{"id":7853,"date":"2014-07-04T10:02:10","date_gmt":"2014-07-04T08:02:10","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-au-pg-c-est-le-temps-des-tempetes\/"},"modified":"2014-07-04T10:02:10","modified_gmt":"2014-07-04T08:02:10","slug":"article-au-pg-c-est-le-temps-des-tempetes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7853","title":{"rendered":"Au PG, c\u2019est le temps des temp\u00eates"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le scrutin europ\u00e9en devait placer le Front de gauche devant la social-d\u00e9mocratie, avait proph\u00e9tis\u00e9 Jean-Luc M\u00e9lenchon, co-pr\u00e9sident du Parti de gauche. Les r\u00e9sultats pass\u00e9s, les crispations n\u00e9es des municipales se d\u00e9tendent et les bouches s\u2019ouvrent. Le parti de gauche est en crise. <\/p>\n<p>C\u2019est un Parti de gauche s\u00e9rieusement \u00e9branl\u00e9 qui sort de la s\u00e9quence \u00e9lectorale 2014. Le scrutin europ\u00e9en, \u00e9rig\u00e9 par le parti de Jean-Luc M\u00e9lenchon en <em>\u00abm\u00e8re de toutes les batailles \u00bb<\/em> lors de son congr\u00e8s de Bordeaux, en mars 2013, a singuli\u00e8rement bouscul\u00e9 les certitudes des militants. Le PG a encaiss\u00e9 les 6,61 % des listes Front de gauche. Du coup, les bouches, crisp\u00e9es par des municipales calamiteuses, s\u2019ouvrent. Corinne Morel-Darleux, secr\u00e9taire nationale du PG en charge de l\u2019\u00e9cosocialisme, a fait conna\u00eetre son d\u00e9part des instances dirigeantes de son parti. <\/p>\n<p><em>\u00ab Tu veux conna\u00eetre l\u2019\u00e9tat du parti ? Regarde celui du comit\u00e9. \u00bb<\/em> Cette militante de la premi\u00e8re heure en Seine-Saint-Denis soupire en levant les yeux au ciel. Signe des temps, et de l\u2019ambiance qui r\u00e8gne au Parti de gauche, elle veut bien parler mais sous couvert d\u2019anonymat. Nos autres interlocuteurs optent pour la m\u00eame prudence. Les tensions se sont cristallis\u00e9es autour de la strat\u00e9gie aux \u00e9lections municipales. Le r\u00e9sultat des europ\u00e9ennes qui place le Front de gauche loin derri\u00e8re l\u2019alliance PS-PRG (13,98 %) et, surtout, tr\u00e8s loin derri\u00e8re le Front national et son quasi quart des suffrages exprim\u00e9s, joue le r\u00f4le d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur. <\/p>\n<p><strong><em>Le silence de M\u00e9lenchon<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Au Parti de gauche, comme toujours, la crise a commenc\u00e9 par la t\u00eate. Elle s\u2019est traduite par le silence assourdissant de son co-pr\u00e9sident Jean-Luc M\u00e9lenchon. Ce dernier a quasiment disparu des \u00e9crans radars pendant un mois. Le temps de dig\u00e9rer les r\u00e9sultats d\u2019une ligne d\u2019affrontement brutal avec l\u2019aile social-lib\u00e9rale de la famille de gauche, affrontement qui a fait lourdement tanguer le Front de gauche dans son ensemble. Jean-Luc M\u00e9lenchon est donc r\u00e9apparu sur les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision le 22 juin, <em>\u00ab suffoqu\u00e9 par la violence du r\u00e9sultat<\/em> (des europ\u00e9ennes)<em> \u00bb.<\/em> Questionn\u00e9 au sujet du sondage BVA pour i>t\u00e9l\u00e9, <em>Le Parisien<\/em> et <em>Aujourd&#8217;hui en France<\/em> paru la veille, qui le d\u00e9signe comme la personnalit\u00e9 incarnant le mieux les valeurs de la gauche, M\u00e9lenchon a esquiss\u00e9 un virage sur l\u2019aile : <em>\u00ab Je dois me placer sur une position plus f\u00e9d\u00e9ratrice \u00bb<\/em>. Un d\u00e9but d\u2019autocritique pour celui qui se faisait fort de <em>\u00ab parler cru et dru \u00bb<\/em> et de <em>\u00ab cliver pour rassembler \u00bb<\/em> ?<\/p>\n<p>Quelques jours plus t\u00f4t, sur son blog, Martine Billard avait pris, \u00e0 sa mani\u00e8re, sans \u00e9clats, des distances vis-\u00e0-vis de la ligne &#8220;classe contre classe&#8221;. Avec des mots choisis, elle a appel\u00e9 \u00e0 \u00e9viter deux \u00e9cueils. En premier lieu, elle invite \u00e0 ne pas <em>\u00ab insulter nos \u00e9lecteurs \u00bb,<\/em> notamment <em>\u00ab la frange<\/em> (de ceux) <em>qui avaient \u00e9t\u00e9 convaincus par le programme \u00e9cologique de Jean-Luc M\u00e9lenchon \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, (qui) sont pour beaucoup retourn\u00e9s au vote EELV ou Nouvelle donne \u00bb.