{"id":7439,"date":"2014-02-03T14:56:54","date_gmt":"2014-02-03T13:56:54","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sortir-de-l-euro-pierre-khalfa7439\/"},"modified":"2023-06-23T23:16:29","modified_gmt":"2023-06-23T21:16:29","slug":"sortir-de-l-euro-pierre-khalfa7439","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7439","title":{"rendered":"Sortir de l&#8217;euro ? Pierre Khalfa r\u00e9pond \u00e0 Marianne"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 propos d\u2019un dossier de <em>Marianne<\/em> sur la sortie de l\u2019euro. Par Pierre Khalfa, copr\u00e9sident de la <a href=\"http:\/\/www.fondation-copernic.org\/\">Fondation Copernic<\/a>.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Sortir de l\u2019euro\u00a0? Le d\u00e9bat interdit\u00a0\u00bb<\/em> titre <a href=\"http:\/\/www.marianne.net\/Sortir-de-l-euro-Le-debat-interdit-est-ouvert_a235455.html\"><em>Marianne<\/em><\/a> (N\u00b0 876, du 31 janvier au 6 f\u00e9vrier). On pourrait ironiser en faisant remarquer que ce soi-disant d\u00e9bat interdit fait r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019objet d\u2019\u00e9changes argument\u00e9s dans un certain nombre d\u2019organes de presse, que ce soit \u00e0 droite ou \u00e0 gauche, que cette perspective est \u00e9voqu\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement par certains responsables politiques et qu\u2019en pages int\u00e9rieures <em>Marianne<\/em> reconna\u00eet que <em>\u00ab\u00a0dans tous les minist\u00e8res des Finances de la zone, comme dans tous les services de recherche et de gestion des risques des grands \u00e9tablissements financiers, tout le monde planche l\u00e0-dessus\u00a0\u00bb<\/em>. Pour un d\u00e9bat interdit\u2026 On pourrait aussi faire remarquer que <em>Marianne<\/em> \u00ab\u00a0oublie\u00a0\u00bb de donner la parole \u00e0 une position, celle pour qui la mise en place de la monnaie unique n\u2019est qu\u2019un des aspects d\u2019un probl\u00e8me plus vaste, l\u2019imposition en Europe par tous les gouvernements de politiques n\u00e9olib\u00e9rales men\u00e9es au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9.<\/p>\n<h2>Sommaire<\/h2>\n<p>\u2022 <a href=\"#1\"> <strong>L&#8217;Interview d&#8217;E.Todd, d\u00e9cryptage<\/strong><\/a><br \/>\n\u2022 <a href=\"#2\"> <strong>D\u00e9valuer n&#8217;est pas jouer<\/strong><\/a><br \/>\n\u2022 <a href=\"#3\"> <strong>Et la dette dans tout \u00e7a ?<\/strong><\/a><br \/>\n\u2022 <a href=\"#4\"> <strong>Pour un bras de fer !<\/strong><\/a><\/p>\n<p><a name=\"1\" id=\"1\"><\/a><\/p>\n<h2>L&#8217;Interview d&#8217;E.Todd, d\u00e9cryptage<\/h2>\n<p>Dans ce dossier, l\u2019interview d\u2019Emmanuel Todd m\u00e9rite que l\u2019on s\u2019y arr\u00eate. On pourrait l\u00e0 aussi ironiser sur ses propos sondant l\u2019inconscient de Fran\u00e7ois Hollande <em>\u00ab\u00a0son inconscient sait, il a peur\u00a0\u00bb<\/em>. C\u2019est le m\u00eame Todd, partisan du <em>\u00ab\u00a0hollandisme r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb<\/em> qui, pendant la campagne \u00e9lectorale de 2012, soutenait Fran\u00e7ois Hollande et pr\u00e9voyait qu\u2019il serait forc\u00e9 par la crise de prendre des mesures anti-lib\u00e9rales\u2026 <\/p>\n<p>Dans son interview, Todd traite le Parlement europ\u00e9en de <em>\u00ab\u00a0parlement bidon\u00a0\u00bb<\/em>. Pourtant, la comparaison entre le Parlement europ\u00e9en et le Parlement fran\u00e7ais ne tourne pas n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019avantage de ce dernier. Ni l\u2019un ni l\u2019autre