{"id":7506,"date":"2014-02-25T20:41:03","date_gmt":"2014-02-25T19:41:03","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/en-ukraine-la-bataille-de-l-apres7506\/"},"modified":"2023-06-23T23:16:44","modified_gmt":"2023-06-23T21:16:44","slug":"en-ukraine-la-bataille-de-l-apres7506","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7506","title":{"rendered":"En Ukraine, la bataille de l&#8217;apr\u00e8s-Ianoukovitch a commenc\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Apr\u00e8s trois mois de manifestations et une centaine de morts, quelles forces politiques peuvent \u00e9merger d&#8217;une place Ma\u00efdan couleur cendres, entre une Ioulia Timochenko compromise, des mouvements d&#8217;extr\u00eame droite opportunistes, des ex-opposants fragilis\u00e9s et une gauche sans voix ?<\/p>\n<p>Un pr\u00e9sident en fuite, un Parti des r\u00e9gions en d\u00e9composition et une opposition victorieuse, mais dispers\u00e9e et plac\u00e9e sous la pression constante de la rue : voil\u00e0 \u00e0 quoi ressemble d\u00e9sormais le tableau politique de l&#8217;Ukraine aux lendemains de la chute de Ianoukovitch. Les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles anticip\u00e9es auront lieu au mois de mai et un gouvernement provisoire devrait \u00eatre nomm\u00e9 jeudi. Les cartes de l&#8217;avenir politique du pays se redistribuent aujourd&#8217;hui, dans un climat d&#8217;incertitudes.<\/p>\n<p><strong><em>Le retour en gr\u00e2ce de Ioulia Timochenko<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Elle a suivi cet hiver ukrainien mouvement\u00e9 depuis la cellule de sa prison, o\u00f9 elle \u00e9tait enferm\u00e9e depuis plus de deux ans. Ioulia Timochenko a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e samedi dernier, jour de la destitution de Viktor Ianoukovitch, et elle s&#8217;est imm\u00e9diatement rendue sur Ma\u00efdan, la place de l&#8217;Ind\u00e9pendance, pour un discours passionn\u00e9 depuis son fauteuil roulant. Sur place, les Ukrainiens sont partag\u00e9s. Par son emprisonnement, Timochenko a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e par les turpitudes de ces quatre derni\u00e8res ann\u00e9es et fait figure de martyre. Mais nombreux sont ceux qui rappellent la mani\u00e8re dont l&#8217;ex-\u00e9g\u00e9rie a &#8220;trahi&#8221; les id\u00e9aux de la R\u00e9volution orange de 2004 : au cours des six ann\u00e9es qui ont suivi, incapable de s&#8217;entendre avec l&#8217;ancien pr\u00e9sident Viktor Ioutchenko, elle a laiss\u00e9 la situation \u00e9conomique et sociale du pays se d\u00e9grader. La dirigeante s&#8217;est m\u00eame s\u00e9rieusement compromise en signant un accord gazier d\u00e9favorable \u00e0 l&#8217;Ukraine avec Vladimir Poutine. Pourtant, sans l&#8217;avouer publiquement pour le moment, elle se voit bien pr\u00e9sidente et pourrait incarner cette candidature unique que certains Ukrainiens appellent de leurs v\u0153ux. <\/p>\n<p>Mais les milieux militants civiques se m\u00e9fient. C&#8217;est l&#8217;avis de Sergey Leshenko, journaliste ukrainien, qui a notamment d\u00e9nonc\u00e9 les relations entre Ioulia Timochenko et son ancien mentor, l&#8217;homme d&#8217;affaires Pavel Lazarenko. <em>\u00ab Oui, son proc\u00e8s \u00e9tait motiv\u00e9 politiquement,<\/em> ass\u00e8ne-t-il sur son blog. <em>Mais, avec tout le respect d\u00fb \u00e0 Timochenko, ce n&#8217;est pas \u00e0 son tour de diriger l&#8217;Ukraine. Je ne veux pas que le futur pr\u00e9sident de l&#8217;Ukraine, un pays qui a pay\u00e9 sa transformation de son sang, soit une personnalit\u00e9 au pass\u00e9 corrompu. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Des leaders fragilis\u00e9s<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>L&#8217;histoire est parfois ingrate. Vitali Klitschko, chef de file du parti Udar, a \u00e9t\u00e9 l&#8217;un des premiers \u00e0 s&#8217;impliquer dans les manifestations. Il est aujourd&#8217;hui, comme Arseniy Yatsenyuk (du parti Batkivshina) et Oleg Tiagnibok (Svoboda), mis sur la touche pour avoir tent\u00e9 de n\u00e9gocier avec Ianoukovitch. Au plus fort des violences, cette d\u00e9cision a provoqu\u00e9 la col\u00e8re de la foule rassembl\u00e9e \u00e0 Kiev, qui exigeait le d\u00e9part pur et simple du pr\u00e9sident ukrainien. Les atouts de l&#8217;ancien boxeur (\u00e9galement homme d&#8217;affaires avis\u00e9), officiellement candidat pour la pr\u00e9sidence depuis hier, restent son charisme de sportif, sa fortune personnelle qui le rendrait ind\u00e9pendant des pressions oligarchiques, mais aussi sa bonne image \u00e0 l&#8217;ouest comme \u00e0 l&#8217;est, dans les r\u00e9gions plus russophones du pays.<\/p>\n<p>Arseniy Yatsenyuk, ancien pr\u00e9sident du Parlement ukrainien (un poste duquel il a d\u00e9missionn\u00e9 en 2008), personnage plut\u00f4t aust\u00e8re, est l&#8217;une des personnalit\u00e9s pressenties pour \u00eatre le poste de Premier ministre du gouvernement provisoire. Une promotion empoisonn\u00e9e : <em>\u00ab Le chef du gouvernement int\u00e9rimaire devra, vu la situation du pays, prendre des mesures extr\u00eamement impopulaires, et donc \u00eatre sacrifi\u00e9 \u00bb,<\/em> analyse la politologue Ioulia Shukan, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Paris X.<\/p>\n<p><strong><em>L&#8217;extr\u00eame droite divis\u00e9e mais renforc\u00e9e<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>La place de l&#8217;extr\u00eame droite, sujet douloureux depuis le d\u00e9but du conflit, n&#8217;en est pas moins complexe. Oleg Tiagnibok, chef de file du mouvement Svoboda, a longtemps jou\u00e9 \u00e0 l&#8217;enfant terrible de la politique ukrainienne. \u00c9lu une premi\u00e8re fois d\u00e9put\u00e9 en 1998, il prend les couleurs en 2002 du bloc port\u00e9 par Viktor Ioutchenko (pr\u00e9sident de 2004 \u00e0 2010), mais est exclu de ce parti pour ses propos violemment antis\u00e9mites. Lorsqu&#8217;il rentre \u00e0 nouveau \u00e0 la Rada en 2012, c&#8217;est fort d&#8217;une quarantaine de si\u00e8ges, mais son parlementarisme l&#8217;\u00e9loigne de la frange la plus radicale de son mouvement. M\u00eame si ses drapeaux \u00e9taient tr\u00e8s pr\u00e9sents dans les cort\u00e8ges, <em>\u00ab Svoboda n&#8217;a pas jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9, ni au d\u00e9but ni \u00e0 la fin des protestations, <\/em> explique Tetiana Berzuk, chercheuse \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Mohyla. <em>Au-del\u00e0 du cercle des \u00e9lecteurs traditionnels de ce parti, ils n&#8217;\u00e9taient pas vraiment influents \u00bb. <\/em> <\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Praviy Sektor (secteur droit) a \u00e9t\u00e9 en premi\u00e8re ligne dans les confrontations avec la police, et y a gagn\u00e9 une aura incontestable.<em> \u00ab Praviy Sektor est une coalition d&#8217;organisations,<\/em> pr\u00e9cise Tetiana Berzuk. <em>Ses porte-parole ont d\u00e9clar\u00e9 publiquement qu&#8217;ils n&#8217;\u00e9taient pas racistes, simplement des nationalistes qui se battent pour l&#8217;ind\u00e9pendance de l&#8217;Ukraine. \u00bb<\/em> Il n&#8217;emp\u00eache que des groupuscules comme Bilyi Molot (le marteau blanc) et Tryzub, affili\u00e9s \u00e0 Praviy Sektor, sont connus pour \u00eatre tr\u00e8s ancr\u00e9s \u00e0 droite, et violemment anti-russes. L&#8217;extr\u00eame droite, en rentrant dans le jeu parlementaire, \u00e0 l&#8217;image de Praviy Sektor, qui pourrait participer aux prochaines \u00e9lections l\u00e9gislatives, risque de se diviser. Selon un sondage r\u00e9cent, Svoboda obtiendrait seulement 5,6 % des voix en cas d&#8217;\u00e9lections. Mais quid de ces nouvelles formations aur\u00e9ol\u00e9es par la mort de plusieurs de leurs membres ?