{"id":7700,"date":"2014-05-02T15:56:23","date_gmt":"2014-05-02T13:56:23","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sebastien-thiery-les-politiques-d7700\/"},"modified":"2023-06-23T23:17:12","modified_gmt":"2023-06-23T21:17:12","slug":"sebastien-thiery-les-politiques-d7700","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7700","title":{"rendered":"S\u00e9bastien Thi\u00e9ry : \u00ab Les politiques d&#8217;hostilit\u00e9 sont devenues la norme \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Face \u00e0 la destruction de l&#8217;habitat pr\u00e9caire, \u00e0 l&#8217;\u00e9vacuation des squats ou \u00e0 l&#8217;\u00e9loignement des sans-abris, le P\u00f4le d&#8217;exploration des ressources urbaines (PEROU) propose une approche originale : redonner \u00e0 la ville une fonction de construction \u2013 ou de reconstruction \u2013 du lien social. <\/p>\n<p>Les chercheurs, \u00e9crivains ou artistes membres du <a href=\"http:\/\/www.perou-paris.org\/index.html\">collectif PEROU<\/a> exp\u00e9rimentent de nouvelles pratiques et inscrivent la notion d&#8217;hospitalit\u00e9 au c\u0153ur de l&#8217;identit\u00e9 urbaine. Comment lutter contre la violence institutionnelle qui vise les populations aux marges de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0? S\u00e9bastien Thi\u00e9ry, cofondateur et coordinateur du PEROU, a r\u00e9pondu aux questions de <em>Regards<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Regards : Le PEROU inscrit sa d\u00e9marche en opposition \u00e0 la \u00ab ville hostile \u00bb. Qu&#8217;entendez-vous par ce terme ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>S\u00e9bastien Thi\u00e9ry.<\/strong> C&#8217;est une r\u00e9alit\u00e9 multiple, la g\u00e9n\u00e9ralisation d&#8217;une action publique qui consiste \u00e0 \u00e9loigner, par la force ou par des voies l\u00e9gales, ceux qui sont qualifi\u00e9s de sans-abris. C&#8217;est par exemple la multiplication des dispositifs anti-SDF, que l&#8217;on retrouve \u00e0 Paris ou dans les grandes m\u00e9tropoles. On &#8220;traite&#8221; la pr\u00e9sence des SDF par une politique sanitaire ou urbaine d&#8217;\u00e9loignement, de mise \u00e0 l&#8217;\u00e9cart, qui va contre la n\u00e9cessit\u00e9 fondamentale de l&#8217;hospitalit\u00e9. Ce sont des pratiques qui reviennent \u00e0 consid\u00e9rer ces personnes comme des parasites, comme des charges dont il faudrait se d\u00e9barrasser.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les populations vis\u00e9es par ces dispositifs ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il s&#8217;agit de toute personne dont la pr\u00e9sence est consid\u00e9r\u00e9e comme &#8220;anormale&#8221;, et par cons\u00e9quent criminalis\u00e9e : ceux qui occupent des bidonvilles, des squats, qui vivent sous une tente, sur un trottoir&#8230; La d\u00e9finition pr\u00e9cise de ces populations reste \u00e0 faire, mais il s&#8217;agit surtout de d\u00e9faire un certain nombre de repr\u00e9sentations. Il y a une tendance \u00e0 focaliser sur les populations dites &#8220;Roms&#8221;. C&#8217;est faire preuve de courte vue. Les Roms ne sont pas les seuls \u00e0 \u00eatre trait\u00e9s ainsi, on voit des familles syriennes qui font l&#8217;objet des m\u00eames mesures, des Albanais, des \u00c9rythr\u00e9ens, des Soudanais&#8230; Ces politiques d&#8217;hostilit\u00e9 sont devenues la norme.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab La ville est l&#8217;espace de la rencontre, de la collaboration, de l&#8217;accueil. Sinon, c&#8217;est un camp retranch\u00e9, un lieu de guerre \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>La question des Roms serait, en quelque sorte, l&#8217;arbre qui cache la for\u00eat ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Oui, c&#8217;est m\u00eame plus pr\u00e9cis\u00e9ment le mot qui cache la for\u00eat. La violence qui vise les Roms est une r\u00e9alit\u00e9, mais qui, aujourd&#8217;hui, est capable de d\u00e9finir ce qu&#8217;est un &#8220;Rom&#8221; ? 