{"id":7428,"date":"2014-01-28T19:20:02","date_gmt":"2014-01-28T18:20:02","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/14-18-cinq-bd-dans-les-tranchees7428\/"},"modified":"2023-06-23T23:16:27","modified_gmt":"2023-06-23T21:16:27","slug":"14-18-cinq-bd-dans-les-tranchees7428","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7428","title":{"rendered":"14-18 : cinq BD dans les tranch\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En cette ann\u00e9e qui voit d\u00e9j\u00e0 les comm\u00e9morations se multiplier, et au moment o\u00f9 commence le festival d&#8217;Angoul\u00eame, une des meilleures fa\u00e7ons de se figurer la Grande Guerre reste la bande dessin\u00e9e, qu&#8217;elle a particuli\u00e8rement inspir\u00e9e. S\u00e9lection de cinq \u0153uvres majeures, sur le conflit ou \u00e0 ses marges.\n<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/tardi.jpg\" alt=\"tardi.jpg\" align=\"left\" \/><\/p>\n<h2>C&#8217;\u00e9tait la guerre des tranch\u00e9es<\/h2>\n<p><strong>Jacques Tardi<\/strong>, \u00e9d. Casterman, 17\u20ac<\/p>\n<p>La Premi\u00e8re guerre mondiale est vraiment le sujet de pr\u00e9dilection de Jacques Tardi. Il l&#8217;aborde dans plusieurs livres, d&#8217;<em>Adieu Brindavoine<\/em> en 1974 \u00e0 <em>Putain de guerre<\/em> clos en 2009, en passant par <em>Varlot Soldat<\/em> ou diverses publications d&#8217;illustrations. Mais c&#8217;est dans <em>C&#8217;\u00e9tait la guerre des tranch\u00e9es<\/em> qu&#8217;il donne le plus \u00e0 voir l&#8217;atrocit\u00e9 de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement, choisissant une poign\u00e9e des destins funestes de 1914 \u00e0 1918, parmi les dix millions de victimes de cette boucherie. Des hommes \u00e9cras\u00e9s par la peur panique, celle d&#8217;avancer vers une mort certaine, celle d&#8217;attendre l&#8217;obus promis qui va vous d\u00e9chiqueter ou vous ensevelir, celle de ne pouvoir reculer sous peine d&#8217;\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 par son propre \u00e9tat-major. Le dessin de Tardi montre tout cela. L&#8217;angoisse, les visc\u00e8res, la puanteur, les rats, la boue, la bassesse des r\u00e9actions, la mort omnipr\u00e9sente. L&#8217;horreur qui rend fou. Le caract\u00e8re tragique de la destin\u00e9e humaine. On est proche du C\u00e9line de <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>, avec une vision pas moins d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, aux antipodes de l\u2019envol\u00e9e h\u00e9ro\u00efque des comm\u00e9morations, des soldats patriotiques \u00e0 la pose glorieuse ornant les monuments aux morts de tout village de France. Si les vrais soldats avaient \u00e9t\u00e9 en acier, ils auraient eu moins de crainte de se faire mettre en morceaux par toutes ces trouvailles de l&#8217;industrie triomphante. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-19713\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/david-b-7e5.jpg\" alt=\"david-b.jpg\" align=\"left\" width=\"180\" height=\"257\" \/><\/p>\n<h2>La lecture des ruines<\/h2>\n<p><strong>David B<\/strong>, \u00e9d. Aire Libre, 14,50\u20ac<\/p>\n<p><img5793|left>Ce qui passionne David B plus que tout est la mise en place d&#8217;un imaginaire l\u00e9gendaire confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Il utilise ce proc\u00e9d\u00e9 dans son chef-d&#8217;\u0153uvre autobiographique <em>L&#8217;ascension du Haut Mal<\/em> ou dans <em>Les meilleurs ennemis<\/em>, une histoire des relations entre les \u00c9tats-Unis et le Proche-Orient, ainsi que dans cette bande dessin\u00e9e ancr\u00e9e dans la guerre 14-18. La mort, la mutilation, la boue sont l\u00e0, ainsi que des personnages symboliques (truands, fille de truand, agent secret&#8230; on sent fleurir l\u2019amour), en qu\u00eate de celui autour duquel tout tourne: une sorte de voyant rimbaldien qui se plonge dans la recherche chim\u00e9rique d&#8217;un alphabet de la guerre pr\u00e9sent dans les objets, les d\u00e9combres, et permettant d&#8217;en percevoir le message cach\u00e9. Car il faut qu\u2019il y ait un sens \u00e0 toute cette absurdit\u00e9 macabre.