<\/p>\n<p><strong><em>La gauche toujours inexistante, le Ma\u00efdan en recours ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les d\u00e9put\u00e9s du Parti des r\u00e9gions, formation majoritaire \u00e0 la botte de Viktor Ianoukovitch, payeront cher le prix de leur silence et de leur soumission au pr\u00e9sident d\u00e9chu. Leur chef disparu, ils ont bien tent\u00e9 de le d\u00e9signer comme seul responsable du pourrissement de la situation sur Ma\u00efdan. Mais la population n&#8217;est pas dupe. Pour nombre d&#8217;analystes, un changement de label s&#8217;impose, si le parti et ses membres veulent encore concourir dans l&#8217;ar\u00e8ne politique ukrainienne. Les observateurs voient aussi en Serge\u00ef Tigipko un possible homme providentiel pour sauver les meubles. Ce businessman, un temps pr\u00e9sidentiable puis vice premier-ministre de 2010 \u00e0 2012, qui s&#8217;est tenu \u00e0 l&#8217;\u00e9cart du pouvoir ces derniers mois, conserve, surtout aupr\u00e8s des jeunes lib\u00e9raux, une certaine aura.<\/p>\n<p>Et la gauche dans ce maelstr\u00f6m ? Le Parti communiste ukrainien, \u00e0 l&#8217;image d&#8217;autres formations politiques locales, s&#8217;est depuis longtemps converti au capitalisme, comptant sur les nostalgiques de l&#8217;URSS pour conserver des si\u00e8ges \u00e0 la Rada. L&#8217;extr\u00eame gauche est embryonnaire et divis\u00e9e : <em>\u00ab Sur les barricades, on a vu Narodniy Nabat (la ceinture du peuple), et \u00e0 Lviv les activistes de Avtonomniy Opir (r\u00e9sistance autonome),<\/em> d\u00e9taille Tetiana Berzut. <em>\u00c0 Kiev, les plus actifs \u00e9taient les membres du groupe &#8220;Opposition de gauche&#8221;. \u00bb<\/em> Associ\u00e9s de circonstance dans le mouvement avec d&#8217;autres formations politiques (parfois m\u00eame avec l&#8217;extr\u00eame droite dans les affrontements avec la police), ces groupes n&#8217;ont pour le moment pas de leaders capables de les faire \u00e9merger sur la sc\u00e8ne publique.  <\/p>\n<p>Reste le dernier acteur de ce conflit unique dans l&#8217;histoire de l&#8217;Ukraine contemporaine. Le \u00ab Ma\u00efdan \u00bb, comme disent les Ukrainiens, compos\u00e9 de citoyens lambda, de militants de la soci\u00e9t\u00e9 civile, de journalistes et blogueurs. Une force qui, pour le moment, maintient sa pression sur les \u00e9lus et les ambitieux. Chacune des d\u00e9cisions est encore pr\u00e9sent\u00e9e sur la place, v\u00e9ritable corps social constitu\u00e9. L&#8217;enjeu est bien de faire \u00e9merger de ce mouvement des figures politiques nouvelles, capables de transformer le syst\u00e8me politique en profondeur. \u00ab<em> Ce mouvement a au moins donn\u00e9 aux citoyens la conscience de leur pouvoir,<\/em> conclut Ioulia Shukan. <em>Mais cela ne peut pas se r\u00e9duire \u00e0 gouverner sous la pression de la rue. Il faut que des instances de surveillance se p\u00e9rennisent, et qu&#8217;un v\u00e9ritable renouvellement des \u00e9lites ait lieu \u00bb. <\/em> <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7506 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/ukraine-160-432.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"142\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/ukraine-160-432-150x142.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"ukraine-160.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s trois mois de manifestations et une centaine de morts, quelles forces politiques peuvent \u00e9merger d&#8217;une place Ma\u00efdan couleur cendres, entre une Ioulia Timochenko compromise, des mouvements d&#8217;extr\u00eame droite opportunistes, des ex-opposants fragilis\u00e9s et une gauche sans voix ?<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":19855,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[339],"class_list":["post-7506","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-ukraine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7506"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7506\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/19855"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7506"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}