ne sont \u00e0 l\u2019initiative des lois et dans le cas fran\u00e7ais, l\u2019utilisation d\u2019une niche parlementaire pour pr\u00e9senter une proposition de loi n\u2019a de chance d\u2019aboutir qu\u2019avec l\u2019accord du gouvernement. Cependant, avec l\u2019instauration de la cod\u00e9cision dans de nombreux domaines, le Parlement europ\u00e9en peut bloquer une directive en cas de d\u00e9saccord avec le Conseil, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019amendements et d\u2019allers-retours avec le Conseil, ce qui est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 \u00e0 certaines reprises. Par contre, si le Parlement fran\u00e7ais peut th\u00e9oriquement bloquer un projet de loi du gouvernement, il en est tout autrement dans la pratique, les parlementaires de la majorit\u00e9 \u00e9tant soumis \u00e0 une logique institutionnelle qui les rend, <em>in fine<\/em>, solidaires du gouvernement. Comme tous les anti-europ\u00e9ens, Todd refuse de reconna\u00eetre que c\u2019est parce que la d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 vid\u00e9e de son contenu au niveau national qu\u2019elle est quasi-inexistante au niveau europ\u00e9en. Ainsi, si la construction europ\u00e9enne a vu l\u2019\u00e9mergence d\u2019institutions supranationales, ce sont bien les \u00c9tats nationaux qui ont d\u00e9cid\u00e9, en bout de course, de ses orientations. Que ce soit dans le cadre des Conseils des ministres, du Conseil europ\u00e9en ou des Conf\u00e9rences intergouvernementales (CIG), les \u00c9tats ont gard\u00e9 la haute main sur la construction europ\u00e9enne. Loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur pouvoir, ils ont domin\u00e9 la sc\u00e8ne europ\u00e9enne\u2026 mais discr\u00e8tement, depuis les coulisses\u00a0! L\u2019histoire de la construction europ\u00e9enne a ainsi \u00e9t\u00e9 celle des grandes man\u0153uvres des \u00c9tats, celle de la diplomatie secr\u00e8te, seulement troubl\u00e9e par les discussions avec la Commission. Ce mode de construction de l\u2019Union a abouti au r\u00e9sultat que nous connaissons\u00a0: une Europe antid\u00e9mocratique et n\u00e9olib\u00e9rale.<\/p>\n<p>Todd indique qu\u2019une sortie de l\u2019euro entra\u00eenerait <em>\u00ab\u00a0une r\u00e9volution sociale, le nettoyage d\u2019\u00e9lites mal form\u00e9es, vieillissantes, archa\u00efques, quelque chose de comparable \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 en 1945\u00a0\u00bb<\/em>. Si sa caract\u00e9risation des \u00ab\u00a0\u00e9lites\u00a0\u00bb actuelles a probablement une part de v\u00e9rit\u00e9, il y manque cependant un trait essentiel, celui d\u2019\u00eatre domin\u00e9es par l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale de la comp\u00e9titivit\u00e9. On peut de ce fait douter que la sortie de l\u2019euro entraine la r\u00e9volution sociale annonc\u00e9e, car \u00e0 moins que celle-ci ne pr\u00e9c\u00e8de celle-l\u00e0, la sortie de l\u2019euro sera effectu\u00e9e par ces \u00e9lites et on ne voit pas vraiment pourquoi elles se feraient harakiri.