{"id":7519,"date":"2014-02-28T12:03:15","date_gmt":"2014-02-28T11:03:15","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/bangkok-dangerous-un-film-sans-fin7519\/"},"modified":"2014-02-28T12:03:15","modified_gmt":"2014-02-28T11:03:15","slug":"bangkok-dangerous-un-film-sans-fin7519","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7519","title":{"rendered":"Bangkok dangerous, un film sans fin"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Au bout de quatre mois de\u00a0manifestations dans la capitale tha\u00eflandaise, aucune des forces en pr\u00e9sence ne semble en mesure d\u2019emporter la victoire. Le bilan humain est tr\u00e8s lourd, pour des r\u00e9sultats d\u00e9risoires et un avenir tr\u00e8s incertain.<\/p>\n<p>Fin janvier, non loin du pont de Panfa, des militants antigouvernementaux tentent de transformer un amas instable de pneus et sacs de sable en barricade. Surgit un sexag\u00e9naire qui met la construction branlante \u00e0 bas, puis coordonne l\u2019\u00e9dification d\u2019une casemate digne de ce nom avec meurtri\u00e8res et filets anti-grenades. En moins d\u2019une heure, un v\u00e9ritable blockhaus voit le jour. Le ma\u00eetre d\u2019ouvrage se pr\u00e9sente comme un officier de marine en retraite. <em>\u00ab\u00a0Les gens nous apportent spontan\u00e9ment ce qu\u2019ils ont\u2026 en retour nous leur montrons que leurs dons sont utiles.\u00a0\u00bb<\/em> Pour s\u00fbr, l\u2019ouvrage de fortune est \u00e0 m\u00eame de stopper les tirs d\u2019armes automatiques et les jets de grenade des myst\u00e9rieux <em>\u00ab\u00a0hommes en noirs\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0qui les attaquent r\u00e9guli\u00e8rement. Les gardes assurent qu\u2019ils n\u2019abandonneront pas leur poste tant que la Premi\u00e8re ministre Yingluck Shinawatra s\u2019accrochera au pouvoir. <\/p>\n<h2>Des victimes, mais aucune sortie de crise en vue<\/h2>\n<p>Nul doute que ces gaillards aux visages souriants mais ferm\u00e9s sont des jusqu\u2019au-boutistes. Sourire en coin, l\u2019un d\u2019eux fanfaronne\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ce soir, on essaye de nouveaux p\u00e9tards\u00a0\u00bb<\/em>. Mais refuse d\u2019en dire plus. Publiquement, ils se proclament <em>\u00ab\u00a0non violents\u00a0\u00bb<\/em>. Si l\u2019on en croit leurs m\u00e9dias \u2013 chaque camp dispose de ses propres chaines TV \u2013 la mouvance anti Shinawatra des chemises jaunes est pacifiste, et ce sont les\u00a0chemises rouges\u00a0pro Shinawatra qui sont \u00e0 l\u2019origine des violences. Sur les m\u00e9dias des chemises rouges, vous entendrez exactement l\u2019inverse. La r\u00e9alit\u00e9 se situe quelque part entre les deux, chaque camp rec\u00e8le des militants plus d\u00e9termin\u00e9s que les autres. La veille des \u00e9lections anticip\u00e9es du 2 f\u00e9vrier, Rouges et Jaunes se sont bri\u00e8vement confront\u00e9s dans la banlieue de la capitale. De part et d\u2019autre, les armes ont parl\u00e9.<\/p>\n<p>Le bilan de ces quatre mois de manifestations est lourd\u00a0: 23 morts et plus de 700 bless\u00e9s sans qu\u2019aucun camp ne puisse crier victoire. Lors d\u2019op\u00e9rations invariablement pr\u00e9sent\u00e9es comme \u00ab\u00a0le combat ultime qui consacrera la chute de Yingluck Shinawatra\u00a0\u00bb, le leader autoproclam\u00e9 des manifestants Suthep Thaugsuban a beau rallier des centaines de milliers de sympathisants, \u00e0 chaque fois il \u00e9choue. Ainsi, le 13 janvier, Suthep d\u00e9cr\u00e9tait \u00ab\u00a0paralyser Bangkok\u00a0\u00bb. Coup nul, le centre ville s\u2019est transform\u00e9 en zone pi\u00e9tonne, mais n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 totalement bloqu\u00e9 \u00e0 la circulation. Puis Suthep promet qu\u2019il fera \u00e9chouer les \u00e9lections anticip\u00e9es du 2 f\u00e9vrier. La participation est tr\u00e8s faible, mais globalement les \u00e9lecteurs ont pu exercer leurs droits civiques. <\/p>\n<h2>\u00c9chec de l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence<\/h2>\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, Yingluck \u00e9choue syst\u00e9matiquement \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre. Mi-f\u00e9vrier, constatant la chute drastique de la mobilisation de l\u2019opposition, la police tente de reprendre le contr\u00f4le des rues. Le 18 f\u00e9vrier, au pont de Panfa, la police se heurte \u00e0 des