80% des personnes qui utilisent ce terme, pour les d\u00e9fendre comme pour les attaquer, ne savent pas pr\u00e9cis\u00e9ment de qui elles parlent. C&#8217;est un exp\u00e9dient, un motif qui masque la r\u00e9alit\u00e9 et la diversit\u00e9 des personnes concern\u00e9es. Quiconque vit en bidonville, dans une tente, dans une friche, est aujourd&#8217;hui sujet de telles violences, quelle que soit sa nationalit\u00e9 ou son ethnie. C&#8217;est cette for\u00eat d&#8217;hommes et de femmes d\u00e9laiss\u00e9s, consid\u00e9r\u00e9s comme des rebuts humains, qu&#8217;il faut faire appara\u00eetre.<\/p>\n<p><strong>Face \u00e0 cette ville qui exclut, quelles alternatives proposez-vous ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne portons pas d&#8217;alternative, car c&#8217;est la ville hostile qui est une alternative par rapport \u00e0 ce que devrait \u00eatre la norme ! La ville, en son fondement, ce sont deux personnes qui se rencontrent et qui consid\u00e8rent que vivre ensemble est plus int\u00e9ressant qui vivre seul. La ville est l&#8217;espace de la rencontre, de la collaboration, de l&#8217;accueil. Sinon, c&#8217;est un camp retranch\u00e9, un lieu de guerre. La ville en soi est hospitali\u00e8re, sans quoi elle n&#8217;est pas. La ville hostile est une vision alternative de la ville telle que nous l&#8217;entendons, elle est un d\u00e9r\u00e8glement des repr\u00e9sentations et des actes. Faire l&#8217;hospitalit\u00e9 \u00e0 un autre, c&#8217;est la fonction premi\u00e8re de la ville. Nous voulons repartir de cette id\u00e9e simple.<\/p>\n<p><strong>Au sujet des bidonvilles, vous d\u00e9fendez l&#8217;id\u00e9e selon laquelle <em>\u00ab construire vaut mieux que d\u00e9truire \u00bb<\/em>&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Oui, si l&#8217;on se penche sur les dix derni\u00e8res ann\u00e9es de politiques publiques \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des bidonvilles, dont l&#8217;ambition, sans doute louable, est de faire dispara\u00eetre le ph\u00e9nom\u00e8ne, on voit que leur destruction pure et simple est, in fine, synonyme de p\u00e9rennisation. C&#8217;est un constat irr\u00e9futable : d\u00e9truire un bidonville, c&#8217;est en promettre la reconstitution cinq-cents m\u00e8tres plus loin. Cette approche est une absurdit\u00e9. Au contraire, construire dans le bidonville, sur le bidonville, est le plus court chemin pour le faire dispara\u00eetre. Construire, c&#8217;est \u00e9tablir des relations, donner du temps, des perspectives&#8230; Ce sont ces mat\u00e9riaux qui sont essentiels \u00e0 toute forme d&#8217;int\u00e9gration.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Ce ne sont pas des salauds qui expulsent, ce sont des textes, des arguments, des raisonnements \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Le PEROU a sign\u00e9 un livre, Consid\u00e9rant que&#8230; Les trente contributeurs s&#8217;attachent \u00e0 d\u00e9construire le texte d&#8217;un arr\u00eat\u00e9 municipal ayant autoris\u00e9, en 2013, la d\u00e9molition du bidonville de Ris Orangis. Pourquoi cette approche originale ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9construire, c&#8217;est le terme exact. J&#8217;irai m\u00eame plus loin : on a d\u00e9mantel\u00e9 le texte, comme on d\u00e9mant\u00e8le un bidonville. On l&#8217;a attaqu\u00e9, d\u00e9pec\u00e9&#8230; C&#8217;est un geste d\u00e9mocratique \u00e9l\u00e9mentaire, car c&#8217;est un texte public, sign\u00e9 en notre nom par une municipalit\u00e9. Il m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre lu, publi\u00e9, discut\u00e9. En g\u00e9n\u00e9ral, on ne lit pas ces textes. On se contente de dire : \u00ab Ce sont des salauds qui ont fait \u00e7a \u00bb. Non, ce ne sont pas des salauds qui expulsent, ce sont des textes, des arguments, des raisonnements. Il faut les contrer. On a donc invit\u00e9 des auteurs issus de champs diff\u00e9rents, avec des grilles de lecture diff\u00e9rentes, qui d\u00e9montrent l&#8217;absurdit\u00e9 du texte, ses innombrables failles, sa folie. L&#8217;ambition est de geler ces pratiques, d&#8217;emp\u00eacher la publication de nouveaux textes sc\u00e9l\u00e9rats. Comme en temps de guerre, on \u00e9tudie la logique de l&#8217;adversaire, pour le contrer.