<\/p>\n<p><a name=\"2\" id=\"2\"><\/a><\/p>\n<h2>D\u00e9valuer n&#8217;est pas jouer<\/h2>\n<p>Au-del\u00e0 de cette interview un peu caricaturale, un argument revient en boucle dans les propos des partisans de la sortie de l\u2019euro. Le retour \u00e0 la monnaie nationale permettrait par la d\u00e9valuation de r\u00e9tablir la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise. En d\u00e9valuant, les produits fran\u00e7ais seraient ainsi plus comp\u00e9titifs \u00e0 l\u2019exportation. Cette analyse repose sur la th\u00e8se que le probl\u00e8me central de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise rel\u00e8ve de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix. Les produits fran\u00e7ais seraient trop chers. Outre que cette analyse est exactement celle du Medef qui pr\u00f4ne une baisse du co\u00fbt salarial, elle contredit tous les rapports un peu s\u00e9rieux sur la comp\u00e9titivit\u00e9 fran\u00e7aise, qui indiquent au contraire que le probl\u00e8me fondamental de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise est la comp\u00e9titivit\u00e9-hors-prix, c\u2019est-\u00e0-dire un manque criant d\u2019innovation, une inad\u00e9quation \u00e0 la demande, un tissu industriel d\u00e9sarticul\u00e9 domin\u00e9 par des grands groupes pressurant leurs sous-traitants. Dans cette situation, une d\u00e9valuation serait une mesure assez peu ad\u00e9quate car, contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirme le banquier d\u2019affaires Phillipe Villin dans son interview, les constructeurs allemands de voitures ne vendent pas que du haut de gamme en France, et \u00e0 mod\u00e8le \u00e9quivalent, les voitures allemandes sont aujourd\u2019hui plus ch\u00e8res que les fran\u00e7aises\u00a0: Peugeot ne serait donc pas sauv\u00e9.<\/p>\n<p>Une d\u00e9valuation mon\u00e9taire nous prot\u00e8gerait-elle d\u2019une d\u00e9valuation interne op\u00e9r\u00e9e par la baisse de la masse salariale\u00a0? \u00c9videmment non, car il faudrait alors lutter pour <em>\u00ab\u00a0d\u00e9fendre nos exportations\u00a0\u00bb<\/em> et historiquement les d\u00e9valuations se sont toujours accompagn\u00e9es de politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs ce que le m\u00eame Philippe Villin avoue au d\u00e9tour d\u2019une phrase en indiquant que suite \u00e0 la d\u00e9valuation de la monnaie, <em>\u00ab\u00a0nous serions sauv\u00e9s, \u00e0 condition aussi d\u2019entreprendre les r\u00e9formes structurelles qui s\u2019imposent\u00a0\u00bb<\/em>. Dans la novlangue des \u00e9conomistes lib\u00e9raux, l\u2019expression \u00ab\u00a0r\u00e9formes structurelles\u00a0\u00bb signifie baisse du co\u00fbt du travail, coupes dans les d\u00e9penses publiques et remise en cause de la protection sociale. <\/p>\n<p>Mais comme tous les pays sont aujourd\u2019hui lanc\u00e9s dans une course \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9, les mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 sont les m\u00eames partout. Dans une Europe \u00e9conomiquement int\u00e9gr\u00e9e o\u00f9 les fournisseurs des uns sont les clients des autres, une telle orientation se traduit  par un jeu \u00e0 somme nulle et est porteuse d\u2019une logique r\u00e9cessive qui aggrave encore les difficult\u00e9s des entreprises.<\/p>\n<p>Les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 continueraient donc, ce d\u2019autant plus que la d\u00e9valuation serait porteuse d\u2019inflation d\u00e9coulant de la hausse des prix des produits import\u00e9s. D\u00e9fenseur de la sortie de l\u2019euro, Jean-Marc Daniel, \u00e9conomiste expert \u00e0 l\u2019Institut de l\u2019entreprise est bien oblig\u00e9 d\u2019admettre dans son interview que <em>\u00ab\u00a0l\u2019inflation grignoterait nos avantages comp\u00e9titifs et la facture p\u00e9troli\u00e8re exploserait dans des proportions qui feraient passer l\u2019\u00e9cotaxe que d\u00e9noncent les bonnets rouges pour une anodine ponction\u00a0\u00bb<\/em>. Refusant d\u2019ailleurs de restaurer un contr\u00f4le des changes, mesure qu\u2019il consid\u00e8re impopulaire, il n\u2019\u00e9voque curieusement ni les fuites de capitaux in\u00e9vitables en cas de d\u00e9valuation, ni la possibilit\u00e9 d\u2019attaques sp\u00e9culative contre la monnaie.