{"id":7680,"date":"2014-04-23T17:53:58","date_gmt":"2014-04-23T15:53:58","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mathieu-pernot-photographe-des7680\/"},"modified":"2023-06-23T23:17:10","modified_gmt":"2023-06-23T21:17:10","slug":"mathieu-pernot-photographe-des7680","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7680","title":{"rendered":"Mathieu Pernot, photographe des inclass\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 Paris, deux expositions sont consacr\u00e9es aux explorations photographiques de Mathieu Pernot, d&#8217;une grande force plastique. Tsiganes, sans-papiers, intern\u00e9s psychiatriques&#8230; l&#8217;artiste ne cesse d&#8217;investir les marges pour mieux questionner notre humanit\u00e9.\n<\/p>\n<p>Troublant, remuant, bouleversant. \u00c0 s&#8217;aventurer dans ces deux expositions parisiennes du m\u00eame photographe, on ne ressort pas indemne. Dans la premi\u00e8re, au Jeu de Paume, Mathieu Pernot, quarante-quatre ans, pr\u00e9sente avec &#8220;La Travers\u00e9e&#8221; vingt ans d&#8217;une d\u00e9marche artistique singuli\u00e8re qui m\u00eale production originale et archives, perfection plastique et engagement citoyen \u2013 ce qui ne va pas n\u00e9cessairement de pair. Une d\u00e9marche qui fait de lui un artiste-photographe-documentariste-sociologue-historien&#8230; Inclassable, en fait.<\/p>\n<p><strong><em>Secondes d\u00e9cisives<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>En 1995, encore \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale de la photographie d\u2019Arles, il se lie d&#8217;amiti\u00e9 avec la communaut\u00e9 Tsigane de la ville, \u00e0 l&#8217;origine de plusieurs s\u00e9ries photographiques dans lesquelles on retrouve les m\u00eames individus \u00e0 des \u00e2ges diff\u00e9rents. Dans l&#8217;une, il confronte un groupe d&#8217;enfants \u00e0 une cabine Photomaton. L&#8217;usage d\u00e9tourn\u00e9 qu&#8217;ils en font r\u00e9v\u00e8le la violence de cet outil de photos normatives destin\u00e9es \u00e0 l&#8217;administration. Ces gamins hors cadre y apparaissent d\u00e9coiff\u00e9s, sortant du champ, masquant leur visage, ou fig\u00e9s comme des statues, l&#8217;air hagard. Cette s\u00e9rie contemporaine r\u00e9sonne cr\u00fbment avec les carnets anthropom\u00e9triques d\u2019intern\u00e9s du camp de Saliers, pr\u00e8s d&#8217;Arles, seul camp d\u2019internement fran\u00e7ais exclusivement destin\u00e9 aux &#8220;nomades&#8221; durant l&#8217;Occupation. Mathieu Pernot en exhuma le souvenir dans les Archives d\u00e9partementales des Bouches-du-Rh\u00f4ne, retrouva ensuite d&#8217;anciens intern\u00e9s, les fit poser et raconter leurs souvenirs d&#8217;un \u00e9pisode historique que tout le monde aurait voulu oublier.  <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/3C-YG9bg71A?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Dans une s\u00e9rie plus r\u00e9cente, il saisit ses amis Tsiganes \u00e9clair\u00e9s en contre-plong\u00e9e par les flammes d&#8217;un feu invisible, \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un Georges de La Tour, les \u00e9levant \u00e0 la peinture d&#8217;art. Un feu qui, sur une photo isol\u00e9e, ravage une caravane de nuit dont on pourrait croire, sous l&#8217;influence du discours ambiant sur les Roms, qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un acte de vandalisme alors qu&#8217;on assiste sans le savoir \u00e0 un rituel cons\u00e9cutif au d\u00e9c\u00e8s de son propri\u00e9taire. <\/p>\n<p>Mathieu Pernot voyage \u00e0 la marge. Quand il s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 l&#8217;univers carc\u00e9ral, il fixe cliniquement le d\u00e9cor de cours de promenade ultra-s\u00e9curis\u00e9es &#8211; vides, crades, inhumaines \u2013 ou fige dans des poses de statuaire antique les &#8220;Hurleurs&#8221;, ces personnes qui, aux abords des prisons, crient \u00e0 l&#8217;adresse de leurs proches incarc\u00e9r\u00e9s. Quand il s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la banlieue, c&#8217;est pour enregistrer \u00e0 la seconde d\u00e9cisive l&#8217;implosion de barres d&#8217;immeubles en d\u00e9sh\u00e9rence, photos noir et blanc qu&#8217;il confronte \u00e0 des agrandissements couleurs de cartes postales des m\u00eames b\u00e2timents \u00e0 leur cr\u00e9ation. Il en isole les quelques individus repr\u00e9sent\u00e9s, indistinctes silhouettes aux couleurs acidul\u00e9es, images na\u00efves d&#8217;un espace urbain qui se voulait enchant\u00e9. Effac\u00e9.