{"id":7615,"date":"2014-03-31T10:07:12","date_gmt":"2014-03-31T08:07:12","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-municipales-pc-l-autre-berezina\/"},"modified":"2023-06-23T23:16:56","modified_gmt":"2023-06-23T21:16:56","slug":"article-municipales-pc-l-autre-berezina","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7615","title":{"rendered":"Municipales : PC, l&#8217;autre B\u00e9r\u00e9zina"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019issue des municipales de 2008, un maire communiste ou apparent\u00e9 \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de 726 communes sur le territoire m\u00e9tropolitain. Parmi elles, 81 comptaient plus de 10\u00a0000 habitants et 28 plus de 30\u00a0000. Les d\u00e9clarations officielles de la place du Colonel-Fabien portaient \u00e0 185 le nombre de communes m\u00e9tropolitaines de plus de 3 \u00a0500 habitants dont le maire \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme communiste.<\/p>\n<p>En 2008, l\u2019\u00e9rosion municipale s\u2019\u00e9tait att\u00e9nu\u00e9e. Comme il le fait contin\u00fbment depuis 1983, le PC avait perdu quelques mairies, mais beaucoup moins que lors des scrutins pr\u00e9c\u00e9dents. Il pouvait penser, cette fois, que les malheurs du concurrent socialiste conforteraient sa stabilit\u00e9 relative. En outre, la direction communiste a tout fait pour prot\u00e9ger les restes non n\u00e9gligeables du communisme municipal. C\u2019est ainsi qu\u2019elle a eu recours, une fois de plus, \u00e0 l\u2019appel appuy\u00e9 au rassemblement de toute la gauche, dans les espaces encore contr\u00f4l\u00e9s par le PC.<\/p>\n<p>Au soir du premier tour, 26 communes de plus de 3\u00a0500 habitants avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 perdues, comme nous le notions sur le site de <em>Regards<\/em>, dont 13 au profit de la droite et 8 au profit de la gauche socialisante. Ce soir-l\u00e0, l\u2019analyse des r\u00e9sultats laissait entendre qu\u2019une vingtaine des mairies communistes de 2008 se trouvaient en ballottage d\u00e9licat et qu\u2019une poign\u00e9e (9 cas) pouvait math\u00e9matiquement \u00eatre gagn\u00e9e. En fait, loin de provoquer un sursaut, le second tour a amplifi\u00e9 les pertes du premier.<\/p>\n<p>Sans doute les communistes regagnent-ils Aubervilliers et Montreuil (dans ce dernier cas, apr\u00e8s avoir d\u00fb se contenter de 18\u00a0% au premier tour), ainsi que Thiers (Puy-de-D\u00f4me), S\u00e9r\u00e9mange (Moselle) et Annay (Pas-de-Calais). Mais ces quelques cas ne compensent pas la saign\u00e9e enregistr\u00e9e ailleurs. Au total, le PC perd 57 villes de plus de 3\u00a0500 habitants et en regagne 5, soit un d\u00e9ficit de 52 villes, pr\u00e8s de 30\u00a0% de l\u2019effectif de d\u00e9part. Il perd 7 villes de plus de 30\u00a0000 habitants sur 28 et  19 villes de plus de 10\u00a0000 habitants sur 81. Il faut remonter \u00e0 1983 et 1989 pour trouver un tel recul.<\/p>\n<p>Sur les 57 villes perdues, 30 l\u2019ont \u00e9t\u00e9 sur la droite, 22 sur la gauche, 5 sur des \u00ab\u00a0divers\u00a0\u00bb. Ces pertes sont r\u00e9parties sur tout le territoire national avec des zones de plus grande fragilit\u00e9. Les d\u00e9partements les plus touch\u00e9s sont le Nord (9) et le Pas-de-Calais (5), la Seine-Saint-Denis (6), le Rh\u00f4ne et le Morbihan (4), les Bouches-du-Rh\u00f4ne (3). Des bastions historiques sont tomb\u00e9s\u00a0: Garchizy (Ni\u00e8vre), Escaudain, Fenain et Vieux-Cond\u00e9 (Pas-de-Calais), Bagnolet, Bobigny, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) \u00e9taient des villes \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb d\u00e8s 1919. <\/p>\n<p>Treize communes perdues l\u2019ont \u00e9t\u00e9 en Ile-de-France dont 7 en petite couronne. La \u00ab\u00a0banlieue rouge\u00a0\u00bb s\u2019est une nouvelle fois effrit\u00e9e. Aubervilliers et Montreuil rentrent dans le giron communiste. Mais Bagnolet, Saint-Ouen, Bobigny, Le Blanc-Mesnil et Villejuif n\u2019auront pas de maire communiste. Dans cette affaire, le PS aura jou\u00e9 le r\u00f4le de l\u2019apprenti sorcier. Il a consid\u00e9r\u00e9 que la petite couronne lui revenait, dans l\u2019attraction parisienne, et que les terres rouges \u00e9taient par vocation les siennes. Il a ainsi patiemment d\u00e9tricot\u00e9 le r\u00e9seau communiste s\u00e9quano-dionysien et il a cherch\u00e9 \u00e0 porter l\u2019estocade finale en 2014. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, c\u2019est la droite qui tire les marrons du feu. Les socialistes ravissent certes Bagnolet aux communistes, \u00e0 l\u2019arrach\u00e9e. Ils ne r\u00e9cup\u00e8rent pas Saint-Denis et Montreuil comme ils l\u2019esp\u00e9raient. Et ils perdent Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois et Livry-Gargan. C\u2019est la droite, inexistante du temps de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie communiste, qui \u00e9tend ses mailles sur l\u2019ancienne terre par excellence du communisme urbain (quand le d\u00e9partement de Seine-Saint-Denis est cr\u00e9\u00e9, ce sont 80\u00a0% de sa population qui sont g\u00e9r\u00e9s par une mairie communiste). Les socialistes r\u00eavaient de la grande revanche sur les communistes\u00a0; ils ont servi de sas \u00e0 une conqu\u00eate \u00e0 droite.<\/p>\n<p>Le nouveau recul communiste surprend par son ampleur. Et il est vrai que, dans plusieurs cas, la  d\u00e9faite du second tour s\u2019est jou\u00e9e sur une poign\u00e9e de voix. La surprise ne devrait pas toutefois faire oublier le fond. Quand le PCF s\u2019implante dans la p\u00e9riph\u00e9rie parisienne, dans ces terres d\u00e9laiss\u00e9es que l\u2019on surnommait alors le \u00ab\u00a0Far West fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, il s\u2019appuyait sur une esp\u00e9rance formidable de r\u00e9volution et de r\u00e9publique sociale. Il pratiquait en outre une gestion municipale originale, raccord\u00e9e \u00e0 une sociabilit\u00e9 ouvri\u00e8re bien vivace, et qui parvenait, avant d\u2019autres, \u00e0 op\u00e9rer une part de redistribution publique vers les cat\u00e9gories d\u00e9favoris\u00e9es et discrimin\u00e9es du monde ouvrier. L\u2019expansion du communisme co\u00efncidait avec celle de la banlieue, faisant corps avec une fiert\u00e9 populaire d\u2019un temps o\u00f9 le prol\u00e9tariat commen\u00e7ait \u00e0 imposer sa dignit\u00e9 et la stabilisation de ses statuts.<\/p>\n<p>La gestion communiste a ainsi \u00e9t\u00e9 prise de plein fouet par le recul de l\u2019\u00c9tat-providence, de la d\u00e9pense publique et de la relative redistribution. Quant au PCF, il ne sut pas se renouveler avec assez de hardiesse, quand il avait les moyens de le faire. La gestion communiste a cherch\u00e9 \u00e0 garder sa fibre constructive et populaire, mais dans un contexte de r\u00e9traction publique et d\u2019une \u00e9norme frilosit\u00e9 interne.