<\/p>\n<p><strong>Justement, quelle riposte proposez-vous ? Pensez-vous qu&#8217;il soit encore possible d&#8217;infl\u00e9chir ces politiques ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, sinon on ne serait pas l\u00e0 ! Ce qui fonde le PEROU, c&#8217;est un immense optimisme. Nous voulons faire preuve de joie constructive, face \u00e0 cette destruction qui a cours. Dans un pays comme la France, d\u00e9truire des lieux de vie, quels qu&#8217;ils soient, est une aberration. La fabrique urbaine se fait par une transformation incessante de l&#8217;espace commun. Relancer la fabrique urbaine, c&#8217;est prendre un habitat, quel qu&#8217;il soit, et le transformer pour le meilleur. C&#8217;est un \u00e9loge de la transformation, qui ne doit jamais s&#8217;interrompre. Nous sommes face \u00e0 des situations dans lesquelles non seulement on ne pense pas la transformation, mais en plus on d\u00e9truit. Nous voulons r\u00e9-articuler le bidonville \u00e0 la ville, le transformer pour en faciliter la sortie.<\/p>\n<p><strong>La recherche de solutions par la ville, par &#8220;l&#8217;urbain&#8221;, ne conduit-elle pas \u00e0 sous-estimer l&#8217;importance de la question sociale, des in\u00e9galit\u00e9s inscrites dans les conditions d&#8217;existence des populations ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Quand on est pauvre, on \u00e9labore pour vous des solutions pour cr\u00e9er du lien ; quand on est riche, on a d&#8217;abord des relations. Finalement, c&#8217;est tout ce qui rel\u00e8ve des relations, tout ce qui relie au monde alentour, qui permet \u00e0 notre vie sociale et \u00e9conomique de se d\u00e9ployer. Et qu&#8217;est-ce qui cr\u00e9e des relations ? Nous sommes convaincus qu&#8217;il s&#8217;agit des espaces communs. C&#8217;est donc la ville. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, notre r\u00e9ponse, c&#8217;est faire de la ville pour r\u00e9pondre \u00e0 la question sociale. Nous sommes convaincus que les travailleurs sociaux sont d\u00e9ploy\u00e9s aux endroits o\u00f9 la ville se d\u00e9fait, comme un pansement. L&#8217;action sociale est la cons\u00e9quence d&#8217;une d\u00e9faite urbaine. Si la ville fonctionnait, il n&#8217;y aurait pas de personnes sans lien.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7700 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/considerant-lelivre-b52.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/considerant-lelivre-b52-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"considerant-lelivre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/considerant-grigny-462.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/considerant-grigny-462-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"considerant-grigny.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/regards-printemps-bidonvilles-29c.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/regards-printemps-bidonvilles-29c-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"regards-printemps-bidonvilles.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face \u00e0 la destruction de l&#8217;habitat pr\u00e9caire, \u00e0 l&#8217;\u00e9vacuation des squats ou \u00e0 l&#8217;\u00e9loignement des sans-abris, le P\u00f4le d&#8217;exploration des ressources urbaines (PEROU) propose une approche originale : redonner \u00e0 la ville une fonction de construction \u2013 ou de reconstruction \u2013 du lien social. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":20211,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[293,344,471],"class_list":["post-7700","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe","tag-entretien","tag-roms","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7700","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7700"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7700\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20211"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7700"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7700"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7700"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}