{"id":7862,"date":"2014-07-10T11:57:02","date_gmt":"2014-07-10T09:57:02","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/lui-president-declare-forfait7862\/"},"modified":"2023-06-23T23:17:39","modified_gmt":"2023-06-23T21:17:39","slug":"lui-president-declare-forfait7862","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7862","title":{"rendered":"Lui, pr\u00e9sident d\u00e9clare forfait"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Malgr\u00e9 la gifle \u00e9lectorale, Fran\u00e7ois Hollande c\u00e8de \u00e0 la finance et fait voter son Pacte de responsabilit\u00e9. Abandon de l&#8217;\u00c9tat-providence et de la notion de classes, gouvernance, s\u00e9curit\u00e9, communication, lib\u00e9ralisme culturel : le pr\u00e9sident a impos\u00e9 le social-lib\u00e9ralisme dans l\u2019ensemble des politiques publiques.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u202fMon v\u00e9ritable adversaire c\u2019est le monde de la finance.\u202f\u00bb<\/em> Fran\u00e7ois Hollande disait vouloir lutter contre les march\u00e9s. Et le voil\u00e0 qui renonce \u00e0 l\u2019imp\u00f4t \u00e0 75\u202f% sur les tr\u00e8s gros revenus. \u00c0 r\u00e9tablir l\u2019\u00e2ge de la retraire. \u00c0 amnistier les syndicalistes et les d\u00e9fenseurs des sans-papiers. \u00c0 faire reculer le contr\u00f4le au faci\u00e8s. Il d\u00e9structure le code du travail et permet aux employeurs de baisser les salaires. Il baisse les allocations familiales de 2\u202f milliards. Il poursuit le partenariat public-priv\u00e9 dans la culture, notamment. Il ne remet pas en cause le pacte de stabilit\u00e9 de Sarkozy et Merkel. Il n\u00e9gocie le pacte transatlantique. Il baisse les indemnisations des ch\u00f4meurs\u2026<\/p>\n<p>Et pourtant aucune r\u00e9bellion ne pointe \u00e0 l\u2019horizon de la rue de Solf\u00e9rino. Comment est-on arriv\u00e9 l\u00e0\u2009?<\/p>\n<p><strong><em>Pr\u00e9sidentielle 2012 : choisir sans choisir<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9faite de 2007, le PS conna\u00eet des ann\u00e9es de flottement. La pr\u00e9paration de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2012 relance la m\u00e9canique. Sera-t-elle le moment du choix\u2009? En th\u00e9orie, l\u2019organisation de primaires, \u00e0 l\u2019automne 2011, doit permettre d\u2019y voir clair. Mais les cartes ont \u00e9t\u00e9 redistribu\u00e9es par avance. M\u00e9lenchon a choisi d\u2019autres horizons et ceux qui ont incarn\u00e9 le &#8220;non&#8221; au projet constitutionnel europ\u00e9en sont \u00e9parpill\u00e9s. Laurent Fabius s\u2019est une nouvelle fois recentr\u00e9, Claude Bartolone s\u2019est repli\u00e9 sur son fief de Seine-Saint-Denis et Julien Dray s\u2019est mis au service du &#8220;patron&#8221;, Fran\u00e7ois Hollande. La gauche socialiste est morcel\u00e9e et incertaine, dans ses mots comme dans ses images. <\/p>\n<p>Martine Aubry, l\u2019inamovible Henri Emmanuelli ou la nouvelle figure de Beno\u00eet Hamon ? Pas facile de d\u00e9gager une ligne d\u2019identification commune \u00e0 ces trois personnalit\u00e9s. Dominique Strauss-Kahn, l\u2019homme du &#8220;r\u00e9alisme&#8221;, est hors course. Manuel Valls fait de la s\u00e9curit\u00e9 et de la rigueur contre les d\u00e9linquants les pivots de son image politique. C\u2019est lui qui incarne ouvertement le parti pris social-lib\u00e9ral \u00e0 l\u2019anglaise. Il ne manque ni d\u2019ambition ni de talent\u2009; il reste qu\u2019il heurte les sch\u00e8mes mentaux les plus r\u00e9pandus chez les militants.<\/p>\n<p>L\u2019appareil se r\u00e9sout donc \u00e0 la solution \u00e9prouv\u00e9e\u2009: choisir sans choisir. C\u2019est Fran\u00e7ois Hollande, discr\u00e8tement \u00e0 l\u2019\u0153uvre depuis cinq ans, qui b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019incertitude. Quand il \u00e9merge, \u00e0 la charni\u00e8re des ann\u00e9es\u202f1980 et\u202f1990, il est proche de Jacques Delors et incarne une aile dite &#8220;moderniste&#8221;, d\u00e9j\u00e0 bien loin de la doctrine fondatrice d\u2019\u00c9pinay. Il est toutefois un homme politique habile, qui sait arrondir les angles et contourner de fa\u00e7on bonhomme les difficult\u00e9s. Dans les primaires, il se place habilement en position m\u00e9diane entre les candidatures r\u00e9put\u00e9es \u00e0 gauche (Martine Aubry et Arnaud Montebourg) et la droite incarn\u00e9e par Manuel Valls. Mais la petite musique qu\u2019il laisse entendre est du c\u00f4t\u00e9 de la grande mutation pr\u00e9sum\u00e9e r\u00e9aliste du socialisme fran\u00e7ais. Dans un parti socialiste ind\u00e9cis, \u00eatre \u00e0 droite de la gauche pousse irr\u00e9sistiblement \u00e0 \u00eatre\u2026 au centre-droit.