<br \/>\nPour une part, on dira que le roi est nu. Le communisme municipal s\u2019est contract\u00e9, sans que l\u2019on puisse encore en mesurer l\u2019ampleur exacte. L\u00e0 o\u00f9 le PCF n\u2019est pas en t\u00eate de la gauche, il va \u00eatre p\u00e9nalis\u00e9 par la d\u00e9b\u00e2cle socialiste. Au bout du compte, il y aura nettement moins de mairies et d\u2019\u00e9lus communistes. Ce n\u2019est pas une bonne nouvelle, en ces temps difficiles pour les cat\u00e9gories populaires et pour la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<h2>Front de gauche &#8211; Retour sur le premier tour [[Les statistiques globales sont faites sur les communes de plus de 1000 habitants. Elles reposent sur les donn\u00e9es du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Celles-ci sont impr\u00e9cises, du fait des complexit\u00e9s de r\u00e9partition des \u00e9tiquettes. Pour les villes qui \u00e9taient communistes en 2008, la correction des \u00e9tiquettes a \u00e9t\u00e9 faite. Pour les autres, il faudra tenir compte d\u2019une marge d\u2019erreur qui n\u2019invalide pas les grandes donn\u00e9es du scrutin.]]<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es ici portent sur les communes de plus de 1000 habitants (9663). Des listes \u00e9tiquet\u00e9es \u00e0 gauche sont pr\u00e9sentes dans 5476, soit un peu plus que la moiti\u00e9 (56\u00a0%). Des listes officiellement d\u00e9sign\u00e9es comme \u00e9tant celles du Front de gauche ou de certaines de ses composantes sont pr\u00e9sentes dans 607 communes, soit \u00e0 peine un peu plus de 6\u00a0% de l\u2019\u00e9chantillon de communes.<br \/>\nPar commodit\u00e9, les sigles utilis\u00e9s sont ceux du site officiel de l\u2019Int\u00e9rieur\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li> LEXG\u00a0: Liste Extr\u00eame gauche<\/li>\n<li> LFG\u00a0: Liste Front de Gauche<\/li>\n<li> LPG\u00a0: Liste du Parti de Gauche<\/li>\n<li> LCOM\u00a0: Liste du Parti communiste fran\u00e7ais<\/li>\n<li> LSOC\u00a0: Liste Socialiste<\/li>\n<li> LUG\u00a0: Liste Union de la Gauche<\/li>\n<li> LDVG\u00a0: Liste Divers gauche<\/li>\n<li> LVEC\u00a0: Liste Europe-Ecologie-Les Verts<br clear=\"all\"><br \/>\n<br \/>\nOn sait que les formations du Front de gauche se sont dispers\u00e9es. Elles se sont encore int\u00e9gr\u00e9es dans des formules classiques d\u2019union de la gauche, qu\u2019elles soient ou non en position subordonn\u00e9es. Dans les autres cas, on d\u00e9compte 610 listes \u00e9tiquet\u00e9es LFG, LPG ou LCOM.<br \/>\n<br clear=\"all><br \/>\nQue donnent les chiffres bruts\u00a0?<br \/>\n<strong>1.<\/strong> Si l\u2019on prend en consid\u00e9ration le total des communes de plus de 1000 habitants o\u00f9 la gauche est pr\u00e9sente, on obtient les chiffres suivants\u00a0:<\/li>\n<li> LEXG\u00a0: 1,0\u00a0%<\/li>\n<li> LFG\u00a0: 2,2\u00a0%<\/li>\n<li> LPG\u00a0: 0,4\u00a0%<\/li>\n<li> LCOM\u00a0: 0,9\u00a0%<\/li>\n<li> LSOC\u00a0: 7,2\u00a0%<\/li>\n<li> LUG: 12,9\u00a0%<\/li>\n<li> LDVG: 15,4\u00a0%<\/li>\n<li> LVEC: 1,3\u00a0%.<br clear=\"all\"><br \/>\n<br \/>\nLe total des listes \u00e0 la gauche du PS regroupent 4,2\u00a0% et la gauche dans son ensemble atteint 40,9\u00a0%.<br clear=\"all\"><br \/>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Si l\u2019on s\u2019en tient aux 607 communes ou le Front est pr\u00e9sent, rassembl\u00e9 ou au travers de certaines de ses composantes, les r\u00e9sultats sont alors\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li> LEXG\u00a0: 1.0\u00a0%<\/li>\n<li> LFG\u00a0:\u00a06,9\u00a0%<\/li>\n<li> LPG\u00a0: 1.1\u00a0%<\/li>\n<li> LCOM\u00a0: 2,9\u00a0%<\/li>\n<li> LSOC\u00a0: 8,1\u00a0%<\/li>\n<li> LUG: 16,3\u00a0%<\/li>\n<li> LDVG: 5,6\u00a0%<\/li>\n<li> VVEC: 2,6\u00a0%<br clear=\"all\"><br \/>\n<br \/>\nLe total de la gauche de gauche atteint cette fois 12\u00a0% et la gauche tout enti\u00e8re est \u00e0 44,7\u00a0%.