{"id":752,"date":"1997-12-01T00:00:00","date_gmt":"1997-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/allemagne752\/"},"modified":"1997-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-11-30T23:00:00","slug":"allemagne752","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=752","title":{"rendered":"Allemagne"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;exposition &#8221; Marianne Germania, un si\u00e8cle de passion franco-allemandes (1789-1889) &#8221; se tient \u00e0 Paris, au Petit Palais. Les rapports fascinants, fascin\u00e9s, de deux nations quasi jumelles, par l&#8217;image et l&#8217;\u00e9crit. <\/p>\n<p>D&#8217;initiative berlinoise, mais largement soutenue par les Parisiens, cette manifestation fut d&#8217;abord pr\u00e9sent\u00e9e au Martin Gropius-Bau de Berlin \u00e0 l&#8217;automne dernier. L&#8217;actuelle version, calibr\u00e9e par Daniel Imbert, a \u00e9t\u00e9 resserr\u00e9e: treize salles au lieu des quinze initiales, repr\u00e9sentation r\u00e9duite des deux figures nationales (Germania et Marianne) &#8211; copieusement d\u00e9clin\u00e9es outre-Rhin &#8211; comme si &#8221; la fi\u00e8vre des monuments &#8221; (au dire de Heine) et des statues colossales \u00e9tait depuis retomb\u00e9e. En outre, la centaine de caricatures et dessins \u00e0 charge, qui, de Daumier \u00e0 Grandville, offrait comme une exposition dans l&#8217;exposition et prenait en charge &#8221; ce que la doxa ne peut \u00e9noncer &#8221; a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 part du reste, mais le public peut toujours voir ces images au Goethe Institut, avenue d&#8217;I\u00e9na.<\/p>\n<p>Chaque salle s&#8217;articule autour d&#8217;un personnage ou d&#8217;une th\u00e9matique majeure. Ne pas s&#8217;attendre \u00e0 d\u00e9couvrir des chefs-d&#8217;oeuvre mais des documents, comme autant de pi\u00e8ces \u00e0 conviction sur une \u00e9poque, en sorte que l&#8217;exposition se montre sous un mode plus historique qu&#8217;esth\u00e9tique, m\u00eame si, d&#8217;une salle l&#8217;autre, on peut rep\u00e9rer de superbes lavis de Victor Hugo, des gravures de Delacroix illustrant le Faust de Goethe, une toile de Caspar David Friedrich, quelques Gustave Dor\u00e9, une ou deux sculptures de Rodin, le tr\u00e8s fameux les Morts vont vite d&#8217;Ary Scheffer, sans compter, en fin de parcours, comme signe du mouvement symboliste qui s&#8217;annonce, un tableau d&#8217;Odilon Redon.<\/p>\n<p>Les livres: des r\u00e9cits de voyage tel le fameux De l&#8217;Allemagne de Madame de Sta\u00ebl (saisi par les sbires de Napol\u00e9on en 1810) ou encore celui de Heine, portant le m\u00eame titre et rectifiant, le premier, son id\u00e9ologie &#8221; r\u00e9actionnaire &#8220;; du roman aussi, du Goethe d&#8217;Hermann et Doroth\u00e9e (sans oublier son Faust, ce th\u00e9\u00e2tral miracle traduit en fran\u00e7ais par son ami Nerval et mis en musique par Berlioz); des po\u00e8mes enfin, comme, de Victor Hugo, les Chants du cr\u00e9puscule \u00e0 r\u00e9sonance r\u00e9aliste, o\u00f9 pointe la critique sociale, sans oublier de multiples correspondances, dont celle de Herder et Goethe, malheureusement sous-repr\u00e9sent\u00e9e, quand on sait que le premier, si influent sur l&#8217;\u00e9mergence des premiers romantiques, a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;origine de la r\u00e9volution litt\u00e9raire du Sturm und Drang. Pour m\u00e9moire, Herder fut f\u00e9rocement mentionn\u00e9 par Alain Finkielkraut dans sa D\u00e9faite de la pens\u00e9e.<\/p>\n<p> <strong> Une exposition organis\u00e9e autour de l&#8217;historique plus que de l&#8217;esth\u00e9tique <\/strong><\/p>\n<p>La part du lion est donc r\u00e9serv\u00e9e aux livres, parfois jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;indigestion. On pourra regretter que la presse soit si peu pr\u00e9sente. Ne fut-elle pas un m\u00e9diateur de premier ordre entre les deux pays ? N&#8217;organisa-t-elle pas l&#8217;\u00e9meute pr\u00e9ludant \u00e0 la r\u00e9volution de 1830, lorsque Charles X et son ministre Polignac l&#8217;avaient attaqu\u00e9e de front par ordonnances ? Or, la p\u00e9riode intitul\u00e9e &#8221; La libert\u00e9 guidant le peuple &#8221; n&#8217;en dit mot, r\u00e9servant la part belle au courant d&#8217;immigration allemande vers la France suscit\u00e9e par la vague de censure outre-Rhin. Ce manque se comprend. En revanche, on saisit moins la fa\u00e7on un peu cavali\u00e8re dont &#8221; l&#8217;h\u00e9ritage