans le r\u00e9jouissant Grand questionnaire, entendre le jeune Brecht. Une voix qui parle d&#8217;autant plus fort que Cingria sait \u00eatre un observateur attentif.et tendre de ses contemporains. Parlant d&#8217;un village de l&#8217;Oise, il \u00e9crit: &#8221; Il y a beaucoup d&#8217;acuit\u00e9 et de sens d&#8217;aventure dans les visages ici. Pas mal de r\u00e9serve, une sorte de puritanisme racial, aussi chez les pauvres, qui est d\u00e9licieux \u00e0 contempler dans sa lutte avec une gentillesse, un don facile de soi qui est d&#8217;une \u00e9tonnante venue.&#8221; Bref, une lecture roborative, pour les jours o\u00f9 il y a un peu trop de cafard dans les taches solaires.<\/p>\n<p>* Ing\u00e9nieur \u00e0 la direction internationale de France-Telecom, membre du Club &#8221; Planetcom &#8221; de l&#8217;association prospective 2100.A particip\u00e9 au programme de Globalstar.<\/p>\n<p>1. L&#8217;intranet est un r\u00e9seau local et priv\u00e9.Il fonctionne avec les m\u00eames outils que l&#8217;Internet: le world wide web (le web, en fran\u00e7ais: la toile), le courrier \u00e9lectronique (l&#8217;e-mail, en fran\u00e7ais, sur les recommandations de l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise: le m\u00e9l&#8230;), les forums de discussion, mais il est &#8221; r\u00e9serv\u00e9 &#8221; aux utilisateurs (le personnel d&#8217;une entreprise, d&#8217;un r\u00e9seau d&#8217;associations, etc.) qui en poss\u00e8dent le code d&#8217;acc\u00e8s.<\/p>\n<p>2. Le &#8221; d\u00e9bit &#8221; est la quantit\u00e9 d&#8217;information transmise dans temps donn\u00e9.La vitesse de transfert s&#8217;exprime en bits\/seconde (bps).Le minitel est dans les bas d\u00e9bits: de 2,2 \u00e0 9,6 kilo bits par seconde (soit 1 024 bps); la t\u00e9l\u00e9vision est dans les moyens d\u00e9bits: de 1,5 \u00e0 5 m\u00e9ga bits par seconde (soit, 1 048 576 bps); la fibre optique est dans les hauts d\u00e9bits: 2,5 giga bits par seconde (soit, plus d&#8217;un milliard de bps).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On part d&#8217;une pomme rid\u00e9e pos\u00e9e sur un coin de table qui, depuis trois ans, m\u00e8ne sa vie sans histoire &#8221; d&#8217;avatar froiss\u00e9 &#8221; et l&#8217;on en vient \u00e0 attendre des nouvelles de l&#8217;enfant qui est \u00e0 na\u00eetre, dans la pi\u00e8ce d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. 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