<br clear=\"all\"><br \/>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour rappel, les r\u00e9sultats dans les villes de plus de 20\u00a0000\u00a0habitants o\u00f9 le Front de gauche \u00e9tait pr\u00e9sent en tant que tel, contre des listes d\u2019Union de la gauche ou contre des listes socialistes ont \u00e9t\u00e9 les suivants\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li> LEXG\u00a0: 1,3\u00a0%<\/li>\n<li> LFG\u00a0:<\/li>\n<li> 6,4\u00a0%<\/li>\n<li> LCOM\u00a0: 0,5\u00a0%<\/li>\n<li> LPG\u00a0:\u00a00\u00a0;6\u00a0%<\/li>\n<li> LSOC\u00a0: 11,6\u00a0% LUG\u00a0: 15,3\u00a0%<\/li>\n<li> LVEC\u00a0: 3,0\u00a0%<br clear=\"all\"><br \/>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>2.<\/strong> La comparaison avec 2012 est malais\u00e9e, les choix du PCF brouillant s\u00e9v\u00e8rement les cartes.<br \/>\nSans surprise, les progressions les plus nettes s\u2019observent dans les communes o\u00f9 le maire est communiste et o\u00f9 il n\u2019y a pas d\u2019alliance avec le Parti socialiste (comme \u00e0 Fontenay-sous-Bois, Ivry ou Saint-Denis). Des progressions s\u2019observent dans une trentaine de villes o\u00f9 le maire n\u2019est pas communiste. Dans plusieurs d\u2019entre elles, comme Saint-Dizier, Calais, Sevran, Corbeil, S\u00e8te, Romainville ou Bourges, il s\u2019agit de villes de sensibilit\u00e9 communiste forte, qui ont \u00e9t\u00e9 g\u00e9r\u00e9es par des communistes.<\/p>\n<p>Mais les pertes l\u2019emportent largement sur la progression, dans pr\u00e8s de 200 communes de l\u2019\u00e9chantillon. Dans 90 d\u2019entre elles, ces pertes repr\u00e9sentent plus de la moiti\u00e9 du pourcentage de 2012 et les deux tiers pour une vingtaine. Bien s\u00fbr, ces pertes sont particuli\u00e8rement significatives dans les grandes villes o\u00f9 le PCF a choisi l\u2019alliance avec le PS, comme \u00e0 Paris, Toulouse ou Nantes.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, s\u2019observe incontestablement un probl\u00e8me propre aux grandes villes. Alors que le vote M\u00e9lenchon avait montr\u00e9 une spectaculaire perc\u00e9e dans les centres des principales m\u00e9tropoles, le vote municipal s\u2019est effondr\u00e9, notamment \u00e0 Toulouse, Strasbourg, Bordeaux, Lille ou Reims.<\/p>\n<p><strong>3.<\/strong> Si l\u2019on observe la globalit\u00e9 du scrutin municipal de premier tour, il r\u00e9v\u00e8le avant tout l\u2019insuffisant ancrage du Front de gauche sur le terrain local. On sait que les municipales sont redoutables par la complexit\u00e9 des liens qui s\u2019\u00e9tablissent entre les donn\u00e9es nationales et le fait communal. Dans la France des 37\u00a0000 communes, les \u00e9tiquettes qui dominent de fa\u00e7on \u00e9crasante sont celles des \u00ab\u00a0divers gauche\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0divers droite\u00a0\u00bb. Mais, dans sa grande p\u00e9riode, le PCF avait su, dans cet environnement a priori peu favorable, concilier l\u2019enracinement local et l\u2019identification politique. C\u2019est lui qui, dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, a impos\u00e9 une formule de l\u2019union de la gauche qui contribua alors fortement \u00e0 la d\u00e9stabilisation de la droite et \u00e0 la consolidation de l\u2019esp\u00e9rance sociale en milieu populaire.<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, le Front de gauche est loin de cet \u00e9quilibre. Dans les communes de plus de 1000 habitants, 9\u00a0% \u00e0 peine des listes pr\u00e9sentes correspondaient \u00e0 une \u00e9tiquette associ\u00e9e au Front de gauche. Les listes associ\u00e9es directement au PS repr\u00e9sentaient \u00e0 elles seules 15\u00a0% du total, 14\u00a0% pour les listes d\u2019union de la gauche et 56\u00a0% pour les in\u00e9vitables \u00ab\u00a0divers gauche\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alors que la visibilit\u00e9 pr\u00e9sidentielle du Front de gauche a \u00e9t\u00e9 maximale, celle des municipales s\u2019est dilu\u00e9e dans un oc\u00e9an de confusion. Or l\u2019articulation complexe du national et du local suppose une base de clarification qui n\u2019est pas encore accomplie.