<\/em> L\u2019autre obstacle \u00e0 \u00e9viter, pour la co-pr\u00e9sidente du PG, est <em>\u00ab le repli sur soi \u00bb<\/em> :<em> \u00ab L&#8217;isolationnisme ne m\u00e8ne nulle part, sauf au sectarisme \u00bb.<\/em> Reprendre \u00e0 son compte le terme &#8220;sectarisme&#8221;, utilis\u00e9 r\u00e9cemment par des d\u00e9missionnaires du PG, c\u2019est os\u00e9 dans ce parti.<\/p>\n<p>La critique la plus claire est venue de l\u2019int\u00e9rieur et, encore, de la t\u00eate. Sous la forme d\u2019une d\u00e9mission des instances dirigeantes du Parti de gauche. C\u2019est Corinne Morel-Darleux, th\u00e9oricienne de l\u2019\u00e9co-socialisme et de l\u2019anti-productivisme, qui a jet\u00e9 le pav\u00e9 dans la mare. Forte de ses 7,47 % aux europ\u00e9ennes dans la circonscription Massif central-Centre, le deuxi\u00e8me meilleur score du Front de gauche dans ce scrutin, elle n\u2019a pas m\u00e2ch\u00e9 ses mots dans un courrier interne qui se veut exempt de volont\u00e9 pol\u00e9mique. Mais l\u2019attaque est double. Elle porte d\u2019abord sur la capacit\u00e9 du PG \u00e0 analyser la d\u00e9faite aux europ\u00e9ennes et la mani\u00e8re dont sa ligne politique y a contribu\u00e9. <em>\u00ab Face \u00e0 ce qu&#8217;il faut bien appeler un double d\u00e9sastre national avec la conversion d\u00e9sormais totale et affich\u00e9e du PS au lib\u00e9ralisme et l&#8217;ancrage du Front national dans le paysage politique, force est de constater que le Front de Gauche et le PG n&#8217;ont pu ni s&#8217;y opposer ni en tirer parti. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Un adh\u00e9rent sur quatre a disparu<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Ce faisant, Corinne Morel-Darleux se fait l\u2019\u00e9cho d\u2019une base d\u00e9boussol\u00e9e. Confiants dans leur co-pr\u00e9sident, les militants p\u00e9gistes ont \u00e9t\u00e9 pris au d\u00e9pourvu, apr\u00e8s ceux des municipales, par le r\u00e9sultat d&#8217;\u00e9lections europ\u00e9ennes qui voient le Front de gauche devanc\u00e9 par les sociaux-lib\u00e9raux ; sociaux-lib\u00e9raux contre lesquels ils ont pourtant concentr\u00e9 tous leurs feux. En vain. Ce ne serait pas si grave si le maintien de cette ligne politique n\u2019avait failli provoquer l\u2019\u00e9clatement du Front de gauche, d\u2019une part, et s\u2019il ne s\u2019\u00e9tait traduit par des d\u00e9parts nombreux. En janvier 2014, une note interne au bureau national du PG faisait \u00e9tat de<em> \u00ab 9.000 adh\u00e9rents \u00e0 jour de cotisation \u00bb<\/em>, contre 12.000 revendiqu\u00e9s au moment du congr\u00e8s de Bordeaux (mars 2013). Soit un adh\u00e9rent sur quatre disparu en moins d\u2019un an. \u00c0 la direction du PG, on reste officiellement sur le chiffre de 12.000, comme si cette note n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e.<\/p>\n<p>Le mouvement s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s les municipales. Un responsable parisien \u00e9voque<em> \u00ab ces camarades qui ne r\u00e9pondent plus aux mails, aux coups de fil ; pire encore, qui font le d\u00e9tour quand ils t\u2019aper\u00e7oivent sur le march\u00e9 \u00bb.<\/em> C\u2019est une h\u00e9morragie de militants et, plus particuli\u00e8rement, de cadres qui frappent le Parti de gauche. Lui-m\u00eame d\u00e9missionnaire, <em>\u00ab en silence \u00bb<\/em>, cet ancien militant val-de-marnais <em>\u00ab ne compte plus les d\u00e9parts depuis les municipales \u00bb.<\/em> L\u2019\u00cele-de-France, proche du pouvoir dans ce parti hyper centralis\u00e9 qu\u2019est le PG, est particuli\u00e8rement frapp\u00e9e. Mais il ne faut pas oublier la soixantaine de d\u00e9missionnaires du d\u00e9bat d\u2019ann\u00e9e dans le Sud-Ouest ou, fin 2013, le d\u00e9part de la quasi int\u00e9gralit\u00e9 de la direction du PG manceau. <\/p>\n<p>La question de la d\u00e9mocratie interne a, pour beaucoup, contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9tourner les militants aguerris du PG. Au Mans, c\u2019est l\u2019exclusion d\u2019un adjoint PG au maire, parce qu\u2019il avait propos\u00e9 publiquement de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une liste commune avec le PS au premier tour, qui a provoqu\u00e9 le d\u00e9part. Moins