{"id":7769,"date":"2014-05-28T15:24:21","date_gmt":"2014-05-28T13:24:21","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mesdames-et-messieurs-les7769\/"},"modified":"2014-05-28T15:24:21","modified_gmt":"2014-05-28T13:24:21","slug":"mesdames-et-messieurs-les7769","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7769","title":{"rendered":"Mesdames et messieurs les politiques, r\u00e9inventez la jeunesse de vos id\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em>\u00ab\u00a0Mesdames et messieurs les politiques, r\u00e9inventez la jeunesse de vos id\u00e9es, la puissance de vos mots, l\u2019imp\u00e9riosit\u00e9 de vos actions\u00a0\u00bb<\/em> : trois \u00e9tudiants de grandes \u00e9coles interpellent la classe politique sur l&#8217;urgence d&#8217;une r\u00e9action devant l&#8217;incendie.\n<\/p>\n<p>Au lendemain de ces \u00e9lections municipales et europ\u00e9ennes, le constat qu\u2019un parti d\u2019extr\u00eame droite puisse attirer un \u00e9lecteur sur quatre et soit consid\u00e9r\u00e9 comme une alternative l\u00e9gitime sur l\u2019\u00e9ventail politique, nous alerte terriblement. Le s\u00e9isme \u00e9lectoral  provoqu\u00e9 par l\u2019emprise plus si nouvelle du Front National dans l\u2019espace politique fran\u00e7ais est le t\u00e9moin certain d\u2019une d\u00e9chirure profonde du concept m\u00eame de vivre-ensemble, tout cela dans l\u2019indiff\u00e9rence apathique d\u2019un triste nombre d\u2019abstentionnistes qui observent, avec morgue, une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9river lentement et de fa\u00e7on insidieuse vers l\u2019individualisme sans compromission, vers la peur de l\u2019\u00e9tranger, vers l\u2019intol\u00e9rance envers la diff\u00e9rence, vers la laideur la plus abjecte.<\/p>\n<p>Alors, au moment o\u00f9 l\u2019on en est encore \u00e0 colmater les br\u00e8ches dans une urgence qui fait penser de plus en plus au long naufrage de la M\u00e9duse, au moment o\u00f9 chacun se renvoie la balle de la responsabilit\u00e9 dans un semblant de d\u00e9bat d\u00e9mocratique, au moment o\u00f9 la scl\u00e9rose de la sph\u00e8re politicienne commence \u00e0 approcher de sa phase la plus aig\u00fce, il est temps de trouver une nouvelle force pour jeter les bases d\u2019un nouveau paradigme soci\u00e9tal.<\/p>\n<p>Et tout cela commence par la lutte contre l\u2019indiff\u00e9rence\u00a0: ce sentiment d\u2019impuissance aussi bien \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du citoyen qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la classe politique, irrigue l\u2019ensemble des cat\u00e9gories sociales, conditionne la psych\u00e9 collective, gagne les rangs de la jeunesse, les rangs des syndicats, les rangs de toutes les forces vives qui devraient, au contraire, rappeler toutes les v\u00e9rit\u00e9s, les plus na\u00efves comme les plus fondamentales. Un sentiment de &#8220;trop tard&#8221; et de &#8220;trop dur&#8221; pourtant infond\u00e9 nous \u00e9treint et nous fait accepter le naufrage lent et incertain de nos id\u00e9aux, jusqu\u2019\u00e0 un oubli nonchalant, une acceptation de l\u2019inacceptable, une banalisation de certaines paroles et de certains actes, une perte d\u2019importance progressive, une d\u00e9sinvolture.<\/p>\n<p>Sans aucunement jeter l\u2019opprobre sur ceux qui nous dirigent et qui occupent tout l\u2019espace politico-m\u00e9diatique, en les accusant, \u00e0 tort, nous en sommes certains, de ne pas vouloir \u0153uvrer dans le sens de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, il faut, au contraire, chercher l\u2019origine de leur mollesse d\u2019actions et d\u2019id\u00e9es dans leur absence, sinon dans leur peur, d\u2019assumer r\u00e9ellement les missions qui leur incombent. Une des r\u00e9ponses aurait pu \u00eatre la jeunesse\u2026 Las, certains constatent avec tristesse qu\u2019elle a perdu sa vocation historique contestataire, si tant est qu\u2019elle ne l\u2019ait jamais eue, sa capacit\u00e9 \u00e0 renverser les paradigmes sociaux, cette folie et cette gr\u00e2ce qui font pourtant son charme et sa force, qu\u2019elle a laiss\u00e9 s\u2019abimer son indignation fraiche et spontan\u00e9e pourtant si cruciale pour l\u2019\u00e9quilibre d\u2019un peuple.