{"id":7486,"date":"2014-02-18T12:07:53","date_gmt":"2014-02-18T11:07:53","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/henri-cartier-bresson-la-guerre-d7486\/"},"modified":"2023-06-23T23:16:38","modified_gmt":"2023-06-23T21:16:38","slug":"henri-cartier-bresson-la-guerre-d7486","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7486","title":{"rendered":"Henri Cartier-Bresson, la guerre d\u2019Espagne et le cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La grande exposition du Centre Pompidou pr\u00e9sente deux documentaires du photographe, qui t\u00e9moignent autant du conflit espagnol que de la mobilisation r\u00e9publicaine qu&#8217;il suscita.<\/p>\n<p>C&#8217;est peut-\u00eatre une fiction qui laisse imaginer comment Henri Cartier-Bresson, comme beaucoup d&#8217;artistes de sa g\u00e9n\u00e9ration, a pu \u00eatre emport\u00e9 par la guerre d&#8217;Espagne. \u00c0 la fin de son ultime roman, <em>Le t\u00e9moin oculaire<\/em>, Ernst Weiss d\u00e9crit son h\u00e9ros et narrateur s\u2019arr\u00eatant boulevard de la Madeleine \u00e0 Paris pour observer une vitrine qui, par des photos agrandies et de messages lumineux, livre les derni\u00e8res informations sur la situation militaire en Espagne. Une photo retient particuli\u00e8rement son attention, celle d\u2019un <em>\u00ab pauvre enfant de quatre ou cinq ans, qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 par une bombe et gisait, d\u00e9chiquet\u00e9, dans son sang \u00bb<\/em>. Peu de temps apr\u00e8s ce choc visuel, le narrateur s\u2019engage dans les rangs des r\u00e9publicains espagnols. Comme l&#8217;exprime le roman, les images ont \u00e0 l&#8217;\u00e9poque jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la mobilisation des affects. <\/p>\n<p><strong><em>La R\u00e9publique agress\u00e9e<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>La d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie espagnole passionna l\u2019opinion fran\u00e7aise (et mondiale) et suscita de tr\u00e8s nombreux actes de solidarit\u00e9. Le Front populaire fran\u00e7ais ne pouvait pas, pensait-on, laisser choir le Front populaire espagnol sous le coup du fascisme. Les communistes, en France, furent \u00e0 la pointe de ce combat. Henri Cartier-Bresson (qui a cette \u00e9poque signait Henri Cartier), issu d\u2019une riche famille d\u2019industriels, avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 parcourir le monde en tant que photographe avant de vouloir se consacrer au cin\u00e9ma : la C\u00f4te-d\u2019Ivoire en 1931, l\u2019Espagne d\u00e8s 1932-1933, le Mexique en 1934\u2026 C\u2019est aux \u00c9tats-Unis, au c\u00f4t\u00e9 du photographe et cin\u00e9aste Paul Strand, cofondateur de la coop\u00e9rative Frontier Films, qu\u2019il s\u2019initie au cin\u00e9ma. De retour en France il collabore avec Jean Renoir, entre autres lors de la r\u00e9alisation, pour le PCF, de <em>La vie est nous<\/em> (1936), beau film de propagande \u00e9lectorale qui fut interdit par la censure.<\/p>\n<p>Pour Cartier, le cin\u00e9ma fut donc une porte d\u2019entr\u00e9e vers le communisme. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es trente, le peuple et la mis\u00e8re sont pr\u00e9sents dans ses photos ; \u00e0 l\u2019instar d\u2019un talentueux noyau de jeunes photographes  (dont Willy Ronis), Cartier-Bresson est membre de l\u2019AEAR (association des \u00e9crivains et artistes r\u00e9volutionnaires). Aragon l\u2019a embauch\u00e9 en 1937 pour livrer des images \u00e0 <em>Ce Soir<\/em>, quotidien nouvellement cr\u00e9\u00e9 \u2013 avec l\u2019aide de la R\u00e9publique espagnole \u2013, pour aider, entre autres, la R\u00e9publique agress\u00e9e. Il publie \u00e9galement des photos dans <em>Regards<\/em> o\u00f9 \u0153uvre son beau-fr\u00e8re, le critique communiste et historien Georges Sadoul. <\/p>\n<p><strong><em>L&#8217;image comme preuve<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Pour aider l\u2019Espagne, il faut \u0153uvrer sur trois fronts : militaire, \u00e9conomique mais aussi culturel. Les images et les sons sont intens\u00e9ment mobilis\u00e9s pour ce combat. Le parti communiste cr\u00e9\u00e9 ainsi la maison de disque Le chant du monde, \u00e9ditant et rendant c\u00e9l\u00e8bre les chants r\u00e9publicains espagnols que l\u2019on retrouve dans l\u2019abondante bande-son du second documentaire (m\u00e9connu) de Cartier, <em>L\u2019Espagne vivra<\/em> (1939). Henri Cartier se tourne donc vers le cin\u00e9ma par go\u00fbt personnel, mais aussi avec le souci militant de parler efficacement au plus grand nombre. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"345\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/HG6tK7BoKfQ?