une question de fond qu\u2019une question de forme : les partants militaient pour une liste Front de gauche d\u00e8s le premier tour des municipales. D\u2019autres voix, qui souhaitaient apporter des nuances \u00e0 la ligne martel\u00e9e par le chef et son entourage, se sont \u00e9teintes, soit en partant soit en se mettant en retrait. Ce constat, c\u2019est le deuxi\u00e8me angle d\u2019attaque du courrier r\u00e9dig\u00e9 par Corinne Morel-Darleux : <em>\u00ab Trop de d\u00e9rives sont apparues depuis un an dans notre fonctionnement collectif<\/em> (\u2026) <em>qui nuisent \u00e0 notre efficacit\u00e9, \u00e0 la clart\u00e9 de notre ligne et de notre strat\u00e9gie. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong><em><br \/>\nQuerelles de personnes<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le fonctionnement, aux accents par moments claniques, de la direction du PG a fait voler en \u00e9clats l\u2019utopie d\u2019un parti creuset o\u00f9 plusieurs cultures militantes, plusieurs sensibilit\u00e9s politiques, plusieurs histoires collectives pouvaient se fondre. L\u2019attachement des militants \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du parti, unit\u00e9 incarn\u00e9e par Jean-Luc M\u00e9lenchon, a permis des mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart brutales, \u00e0 l\u2019image d\u2019un \u00c9ric Coquerel, secr\u00e9taire national aux relations unitaires, s\u00e8chement battu \u00e0 l\u2019investiture pour les t\u00eates de listes aux europ\u00e9ennes par Gabriel Amard, un des tr\u00e8s proches de M\u00e9lenchon. Pour les connaisseurs de la rue Doudeauville (o\u00f9 si\u00e8ge le PG depuis 2013), cette confrontation dans le huis clos du bureau national a sold\u00e9 pour tous comptes les affrontements entre \u00c9ric Coquerel et Fran\u00e7ois Delapierre, avant le congr\u00e8s de Bordeaux, sur fond de succession \u00e9ventuelle de M\u00e9lenchon.<\/p>\n<p>C\u2019est que, derri\u00e8re les empoignades politiques, pour feutr\u00e9es qu\u2019elles soient, les querelles de personnes existent bel et bien au sein du PG. Ainsi, un tr\u00e8s proche de Raquel Garrido, la puissante patronne du secteur &#8220;6e R\u00e9publique&#8221;, commentant la campagne de Danielle Simonnet lors de la municipale parisienne, n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 l\u00e2cher : <em>\u00ab Plus gauchiste que \u00e7a, tu meurs. On ne pouvait pas trouver pire candidate \u00e0 Paris \u00bb. <\/em> Le fonctionnement de la direction se r\u00e9percute sur les comit\u00e9s, l\u2019unit\u00e9 de base du PG. M\u00eame si, en Province, les \u00e9chos sont parfois att\u00e9nu\u00e9s par la personnalit\u00e9 des animateurs locaux. Ainsi, dans les Bouches-du-Rh\u00f4ne hors Marseille, c\u2019est un peu calme plat. <em>\u00ab On fait notre boulot, \u00e7a se passe comme \u00e7a peut se passer, et plut\u00f4t pas si mal, avec les communistes \u00bb<\/em>, r\u00e9sume ce militant aixois. Ici, depuis le d\u00e9but 2014, on a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 focaliser sur la convergence des luttes sociales, notamment autour des embl\u00e9matiques Fralib. M\u00eame son de cloche dans le Puy-de-D\u00f4me o\u00f9 les responsables d\u00e9partementaux, solidement ancr\u00e9s sur le terrain, tiennent la boutique.<\/p>\n<p>Pour autant, m\u00eame si les d\u00e9parts se multiplient et que les cris s\u2019\u00e9l\u00e8vent, il y a peu \u00e0 parier sur un \u00e9clatement du PG. Con\u00e7u par M\u00e9lenchon pour \u00eatre <em>\u00ab une colonne de fer \u00bb,<\/em> le PG <em>\u00ab se renforce en s\u2019\u00e9purant \u00bb<\/em>, sourit un \u00e9lu francilien. Qui se souvient encore qu\u2019il y a moins de deux ans, Marc Dolez, d\u00e9put\u00e9 ; Franck Pupunat, figure d\u2019Utopia, et Claude Debons, militant cheminot, tous trois membres fondateurs du PG l\u2019ont quitt\u00e9 ? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le scrutin europ\u00e9en devait placer le Front de gauche devant la social-d\u00e9mocratie, avait proph\u00e9tis\u00e9 Jean-Luc M\u00e9lenchon, co-pr\u00e9sident du Parti de gauche. Les r\u00e9sultats pass\u00e9s, les crispations n\u00e9es des municipales se d\u00e9tendent et les bouches s\u2019ouvrent. 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