{"id":7496,"date":"2014-02-21T03:35:57","date_gmt":"2014-02-21T02:35:57","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/affiche-rouge-des-immigres-qui-ont7496\/"},"modified":"2023-06-23T23:16:43","modified_gmt":"2023-06-23T21:16:43","slug":"affiche-rouge-des-immigres-qui-ont7496","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7496","title":{"rendered":"Affiche rouge : \u00ab\u00a0Des immigr\u00e9s qui ont fait trembler les nazis\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le groupe Manouchian a \u00e9t\u00e9 rendu c\u00e9l\u00e8bre par l\u2019<em>Affiche rouge<\/em>. Le 21 f\u00e9vrier 1944, au Mont-Val\u00e9rien, vingt-trois de ses membres sont ex\u00e9cut\u00e9s par les nazis. \u00c0 l\u2019occasion de ce 70e anniversaire, Ars\u00e8ne Tchakarian, dernier survivant du groupe, revient sur cette \u00e9pop\u00e9e de la R\u00e9sistance.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr.<\/strong> <em> <strong>Un 21 f\u00e9vrier, il y a soixante-dix ans, les nazis fusillent vingt-trois combattants, \u00ab des \u00e9trangers et nos fr\u00e8res pourtant \u00bb, du groupe Manouchian. Comment est n\u00e9 ce groupe ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p><strong>Ars\u00e8ne Tchakarian.<\/strong> En 1941, le Parti communiste fran\u00e7ais cr\u00e9e le Front national pour d\u00e9fendre la France alors occup\u00e9e par l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne. Missak Maouchian et moi-m\u00eame, et bien d\u2019autres, en faisons rapidement partie. Il y a dans ce Front, des communistes mais aussi des patriotes, des r\u00e9sistants de diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, on ne sait m\u00eame pas qu\u2019il y a un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais \u00e0 Londres. Alors, on fait de la propagande, on distribue des tracts, on colle des papillons contre les nazis sur les murs. Notre but est d\u2019essayer de &#8220;r\u00e9veiller&#8221; les Fran\u00e7ais, de leur dire de ne pas suivre le mar\u00e9chal P\u00e9tain dans la collaboration. Moi, je milite en direction des immigr\u00e9s arm\u00e9niens avec Missak. J\u2019habite au dessus de l\u2019atelier de tailleur o\u00f9 je travaille, dans le 5e arrondissement de Paris. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on vient me donner les tracts. Puis, en 1942, le Front national lance les Francs-tireurs et partisans.<\/p>\n<p><em> <strong>Auparavant, Pierre Georges (le futur colonel Fabien) a abattu le premier Allemand au m\u00e9tro Barb\u00e8s-Rochechouart (le 21 ao\u00fbt 1941)&#8230; <\/strong> <\/em> <\/p>\n<p>Oui, mais c\u2019est un acte isol\u00e9. Et pour cause. Depuis la signature de l\u2019armistice, les habitants de la zone occup\u00e9e ont obligation de rendre les armes qu\u2019ils d\u00e9tiennent : du pistolet de collection jusqu\u2019au fusil de chasse. Sinon, c\u2019est la peine de mort. Pas mal de gens vont jeter leurs armes dans les rues, tellement ils ont peur de se faire emprisonner. Du coup, on peut en r\u00e9cup\u00e9rer quelques unes, pas toujours en bon \u00e9tat, mais il manque les munitions. Au d\u00e9but des FTP, il est impossible de se battre. <\/p>\n<p><em> <strong>Pourtant, d\u00e9but 1943, \u00e0 Levallois-Perret, vous participez directement \u00e0 votre premi\u00e8re action arm\u00e9e.<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>En avril 1942, Missak vient me voir et me dit : \u00ab Ars\u00e8ne, les tracts, maintenant, c\u2019est fini. On va se pr\u00e9parer \u00e0 combattre les armes \u00e0 la main \u00bb. Je lui r\u00e9ponds que des armes, nous n\u2019en avons pas. Missak me demande si je suis d\u2019accord sur le principe. Je donne mon accord et je romps tout contact avec mon organisation, ma famille, mes amis. Pendant plusieurs mois, rien ne se passe. On se fait oublier. Puis, au d\u00e9but 1943, Missak m\u2019am\u00e8ne \u00e0 un rendez-vous avec un m\u00f4me de dix-neuf ans, qui s\u2019av\u00e8rera \u00eatre Marcel Rajman (Juif polonais membre des Jeunesses communistes, ex\u00e9cut\u00e9 le 21 f\u00e9vrier, ndlr). Le lendemain, nous allons faire le rep\u00e9rage \u00e0 Levallois-Perret puis, le 17 mars 1943, nous commettons notre premier attentat. C\u2019est un succ\u00e8s. <\/p>\n<p><em> <strong>Pourtant, il faut attendre le 1er juin 1943 pour que votre groupe commette sa deuxi\u00e8me action. Que se passe-t-il entre-temps ?