<\/p>\n<p>Aller jusqu\u2019\u00e0 penser qu\u2019elle a perdu sa force serait, \u00e0 notre sens, grande n\u00e9gligence. D\u2019abord car il existe \u2013 et nous sommes certains qu\u2019il existera toujours \u2013 une fraction d\u2019irr\u00e9ductibles, pr\u00eate \u00e0 tout pour faire valoir des droits, des valeurs dont elle s\u2019est candidement mais fermement empar\u00e9e\u00a0: si elle ne se manifeste pas, c\u2019est que la puissance de l\u2019autre partie de la jeunesse l\u2019ensommeille. Ainsi, pour qu\u2019elle se mette en \u00e9bullition, nous voulons croire qu\u2019il faut l\u2019int\u00e9resser, lui parler franchement et lui donner l\u2019\u00e9lan initial n\u00e9cessaire pour que, de mani\u00e8re inertielle, elle poursuive son chemin, non pas persuad\u00e9e par telle ou telle autre id\u00e9e, mais convaincue qu\u2019il faut qu\u2019elle s\u2019en forge une, personnelle. En tous les cas, ce n\u2019est pas en lui murmurant poussivement des propos abscons, en lesquels m\u00eame les sp\u00e9cialistes ont parfois du mal \u00e0 discerner le v\u00e9ritable projet du propos mensonger, qu\u2019on en motivera le r\u00e9veil. Mais qui sait\u00a0? La honte h\u00e9ninoise sera peut-\u00eatre ce d\u00e9tonateur.<\/p>\n<p>Car aujourd\u2019hui, nous sommes conscients de la force de notre \u00e2ge, de cette libert\u00e9 de n\u2019appartenir \u00e0 aucun syst\u00e8me, de n\u2019\u00eatre li\u00e9 par aucun accord \u00e0 quelques institutions, d\u2019\u00eatre d\u00e9nu\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eats et de contraintes. Nous sommes conscients que c\u2019est \u00e0 nous de crier \u00e0 l\u2019urgence le plus fort quand la soci\u00e9t\u00e9 brule, de proclamer des v\u00e9rit\u00e9s bafou\u00e9es et oubli\u00e9es, d\u2019appeler \u00e0 la rescousse, d\u2019\u00eatre fermes et inflexibles, et que c\u2019est \u00e0 nous d\u2019exiger. Comment d\u2019ailleurs se taire encore\u00a0? <\/p>\n<p>Las, on nous dit le politique inf\u00e9od\u00e9 aux grands acteurs de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9\u2026ennemi invisible, aux contours flous, qui est comme un point de non-retour dans le d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es. Mais il ne tient \u00e0 qu\u2019\u00e0 nous, garants supr\u00eames du vivre-ensemble, de renverser ce rapport fauss\u00e9 de pouvoir et, non pas en invoquant un compromis qui n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre mais bien sur les fondements de notre l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique, de trouver les voies et moyens pour \u00e9tablir une relation saine mais forte entre nous tous. Ainsi, la crise \u00e9conomique qui perdure depuis 2008 et derri\u00e8re laquelle le gouvernement actuel se cache pour ralentir \u00e0 l\u2019extr\u00eame le mouvement des r\u00e9formes structurelles pourtant n\u00e9cessaires qu\u2019il souhaitait engager, ne saurait \u00eatre un argument assez solide\u00a0pour justifier toutes les reculades auxquelles on assiste depuis vingt mois. T\u00e9moin d\u2019une \u00e9conomie malade du fait de l\u2019architecture m\u00eame de son syst\u00e8me, cette crise devrait au contraire \u00eatre l\u2019occasion d\u2019aller puiser dans le stock infini de l\u2019inventivit\u00e9 humaine les r\u00e9ponses nouvelles que pourrait apporter la France dans le monde contemporain.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la France a besoin de grands mots, de grandes id\u00e9es, d\u2019id\u00e9es qui la transcendent et qui lui permettent de vivre en harmonie avec elle-m\u00eame. Dans la femme et dans l\u2019homme politique, il ne devrait y avoir aucune fatalit\u00e9\u00a0: le combat pour un monde meilleur, dans tout ce que cette acception peut avoir de na\u00eff et de simpliste, est un combat noble. Et doit \u00eatre un combat rempli de joie et d\u2019enthousiasme \u2013 m\u00eame si les r\u00e9alit\u00e9s sont, h\u00e9las, parfois d\u2019une duret\u00e9 au-del\u00e0 du soutenable. Aujourd\u2019hui, la France a besoin de croire que l\u2019\u00e9cole de la R\u00e9publique est un pilier du vivre-ensemble, que nos valeurs les plus ch\u00e8res sont d\u00e9fendues au sein et par del\u00e0 nos fronti\u00e8res, que nos richesses sont pleinement et justement exploit\u00e9es et que l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les individus n\u2019est pas un vain mot. Aujourd\u2019hui, la France a besoin de mettre en place des politiques publiques nouvelles pour permettre aux Fran\u00e7ais de s\u2019imaginer d\u2019une fa\u00e7on nouvelle\u00a0: les r\u00e9formes sont multiples et doivent se faire tous azimuts, dans la r\u00e9flexion, l\u2019intelligence et la vitesse qui incombent \u00e0 leur urgence.