{"id":7778,"date":"2014-05-31T13:03:53","date_gmt":"2014-05-31T11:03:53","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/reflexions-pour-le-front-de-gauche7778\/"},"modified":"2023-06-23T23:17:24","modified_gmt":"2023-06-23T21:17:24","slug":"reflexions-pour-le-front-de-gauche7778","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7778","title":{"rendered":"R\u00e9flexions pour le Front de gauche"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Impuissance de la gauche radicale, crise politique qui est aussi crise de la politique, absence de solution partisane, n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une m\u00e9diation : Roger Martelli diss\u00e8que les conditions de l&#8217;\u00e9chec, au-del\u00e0 desquelles il faut trouver celles de la reconstruction.<\/p>\n<h2>1. <\/h2>\n<p>La gauche dans son ensemble est au plus bas : elle vient d\u2019enregistrer son plus bas pourcentage en suffrages exprim\u00e9s depuis 1936, toutes \u00e9lections confondues. La gauche de gauche est elle aussi mal en point : le total du Front de Gauche (FDG) et de l\u2019extr\u00eame gauche (8 %) est le plus modeste en scrutin europ\u00e9en, un des trois plus faibles toutes \u00e9lections confondues (pour le total PCF-extr\u00eame gauche). Pendant des d\u00e9cennies, le PCF a recul\u00e9 sans que nul, \u00e0 la gauche du PS, ne se montre en \u00e9tat de r\u00e9cup\u00e9rer ce qu\u2019il a perdu. Entre 1997 et 2008, l\u2019extr\u00eame gauche trotskisante a fait une perc\u00e9e non n\u00e9gligeable. Elle s\u2019effondre aujourd\u2019hui, sans que le FDG r\u00e9cup\u00e8re ce qu\u2019elle perd.<\/p>\n<h2>2.<\/h2>\n<p>Nous avons affaire \u00e0 une crise politique qui est en m\u00eame temps une crise de la politique. Non pas de la politique en g\u00e9n\u00e9ral, mais de la politique dans sa forme institu\u00e9e. Les partis dits de gouvernement sont p\u00e9nalis\u00e9s par le recul de l\u2019\u00c9tat, qui les rend incapables de r\u00e9pondre \u00e0 la demande sociale \u00ab d\u2019en bas \u00bb. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, le fonctionnement vertical des partis contredit le d\u00e9sir de d\u00e9lib\u00e9ration et de d\u00e9cision directe des individus. Il ne parvient plus \u00e0 ma\u00eetriser le rapport complexe du social et du politique. D\u00e9sormais, la reconstruction des cadres m\u00eames de la d\u00e9mocratie et la relance politique doivent se penser en m\u00eame temps, selon des logiques voisines, \u00e0 partir des m\u00eames exigences.<\/p>\n<h2>3.<\/h2>\n<p>Il n\u2019y a donc pas de solution purement partisane \u00e0 la crise politique actuelle. Inutile d\u2019envisager un parti central, au c\u0153ur d\u2019une galaxie \u00e9tendue, comme le PCF y parvint pendant quelques d\u00e9cennies ; mais un front de partis, f\u00fbt-il \u00e9largi, ne suffit pas non plus. Le contact entre formations politiques est utile ; il n\u2019est pas \u00ab la \u00bb solution. S\u2019il faut reconstruire, c\u2019est dans deux directions : associer \u00e0 la construction de projets et d\u2019initiative politique des forces et des individus qui ne sont pas dans le champ \u00e9troitement partisan ; b\u00e2tir des formes de fonctionnement collectif selon des mod\u00e8les coop\u00e9ratifs, en r\u00e9seaux, qui contredisent la tendance forte \u00e0 confondre centralit\u00e9 et verticalit\u00e9 hi\u00e9rarchique.<\/p>\n<h2>4. <\/h2>\n<p>Le champ de cette reconstruction n\u2019est pas \u00ab toute la gauche \u00bb. Non pas qu\u2019il faille renoncer au dualisme gauche-droite constitutif de la politique fran\u00e7aise. Non pas qu\u2019il faille cesser de viser des majorit\u00e9s, pas simplement ponctuelles, mais autour de projets transformateurs globaux. Mais cette majorit\u00e9 ne se formera pas en dehors de m\u00e9diations de plus ou moins longue dur\u00e9e. Depuis que le PCF a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00ab central \u00bb \u00e0 gauche, cette m\u00e9diation est celle de la formation d\u2019un p\u00f4le transformateur, ancr\u00e9 imm\u00e9diatement dans le refus de la m\u00e9thode sociale-lib\u00e9rale. La gauche existe encore. Il n\u2019y a pas deux gauches herm\u00e9tiquement ferm\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Mais la gauche est polaris\u00e9e entre la tentation de l\u2019adaptation et de l\u2019accommodement d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 la propension \u00e0 la rupture et au d\u00e9passement. Le second p\u00f4le est trop faible : il faut le conforter.