<\/p>\n<p>Mais l\u2019essentiel n\u2019est pas l\u00e0. Une strat\u00e9gie de d\u00e9valuation comp\u00e9titive, qui vise \u00e0 gagner des parts de march\u00e9 contre les autres pays, engendrera une spirale de politiques \u00e9conomiques non coop\u00e9ratives. Loin d\u2019induire plus de solidarit\u00e9 entre les peuples, une telle strat\u00e9gie se traduirait par encore plus de concurrence, de dumping social et fiscal avec pour cons\u00e9quence une aggravation des tensions x\u00e9nophobes et nationalistes dans une situation o\u00f9, partout en Europe, l\u2019extr\u00eame droite a le vent en poupe. La sortie de l\u2019euro s\u2019av\u00e8re un mirage dangereux et ne peut \u00eatre un projet progressiste. D\u2019ailleurs l\u2019\u00e9conomiste Andr\u00e9 Orl\u00e9an, un des fondateurs du r\u00e9seau des \u00c9conomistes atterr\u00e9s, voit bien le probl\u00e8me puisqu\u2019il note dans son interview que <em>\u00ab\u00a0la sortie de l\u2019euro n\u2019est pas (\u2026) une fin en soi (\u2026) elle devrait imp\u00e9rativement se tourner vers nos partenaires pour les convaincre de repenser en commun le cadre de notre coop\u00e9ration\u00a0\u00bb<\/em>. Mais comment alors plaider pour une nouvelle coop\u00e9ration, alors que les d\u00e9fenseurs d\u2019une sortie de l\u2019euro reconnaissent que celle-ci serait non coop\u00e9rative.<\/p>\n<p>Orl\u00e9an note que <em>\u00ab\u00a0les soci\u00e9t\u00e9s du CAC 40 ont vers\u00e9 pour 43 milliards d\u2019euros \u00e0 leurs actionnaires sous formes de dividendes et de rachat d\u2019actions. Ce montant est en hausse de 4\u00a0% par rapport \u00e0 2012\u00a0\u00bb<\/em>. Cette situation n\u2019a aucun rapport avec l\u2019euro et une sortie de la monnaie unique n\u2019y changerait rien. La question centrale, que les partisans de la sortie de l\u2019euro laissent le plus souvent de c\u00f4t\u00e9, est celle de la domination du capitalisme actionnarial. Euro ou pas, sans s\u2019y attaquer, rien ne changera.<\/p>\n<p><a name=\"3\" id=\"3\"><\/a><\/p>\n<h2>Et la dette dans tout \u00e7a ?<\/h2>\n<p>Reste un d\u00e9bat, quelle cons\u00e9quence d\u2019une d\u00e9valuation sur l\u2019encours de la dette\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente, tout le monde, y compris les partisans de la sortie de l\u2019euro, admettait que l\u2019encours de la dette serait augment\u00e9 en proportion de la d\u00e9valuation de la monnaie. Ainsi Jacques Sapir affirmait \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: <em>\u00ab Si on est dans le sc\u00e9nario d\u2019une sortie isol\u00e9e, alors la part de la dette d\u00e9tenue par les non-r\u00e9sidents augmentera. Comme on a 66\u00a0% de la dette d\u00e9tenue par des non-r\u00e9sidents, si le franc d\u00e9value de 20\u00a0%, cela signifie un accroissement de 13,2\u00a0% de la dette publique [[Cit\u00e9 par <em>Lib\u00e9ration<\/em> du 16 janvier 2014.]].\u00bb<\/em> Les partisans de la sortie de l\u2019euro arguent aujourd\u2019hui du fait que l\u2019essentiel de la dette publique fran\u00e7aise ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9mise sous contrat de droit fran\u00e7ais, elle serait relibell\u00e9e dans la monnaie nationale, par cons\u00e9quent sans aucun effet \u00e0 la suite d\u2019une d\u00e9valuation. Un terme savant, repris par <em>Marianne<\/em>, est cens\u00e9 justifier ce point de vue : <em>lex monetae<\/em>.  <\/p>\n<p>Cette analyse p\u00eache par plusieurs points. L\u2019\u00e9mission de la dette sous droit fran\u00e7ais garantit qu\u2019en cas de conflit entre l\u2019\u00c9tat et ses cr\u00e9anciers, ce conflit serait r\u00e9gl\u00e9 devant les tribunaux fran\u00e7ais, ce qui d\u2019ailleurs ne garantit aucunement que l\u2019\u00c9tat l\u2019emporte. Il y a ensuite deux cas de figures possibles. Si la zone euro \u00e9clate et que l\u2019euro dispara\u00eet, les \u00c9tats devront passer entre eux une convention indiquant les taux de conversion entre l\u2019euro et les nouvelles monnaies, les contrats en euros \u00e9tant alors libell\u00e9s dans les nouvelles monnaies aux taux de conversion n\u00e9goci\u00e9s. Nul doute que les cr\u00e9anciers seront repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la table de n\u00e9gociation et d\u00e9fendront fermement leurs int\u00e9r\u00eats avec menace \u00e0 l\u2019appui. Si l\u2019euro continue \u00e0 exister comme monnaie, on ne voit pas pourquoi les cr\u00e9anciers, en particulier les non r\u00e9sidents, accepteraient qu\u2019une dette libell\u00e9e en euros le soit en une monnaie moins forte. Soit alors un accord est trouv\u00e9 \u00e0 travers l\u2019activation de clauses d\u2019action collectives, soit le gouvernement fran\u00e7ais passe en force. Dans les deux situations, il s\u2019agit d\u2019une annulation partielle de la dette. Ce qui est certes toujours possible, que ce soit avec une monnaie unique ou sans, \u00e0 condition d\u2019avoir la volont\u00e9 politique de s\u2019affronter aux march\u00e9s financiers.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une question juridique, contrairement \u00e0 ce que pensent maintenant les partisans de la sortie de l\u2019euro. En cas de disparition de l\u2019euro, il faudra tenir bon \u00e0 la table des n\u00e9gociations et trouver des alli\u00e9s, ce qui suppose des compromis et donc la prise en compte des int\u00e9r\u00eats des cr\u00e9anciers. En cas de maintien de l\u2019euro et en supposant m\u00eame que les tribunaux fran\u00e7ais donnent raison \u00e0 l\u2019\u00c9tat, ce qui n\u2019est aucunement acquis, les cr\u00e9anciers pourraient alors saisir d\u2019autres juridictions (Londres ou New York par exemple) pour essayer de faire condamner la France. Il faudra alors refuser d\u2019appliquer des d\u00e9cisions juridiques, ce qui suppose un bras de fer avec les institutions internationales et les march\u00e9s financiers. Bref, l\u2019application de la lex monetae, soi-disant nouveau s\u00e9same pour une sortie tranquille de l\u2019euro, risque d\u2019\u00eatre plus compliqu\u00e9e que pr\u00e9vue.<\/p>\n<p><a name=\"4\" id=\"4\"><\/a><\/p>\n<h2>Pour un bras de fer !<\/h2>\n<p>Alors que faire [[Voir\u00a0: Thomas Coutrot, Pierre Khalfa, <em>Crise de l&#8217;euro\u00a0: sortir du carcan<\/em>, dans <em>Nous d\u00e9sob\u00e9irons aussi sous la gauche\u00a0!<\/em>, sous la direction de Paul Ari\u00e8s et Ren\u00e9 Balme, Editions Golias, septembre 2012\u00a0; Fondation Copernic, <em>Changer vraiment\u00a0!<\/em>, Editions Syllepse, juin 2012\u00a0; Pierre Khalfa, Catherine Samary,<em> La monnaie, l\u2019euro, ne pas se tromper de d\u00e9bat<\/em>, janvier 2011\u00a0; Michel Husson, <em>Quelles r\u00e9ponses progressistes\u00a0?<\/em>, Les Temps Nouveaux, automne 2010\u00a0; Jean-Marie Harribey, <em>Sortir de quoi\u00a0?