{"id":753,"date":"1997-12-01T00:00:00","date_gmt":"1997-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/allemagne753\/"},"modified":"1997-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-11-30T23:00:00","slug":"allemagne753","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=753","title":{"rendered":"Allemagne"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Des livres pour les enfants<strong> Heinrich Heine, dont on f\u00eate le bicentenaire de la naissance, aima la France, la libert\u00e9, l&#8217;\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p>Quand Heinrich Heine na\u00eet, en 1797, \u00e0 Dusseldorf, il rel\u00e8ve de l&#8217;autorit\u00e9 bonapartiste. Quand il meurt, il est, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, prussien. L&#8217;\u00e9poque \u00e9tait compliqu\u00e9e. Elle exigeait \u00e9norm\u00e9ment d&#8217;invention intellectuelle de celui qui cherchait \u00e0 la comprendre. Car la situation \u00e9tait enti\u00e8rement in\u00e9dite. Elle demandait de l&#8217;intr\u00e9pidit\u00e9 de coeur et d&#8217;esprit \u00e0 celui qui voulait participer \u00e0 l&#8217;\u00e9nonciation et \u00e0 l&#8217;\u00e9laboration d&#8217;un monde plus habitable. Pour tout dire, c&#8217;\u00e9tait une de ces terribles \u00e9poques de transition o\u00f9 il est si compliqu\u00e9 de se sentir synchrone: soit on est rest\u00e9 attach\u00e9 au pass\u00e9, soit on r\u00eave de l&#8217;avenir, mais d\u00e9chiffrer le pr\u00e9sent, ah \u00e7a, c&#8217;est dur, c&#8217;est lourd, c&#8217;est m\u00eame parfois, exactement, tuant. A propos et en passant, vivrions-nous par hasard une de ces ext\u00e9nuantes transitions ?&#8230;<\/p>\n<p>Son p\u00e8re vend du tissu, sa m\u00e8re s&#8217;occupe du foyer. Mais il ne s&#8217;agit pas l\u00e0 pour autant d&#8217;un int\u00e9rieur petit-bourgeois. Une partie de la famille est splendidement riche et, chez le jeune Heinrich m\u00eame, r\u00e8gne longtemps une tr\u00e8s charmante opulence. Sa m\u00e8re est rousseauiste et convaincue des bienfaits de l&#8217;instruction. Au fil des changements apport\u00e9s par l&#8217;histoire, les projets qu&#8217;elle fait pour le jeune Heinrich changent. Il doit, initialement, devenir une notabilit\u00e9 de l&#8217;Empire. Tr\u00e8s bien, mais survient Waterloo. Il lui faudra alors faire un stage &#8221; d&#8217;apprenti millionnaire &#8220;, pour s&#8217;\u00e9panouir dans la finance. Il n&#8217;a aucun talent. Tant pis, il sera juriste. Effectivement, il devient docteur en droit, en baillant prodigieusement. Un incident parvient \u00e0 l&#8217;int\u00e9resser: il se fait exclure du club d&#8217;\u00e9tudiants auquel il avait adh\u00e9r\u00e9: il est juif. D\u00e9cid\u00e9ment, il pr\u00e9f\u00e8re la France. La France a su produire un grand homme comme l&#8217;abb\u00e9 Gr\u00e9goire, qui se battit pour que tous les citoyens, quelle que soit leur confession, aient les m\u00eames droits. Oui, d\u00e9cid\u00e9ment, il pr\u00e9f\u00e8re la France, qui a su rappeler aux peuples qu&#8217;ils n&#8217;\u00e9taient pas des masses. L&#8217;Allemagne est \u00e9triqu\u00e9e, autoritaire, en proie \u00e0 la grande r\u00e9action des nobliaux dangereusement soulag\u00e9s par l&#8217;effondrement de Napol\u00e9on. Bien s\u00fbr, malgr\u00e9 tout, \u00e7a bouge. Un peu. Un mouvement r\u00e9publicain commence \u00e0 se dessiner. Mais c&#8217;est sacr\u00e9ment surveill\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> La Jeune Allemagne, un groupe informel qui dit le pr\u00e9sent  <\/strong><\/p>\n<p>Heine a la trentaine gaillarde et, apr\u00e8s avoir tourn\u00e9 sans h\u00e9sitation le dos au droit et \u00e0 ses charmes, s&#8217;est soudain fait conna\u00eetre comme po\u00e8te lyrique. Qui croirait qu&#8217;un po\u00e8te lyrique peut \u00eatre dangereux pour l&#8217;ordre \u00e9tabli ? Splendeur, le XIXe va d\u00e9couvrir que le lyrisme peut \u00eatre subversif. Et Heine va \u00eatre remarquablement mal vu des autorit\u00e9s. Il faut dire qu&#8217;il est dans la mouvance de la Jeune Allemagne, un groupe informel comme on dit maintenant, qui entend r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer et la litt\u00e9rature et l&#8217;esprit public. Termin\u00e9e pour eux, la contemplation d&#8217;un pass\u00e9 brumeux o\u00f9 glissent preux chevaliers et gentes dames. Eux, ils veulent dire le pr\u00e9sent. Metternich d\u00e9sapprouve. Et renforce la censure.