<\/p>\n<h2>R\u00e9flexions finales<\/h2>\n<p><strong>1.<\/strong> Les \u00e9lections municipales sont toujours un combin\u00e9 de local et de national. Le Parti de gauche a eu raison de plaider pour une coh\u00e9rence politique du Front de gauche, notamment dans les grandes agglom\u00e9rations qui sont le c\u0153ur des red\u00e9ploiements contemporains. Il a eu le tort de sous-estimer les dimensions locales, en privil\u00e9giant un discours avant tout critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Parti socialiste. Les communistes ont eu raison de souligner l\u2019importance des enjeux locaux. Mais ils ont eu tort d\u2019ignorer la place sp\u00e9cifique de la m\u00e9tropolisation, \u00e0 la charni\u00e8re du local et du national, qui a \u00ab\u00a0nationalis\u00e9\u00a0\u00bb massivement le scrutin.<\/p>\n<p><strong>2.<\/strong> \u00c0 partir de 1965, le Parti communiste a impos\u00e9 la m\u00e9thode de l\u2019union de la gauche dans le tissu local. Elle est en train de s\u2019essouffler, notamment dans le c\u0153ur de la France m\u00e9tropolitaine. Il faut donc inventer des dynamiques permettant de concilier la clart\u00e9 des d\u00e9bats de projet (adaptation ou rupture) et la n\u00e9cessit\u00e9 de rassemblements \u00e0 port\u00e9e majoritaire. Il est vrai que le passage d\u2019une m\u00e9thode \u00e0 une autre ne se d\u00e9cr\u00e8te pas en claquant des doigts. Mais encore faut-il avoir la volont\u00e9 de cultiver le nouveau, eu lieu de se cramponner \u00e0 l\u2019ancien. Depuis 1983, le PCF ne cesse de chercher \u00e0 pr\u00e9server ses municipalit\u00e9s, en s\u2019inscrivant dans la continuation des dynamiques d\u2019hier. Il a pu parfois (par exemple en 2008) freiner son d\u00e9clin municipal. Il ne l\u2019a jamais enray\u00e9. Une nouvelle donne s\u2019impose pour le rassemblement \u00e0 gauche\u00a0: il n\u2019y a plus d\u2019\u00e9chappatoire.<\/p>\n<p><strong>3.<\/strong> Le m\u00e9diocre r\u00e9sultat municipal au c\u0153ur de la France urbaine, apr\u00e8s le brillant succ\u00e8s de Jean-Luc M\u00e9lenchon au printemps 2012, ne peut manquer d\u2019interroger. Globalement, le Front de gauche a un probl\u00e8me d\u2019implantation territoriale in\u00e9gal. Dans les agglom\u00e9rations, le probl\u00e8me est peut-\u00eatre d\u2019abord celui d\u2019une inad\u00e9quation. Dans ces territoires refa\u00e7onn\u00e9s par la mondialisation, il ne suffit plus de s\u2019opposer aux choix globaux existants. Encore faut-il leur opposer des projets qui soient \u00e0 la hauteur des enjeux et des attentes. Dans cette part du territoire national, o\u00f9 la polarisation des avoirs, des savoirs et des pouvoirs est maximale, c\u2019est une vision m\u00e9tropolitaine qui peut faire le lien du local, du national et m\u00eame du supranational. Sans doute le Front est-il bien fragile sur ce point.<\/p>\n<p><strong>4.<\/strong> Dans bien des cas, le Front de gauche appara\u00eet trop institutionnel. Les r\u00e9sultats int\u00e9ressants des listes souvent dites \u00ab\u00a0citoyennes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0alternatives\u00a0\u00bb disent \u00e0 leur mani\u00e8re l\u2019attente d\u2019un vent nouveau. Que les Verts, alors qu\u2019ils participent \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir, aient bien pass\u00e9 le cap du premier tour dit quelque chose d\u2019analogue. Que cela soit m\u00e9rit\u00e9 ou non, ils incarnent chez beaucoup d\u2019urbains un rapport diff\u00e9rent \u00e0 la politique et \u00e0 la quotidiennet\u00e9.