<\/em>, avril 2011, http:\/\/harribey.u-bordeaux4.fr\/travaux\/europe\/debat-sortiedeleuro.pdf ; Daniel Albarrac\u00edn, Nacho \u00c1lvarez, Bibiana Medialdea (Espagne), Francisco Lou\u00e7\u00e3, Mariana Mortagua (Portugal), Stavros Tombazos (Chypre), Giorgos Galanis, \u00d6zlem Onaran (Grande Bretagne), Michel Husson (France), <em>Que faire de la dette et de l\u2019euro ?, Un manifeste<\/em> http:\/\/tinyurl.com\/euro13.]]\u00a0? Serions-nous condamn\u00e9s soit \u00e0 l\u2019impuissance en acceptant la situation actuelle, soit \u00e0 nous lancer dans une aventure \u00e0 haut risque avec une sortie de l\u2019euro\u00a0? Il existe pourtant une troisi\u00e8me voie pour les peuples europ\u00e9ens. Elle passe par un affrontement avec les institutions europ\u00e9ennes et les march\u00e9s financiers. Aucun changement substantiel n\u2019aura lieu sans ouvrir une crise majeure en Europe et sans s\u2019appuyer sur les mobilisations populaires. Un gouvernement de gauche devrait expliquer qu\u2019il est attach\u00e9 \u00e0 la construction europ\u00e9enne, mais qu\u2019il refuse au nom de celle-ci que les droits sociaux soient d\u00e9truits et les populations paup\u00e9ris\u00e9es. <\/p>\n<p>Il devrait tenir le discours suivant\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L&#8217;euro est notre monnaie. Mais les trait\u00e9s l&#8217;ont plac\u00e9e sous la domination de la finance. La BCE finance les banques priv\u00e9es \u00e0 taux quasi nul et celles-ci pr\u00eatent ensuite aux \u00c9tats \u00e0 des taux exorbitants. Nous ne voulons plus \u00eatre soumis aux march\u00e9s financiers. Nous voulons faire fonctionner l\u2019euro au service des besoins sociaux et \u00e9cologiques. Nous voulons placer nos banques sous contr\u00f4le citoyen pour qu\u2019elles servent les vrais besoins de la soci\u00e9t\u00e9 et non l\u2019avidit\u00e9 de leurs actionnaires. Nous, gouvernement de ce pays, commen\u00e7ons \u00e0 le faire chez nous. Nous invitons les mouvements sociaux et les peuples europ\u00e9ens \u00e0 faire de m\u00eame partout, pour nous r\u00e9approprier ensemble notre monnaie et refonder l\u2019Union europ\u00e9enne sur d&#8217;autres bases \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le gouvernement en question prendrait alors un certain nombre de mesures unilat\u00e9rales en expliquant qu\u2019elles ont vocation \u00e0 \u00eatre \u00e9tendues \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne. Il s\u2019agit de mesures unilat\u00e9rales coop\u00e9ratives, en ce sens qu\u2019elles ne sont dirig\u00e9es contre aucun pays, contrairement aux d\u00e9valuations comp\u00e9titives, mais contre une logique \u00e9conomique et politique et que, plus le nombre de pays les adoptant est important, plus leur efficacit\u00e9 grandit. C\u2019est donc au nom d\u2019une autre conception de l\u2019Europe qu\u2019un gouvernement de gauche devrait mettre en \u0153uvre des mesures qui rompent avec la construction actuelle de l\u2019Europe. Ainsi, par exemple, un gouvernement de gauche pourrait enjoindre sa banque centrale de financer les d\u00e9ficits publics par de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire. Cela pourrait d\u2019ailleurs se faire indirectement sans m\u00eame violer formellement les trait\u00e9s europ\u00e9ens en utilisant comme interm\u00e9diaire un \u00e9tablissement public de cr\u00e9dit comme par exemple en France la Caisse des d\u00e9p\u00f4ts [[Il s\u2019agit d\u2019utiliser les possibilit\u00e9s offertes par l\u2019article 123-2 du Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union europ\u00e9enne.]]