{"id":7453,"date":"2014-02-06T16:09:29","date_gmt":"2014-02-06T15:09:29","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/fralib-le-silence-des-machines-et7453\/"},"modified":"2014-02-06T16:09:29","modified_gmt":"2014-02-06T15:09:29","slug":"fralib-le-silence-des-machines-et7453","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7453","title":{"rendered":"Fralib, le silence des machines et la musique de l&#8217;espoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">L&#8217;usine des Fralib \u00e0 G\u00e9menos a accueilli les premi\u00e8res rencontres europ\u00e9ennes de &#8220;L\u2019\u00e9conomie des travailleurs&#8221;. L&#8217;occasion de revisiter les lieux de la lutte en \u00e9coutant ses acteurs.\n<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les machines vivaient, elles ont comme un c\u0153ur.\u00a0\u00bb <\/em> Rim, ouvri\u00e8re des Fralibs \u00e0 G\u00e9menos me conduit a travers l\u2019usine, en ce week-end de <a href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=3939\">rencontres de l\u2019\u00e9conomie ouvri\u00e8re<\/a>. Elle a commenc\u00e9 comme int\u00e9rimaire, six ans durant avant d\u2019\u00eatre embauch\u00e9e, pour finalement qu\u2019Unilever d\u00e9truise l\u2019outil industriel. Six ann\u00e9es \u00e0 enfiler une blouse, des chaussures de s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 badger, \u00e0 entendre \u00ab\u00a0cette musique\u00a0\u00bb \u2013 celle de la chaine. L\u2019usine o\u00f9 ils travaillaient, ils l\u2019ont gard\u00e9, rachet\u00e9e par la Communaut\u00e9 urbaine\u00a0: <em>\u00ab\u00a0On s\u2019attache \u00e0 tout, on s\u2019approprie les lieux, parce qu\u2019on nous a expropri\u00e9 de nos racines\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit-elle. <\/p>\n<h2>\u00ab Les mots ont un sens \u00bb<\/h2>\n<p>La fin de Fralib G\u00e9menos a commenc\u00e9 avec des r\u00e9ductions de personnel sans autre but que de faire rimer travailler avec trimer. Au temps des tisanes Lipton ou \u00c9l\u00e9phant, l\u2019hiver \u00e9tait une saison marathon\u00a0: <em>\u00ab\u00a0On travaillait 24 heures sur 24.\u00a0Le poste le plus dur c\u2019\u00e9tait le 21h30- 5h30.\u00a0\u00bb<\/em> Avec le nouveau liquidateur de l\u2019entreprise, M. LLovera, les pointeuses qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9tablissement sont d\u00e9plac\u00e9es vers l\u2019int\u00e9rieur, devant le bureau des chefs. Quelques minutes gagn\u00e9es pour les actionnaires, une \u00e9ternit\u00e9 pour ceux et celles qui faisaient tourner l\u2019usine. <em>\u00ab\u00a0Avec lui, la productivit\u00e9 passait avant tout\u00a0\u00bb<\/em>, c&#8217;est-\u00e0-dire par une production stable, mais avec moins d\u2019ouvriers. <em>\u00ab\u00a0Les mots ont un sens\u00a0\u00bb<\/em>, claironne Rim me rappelant les directives de la direction. <\/p>\n<p>En trois ann\u00e9es, elle et les autres en ont appris sur le <em>Capital<\/em> de Marx plus que bien des \u00e9conomistes. La premi\u00e8re Internationale, dont on f\u00eatera le si\u00e8cle et demi cette ann\u00e9e avait d\u2019ailleurs inscrit dans sa constitution l\u2019autogestion ouvri\u00e8re. <em>\u00ab\u00a0Avant<\/em>, me dit Christophe,<em> j\u2019alignais pas un mot, maintenant je peux parler devant n\u2019importe quelle t\u00e9l\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb <\/em> La reprise en main de leur outil de travail, les proc\u00e8s, les ventes militantes, toutes ces ann\u00e9es les ont form\u00e9s \u00e0 une militance active et souveraine. Passant devant la salle de contr\u00f4le qualit\u00e9, Rim raconte son passage comme laborantine\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Au d\u00e9but je ne me rendais pas compte que c\u2019\u00e9tait chimique.