<\/p>\n<p>La structuration de ce p\u00f4le n\u2019est pas une fin en soi. Mais si on ne s\u2019y attelle pas de fa\u00e7on sp\u00e9cifique, hors \u00e9lection et \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections, la gauche tout enti\u00e8re restera en panne. Il ne faut plus reproduire la cacophonie des municipales. Ce qui fit nagu\u00e8re la force de la strat\u00e9gie d\u2019union de la gauche tenait \u00e0 deux choses en m\u00eame temps : le PCF \u00e9tait \u00e0 20 % et il proposait la formule de l\u2019union de la gauche partout. Pour assurer la pr\u00e9sence d\u2019un p\u00f4le transformateur (aujourd\u2019hui minoritaire \u00e0 gauche), il faut l\u2019affirmer de fa\u00e7on coh\u00e9rente, si possible \u00e0 toutes les \u00e9lections. Si des ajustements concrets doivent se faire, ils se font sur la base d\u2019une orientation commune, valable sur la dur\u00e9e et opini\u00e2trement suivie.<\/p>\n<h2>5.<\/h2>\n<p>La gauche de gauche fran\u00e7aise n\u2019a pas disparu, comme elle l\u2019a fait un moment en Italie. Mais elle est en panne. Quatre traits, \u00e0 mes yeux, contribuent \u00e0 la p\u00e9naliser : la \u00ab peur de gagner \u00bb, le jeu de la concurrence partisane, l\u2019art de mettre en \u00e9vidence les sujets qui f\u00e2chent, la propension \u00e0 identifier modernisation et renoncement.<\/p>\n<p>La \u00ab peur de gagner \u00bb : chaque fois que l\u2019occasion se pr\u00e9sente de prolonger \u00e9lectoralement une dynamique sociopolitique, la gauche de gauche s\u2019emballe et \u00e9choue. En 1995, le grand mouvement de novembre-d\u00e9cembre bouscule un paysage politique qui semblait totalement bouch\u00e9 \u00e0 gauche. Peu apr\u00e8s, le PCF choisit la gauche plurielle et la LCR l\u2019enfermement avec LO : \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e le PC est lamin\u00e9 et l\u2019extr\u00eame gauche confort\u00e9e mais isol\u00e9e. En 2005, la victoire du Non ouvre un espace formidable \u00e0 l\u2019affirmation \u00e9lectorale d\u2019un vote de gauche franchement en rupture avec les recentrages de vingt ans. La LCR fait la moue, le PC croit qu\u2019il est le mieux plac\u00e9 : \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, les comit\u00e9s antilib\u00e9raux explosent et la gauche de gauche est cruellement affaiblie. En 2012, le FDG fait une perc\u00e9e remarqu\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidentielle. Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui ?<\/p>\n<p><strong>Le jeu de la concurrence partisane<\/strong> : au mieux, la gauche de gauche sait faire des cartels ; mais un cartel ne fait pas n\u00e9cessairement \u00ab mouvement \u00bb. Chaque organisation tient d\u2019abord \u00e0 son existence : tout se passe comme si le commun (le cartel) n\u2019\u00e9tait accept\u00e9 que d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 il servait les int\u00e9r\u00eats du particulier (le parti). En pratique, chacun est plus ou moins persuad\u00e9 qu\u2019il est \u00ab le mieux plac\u00e9 pour\u2026 \u00bb. Autant dire que les autres sont moins bien plac\u00e9s pour\u2026 D\u00e8s lors, dans un cartel, chacun observe l\u2019autre, comme en attente de la faille du partenaire. Au d\u00e9part, on a des t\u00eate-\u00e0-t\u00eate ; \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, on bute sur des face-\u00e0-face.<\/p>\n<p><strong>La passion des sujets qui f\u00e2chent.