. Fondamentalement, il s\u2019agit d\u2019engager un processus de d\u00e9sob\u00e9issance aux trait\u00e9s et par l\u00e0 m\u00eame, un bras de fer avec les institutions europ\u00e9ennes. <\/p>\n<p>Une telle attitude montrerait concr\u00e8tement qu\u2019il existe des alternatives aux politiques n\u00e9olib\u00e9rales. Elle mettrait les gouvernements europ\u00e9ens au pied du mur et les confronterait \u00e0 leur opinion publique. Elle serait un encouragement pour les peuples \u00e0 se mobiliser. Un discours r\u00e9solument pro-europ\u00e9en, tourn\u00e9 vers la d\u00e9mocratie, la justice sociale et environnementale, trouverait un \u00e9cho consid\u00e9rable aupr\u00e8s des autres peuples europ\u00e9ens et des mouvements sociaux. Les dirigeants europ\u00e9ens tenteront certes de mettre en \u0153uvre des repr\u00e9sailles. On menacera le peuple d\u00e9sob\u00e9issant d&#8217;un boycott \u00e9conomique total \u2013 une menace plus cr\u00e9dible d\u2019ailleurs contre les petits pays que contre les plus grands, en particulier la France.<\/p>\n<p>L\u2019issue de ce bras de fer n\u2019est pas donn\u00e9e d\u2019avance. Une exclusion forc\u00e9e du pays rebelle,\u00a0m\u00eame si le Trait\u00e9 de Lisbonne ne pr\u00e9voit aucune possibilit\u00e9 d&#8217;exclure un pays de la zone euro,\u00a0serait-elle possible comme la Gr\u00e8ce en avait \u00e9t\u00e9 menac\u00e9e en cas de victoire \u00e9lectorale de la gauche radicale Siryza\u00a0? Un effet domino progressiste pourrait-il gagner d&#8217;autres pays qui scissionneraient et pourraient instaurer un euro-bis, avec des innovations fiscales et budg\u00e9taires, solidaires et \u00e9cologiques, qui le rendraient viable ? Y aura-t-il un basculement de la zone euro par une refonte des trait\u00e9s\u00a0? Tout d\u00e9pendra des rapports de forces construits qui pourront \u00eatre construits \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne. La d\u00e9sob\u00e9issance europ\u00e9enne, en commen\u00e7ant si n\u00e9cessaire dans un pays, peut \u00eatre con\u00e7ue et popularis\u00e9e, non comme l\u2019amorce d\u2019un \u00e9clatement des solidarit\u00e9s europ\u00e9ennes, mais au contraire comme un outil pour acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019\u00e9mergence d\u2019une communaut\u00e9 politique europ\u00e9enne, un embryon de \u00ab\u00a0peuple europ\u00e9en\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La divergence avec les partisans de la sortie de l\u2019euro porte sur deux points\u00a0: d\u2019une part, il n\u2019est pas possible, d\u2019un point de vue progressiste, de promouvoir une strat\u00e9gie, la d\u00e9valuation comp\u00e9titive, qui accro\u00eet la concurrence entre les peuples et les \u00c9tats\u00a0; d\u2019autre part, si l\u2019on ne peut exclure, dans certains cas, une sortie de l\u2019euro, elle serait le r\u00e9sultat de la conjoncture et d\u2019une bataille politique pour une refondation de l\u2019Union europ\u00e9enne et non un projet politique a priori. Ces deux points sont \u00e9videmment li\u00e9s. C\u2019est parce que nous n\u2019avons pas renonc\u00e9 \u00e0 la bataille pour une Europe de la solidarit\u00e9, que nous ne pouvons porter un projet, la sortie de l\u2019euro, qui en est la n\u00e9gation.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7439 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/marianne-20a.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/marianne-20a-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"marianne.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 propos d\u2019un dossier de <em>Marianne<\/em> sur la sortie de l\u2019euro. 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