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Les esth\u00e8tes seront peut-\u00eatre surpris de ne pas reconna\u00eetre, \u00e0 l\u2019exception de plusieurs plans, le style du ma\u00eetre dans <em>L\u2019Espagne vivra<\/em>, mais la nature m\u00eame du cin\u00e9ma, sa fluidit\u00e9 narrative, et la n\u00e9cessit\u00e9 comme l\u2019urgence politiques exigeaient sans doute de soumettre la forme \u00e0 la clart\u00e9 et la pr\u00e9cision du discours. Et celui-ci est implacable. <em>L\u2019Espagne vivra<\/em> d\u00e9crit avec force d\u00e9tails l\u2019implication des arm\u00e9es italiennes et allemandes dans l\u2019agression contre la d\u00e9mocratie espagnole, pour mieux d\u00e9noncer la politique de non-intervention appliqu\u00e9e par la France et la Grande-Bretagne. L\u2019image est consid\u00e9r\u00e9e comme une preuve et les preuves mat\u00e9rielles de l\u2019implication fasciste et nazie dans cette guerre sont pr\u00e9sentes au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019image. Certains documents, comme l\u2019entretien avec un officier italien prisonnier sont rigoureusement contextualis\u00e9s (on peut y deviner l\u2019influence de Sadoul), alors que le ballet grotesque de la diplomatie occidentale \u00e0 Londres est trait\u00e9 selon le mode de l\u2019agit prop\u2019 (r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un m\u00eame plan, musique de cirque d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 dans La vie est \u00e0 nous). <\/p>\n<p><strong><em>Le visage des hommes<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette d\u00e9nonciation explicite, le film annonce les dangers fascistes qui p\u00e8sent sur l\u2019Europe et la France apr\u00e8s la trahison de Munich. Commandit\u00e9 par le Secours populaire de France et des colonies \u2013 h\u00e9ritier direct du Secours rouge international \u2013, <em>L\u2019Espagne vivra<\/em> nous rappelle \u00e9galement que cette organisation de masse consacra l\u2019essentiel de sa force militante, sous le Front populaire, \u00e0 aider l\u2019Espagne r\u00e9publicaine. Enti\u00e8rement soumis \u00e0 sa propre d\u00e9monstration politique, le documentaire de Cartier-Bresson en vient \u00e0 minorer le r\u00f4le et sous-\u00e9valuer le nombre des Brigades internationales comme il ignore \u2013 except\u00e9 un plan \u2013 l\u2019implication de l\u2019URSS dans ce combat (implication diverse, parfois criminelle). Le film n\u2019en demeure pas moins un document pr\u00e9cieux et clairvoyant.<\/p>\n<p>Cette fois commandit\u00e9 par le Centre sanitaire international (dont le si\u00e8ge \u00e9tait \u00e0 Paris) et co-r\u00e9alis\u00e9 par l\u2019op\u00e9rateur et r\u00e9alisateur am\u00e9ricain Herbert Kline (lui aussi membre de Frontier Films), <em>Victoire de la vie<\/em> (1938), premier documentaire de Cartier Bresson, entend quant \u00e0 lui valoriser l\u2019\u0153uvre de la centrale sanitaire apr\u00e8s avoir d\u00e9crit la mobilisation militaire de la R\u00e9publique espagnole. Le commentaire, \u00e9crit par Pierre Unik, est moins abondant que celui compos\u00e9 par Georges Sadoul et le dernier tiers du film, par de beaux plans documentaires, s\u2019attarde par exemple sur les visages de deux hommes hospitalis\u00e9s jouant aux \u00e9checs, ou sur celui d\u2019un milicien r\u00e9publicain apprenant \u00e0 lire. Face \u00e0 ceux qui criaient <em>\u00ab Vive la mort \u00bb<\/em>, l\u2019\u0153uvre du Front populaire espagnol est pr\u00e9sent\u00e9e comme une \u0153uvre de vie, et la culture comme un d\u00e9passement de soi et un combat collectif. Ni le cin\u00e9ma ni la guerre d\u2019Espagne ne  furent des accidents de parcours dans la vie et l\u2019\u0153uvre d\u2019Henri Cartier-Bresson.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7486 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/hcb-espagne-affiche-b74.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/hcb-espagne-affiche-b74-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"hcb-espagne-affiche.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La grande exposition du Centre Pompidou pr\u00e9sente deux documentaires du photographe, qui t\u00e9moignent autant du conflit espagnol que de la mobilisation r\u00e9publicaine qu&#8217;il suscita.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":19825,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[],"class_list":["post-7486","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7486","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7486"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7486\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/19825"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7486"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7486"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7486"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}