<\/p>\n<p>Or Fran\u00e7ois Hollande sait que gagner l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle suppose d\u2019abord la mobilisation de son camp, plus encore que la capacit\u00e9 \u00e0 &#8220;mordre&#8221; sur l\u2019\u00e9lectorat adverse. Candidat de centre droit dans son propre parti, le nouvel intronis\u00e9 d\u00e9cide de mener classiquement sa campagne pr\u00e9sidentielle \u00e0 gauche, face \u00e0 un Sarkozy qui, pour \u00eatre fragilis\u00e9, n\u2019a perdu pour autant ni son mordant ni sa capacit\u00e9 de conviction \u00e0 droite.<\/p>\n<p><strong><em>La fin de l\u2019\u00e9tat-providence<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Bravache, Fran\u00e7ois Hollande d\u00e9clare que la finance est son ennemi. Il gagne \u00e0 gauche. Mais quand il compose son gouvernement, il choisit un gestionnaire pragmatique \u00e0 Matignon et un social-lib\u00e9ral affirm\u00e9 \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur. Arnaud Montebourg peut virevolter sur la gauche, la tonalit\u00e9 est donn\u00e9e par le Premier ministre et par Manuel Valls. La plong\u00e9e abyssale de la popularit\u00e9 du sommet de l\u2019\u00c9tat, inattendue par sa pr\u00e9cocit\u00e9, oblige toutefois l\u2019ex\u00e9cutif \u00e0 faire ouvertement les choix jusqu\u2019alors repouss\u00e9s. Sans d\u00e9bat militant et sans vote. Manuel Valls \u2013 qui p\u00e8se un peu plus de 5\u202f% lors des primaires \u2013 fournit de facto l\u2019armature du projet au sommet de l\u2019\u00c9tat. <\/p>\n<p>Avec le &#8220;Pacte de comp\u00e9titivit\u00e9&#8221; rebaptis\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te &#8220;Pacte de responsabilit\u00e9&#8221;, la logique gouvernementale s\u2019\u00e9nonce et se fixe. La responsabilit\u00e9 est de restaurer la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019entreprise France, ce qui, en phase de mondialisation brutale, suppose d\u2019assurer la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire, de r\u00e9sorber les d\u00e9ficits publics par la baisse de la d\u00e9pense publique et d\u2019aller vers la r\u00e9duction du co\u00fbt du travail. Cons\u00e9quence du postulat\u2009: il faut mettre la France au travail et assurer la s\u00e9curit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 aux rep\u00e8res d\u00e9stabilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Hollande pr\u00e9sente cette nouvelle coh\u00e9rence comme social-d\u00e9mocrate. \u00c0 proprement parler, l\u2019affirmation n\u2019a pas de sens. La social-d\u00e9mocratie historique, celle qui culmine dans les ann\u00e9es 1970, celle dont les figures sont l\u2019Allemand Willy Brandt, le Su\u00e9dois Olof Palme et l\u2019Autrichien Bruno Kreisky, cette social-d\u00e9mocratie n\u2019existe plus. Elle \u00e9tait une composante du mouvement ouvrier, dont elle pr\u00e9sentait une forme singuli\u00e8re (int\u00e9gration du parti, des syndicats et des associations), dans un dispositif d\u2019\u00c9tat-providence, autour de l\u2019image d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9galit\u00e9. Or le mouvement ouvrier historique est moribond (ce qui ne signifie pas qu\u2019aient disparues la lutte sociale et la radicalit\u00e9), le parti est devenu avant tout une machine \u00e0 g\u00e9rer, l\u2019\u00c9tat-providence est d\u00e9mantel\u00e9 et la perspective d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 autre que celle de la mondialisation capitaliste est abandonn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong><em>Trois pol\u00e9miques<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Que