<br \/>\n<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Entre-temps, Jean Moulin convainc de Gaulle de fournir des armes \u00e0 des communistes et unifie la r\u00e9sistance. La premi\u00e8re r\u00e9union du Conseil national de la r\u00e9sistance, qui rassemble communistes, gaullistes, socialistes, syndicalistes\u2026 a lieu le 27 mai 1943, rue du Four \u00e0 Paris, en pr\u00e9sence de Jean Moulin. On voit donc que l\u2019attaque du 17 mars est une sorte de r\u00e9p\u00e9tition. Et que, si nous repassons \u00e0 l\u2019action le 1er juin, c\u2019est parce que le CNR s\u2019est r\u00e9uni quelques jours avant. C\u2019est en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment militaire de la r\u00e9sistance unifi\u00e9e que nous allons agir dans les mois suivants. Nous avons d\u2019ailleurs, outre le nom de code, un matricule, comme des soldats, et nous sommes enregistr\u00e9s \u00e0 Londres au si\u00e8ge des Forces fran\u00e7aises libres.<\/p>\n<p><em> <strong>Le groupe Manouchian est plus connu comme \u00e9manation des FTP et singuli\u00e8rement de la Main d\u2019\u0153uvre immigr\u00e9e (MOI)\u2026<br \/>\n<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Avec Missak, nous militons \u00e0 la MOI, pendant les ann\u00e9es 30. Nous allons souvent avenue Mathurin-Moreau o\u00f9 est situ\u00e9 le si\u00e8ge. Mais la MOI a \u00e9t\u00e9 interdite par le gouvernement fran\u00e7ais, bien avant l\u2019occupation. Ensuite, pendant les d\u00e9buts de la r\u00e9sistance, nous militons en direction des Arm\u00e9niens, comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la MOI, mais ce n\u2019est pas la MOI. Et, par rapport aux FTP, le groupe Manouchian n\u2019en fait pas partie. Je d\u00e9couvre apr\u00e8s guerre que nous sommes enregistr\u00e9s comme premi\u00e8re section de l\u2019Arm\u00e9e secr\u00e8te, \u00e9manant du Conseil national de la r\u00e9sistance. Par contre, il est clair qu\u2019il y a beaucoup de communistes dans notre groupe. <\/p>\n<p><em> <strong>Et pas mal d\u2019immigr\u00e9s aussi, si on regarde l\u2019affiche rouge.<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Evidemment ! La direction s\u00e9lectionne les meilleurs, les plus combattifs, ceux qui sont aussi le plus exp\u00e9riment\u00e9s. Moi, j\u2019ai fait mon service militaire en 1937 alors que je n\u2019avais m\u00eame pas la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise (rires). Les Espagnols, eux, s\u2019\u00e9taient battus les armes \u00e0 la main contre les troupes de Franco. Les Italiens avaient r\u00e9sist\u00e9 au fascisme. Les immigr\u00e9s d\u2019Europe de l\u2019Est avaient aussi l\u2019exp\u00e9rience de la clandestinit\u00e9. Et, c\u2019est vrai : pendant six mois, en 115 actions combattantes, notre groupe est ma\u00eetre de Paris. Ce sont des immigr\u00e9s qui font trembler les nazis !<\/p>\n<p><em> <strong>Pour votre part, comment vous \u00e9tiez-vous retrouv\u00e9 dans cet engagement ? Qu\u2019est-ce qui l&#8217;avait d\u00e9clench\u00e9 ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Le 6 f\u00e9vrier 1934, je suis apprenti chez un tailleur et je dois livrer un colis du c\u00f4t\u00e9 des Tuileries. Par hasard, donc, je tombe sur la manifestation des ligues factieuses. Ca castagne dur. Et puis arrive la contre-manifestation des communistes, avec les anciens combattants. \u00c7a parle de \u00ab camarades \u00bb, d\u2019ouvriers, tout \u00e7a\u2026 Je suis jeunot mais \u00e7a me marque. Puis, quelques mois plus tard, il y a un meeting de Thorez, salle Bullier, qui appelle \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un &#8220;Front commun de la libert\u00e9 et de la paix&#8221;. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019adh\u00e8re aux Jeunesses communistes. En tant qu\u2019apprenti tailleur, je suis pay\u00e9 au pourboire, quand les clients \u00e0 qui je livre me donnent une pi\u00e8ce. Bien s\u00fbr, mon patron me promet quelques centimes \u00e0 la fin de la semaine. Mais, m\u00eame cette promesse, les patrons ne la tiennent pas.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7496 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/affiche-4-447.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/affiche-4-447-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"affiche-4.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/arsene_tchakarian_photo_sylvain_lefeuvre-c4e-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/arsene_tchakarian_photo_sylvain_lefeuvre-c4e-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"arsene_tchakarian_photo_sylvain_lefeuvre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le groupe Manouchian a \u00e9t\u00e9 rendu c\u00e9l\u00e8bre par l\u2019<em>Affiche rouge<\/em>. 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