du Moyen Age de part et d&#8217;autre du Rhin &#8221; privil\u00e9gie \u00e0 ce point sa port\u00e9e en Allemagne lorsqu&#8217;il est dit, dans le m\u00eame temps, qu&#8217;il &#8221; suscita, en France, un simple engouement, un ph\u00e9nom\u00e8ne de mode issu du go\u00fbt romantique pour la r\u00e9surrection du pass\u00e9 &#8220;. Vision pour le moins r\u00e9ductrice, puisque le go\u00fbt pour le Moyen Age ne date pas chez nous du XIXe mais d\u00e9bute au XVIIIe si\u00e8cle. De m\u00eame, si l&#8217;on mentionne de vieilles l\u00e9gendes allemandes, on omet d&#8217;\u00e9voquer, pour la France, le roman historique &#8211; en tant qu&#8217;imitation de certaines formes po\u00e9tiques anciennes &#8211; et le drame, qui ressuscite le pass\u00e9 national. On ne peut certes \u00eatre exhaustif. Du moins doit-on tenter de respecter un \u00e9quilibre.<\/p>\n<p>La vertu de l&#8217;ensemble r\u00e9side dans la volont\u00e9 obstin\u00e9e d&#8217;\u00e9clairer, autant que faire se peut, les relations ambivalentes des deux voisines \u00e9chevel\u00e9es, en faisant entendre leurs quatre v\u00e9rit\u00e9s au sein d&#8217;une relation de g\u00e9mellit\u00e9 improbable. Par exemple, comment l&#8217;\u00e9chec relatif de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, ab\u00eem\u00e9e dans la Terreur, ne put que d\u00e9tourner l&#8217;Allemagne d&#8217;un cosmopolitisme h\u00e9rit\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle fran\u00e7ais en favorisant l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un sentiment national ? Tout comme l&#8217;\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne, \u00e0 la longue, ne fit qu&#8217;accentuer un patriotisme latent. Tress\u00e9e autour de ce constat, en une fougueuse natte blonde et brune, l&#8217;exposition s&#8217;offre comme un lent mouvement d&#8217;\u00e9veil aux significations multiples et historiques, mais d\u00e9signe aussi, par touches pudiques, la vie et la mort &#8211; m\u00e9taphores d&#8217;un monde \u00e0 venir &#8211; constamment suscit\u00e9es par ces deux si\u00e8cles d&#8217;histoire (voir en ce sens la salle intitul\u00e9e &#8221; les romantiques fran\u00e7ais et l&#8217;Allemagne&#8221;, o\u00f9 la peinture romantique de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 prend le pas sur les mots, avec cr\u00e9puscules, tombeaux et c\u00e9notaphes peints par Gustav Crus ou Caspar Friedrich).<\/p>\n<p>L&#8217;exposition se cl\u00f4t sur &#8221; la France et le wagn\u00e9risme (les ann\u00e9es 1880) &#8220;. La question de la musique, on le sait, n&#8217;est jamais la question d&#8217;elle seule. Pourquoi cette conclusion sur Wagner ? Quel sens majeur y puiser ? Le maestro, on le sait, provoqua un choc. Avec lui naquit le premier art de masse, \u00e0 l&#8217;usage du moins de la bourgeoisie cultiv\u00e9e. Du coup, l&#8217;exposition se cl\u00f4t sur un enjeu politico-esth\u00e9tique; on laissera de c\u00f4t\u00e9 les r\u00e9cup\u00e9rations national-socialistes du Troisi\u00e8me Reich (est-ce fa\u00e7on, pour une Allemagne &#8221; encore en chantier &#8220;, d&#8217;appuyer l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal, d&#8217;en tout cas laisser ouvert un espace de culpabilit\u00e9 ?). Concluons sur cette phrase sombre de l&#8217;essayiste Wolf Wissenschaftskolleg: &#8221; Il n&#8217;y a pas de mouvement intellectuel qui corresponde \u00e0 ce jour \u00e0 ce qui se joue sur le plan politique, mais ce n&#8217;est pas une sp\u00e9cificit\u00e9 franco-allemande, c&#8217;est le probl\u00e8me de l&#8217;Europe &#8220;.n M. S.<\/p>\n<p> <strong> Marianne et Germania, un si\u00e8cle de passions franco-allemandes Paris, Petit-Palais, jusqu&#8217;au 15 f\u00e9vrier 1998. T\u00e9l.: 01 42 65 12 73 Marianne et Germania dans la caricature. Paris, Centre culturel allemand, jusqu&#8217;au 19 d\u00e9cembre 1997. T\u00e9l.: 01 44 43 92 30. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> On lira avec profit Au jardin des malentendus. Le commerce franco-allemand des id\u00e9es. Textes \u00e9dit\u00e9s par Jacques Leenhardt et Robert Picht. Nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e et actualis\u00e9e. Editions Actes Sud-Babel, 1997, 635 p., 69 F. <\/strong><\/p>\n<p>* Maire de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;exposition &#8221; Marianne Germania, un si\u00e8cle de passion franco-allemandes (1789-1889) &#8221; se tient \u00e0 Paris, au Petit Palais. 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