<\/p>\n<p> <strong> &#8221; L&#8217;amour des belles femmes et l&#8217;amour de la R\u00e9volution fran\u00e7aise &#8221; <\/strong><\/p>\n<p>En 1830, brille \u00e0 Paris le soleil de Juillet. Les R\u00e9publicains croient en avoir fini avec la monarchie et se retrouvent flanqu\u00e9s d&#8217;une monarchie constitutionnelle. Quand m\u00eame, l&#8217;esprit de la libert\u00e9 a souffl\u00e9 \u00e0 nouveau. Heine quitte l&#8217;Allemagne. D\u00e9sormais, il entreprendra d&#8217;\u00eatre un m\u00e9diateur entre la France et l&#8217;Allemagne, de faire conna\u00eetre et comprendre \u00e0 chacune de ses patries les r\u00eaves, les enjeux, les contradictions de l&#8217;autre, il fera, \u00e0 vrai dire, un assez stup\u00e9fiant travail de d\u00e9chiffreur, de commentateur, d&#8217;agitateur. Heine est un grand artiste, et une t\u00eate politique. Et les deux, ici, vont de pair.<\/p>\n<p>Heine \u00e0 Paris fr\u00e9quente les salons, et les exil\u00e9s. Il est brillant, il est irr\u00e9sistible, il est redoutable. Il s&#8217;affirme imm\u00e9diatement comme un irr\u00e9ductible partisan des valeurs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et un r\u00e9publicain. Mais il acquiert la conviction que ni l&#8217;Allemagne ni la France ne sont encore pr\u00eates pour l&#8217;av\u00e8nement de la libert\u00e9 telle qu&#8217;il la con\u00e7oit. Lui qui n&#8217;a que &#8221; deux passions, l&#8217;amour des belles femmes et l&#8217;amour de la R\u00e9volution fran\u00e7aise &#8220;, lui qui salue dans &#8221; Paris la ville de la libert\u00e9, de l&#8217;enthousiasme et du martyre, la ville salvatrice qui avait d\u00e9j\u00e0 tant souffert pour la r\u00e9demption de l&#8217;humanit\u00e9 &#8220;, va accepter la monarchie constitutionnelle comme un mal n\u00e9cessaire, et s&#8217;\u00e9lever contre la R\u00e9volution de 1848 o\u00f9 il ne voit qu&#8217;incomp\u00e9tence dramatique. On l&#8217;accuse d&#8217;avoir retourn\u00e9 sa veste, c&#8217;est un fait &#8221; r\u00e9volutionnaire dialectique &#8220;, pour reprendre le terme de Lukacs. Il attend: &#8221; Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un demi-si\u00e8cle, ou m\u00eame un si\u00e8cle entier ? Les peuples ont le temps, ils sont \u00e9ternels, seuls les rois sont mortels.&#8221; Il contribue \u00e0 l&#8217;Histoire avec ses mots, ses pens\u00e9es, ses oeuvres. Il explique les enjeux de l&#8217;\u00e9cole romantique allemande, et son asservissement \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie r\u00e9actionnaire. Il \u00e9claire les conceptions h\u00e9g\u00e9liennes de l&#8217;histoire, en y lisant la mort de Dieu et la glorification de la Prusse. Il commente les \u00e9v\u00e9nements des ann\u00e9es trente en France, avec la vigueur de ses sentiments saint-simoniens, l&#8217;ardeur de son amour pour les grands principes, Libert\u00e9 Egalit\u00e9 Fraternit\u00e9, et son refus d&#8217;une sentimentalit\u00e9 qui brouille les possibilit\u00e9s d&#8217;une action efficace.