reste-t-il ? Pour l\u2019instant un vide th\u00e9orique et symbolique. Le socialisme fran\u00e7ais recentr\u00e9 n\u2019a dans ses bagages ni un Giddens, ni un Beck, ni a fortiori un Habermas. Jacques Attali ou Alain Minc ? Voil\u00e0 qui ne fait gu\u00e8re le poids. Pour remplir le vide, les socialistes doivent se confronter \u00e0 trois grands enjeux : le rapport \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 mondialis\u00e9e par la finance, le rapport aux cat\u00e9gories populaires et le rapport \u00e0 la politisation contemporaine. Existe-t-il des marges de man\u0153uvre qui permettent d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u00e9tau des march\u00e9s financiers, du consensus de Washington et de la r\u00e8gle d\u2019or ? Peut-on imaginer une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle les cat\u00e9gories populaires ne soient pas vou\u00e9es aux statuts incertains, au partage in\u00e9gal et au simulacre d\u00e9mocratique ? Peut-on penser un avenir de la d\u00e9mocratie qui ne concentre pas les proc\u00e9dures de d\u00e9cision entre les mains des experts de la &#8220;gouvernance&#8221;, de la &#8220;diplomatie de club&#8221; et des strat\u00e8ges de la communication ? Les r\u00e9ponses donn\u00e9es \u00e0 chacune de ces questions et la combinaison de ces r\u00e9ponses peuvent dessiner un visage diff\u00e9rent du socialisme.<\/p>\n<p>Probl\u00e8me : ces questions centrales ne structurent gu\u00e8re les d\u00e9bats internes. Trois lignes de pol\u00e9mique organisent le PS. Les deux premi\u00e8res sont classiques et portent sur la gestion gouvernementale et sur les alliances politiques. Quoi qu\u2019ils pensent de la politique conduite par Jean-Marc Ayrault, les socialistes sont englu\u00e9s dans le soutien au gouvernement. Les amis d\u2019Emmanuel Maurel, repr\u00e9sentant de l\u2019aile gauche du PS, ont certes r\u00e9clam\u00e9 d\u00e8s le printemps un <em>\u00ab\u202fchangement de cap\u202f\u00bb<\/em> vers une <em>\u00ab\u202frelance \u00e9conomique et sociale\u202f\u00bb<\/em>, mais la discipline parlementaire temp\u00e8re leurs ardeurs. Le 17 \u202fseptembre 2013, dans les colonnes du <em>Figaro<\/em>, le bouillant Laurent Baumel, leader du courant &#8220;Gauche populaire\u202f&#8221;, r\u00e9cusait l\u2019abstention sur le vote du budget au nom de la discipline majoritaire, la rupture \u00e9tant <em>\u00ab\u202fun acte extr\u00eamement grave que nul n\u2019envisage aujourd\u2019hui\u202f\u00bb<\/em>. Quant \u00e0 la question des alliances, elle oppose, dans un continuum classique de la droite \u00e0 la gauche, ceux qui souhaitent approfondir la logique du recentrage et ceux qui plaident pour une union de la gauche traditionnelle, sous leadership socialiste, \u00e0 l\u2019image de Marie-No\u00eblle Lienemann ou de Paul Quil\u00e8s.<\/p>\n<p><strong><em>Le lib\u00e9ralisme culturel<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me d\u00e9bat, n\u2019est pas le moins d\u00e9cisif. Il porte sur l\u2019arri\u00e8re-plan sociologique du dispositif politique. Il a \u00e9t\u00e9 mis sur le devant de la sc\u00e8ne par le think tank socialiste Terra Nova. En mai\u202f2011, \u00e0 la veille de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, un rapport du tr\u00e8s m\u00e9diatique laboratoire d\u2019id\u00e9es a mis le feu aux poudres. Il partait d\u2019un double constat : l\u2019\u00e9clatement des cat\u00e9gories populaires entre int\u00e9gration et pr\u00e9carisation ; le recul des <em>\u00ab\u00a0d\u00e9terminants \u00e9conomiques\u00a0\u00bb <\/em> du vote ouvrier, au profit des <em>\u00ab\u00a0d\u00e9terminants culturels\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0hyst\u00e9ris\u00e9s par l\u2019extr\u00eame droite\u00a0\u00bb.