<\/p>\n<p><strong><em>Exils et asiles<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Mais sa s\u00e9rie sans doute la plus saisissante est celle des <em>Migrants<\/em>, sans-papiers afghans dormant \u00e0 m\u00eame le sol dans un square parisien qu&#8217;il cadre froidement, sans aucun pathos. Gisants modernes recouverts de draps de fortune, \u00eatres sans visages ni identit\u00e9s, photos &#8220;sans titre&#8221;\u00a0: on croirait des cadavres. En une image, il dit tout de la condition de ces exil\u00e9s des temps modernes. En contrepoint il expose les cahiers de deux jeunes Afghans, l&#8217;un en arabe qui fait le r\u00e9cit de son errance, l&#8217;autre d&#8217;\u00e9colier pour apprendre le fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-20176\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/mpernot_sanstitre-migrants-504.jpg\" alt=\"mpernot_sanstitre-migrants.jpg\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"326\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/mpernot_sanstitre-migrants-504.jpg 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/mpernot_sanstitre-migrants-504-300x213.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><br \/>\n\u00ab Sans titre \u00bb, S\u00e9rie <em>Les Migrants<\/em>, 2009 \u00a9 Mathieu Pernot<\/p>\n<p>Dans la seconde exposition, \u00e0 la Maison rouge, une fondation priv\u00e9e d&#8217;art contemporain, il pr\u00e9sente avec l&#8217;historien Philippe Arti\u00e8res &#8220;L&#8217;Asile des photographies&#8221;. Une commande hors norme pour sauvegarder la m\u00e9moire d&#8217;un h\u00f4pital psychiatrique, dans la Manche, vou\u00e9 \u00e0 la destruction. Une plong\u00e9e dans les archives de l&#8217;institution, des ann\u00e9es 1930 \u00e0 nos jours, mises en sc\u00e8ne comme des objets d&#8217;art : dossiers m\u00e9dicaux, albums photos, films amateurs des grands et petits \u00e9v\u00e9nements (kermesses, s\u00e9jours \u00e0 la mer&#8230;), cartes postales, articles de presse&#8230; Tout un corpus d&#8217;\u00e9tranget\u00e9s et de banalit\u00e9s auquel Pernot r\u00e9pond par des prises de vue des b\u00e2timents abandonn\u00e9s, des objets retrouv\u00e9s, et une installation compos\u00e9e de lits en fer blanc dont les matelas, attach\u00e9s par des cordes, se tordent comme des corps en souffrance.<\/p>\n<p>\u2022 <strong>\u00ab Mathieu Pernot. La Travers\u00e9e \u00bb<\/strong>, Jeu de Paume, Paris 8e, 8,5 \u20ac \/ 5,5 \u20ac (tarif pr\u00e9f\u00e9rentiel sur pr\u00e9sentation du billet d\u2019entr\u00e9e de l\u2019exposition de la Maison rouge), jusqu&#8217;au 18 mai 2014, www.jeudepaume.org<br \/>\n\u2022 <strong>\u00ab Mathieu Pernot et Philippe Arti\u00e8res, l\u2019asile des photographies \u00bb<\/strong>, la Maison rouge, Paris 12e, 8 \u20ac \/ 5,5 \u20ac, jusqu&#8217;au 11 mai 2014, www.lamaisonrouge.org<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7680 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/mpernot_sanstitre-migrants-57f.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/mpernot_sanstitre-migrants-57f-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"mpernot_sanstitre-migrants.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Paris, deux expositions sont consacr\u00e9es aux explorations photographiques de Mathieu Pernot, d&#8217;une grande force plastique. 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