<\/p>\n<p>Avec ironie, avec maestria, avec d\u00e9chirement, il conte, dans les articles de De la France, les mouvements populaires, les errements id\u00e9ologiques, le r\u00e8gne du juste milieu, la d\u00e9sillusion, et la certitude que &#8221; les peuples&#8230;sont les h\u00e9ros des temps nouveaux &#8220;. Il d\u00e9nonce l&#8217;art d&#8217;hier et affirme que &#8221; l&#8217;\u00e9poque nouvelle engendrera un art nouveau, et enthousiasmant, qui sera en harmonie avec elle, qui n&#8217;aura pas besoin d&#8217;emprunter sa symbolique \u00e0 un pass\u00e9 d\u00e9fra\u00eechi &#8220;, et c&#8217;est Buchner en Allemagne, et c&#8217;est Delacroix en France, et c&#8217;est lui entre les deux. Ah, &#8221; nous ne vivons plus \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de fer, mais \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de la flanelle &#8220;, ah, &#8221; Casimir P\u00e9rier a rabaiss\u00e9 la France pour faire monter les cours de la Bourse &#8220;, il faut, encore, toujours faire circuler la r\u00e9flexion, cerner les contradictions, articuler les injustices et se d\u00e9fier de ceux qui veulent aller trop vite et qui font reculer l&#8217;Histoire.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas facile d&#8217;\u00eatre un grand analyste politique, un po\u00e8te essentiel, un homme de conscience, en des temps de transition. Heine fut d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, fabuleusement moderne, y compris dans ses propres contradictions. Et il fut seul. Si seul, malgr\u00e9 ses amiti\u00e9s avec Sand, Marx, Lizst, si seul \u00e0 conjuguer l&#8217;amour pour Goethe et pour Robespierre, le respect de Bonaparte et la compr\u00e9hension des compromis, qu&#8217;il mourut, en 1856, inquiet, en proie au doute et au chagrin. Il nous manque. Une intelligence aussi aigu\u00eb de la politique alli\u00e9e \u00e0 une invention lyrique aussi essentielle, le refus d&#8217;\u00eatre un &#8221; sp\u00e9cialiste &#8221; et le choix d&#8217;\u00eatre un homme, c&#8217;est-\u00e0-dire un citoyen, un individu, un artiste, ensemble, c&#8217;est l\u00e0 un mod\u00e8le bouleversant. Peut-\u00eatre que notre difficile \u00e9poque, o\u00f9 le monde ancien n&#8217;a pas encore engendr\u00e9 un monde nouveau, est \u00e0 m\u00eame de le saluer \u00e0 sa mesure: avec \u00e9l\u00e9gance, et grandeur.n E. P.<\/p>\n<p> <strong> Heinrich Heine, l&#8217;Ecole romantique. De la France. Ecrits autobiographiques. Tableaux de voyage en Italie. Romancero, \u00e9ditions du Cerf. La Loreley et la libert\u00e9: Heinrich Heine, un po\u00e8te allemand \u00e0 Paris, \u00e9dit\u00e9 par J. Kruse. Le Cerf, 600 p. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Des livres pour les enfants <\/strong><\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, au Salon du Livre de jeunesse \u00e0 Montreuil, pleins feux sur l&#8217;Allemagne avec ses maisons d&#8217;\u00e9dition, ses auteurs et illustrateurs&#8230; A travers cette invitation, le Salon souhaite favoriser les \u00e9changes et d\u00e9velopper des projets de coop\u00e9ration forts et stimulants. Ainsi mise-t-il sur la rencontre avec la cr\u00e9ation sous toutes ses formes pour c\u00f4toyer une langue et une culture \u00e0 travers l&#8217;art et la litt\u00e9rature&#8230; Au programme, sur le stand allemand enti\u00e8rement sc\u00e9nographi\u00e9: pr\u00e9sentation de la production de langue allemande, une librairie, une expositiondont Klaus Ensikat, Wolf Erlbruch, Binette Schroeder, Helme Heine, Nikolaus Heidldebach&#8230;et bien s\u00fbr de nombreuses rencontres avec ces artistes et les \u00e9crivains: Klaus Kordon, Mirjam Pressler, Edgar Hilsenrath, Gerhard K\u00f6pf&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-753","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/753","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=753"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/753\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=753"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=753"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=753"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}