manifestants d\u00e9termin\u00e9s. Le face-\u00e0-face tourne au drame\u00a0: six morts dont deux policiers et plus de 70 bless\u00e9s. Le lendemain, retournement de la situation, le tribunal civil de Bangkok d\u00e9cr\u00e8te que l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence n\u2019autorise pas les autorit\u00e9s \u00e0 disperser des manifestants \u00ab\u00a0non arm\u00e9s et pacifistes\u00a0\u00bb. Compte tenu des pr\u00e9paratifs des gardes crois\u00e9s quelque temps plus t\u00f4t non loin du pont de Panfa, ce jugement para\u00eet surr\u00e9aliste. Une vid\u00e9o du drame montre clairement un policier tentant de chasser du pied une grenade provenant du cot\u00e9 des manifestants, qui lui explose dans les jambes. Pour le pouvoir, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence mis en place le 21 janvier est un \u00e9chec cuisant.<\/p>\n<p>Les grenadages continuent, quatre enfants sont mortellement touch\u00e9s les 22 et 23 f\u00e9vrier. L\u2019\u00e9motion est grande, mais la brouille entre pro et anti Shinawatra ne s\u2019apaise pas pour autant. Les Rouges accusent les jaunes d\u2019utiliser la violence pour forcer l\u2019arm\u00e9e \u00e0 choisir son camp. Les Jaunes, eux, accusent les Rouges de cr\u00e9er un \u00e9tat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 pour permettre \u00e0 la police d\u2019employer la force. De son cot\u00e9, l\u2019arm\u00e9e incarn\u00e9e par le tout-puissant g\u00e9n\u00e9ral en chef de l\u2019arm\u00e9e de terre Prayuth Chan-Ocha ne cesse de clamer sa \u00ab\u00a0neutralit\u00e9\u00a0\u00bb. Elle refuse tout aussi bien d\u2019apporter son soutien au gouvernement que de prendre position en faveur des manifestants. Quoique ces derniers ont tout de m\u00eame droit \u00e0 un traitement de faveur. \u00c0 de multiples reprises, le g\u00e9n\u00e9ral Prayuth a exprim\u00e9 son opposition \u00e0 l\u2019usage de la force contre les manifestants, de m\u00eame qu&#8217;il s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019instauration d\u2019un \u00e9tat d\u2019urgence auquel ses troupes n\u2019apportent qu\u2019un soutien a minima. <\/p>\n<h2>Une succession difficile<\/h2>\n<p>Aujourd\u2019hui, la Tha\u00eflande est plus impr\u00e9visible que jamais. Aucun des deux camps ne para\u00eet en mesure de dominer l\u2019autre. Si Yingluck dispose toujours d\u2019un soutien populaire \u00e9crasant, elle est n\u00e9anmoins tr\u00e8s affaiblie. Convoqu\u00e9e le 27 f\u00e9vrier par la Commission anticorruption (NACC), elle a jusqu\u2019au 14 mars pour prouver son innocence dans l\u2019affaire du financement du programme de subventions \u00e0 la riziculture. Faute de quoi, elle risque fort d\u2019\u00eatre destitu\u00e9e. Pour les pro Shinawatra, il s\u2019agirait l\u00e0 d\u2019un \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00e9tat judiciaire\u00a0\u00bb contre un gouvernement \u00e9lu.<\/p>\n<p>Pourquoi un tel acharnement des \u00e9lites traditionnelles patronnant les chemises jaunes contre le clan Shinawatra\u00a0? La r\u00e9ponse tient dans la personnalit\u00e9 controvers\u00e9e de Thaksin Shinawatra, l\u2019ex-Premier ministre renvers\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e en 2006. Une partie des Tha\u00eflandais voit en lui le h\u00e9ros qui a instaur\u00e9 un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 sociale, l\u2019autre un populiste sans scrupules \u00e0 qui l\u2019on pr\u00eate des ambitions r\u00e9publicaines. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 le nie syst\u00e9matiquement, mais c\u2019est sans doute l\u00e0 que r\u00e9side le v\u00e9ritable enjeu des troubles. Sa majest\u00e9 le roi Bhumipol est tr\u00e8s affaibli. La p\u00e9riode de transition royale qui s\u2019annonce repr\u00e9sente une opportunit\u00e9 unique pour le pouvoir, qui sera alors en place pour s\u2019assurer le r\u00f4le central de protecteur de la couronne. Un r\u00f4le qu\u2019aucun des deux camps en pr\u00e9sence n\u2019entend c\u00e9der \u00e0 l\u2019adversaire. Sous de tels auspices, le retour au calme n\u2019est pas \u00e0 l\u2019ordre du jour sur les rives de la Chao Praya.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au bout de quatre mois de\u00a0manifestations dans la capitale tha\u00eflandaise, aucune des forces en pr\u00e9sence ne semble en mesure d\u2019emporter la victoire. 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