\u00a0\u00bb<\/em> Elle \u00e9tait charg\u00e9e de go\u00fbter la production r\u00e9alis\u00e9e avec des extraits synth\u00e9tiques. Quant au labeur, pour elle qui avait commenc\u00e9 aux palettes, puis qui \u00e9tait pass\u00e9 comme op\u00e9ratrice de machine\u00a0: <em>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait plus valorisant et plus vari\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong><em>\u00ab Les experts, c\u2019est nous \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Sur les lignes, c\u2019est vivant\u00a0\u00bb<\/em>, continue Rim. Des lignes de centaines de m\u00e8tres qui serpentent dans l\u2019usine sans que l\u2019on comprenne o\u00f9 commence ni o\u00f9 s\u2019ach\u00e8ve cet enchev\u00eatrement de rouleaux et d\u2019arbres \u00e0 cames. Des \u00e9tiquettes et des bo\u00eetes \u00c9l\u00e9phant avec des parfums menthe, caramel et fruits des bois. C\u2019est ce qu\u2019on appelle du thermoformage. <em>\u00ab\u00a0Une C2000 fait pour nous des sachets carr\u00e9s, tout est huil\u00e9, et elle produit 45.000 \u00e0 60.000 boites\u00a0\u00bb<\/em> toutes les neuf heures. Depuis la fermeture de l\u2019usine, tout est rest\u00e9 en l\u2019\u00e9tat, propre. \u00c0 croire que tout va red\u00e9marrer dans l\u2019instant. Les m\u00e9canos veillent au grain. Christophe, venu du Havre avec cinquante-trois autres en 1998, raconte : <em>\u00ab\u00a0Ils imposaient un bilan de comp\u00e9tences aux techniciens pour qu\u2019on soit tous polyvalents, op\u00e9rationnels sur toute machine.\u00a0\u00bb<\/em> Un rythme d\u00e9mentiel s\u2018installe\u00a0: <em>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait de la folie, on faisait n\u2019importe quoi.\u00a0\u00bb <\/em> <\/p>\n<p>Une acc\u00e9l\u00e9ration des cadences qui n&#8217;a tromp\u00e9 personne\u00a0: <em>\u00ab\u00a0LLovera est venu fermer l\u2019usine.\u00a0\u00bb<\/em> Je ne suis pas l\u00e0 pour faire du social, avait-il annonc\u00e9. <em>\u00ab\u00a0Dire \u00e0 quelqu\u2019un qui a trente cinq ans de boite qu\u2019il n\u2019est plus capable&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019\u00e9trangle Christophe. Un management offensif s\u2019installe. Une riposte syndicale men\u00e9e par la CGT y r\u00e9pond. <em>\u00ab\u00a0Les experts, c\u2019est nous\u00a0\u00bb,<\/em> clame Rim devant l\u2019annonce du premier PSE. Des plans qui se succ\u00e8dent mais qui ne tiennent pas. Tous sont rejet\u00e9s en justice. Les indemnit\u00e9s de 36.000 euros ne calment personne. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est une goutte d\u2019eau par apport \u00e0 ce que Unilever a gaspill\u00e9 simplement pour la fermeture, en frais, gardiennage,\u2026\u00a0\u00bb<\/em> Une goutte d\u2019eau qui fit d\u00e9border la rage.<\/p>\n<p>Quatre-vingt salari\u00e9s r\u00e9fl\u00e9chissent au <a href=\"7062\">montage d\u2019une Scop<\/a> pour refaire de la tisane de Provence et du th\u00e9, cette fois biologique et local. On peut regretter r\u00e9trospectivement que la jonction avec les biscuits bruns \u2013 qui de 1944 \u00e0 1947 ont \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9s \u00e0 Saint Martin d\u2019H\u00e8res par un comit\u00e9 de gestion \u2013 ne soit plus possible&#8230; Produire, vendre, se payer, comme \u00e0 LIP en 1973, alors qu\u2019avant <em>\u00ab\u00a0On travaillait quatre mois pour nous, et le reste c\u2019\u00e9tait pour les actionnaires.\u00a0\u00bb<\/em> <em>\u00ab\u00a0On a v\u00e9cu sept mois sans salaire\u00a0\u00bb<\/em>, continue Christophe, qui aime son boulot. <em>\u00ab\u00a0Nous c\u2019est pas pour le fric, c\u2019est pour sauvegarder l\u2019emploi.\u00a0\u00bb<\/em> Aux Prud\u2019hommes, ils ont refus\u00e9 les 90.000 euros propos\u00e9s pour la mort de la bo\u00eete. Rim encha\u00eene : <em>\u00ab\u00a0Le nouveau patronat c\u2019est d\u00e9shumain\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est mettre \u00e0 bas Unilever et remonter leur usine avec une production locale. Une autogestion mordante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;usine des Fralib \u00e0 G\u00e9menos a accueilli les premi\u00e8res rencontres europ\u00e9ennes de &#8220;L\u2019\u00e9conomie des travailleurs&#8221;. 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