<\/strong> Globalement la gauche de gauche se caract\u00e9rise par des traits de communaut\u00e9 majeurs : la critique des ajustements \u00ab sociaux-lib\u00e9raux \u00bb, le refus de la mondialisation financi\u00e8re, la conviction que le d\u00e9veloppement \u00e9conome des capacit\u00e9s humaines vaut beaucoup mieux que la concurrence libre et non fauss\u00e9e, le d\u00e9sir d\u2019avancer vers une d\u00e9mocratie d\u2019implication\u2026 Mais d\u00e8s qu\u2019on semble parvenu \u00e0 un consensus, on s\u2019ing\u00e9nie \u00e0 trouver la ligne de clivage qui montre que l\u2019entente est factice. En 2005-2006, la convergence antilib\u00e9rale fait la preuve de sa force face au PS recentr\u00e9 ? La LCR se met alors \u00e0 th\u00e9oriser sur la diff\u00e9rence jug\u00e9e fondamentale et discriminante entre les \u00ab antilib\u00e9raux \u00bb et les \u00ab anticapitalistes \u00bb. On s\u2019accorde, \u00e0 la gauche de la gauche, sur la pr\u00e9\u00e9minence de la question des droits ? On se d\u00e9brouille pour s\u2019\u00e9charper sur le voile ou sur le post-colonialisme. En quelques ann\u00e9es, on a pris l\u2019habitude de penser ensemble les combats locaux, nationaux, europ\u00e9ens, plan\u00e9taires ? C\u2019\u00e9tait trop beau : voil\u00e0 que renaissent les d\u00e9bats sanglants entre \u00ab europ\u00e9istes \u00bb et \u00ab souverainistes \u00bb, comme on s\u2019\u00e9gorgeait nagu\u00e8re entre \u00ab f\u00e9d\u00e9ralistes \u00bb et \u00ab conf\u00e9d\u00e9ralistes \u00bb, ou entre \u00ab girondins \u00bb et \u00ab jacobins \u00bb. \u00c0 la gauche de la gauche, on aime bien se trouver des ennemis irr\u00e9ductibles dans son propre camp. L\u2019ennemi le plus pernicieux, c\u2019est celui qui vous ressemble le plus.<\/p>\n<p><strong>La confusion du mouvement et du renoncement. <\/strong> Dans la gauche de gauche, les jours heureux sont volontiers derri\u00e8re nous. Du temps de la grande Union sovi\u00e9tique, du CNR, de l\u2019\u00c9tat-providence, du keyn\u00e9sianisme, de l\u2019unit\u00e9 jacobine, du jauressisme, de l\u2019union de la gauche\u2026 Chacun choisit ses jours heureux. Mais ils sont dans le pass\u00e9. Si le PS est fustig\u00e9, c\u2019est parce qu\u2019il tourne le dos au pass\u00e9. Tant de renoncements ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s au nom de la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb (souvenez-vous de \u00ab Vive la crise ! \u00bb) que l\u2019on finit par identifier d\u00e9sir de bouger et capitulation devant le capital. Cette m\u00e9fiance peut se comprendre ; il n\u2019en reste pas moins qu\u2019elle est mortif\u00e8re. En fait, il faudrait d\u00e9nigrer le PS parce qu\u2019il tourne le dos \u00e0 l\u2019avenir. Et pour cela, s\u2019il faut cultiver la m\u00e9moire du combat ouvrier et d\u00e9mocratique, il ne faut surtout pas la rejouer sur le m\u00eame registre. Aimer son pass\u00e9, ce n\u2019est pas le r\u00e9p\u00e9ter. Le FDG n\u2019est pas identifi\u00e9 \u00e0 de la novation : c\u2019est dommage. Y rem\u00e9dier se travaille.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7778 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/fdg-11-4b7.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/fdg-11-4b7-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"fdg-11.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Impuissance de la gauche radicale, crise politique qui est aussi crise de la politique, absence de solution partisane, n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une m\u00e9diation : Roger Martelli diss\u00e8que les conditions de l&#8217;\u00e9chec, au-del\u00e0 desquelles il faut trouver celles de la reconstruction.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":20360,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[359,452],"class_list":["post-7778","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-exclure-de-la-home","tag-front-de-gauche"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7778","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7778"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7778\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20360"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7778"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7778"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7778"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}