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/gueule-damour.jpg\" alt=\"gueule-damour.jpg\" align=\"left\" \/><\/p>\n<h2>Gueule d&#8217;amour<\/h2>\n<p><strong>Delphine Priet-Mah\u00e9o et Aur\u00e9lien Ducoudray<\/strong>, \u00e9d. La bo\u00eete \u00e0 bulles, 19\u20ac<\/p>\n<p>La bande dessin\u00e9e commence \u00e0 la fin de la guerre, lorsque les gueules cass\u00e9es retrouvent la vie civile. Apr\u00e8s des mois pass\u00e9s dans l&#8217;univers clos des h\u00f4pitaux \u00e0 subir les exp\u00e9rimentations d&#8217;une chirurgie approximative, les hommes d\u00e9figur\u00e9s au front r\u00e9int\u00e8grent la soci\u00e9t\u00e9, se retrouvant face au regard effray\u00e9 des autres, \u00e0 la r\u00e9pulsion de leurs proches, au d\u00e9go\u00fbt d&#8217;eux-m\u00eames. \u00c9videmment, \u00e7a se passe plut\u00f4t mal. Le personnage du livre rencontre Sembene, un noir bal\u00e8ze aux dents ac\u00e9r\u00e9es et \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie vitale communicative qui le prend sous son aile pour une d\u00e9ambulation dans les marges, l\u00e0 ou la notion de normalit\u00e9 s&#8217;estompe largement. Ils bougent, rencontrent le monde, s&#8217;indignent, fuient, d\u00e9sirent. Ils sont vivants, ils sont revenus de l&#8217;enfer.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-19714\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/fritz-haber-9c6.jpg\" alt=\"fritz-haber.jpg\" align=\"left\" width=\"180\" height=\"235\" \/><\/p>\n<h2>Fritz Haber<\/h2>\n<p><strong>David Vandermeulen<\/strong>, \u00e9d. Delcourt, 17,95\u20ac<\/p>\n<p>Cette s\u00e9rie, dont trois volumes sont d\u00e9j\u00e0 parus, raconte la vie de Fritz Haber, Juif allemand du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Brillant chimiste, sa carri\u00e8re est tr\u00e8s largement ralentie par l&#8217;antis\u00e9mitisme r\u00e9gnant sur l&#8217;Europe. Il y met pourtant du sien : pr\u00eat \u00e0 toutes les concessions, il renie son histoire et change de nom, mais rien n&#8217;y fait. \u00c0 l&#8217;heure o\u00f9 l&#8217;id\u00e9e du sionisme voit le jour, o\u00f9 chacun s&#8217;implique, o\u00f9 la guerre devient in\u00e9luctable, lui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment l&#8217;int\u00e9gration au travers d&#8217;un nationalisme allemand qui le pousse \u00e0 porter ses recherches, le conflit venu, vers une arme imparable devant apporter la victoire. Il invente donc la guerre chimique, le gaz moutarde. Tout en continuant \u00e0 discourir avec Albert Einstein, pourtant invariablement pacifiste. Mais on voit bien que son monde s&#8217;\u00e9croule, et l&#8217;on attend le quatri\u00e8me volume de cette s\u00e9rie formidablement mise en image par Vandermeulen, qui devrait sortir prochainement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-19715\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/mauvais-genre-f8b.jpg\" alt=\"mauvais-genre.jpg\" align=\"left\" width=\"180\" height=\"239\" \/><\/p>\n<h2>Mauvais genre<\/h2>\n<p><strong>Chlo\u00e9 Cruchaudet<\/strong>, \u00e9d. Delcourt, 18,95\u20ac<\/p>\n<p>Paul Grappe, sorte de titi parisien, se marie le jour de son d\u00e9part \u00e0 la guerre. Dans l&#8217;horreur des tranch\u00e9es, accabl\u00e9 par la peur, entour\u00e9 par la mort, il craque et se mutile. Son plan \u00e9choue et il doit \u00eatre remobilis\u00e9. Il d\u00e9serte alors et va se cacher avec sa femme dans un minuscule appartement dont il ne peut sortir sous peine de court martiale. Claustr\u00e9 tout la journ\u00e9e, il trouve la solution de se v\u00eatir des habits de sa compagne pour sortir. C&#8217;est une r\u00e9v\u00e9lation\u00a0: il aime beaucoup \u00e7a et se pr\u00e9cipite dans les nuits interlopes d\u2019un bois vou\u00e9 aux rencontres vari\u00e9es. Lorsque dix ans plus tard les d\u00e9serteurs sont amnisti\u00e9s il est devenu une figure extravagante de la nuit parisienne. Que doit-il faire alors\u00a0? Peut-il abandonner ce qui fait le sel de sa vie, pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui le prot\u00e8ge de son trauma initial\u00a0?<\/p>\n<p><strong>LIRE AUSSI :<\/strong> <a href=\"7408\">\u00ab Centenaire 14-18, la guerre s\u2019expose \u00bb<\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7428 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/fritz-haber-6e5.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/fritz-haber-6e5-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"fritz-haber.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/david-b-f20.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/david-b-f20-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"david-b.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/mauvais-genre-1e9.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/mauvais-genre-1e9-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"mauvais-genre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cette ann\u00e9e qui voit d\u00e9j\u00e0 les comm\u00e9morations se multiplier, et au moment o\u00f9 commence le festival d&#8217;Angoul\u00eame, une des meilleures fa\u00e7ons de se figurer la Grande Guerre reste la bande dessin\u00e9e, qu&#8217;elle a particuli\u00e8rement inspir\u00e9e. 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