{"id":7609,"date":"2014-03-28T12:37:00","date_gmt":"2014-03-28T11:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/great-black-music-5-chansons-de7609\/"},"modified":"2023-06-23T23:16:56","modified_gmt":"2023-06-23T21:16:56","slug":"great-black-music-5-chansons-de7609","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7609","title":{"rendered":"Great Black Music : 5 chansons de combat"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Alors que la Cit\u00e9 de la musique \u00e0 Paris accueille une tr\u00e8s belle exposition consacr\u00e9e \u00e0 la &#8220;Great Black Music&#8221;, notre s\u00e9lection de cinq morceaux qui ont jalonn\u00e9 les luttes des Afro-am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Le terme de &#8220;Great Black Music&#8221; qui intitule <a href=\"http:\/\/www.citedelamusique.fr\/francais\/musee\/exposition_temporaire\/expositions_a_venir.aspx\">cette exposition<\/a>, issu du jazz militant (l\u2019Art Ensemble of Chicago), sert en l\u2019occurrence \u00e0 d\u00e9finir, un peu artificiellement, un immense ensemble de styles qui circulent entre l\u2019Afrique et les Am\u00e9riques, du Ska jama\u00efcain \u00e0 l\u2019Afro-beat nig\u00e9rian, de la samba br\u00e9silienne \u00e0 la Rumba congolaise. <\/p>\n<p>La filiation entre ces musiques, dans leur diversit\u00e9 artistique et leur bain culturel sp\u00e9cifique, est tiss\u00e9e des trag\u00e9dies de l\u2019esclavage et du colonialisme. Elles touch\u00e8rent cependant \u00e0 l\u2019universel en chantant l\u2019amour, la tristesse, la foi et le sexe, avec toujours la danse au c\u0153ur de leur pr\u00e9occupation. C\u2019est ainsi que le Blues du Delta pu enthousiasmer les jeunes fils de la classe ouvri\u00e8re anglaise (des Rolling Stones aux Yardbirds) tandis que la Salsa ou le Reggae devinrent des passions japonaises. Dans ce tumulte de paradoxes, la politique, ses grands fracas et ses r\u00eaves \u00e9veill\u00e9es ou bris\u00e9s, s\u2019y fit souvent entendre, d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e ou non. Petite s\u00e9lection, du grand soir des droits civiques au d\u00e9senchantement des ghettos.<\/p>\n<p><strong><em>Sam Cooke, <em>A change is gonna come<\/em> (1963)<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Un summum de la chanson engag\u00e9e, sans jamais \u00eatre explicite ni militante. Sam Cooke est un g\u00e9ant, peut-\u00eatre l\u2019un des artistes les plus cr\u00e9dibles pour revendiquer la paternit\u00e9 de la Soul, qui compte de nombreux pr\u00e9tendants \u00e0 ce titre honorifique. Il vient du Gospel, et c\u2019est d\u2019abord cette influence que l\u2019on discerne dans ce morceau, avec ce go\u00fbt si particulier pour la parabole. Un souffle spirituel qui envahit et habite sa voix, la sensation que la r\u00e9demption est possible. Mais Sam \u00e9tait pass\u00e9 au profane \u2013 certains ne le lui ont jamais pardonn\u00e9 d\u2019ailleurs. Il parle au monde ici-bas, de ce monde terrestre ou des centaines de milliers de jeunes gens s\u2019appr\u00eatent \u00e0 marcher sur Washington. <\/p>\n<p>La mont\u00e9e en puissance de la m\u00e9lodie \u00e9voque un poing qui se l\u00e8ve, une t\u00eate qui se redresse, la tranquille assurance du changement. Comme autrefois Billie Holiday avec <em>Strange fruit<\/em> sur les lynchages, celui qui soufflait des ballades romantiques et des hits festifs \u00e0 l\u2019oreille de la jeunesse am\u00e9ricaine (qui d\u00e9couvrait ses teenagers assoiff\u00e9s issus de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation), offrit \u00e0 son \u00e9poque son grand hymne politique.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/x7tupr?logo=0&#038;info=0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong><em>Curtis Mayfield, <em>We, people who darker than blue<\/em> (1970)<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Curtis Mayfield fut l\u2019une des grandes stars du Doo-wop, au sein de la formation The Impressions, dont les titres restent encore aujourd\u2019hui d\u2019incontournables classiques, notamment ceux enregistr\u00e9s chez ABC. Immense compositeur et grand arrangeur, il d\u00e9bute sa carri\u00e8re solo avec la claire intention, au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, de s\u2019\u00e9manciper des anciens carcans du genre. Et de parler d\u2019autres choses. <\/p>\n<p>Ce morceau \u00e9l\u00e9giaque n\u2019est plus poss\u00e9d\u00e9 par l\u2019espoir lib\u00e9rateur des ann\u00e9es 60, mais d\u00e9sormais parcouru par le sentiment fataliste qu\u2019il va falloir continuer le combat (on songe aussi au <em>My People Hold on<\/em> d\u2019Eddie Kendricks). Et que ce dernier, celui de la fiert\u00e9 noire retrouv\u00e9e, a presque une vocation \u00e0 l\u2019universel, en pleine guerre du Vietnam :<em> \u00ab This ain&#8217;t no time for segregatin&#8217; \/ I&#8217;m talking &#8217;bout brown and yellow too \/ High yellow girl, can&#8217;t you tell \/ You&#8217;re just the surface of our dark deep well. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"345\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/JiV4WYfqyg4?