<\/p>\n<p>La gauche au pouvoir ne semble pas en mesure de se r\u00e9inventer, de r\u00e9-enchanter  l\u2019action politique, elle qui patauge, semi-moribonde, dans des id\u00e9ologies contradictoires, et qui s\u2019englue au rythme de son ind\u00e9cision, faisant fi de l\u2019urgence sociale, de l\u2019urgence esth\u00e9tique et po\u00e9tique mais aussi de l\u2019urgence de sa survie. Une gauche dans le moule confortable et vaseux de la social-d\u00e9mocratie \u00e0 la fran\u00e7aise, qui a perdu son courage historique et qui ne s\u2019adresse plus au peuple que dans le jargon l\u00e9nifiant des technocrates. Ce n\u2019est pas les armes qui lui manquent, ce ne sont pas les projets, ce ne sont m\u00eame pas les id\u00e9es qui fourmillent pourtant en secret chez beaucoup, c\u2019est plus l\u2019audace et l\u2019ambition, ces folies qui emportent les peuples, ce pari \u00e9ternel d\u2019un monde r\u00e9ellement meilleur, ce pari visionnaire sur le po\u00e9tique, sur la beaut\u00e9, sur les formes invisibles qui sont dans le r\u00e9el. Cette audace, qui est l\u2019apanage de la jeunesse, est \u00e0 r\u00e9inventer, \u00e0 r\u00e9veiller, \u00e0 r\u00e9-enchanter.<\/p>\n<p>Evidemment, les Fran\u00e7ais ne sont pas les seuls acteurs de leur destin. Dans l\u2019Europe qui ne cesse de se construire plus avant, dans la mondialisation galopante qui intensifie \u00e0 grande vitesse tous les \u00e9changes et tous les r\u00e9seaux de part le monde, il ne faut plus r\u00e9fl\u00e9chir seul, ni m\u00eame \u00e0 plusieurs\u00a0: il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 tous. Le d\u00e9fi est d\u2019autant plus important que la voix de la France est encore de celle que l\u2019on peut entendre, certes de plus en plus faiblement, dans le concert tonitruant des nations, des entreprises, des hommes et des femmes. Mais qu\u2019importe la puissance du porte-voix\u00a0: si le message est juste, il saura \u00eatre entendu.<\/p>\n<p>Alors agissons, r\u00e9fl\u00e9chissons et parlons. Entre nous et entre tous. Le d\u00e9bat d\u00e9mocratique ne doit pas s\u2019arr\u00eater aux fronti\u00e8res des statuts et des positions\u00a0: il doit irriguer toute la soci\u00e9t\u00e9 pour aider \u00e0 produire l\u2019armature nouvelle d\u2019une pens\u00e9e politique et po\u00e9tique nouvelle. En un mot comme en cent, il faut donner envie \u00e0 chacun d\u2019\u00eatre responsable de tous car cette envie est la clef de vo\u00fbte du vivre-ensemble.<\/p>\n<p>Et pour \u00e7a, mesdames et messieurs les politiques, r\u00e9inventez la jeunesse de vos id\u00e9es, la puissance de vos mots, l\u2019imp\u00e9riosit\u00e9 de vos actions. Et vite, le monde br\u00fble.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>\u00ab\u00a0Mesdames et messieurs les politiques, r\u00e9inventez la jeunesse de vos id\u00e9es, la puissance de vos mots, l\u2019imp\u00e9riosit\u00e9 de vos actions\u00a0\u00bb<\/em> : trois \u00e9tudiants de grandes \u00e9coles interpellent la classe politique sur l&#8217;urgence d&#8217;une r\u00e9action devant l&#8217;incendie.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[278],"tags":[359],"class_list":["post-7769","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-tribunes","tag-exclure-de-la-home"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7769","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7769"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7769\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7769"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7769"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7769"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}