<\/p>\n<p>Il ne faut certes pas en tirer de conclusions h\u00e2tives, sous la forme d\u2019un \u00e9loignement des enjeux institutionnels. Mais il faut savoir prendre du champ \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la m\u00e9canique essouffl\u00e9e des institutions, pour y revenir plus efficacement, pour subvertir cette caricature de d\u00e9mocratie qu\u2019est aujourd\u2019hui la \u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb des \u00e9lites. Si le Front de gauche a une mission, c\u2019est \u00e0 retisser les liens d\u00e9sormais inexistants entre l\u2019exp\u00e9rience sociale et le champ politique. Mais pour cela, il devrait apprendre \u00e0 incarner d\u00e9cid\u00e9ment une autre fa\u00e7on de faire de la politique.<br \/>\nC&#8217;est une cl\u00e9 majeure de la reconqu\u00eate des cat\u00e9gories populaires. On ne lutte pas contre le ressentiment en attisant seulement la col\u00e8re, mais en raccordant les pratiques pour am\u00e9liorer l&#8217;existant \u00e0 une nouvelle esp\u00e9rance.<\/p>\n<p><strong>5.<\/strong> Ainsi, le Front ne peut plus contourner l\u2019exigence de la novation. Il faut rassembler, plus que jamais. Et plus que jamais il convient d\u2019incarner un renouveau. Que cela plaise ou non, que cela soit juste ou non, le Front de gauche est per\u00e7u davantage comme une butte-t\u00e9moin du pass\u00e9 que comme un vecteur d\u2019avenir. Et sans doute, a-t-il involontairement contribu\u00e9 \u00e0 cette image par la r\u00e9f\u00e9rence obs\u00e9dante aux grandes heures du pass\u00e9 populaire. Par m\u00e9tier et par passion je vibre toujours intens\u00e9ment au r\u00e9cit de la grande geste r\u00e9volutionnaire. Mais les jours heureux d\u2019hier sont derri\u00e8re nous, irr\u00e9m\u00e9diablement. Si la m\u00e9moire populaire vient se greffer sur l\u2019innovation d\u00e9mocratique et sociale, elle enfle une dynamique propulsive, en r\u00e9articulant le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir. Elle englue si, un tant soit peu, elle appara\u00eet comme un substitut de sens et de rep\u00e8re.<\/p>\n<p>Les jolis scores, au premier tour, de Sevran et de Romainville, ont \u00e9t\u00e9 acquis par deux jeunes femmes, Cl\u00e9mentine Autain et Sonia Dauvergne. Toutes deux ont amplifi\u00e9 leur score au second tour. Le signal est heureux. Il rend exigeant sur la capacit\u00e9 d\u2019initiative historique d\u2019une gauche bien \u00e0 gauche. Les jours heureux de la r\u00e9volution \u00e9mancipatrice sont devant nous. Encore faut-il les inventer.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7615 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/2381166878_06254c76fb_b-a53.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/2381166878_06254c76fb_b-a53-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"2381166878_06254c76fb_b.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019issue des municipales de 2008, un maire communiste ou apparent\u00e9 \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de 726 communes sur le territoire m\u00e9tropolitain. Parmi elles, 81 comptaient plus de 10\u00a0000 habitants et 28 plus de 30\u00a0000. Les d\u00e9clarations officielles de la place du Colonel-Fabien portaient \u00e0 185 le nombre de communes m\u00e9tropolitaines de plus de 3 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":20012,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[467,406],"class_list":["post-7615","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-municipales-2014","tag-pcf"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7615","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7615"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7615\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20012"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}