<\/em> Le rapport pr\u00e9conise alors une strat\u00e9gie \u00e9lectorale rassemblant, autour du &#8220;lib\u00e9ralisme culturel&#8221;, les couches moyennes et certaines cat\u00e9gories populaires &#8220;lib\u00e9rales&#8221; comme les femmes, les jeunes, les immigr\u00e9s. Le document a provoqu\u00e9 le malaise voire la r\u00e9probation dans les rangs socialistes. Le politiste Fr\u00e9d\u00e9ric Sawicki s\u2019est ainsi <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/politiques\/2011\/06\/10\/le-prolo-l-expert-et-le-mepris-de-classe_741694\">insurg\u00e9 dans le quotidien <em>Lib\u00e9ration<\/em><\/a> (10\u202fjuin 2011) contre ce qu\u2019il consid\u00e8re comme un <em>\u00ab\u00a0m\u00e9pris de classe\u00a0\u00bb<\/em>. R\u00e9cusant la tendance \u00e0 l\u2019utilisation de <em>\u00ab\u00a0cat\u00e9gories fourre-tout\u00a0\u00bb<\/em> comme insiders-outsiders, minorit\u00e9s ou encore quartiers, il reproche \u00e0 Terra Nova d\u2019ignorer que le d\u00e9sarroi des cat\u00e9gories populaires <em>\u00ab\u202fa d\u2019abord des causes socio-\u00e9conomiques et politiques et non pas culturelles\u202f\u00bb<\/em>. Pour Fr\u00e9d\u00e9ric Sawicki, il faut mobiliser les politiques publiques davantage que les translations des mentalit\u00e9s. <\/p>\n<p>En novembre \u202f2011, autour du d\u00e9put\u00e9 d\u2019Indre-et-Loire Laurent Baumel, un <em>Plaidoyer pour une gauche populaire<\/em> propose aux socialistes de <em>\u00ab\u202frenouer avec la vocation identitaire de la gauche\u202f\u00bb<\/em>, en retrouvant <em>\u00ab\u202fla base sociale pour laquelle elle est cens\u00e9e agir\u202f\u00bb.<\/em> Les animateurs de ce nouveau courant plaident ainsi, \u00e0 rebours de Terra Nova, pour r\u00e9tablir la pr\u00e9\u00e9minence du social sur le soci\u00e9tal. La distance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du &#8220;lib\u00e9ralisme culturel&#8221; pousse m\u00eame certains d\u2019entre eux \u00e0 revaloriser fortement la demande de s\u00e9curit\u00e9. Le cofondateur de la Gauche populaire, Fran\u00e7ois Kalfon, d\u00e9clare au <em>Figaro<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2012 que si Manuel Valls est populaire, <em>\u00ab\u202fc\u2019est parce qu\u2019il est clair sur la s\u00e9curit\u00e9\u202f\u00bb.<\/em> Pour le conseiller r\u00e9gional d\u2019Ile-de-France, le pire pour la gauche serait de revenir \u00e0 <em>\u00ab\u202fl\u2019ang\u00e9lisme\u202f\u00bb <\/em> qui, \u00e0 ses yeux, p\u00e9nalisa la gauche jusqu\u2019\u00e0 Lionel Jospin.<\/p>\n<p><strong><em>Un peuple que nulle &#8220;classe&#8221; ne peut plus rassembler<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>C\u2019est la jonction des trois d\u00e9bats qui d\u00e9limite le champ des possibles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Parti socialiste. Or, \u00e0 ce jour, la seule coh\u00e9rence v\u00e9ritablement d\u00e9velopp\u00e9e est celle qu\u2019exprime Terra Nova. Le point de d\u00e9part est clairement \u00e9nonc\u00e9 dans le rapport de mai\u202f2011 : <em>\u00ab\u202fLe mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 port\u00e9 par la social-d\u00e9mocratie \u2013 l\u2019\u00e9conomie sociale de march\u00e9 autour de l\u2019\u00c9tat-providence \u2013 n\u2019est plus compatible avec le nouveau monde globalis\u00e9.\u202f\u00bb <\/em> D\u00e8s lors, il n\u2019y a pas d\u2019autre voie que celle qui consiste \u00e0 int\u00e9rioriser les normes financi\u00e8res et marchandes de ladite &#8220;mondialisation&#8221;, en les r\u00e9gulant \u00e0 la marge par la mise au travail \u2013 avec r\u00e9duction de &#8220;l\u2019assistanat&#8221; \u2013 et par un &#8220;ordre juste&#8221; garant de la s\u00e9curit\u00e9 publique. Dans une soci\u00e9t\u00e9 politique toujours bipolaris\u00e9e, il convient donc de cultiver une ligne de partage d\u00e9passant l\u2019antique clivage du public et du priv\u00e9, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de l\u2019autorit\u00e9. Autour d\u2019un &#8220;lib\u00e9ralisme culturel&#8221; qui promeut le mariage pour tous et valorise l\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9, il s\u2019agit de d\u00e9finir les contours d\u2019un nouveau bloc pilot\u00e9 par les groupes experts, garants de la &#8220;bonne gouvernance&#8221;. Un bloc, en tout cas, dans lequel les cat\u00e9gories populaires sont \u00e9parpill\u00e9es en agr\u00e9gats statistiques (quartiers, minorit\u00e9s, jeunes ch\u00f4meurs, femmes sans emploi\u2026) que nulle &#8220;classe&#8221; ne peut plus rassembler.