{"id":7912,"date":"2014-09-10T10:54:50","date_gmt":"2014-09-10T08:54:50","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/on-a-greve-le-chemin-d-une7912\/"},"modified":"2014-09-10T10:54:50","modified_gmt":"2014-09-10T08:54:50","slug":"on-a-greve-le-chemin-d-une7912","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7912","title":{"rendered":"&#8220;On a gr\u00e8v\u00e9&#8221;, le chemin d&#8217;une victoire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Avec son documentaire sur la gr\u00e8ve exemplaire de femmes de chambre contre la direction d&#8217;un grand h\u00f4tel, Denis Gheerbrandt livre un r\u00e9cit optimiste et humaniste sur les vertus d&#8217;une lutte syndicale pourtant donn\u00e9e perdue d&#8217;avance. En salles aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1970, \u00e0 la fois lucides, amers et caustiques, certains militants  fredonnaient <em>\u00ab de d\u00e9faites en d\u00e9faites jusqu\u2019\u00e0 la victoire finale \u00bb<\/em>. Le foss\u00e9 \u00e9tait en effet grand entre, d\u2019une part, des syst\u00e8mes de propagande ripolinant tout en rouge et, d\u2019autre part, le v\u00e9cu et les sentiments de militants de base confront\u00e9s \u00e0 des &#8220;luttes perdues&#8221; et des chemins politiques obstru\u00e9s. Mais la propagande de nagu\u00e8re n\u2019est pas pire que la communication d\u2019aujourd\u2019hui. Et si ce qui est li\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019on appelait autrefois le mouvement ouvrier s\u2019exprime avec les images et les mots de ses adversaires, le risque est grand d\u2019une pens\u00e9e unique, sans perspective d\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<p><strong><em>Une exp\u00e9rience ouvri\u00e8re<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Denis Gheerbrandt, cin\u00e9aste, n\u2019a jamais commis de film de propagande \u2013 ce n\u2019est pas le plus grand crime \u2013 ni de film de communication. Toutefois, on en saurait que trop conseiller son dernier documentaire, <em>On a gr\u00e8v\u00e9<\/em>, aux militants syndicaux, culturels et politiques pour que ceux-ci organisent \u00e0 leur tour, \u00e0 destination d\u2019un public plus large, des projections et des d\u00e9bats afin de <em>\u00ab transmettre une exp\u00e9rience ouvri\u00e8re \u00bb<\/em> (pour paraphraser un film de Ren\u00e9 Vautier aujourd\u2019hui perdu), exp\u00e9rience qui narre une gr\u00e8ve r\u00e9cente et gagn\u00e9e. Chose assez rare aujourd\u2019hui. Ajoutons que les protagonistes de <em>On a gr\u00e8v\u00e9<\/em> sont des femmes, majoritairement noires, dont certaines sont sans-papiers et parfois illettr\u00e9es et, enfin, qu\u2019elles exercent le m\u00e9tier de femmes de chambre dans un h\u00f4tel d\u00e9pendant d\u2019une grande cha\u00eene, propri\u00e9t\u00e9, pour partie, d\u2019un fonds de pension am\u00e9ricain. Sur le papier, on ne donnerait pas cher de leur peau.<\/p>\n<p>Pourtant, apr\u00e8s vingt-huit jours de gr\u00e8ve, en 2012, cette vingtaine d\u2019employ\u00e9es \u2013 jusque-l\u00e0 condamn\u00e9es au travail \u00e0 la t\u00e2che pourtant ill\u00e9gal en France \u2013 ont eu raison de leur direction. Ceci n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019un miracle, mais le fruit de leur d\u00e9termination, d\u2019une impeccable pr\u00e9paration et organisation de la gr\u00e8ve et, \u00e9galement, de la solidarit\u00e9. Chaque jour de gr\u00e8ve \u00e9tait pay\u00e9 par le syndicat de la CGT HPE (H\u00f4tels de prestige et \u00e9conomiques) et ce mouvement a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du fort appui de militants exp\u00e9riment\u00e9s de la CGT et de la CNT-Solidarit\u00e9 ouvri\u00e8re, \u0153uvrant en bonne intelligence. Au passage, on notera que des militants du Front de gauche font leur indispensable boulot de militants et que la d\u00e9put\u00e9e de Nanterre, Jacqueline Fraysse, vient exprimer son soutien.<\/p>\n<p><strong><em>Slogans syndicalistes et tubes de la FM<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Denis Gheerbrandt, seul avec sa cam\u00e9ra et son micro, a choisi \u2013 les r\u00e9unions de n\u00e9gociations lui \u00e9tait du reste interdites \u2013 de partager le quotidien du piquet de gr\u00e8ve et de rester avec ces femmes sur un bout de trottoir strat\u00e9gique, en face de cet h\u00f4tel de Suresnes, au sein d\u2019un d\u00e9cor urbain banal et bruyant. Un prol\u00e9tariat-monde dans la grande ville, existant en tant que groupe. Si le cin\u00e9aste suit les actions militantes \u2013 les interventions des dirigeants, une tentative de refoulement des &#8220;jaunes&#8221;\u2026 \u2013, il s\u2019attarde surtout sur les visages, les rires, l\u2019ennui de ces femmes mobilis\u00e9es, les danses et les chants m\u00ealant slogans syndicalistes et tubes de la FM (le fameux <em>Corde \u00e0 sauter<\/em> de Moussier Tombola). <\/p>\n<p>Lors de discussions entre le cin\u00e9aste en empathie et ces gr\u00e9vistes en confiance, se dessine la vie d\u2019employ\u00e9es exploit\u00e9es, de femmes et d\u2019immigr\u00e9es. Les trois fils de l\u2019une d\u2019elles viennent sur le piquet de gr\u00e8ve et l\u2019on entraper\u00e7oit alors l\u2019univers de jeunes gars d\u2019aujourd\u2019hui. Une seule fois la cam\u00e9ra s\u2019\u00e9loigne du seuil de l\u2019h\u00f4tel pour suivre une distribution de tracts au pied d\u2019un immeuble de la direction ; un lent panoramique circulaire glisse sur la fa\u00e7ade aveugle du b\u00e2timent devenant alors, peut-\u00eatre, le symbole d\u2019un monde opaque et violent \u2013 mais il s\u2019ach\u00e8ve sur le visage d\u2019une gr\u00e9viste.<\/p>\n<p>On aurait sans doute aim\u00e9 en savoir plus sur les n\u00e9gociations et plus encore sur ces femmes, mais <em>On a gr\u00e8v\u00e9<\/em> est une pi\u00e8ce suppl\u00e9mentaire dans l\u2019\u0153uvre d\u2019un documentariste qui filme seul dans la ville, \u00e0 la rencontre des autres. Depuis plus de trente ans, Gheerbrant enregistre ainsi, avec coh\u00e9rence, le peuple et les passages (le passage de l\u2019enfance ou de l\u2019adolescence \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte), parfois <em>\u00ab le communisme qui manque \u00bb<\/em> ou, comme ici, une gr\u00e8ve r\u00e9ussie qui porte au-del\u00e0 d\u2019elle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec son documentaire sur la gr\u00e8ve exemplaire de femmes de chambre contre la direction d&#8217;un grand h\u00f4tel, Denis Gheerbrandt livre un r\u00e9cit optimiste et humaniste sur les vertus d&#8217;une lutte syndicale pourtant donn\u00e9e perdue d&#8217;avance. 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