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong><em>Gill Scott-Heron, <em>The r\u00e9volution will not be televised<\/em> (1971)<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Po\u00e8te et chanteur, Gil Scott-Heron occupe une place \u00e0 part dans l\u2019histoire de la musique afro-am\u00e9ricaine. Il interroge ici le sens profond du grand \u00e9lan &#8220;r\u00e9volutionnaire&#8221; qui agite l\u2019Am\u00e9rique \u00e0 l\u2019aune de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle qui redistribue les cartes. Proph\u00e9tique dans son questionnement sur la capacit\u00e9 des m\u00e9dias et de la culture mainstream a endormir le peuple, son phras\u00e9 va en faire surtout l\u2019un des pr\u00e9curseurs du Hip-hop, m\u00eame si les rappeurs ne se reconnaitront pas toujours dans son intransigeante foi dans la r\u00e9volution &#8220;vintage&#8221;. <\/p>\n<p>Cette version conscientis\u00e9e du LP <em>Lightnin Rod<\/em>, apologie funky de la culture gangster qui servira aussi de fondement au Rap, va n\u00e9anmoins profond\u00e9ment marquer tous ceux qui voudront s&#8217;interroger sur la r\u00e9cup\u00e9ration publicitaire des formes de r\u00e9volte et sur la fascination inavou\u00e9e pour les apparats du syst\u00e8me.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"345\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/qGaoXAwl9kw?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong><em>The Revolutionaries, <em>Leftist<\/em> (1976)<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>The Revolutionaries<\/em> n\u2019est certainement pas le groupe jama\u00efcain le plus connu du grand public. Pourtant, ce &#8220;backing band&#8221; rassembl\u00e9 autour de Sly Dunbar (batterie) et Robbie Shakespeare (basse) va enregistrer, dans les murs des mythiques studios Channel One, quelques riddims embl\u00e9matique du style &#8220;rockers&#8221;, qui s\u00e9duira Serge Gainsbourg au point qu\u2019il viendra travailler sur place avec eux en 79, pour y produire son plus gros succ\u00e8s commercial <em>(Aux armes etc.)<\/em>. <\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 l\u2019essentiel : la Jama\u00efque est alors dirig\u00e9e par le PNP, qui se rapproche de plus en plus de Cuba. Si les artistes de Kingston \u2013 souvent impr\u00e9gn\u00e9s par le rastafarisme et autres r\u00eaves d\u2019un royaume d\u2019Ethiopie fantasm\u00e9 \u2013, ont bien du mal avec le marxisme-l\u00e9ninisme ath\u00e9e de Castro, ils admirent en revanche cette petite \u00eele voisine des Cara\u00efbes (et malgr\u00e9 le foss\u00e9 culturel avec ce pays latin et qui joue au base-ball) qui tient t\u00eate \u00e0 la Babylone am\u00e9ricaine. D\u2019ou cet album avec Che Guevara sur la pochette et surtout ce titre <em>Leftist<\/em>, instrumental bravache et implacable en guise de programme ou de posture. C\u2019est selon. Et du moment que le son est bon\u2026<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"345\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/ONf2M7g6r7M?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong><em>GrandMaster Flash &#038; Furious Five, <em>The Message<\/em> (1982)<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Conc\u00e9dons-le, ce choix s\u2019av\u00e8re un peu facile. Toutefois, ce titre assis sur un Funk \u00e9lectro en b\u00e9ton sonne le glas des grandes esp\u00e9rances de Luther King ou de Malcom X, et fournit \u00e0 la grande gueule de bois id\u00e9ologique des 80\u2019s son d\u00e9cryptage social et sonore. Le Hip-hop nait dans les ghettos o\u00f9 les r\u00eaves d\u2019\u00e9mancipation voient leurs reins bris\u00e9s par une crise qui ram\u00e8ne les Noirs au plus bas de l\u2019\u00e9chelle \u00e9conomique, apr\u00e8s leur avoir conc\u00e9d\u00e9 quelques droits et la possibilit\u00e9 d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la classe moyenne. <\/p>\n<p>Dans ces terrains vagues de NYC laiss\u00e9s l\u2019abandon, le peuple se r\u00e9approprie le groove dans des blocks parties enflamm\u00e9es par les danseurs et les MC, dans l&#8217;intervalle des tr\u00eaves dans la guerre des gangs. The message vient mettre des mots, ceux d\u2019une sociologie urbaine instantan\u00e9e, sur le drame qui se joue dans l\u2019indiff\u00e9rence de l\u2019Am\u00e9rique reaganienne obs\u00e9d\u00e9e par la guerre froide et l\u2019\u00e9pouvantail du &#8220;Big Satan&#8221;. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/gYMkEMCHtJ4?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7609 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/exposition-great-black-music-85d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/exposition-great-black-music-85d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"exposition-great-black-music.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que la Cit\u00e9 de la musique \u00e0 Paris accueille une tr\u00e8s belle exposition consacr\u00e9e \u00e0 la &#8220;Great Black Music&#8221;, notre s\u00e9lection de cinq morceaux qui ont jalonn\u00e9 les luttes des Afro-am\u00e9ricains.<\/p>\n","protected":false},"author":579,"featured_media":20000,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[111],"tags":[296],"class_list":["post-7609","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-selections","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7609","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/579"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7609"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7609\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20000"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7609"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7609"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7609"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}