<\/p>\n<p>L\u2019histoire, chez les socialistes, est-elle finie ? Le temps pousse-t-il irr\u00e9m\u00e9diablement vers le social-lib\u00e9ralisme &#8220;pur&#8221; ou vers un d\u00e9mocratisme \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine ? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Manuel Valls peut donner le ton, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il a p\u00e9niblement pass\u00e9 le seuil des 5\u202f% \u00e0 la derni\u00e8re grande consultation des socialistes. La logique vers laquelle tend le recentrage en cours \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat et au PS a, pour elle, d\u2019\u00eatre devenue un pivot des social-d\u00e9mocraties europ\u00e9ennes. Elle a contre elle de heurter encore une part de la mouvance socialiste fran\u00e7aise. Mais, pour l\u2019instant, son principal atout est dans la coh\u00e9rence incertaine de son aile gauche. Entre la social-d\u00e9mocratie classique d\u2019un Henri Emmanuelli, le n\u00e9o-volontarisme d\u2019un Emmanuel Maurel et la tentation plus ou moins &#8220;populiste&#8221; des proches de Laurent Baumel, le lien n\u2019est pas clairement discernable.<\/p>\n<p>Pourtant, sur le papier, une relance social-d\u00e9mocrate autour d\u2019un projet plus ou moins impr\u00e9gn\u00e9 de keyn\u00e9sianisme n\u2019est pas impensable. En pratique, elle est p\u00e9nalis\u00e9e par un discret parfum de nostalgie pour le pass\u00e9. Surtout, elle est \u00e9vanescente sur ses bases sociales : \u00e0 quel &#8220;peuple&#8221; entend-elle s\u2019adresser ? Enfin, elle reste bien classique dans ses conceptions de l\u2019union de la gauche, peu ouverte aux interrogations n\u00e9cessaires que nourrit la crise profonde de la politique. Pour tout dire, elle n\u2019\u00e9chappe pas au flou de son projet et \u00e0 l\u2019incertitude de ses d\u00e9finitions proprement politiques. Une nouvelle synth\u00e8se peut-elle encore se construire au sein d\u2019un PS si profond\u00e9ment engag\u00e9 dans sa restructuration social-lib\u00e9rale ? C\u2019est un pari tr\u00e8s incertain.<\/p>\n<p>L\u2019effondrement de la vieille social-d\u00e9mocratie a eu pour terreau le double \u00e9puisement du sovi\u00e9tisme et des grands mod\u00e8les historiques, britannique ou allemand. S\u2019il reste encore une marge de man\u0153uvre, pour une option social-lib\u00e9rale, elle r\u00e9side dans la fragilit\u00e9 intellectuelle et symbolique de l\u2019alternative de soci\u00e9t\u00e9. Si cette alternative parvient de nouveau marquer l\u2019espace politique, la mouvance du socialisme recentr\u00e9 sera contrainte de se d\u00e9terminer par rapport \u00e0 elle. Moins \u00e0 gauche, moins \u00e0 droite\u2009? That is the question\u2026<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7862 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/lui-president-18f.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/lui-president-18f-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"lui-president.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malgr\u00e9 la gifle \u00e9lectorale, Fran\u00e7ois Hollande c\u00e8de \u00e0 la finance et fait voter son Pacte de responsabilit\u00e9. Abandon de l&#8217;\u00c9tat-providence et de la notion de classes, gouvernance, s\u00e9curit\u00e9, communication, lib\u00e9ralisme culturel : le pr\u00e9sident a impos\u00e9 le social-lib\u00e9ralisme dans l\u2019ensemble des politiques publiques.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":20520,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[440,390],"class_list":["post-7862","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-francois-hollande","tag-parti-socialiste"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7862","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7862"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7862\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20520"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7862"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7862"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7862"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}