{"id":734,"date":"1997-11-01T00:00:00","date_gmt":"1997-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/francophonie734\/"},"modified":"1997-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-10-31T23:00:00","slug":"francophonie734","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=734","title":{"rendered":"Francophonie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Prosp\u00e8re, d\u00e9mocratique, riche, gigantesque et peu peupl\u00e9, le Canada fait r\u00eaver. Si, vu d&#8217;ici, il para\u00eet surtout travaill\u00e9 par la revendication ind\u00e9pendantiste du Qu\u00e9bec, des clivages plus profonds sont davantage invoqu\u00e9s. <\/p>\n<p>Mis \u00e0 part un certain ressentiment historique, \u00e0 la source du mouvement ind\u00e9pendantiste qu\u00e9b\u00e9cois on trouve la difficult\u00e9, (lourdement ressentie depuis l&#8217;origine de la Conf\u00e9d\u00e9ration canadienne), pour la nation qu\u00e9b\u00e9coise d&#8217;\u00eatre reconnue comme soci\u00e9t\u00e9 distincte par ses vis-\u00e0-vis du Canada anglais. Toutes les n\u00e9gociations politiques et constitutionnelles tent\u00e9es par le gouvernement du Qu\u00e9bec avec les autres provinces et le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral ont \u00e9chou\u00e9. D&#8217;o\u00f9 une certaine impatience des Qu\u00e9b\u00e9cois et le r\u00e9sultat du r\u00e9f\u00e9rendum de 1995 sur la souverainet\u00e9, o\u00f9 il ne manqua que 35 000 voix au &#8221; oui &#8221; pour l&#8217;emporter, avec 49,4% des suffrages.<\/p>\n<p>Mais, depuis, dans toutes les provinces, nombreux sont ceux qui pensent que le contentieux entre le Qu\u00e9bec et le Canada pourrait bien provenir avant tout du fait que les Qu\u00e9b\u00e9cois francophones et les Anglo-Canadiens se connaissent tr\u00e8s peu culturellement et socialement. D&#8217;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de dialogues et d&#8217;\u00e9changes afin de d\u00e9couvrir leurs valeurs et pratiques sociales communes (il y en a), sans lesquelles l&#8217;unit\u00e9 canadienne ne peut qu&#8217;\u00eatre une chim\u00e8re. Un changement d&#8217;approche pourrait alors s&#8217;imposer en vue de r\u00e9gler un contentieux aussi complexe et durable, notamment dans l&#8217;expression par les citoyens de leurs pr\u00e9occupations jusqu&#8217;au plan politique.<\/p>\n<p> <strong> Les dangers cach\u00e9s d&#8217;une s\u00e9cession qu\u00e9b\u00e9coise <\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame si les probl\u00e8mes ont une origine ant\u00e9rieure, les r\u00e9sultats de ce r\u00e9f\u00e9rendum ont permis la cristallisation des tensions majeures au Canada. Pour les citoyens des autres provinces les 49,4% du &#8221; oui &#8221; ont fait l&#8217;effet d&#8217;une douche froide, rassur\u00e9s qu&#8217;ils \u00e9taient par les propos du premier ministre, Jean Chr\u00e9tien, sur l&#8217;absence de danger de s\u00e9cession qu\u00e9b\u00e9coise. Leur surprise s&#8217;est rapidement transform\u00e9e en col\u00e8re par rapport au gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. S&#8217;estimant tromp\u00e9s par le premier ministre, ils ont exprim\u00e9 depuis leur frustration de multiples mani\u00e8res. Notamment lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives f\u00e9d\u00e9rales, du 2 juin dernier.<\/p>\n<p>Au Qu\u00e9bec, la situation s&#8217;est rapidement transform\u00e9e en un durcissement des positions, potentiellement explosif. Plusieurs leaders d&#8217;opinion de la communaut\u00e9 anglophone (20% de la population du Qu\u00e9bec et qui a vot\u00e9 &#8221; non &#8221; \u00e0 pr\u00e8s de 99% au r\u00e9f\u00e9rendum), paniqu\u00e9s d&#8217;avoir fr\u00f4l\u00e9 la destruction d&#8217;un Canada auquel ils sont profond\u00e9ment attach\u00e9s, se sont \u00e9vertu\u00e9s \u00e0 mobiliser leur communaut\u00e9 autour d&#8217;un projet de partition du Qu\u00e9bec. Celui-ci consiste \u00e0 dessiner des enclaves f\u00e9d\u00e9ralistes \u00e0 partir des zones ayant majoritairement vot\u00e9 &#8221; non &#8221; au r\u00e9f\u00e9rendum et \u00e0 les d\u00e9cr\u00e9ter, apr\u00e8s un \u00e9ventuel r\u00e9f\u00e9rendum victorieux pour les souverainistes, comme parties int\u00e9grantes et inali\u00e9nables du territoire canadien. La r\u00e9gion de Montr\u00e9al, avec quelques autres situ\u00e9es \u00e0 la fronti\u00e8re de l&#8217;Ontario, serait d\u00e9tach\u00e9e du territoire qu\u00e9b\u00e9cois et consid\u00e9r\u00e9e comme une nouvelle province canadienne. Et les tenants de cette logique, faisant preuve d&#8217;une \u00e9tonnante capacit\u00e9 de mobilisation, ont r\u00e9ussi \u00e0 faire adopter par plusieurs conseils municipaux des r\u00e9solutions affirmant qu&#8217;en cas de s\u00e9cession du Qu\u00e9bec, le territoire des municipalit\u00e9s concern\u00e9es demeurerait une partie du Canada, et non d&#8217;un \u00e9ventuel Qu\u00e9bec souverain. Leur argument est simple mais incisif: si le Qu\u00e9bec peut se s\u00e9parer du Canada, le Qu\u00e9bec lui-m\u00eame peut voir lui aussi son territoire d\u00e9coup\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Quand francophones et anglophones renouent le dialogue <\/strong><\/p>\n<p>Inutile de souligner que cette attitude a provoqu\u00e9 de nombreuses r\u00e9actions au Qu\u00e9bec. Les nationalistes les plus durs se sont crisp\u00e9s sur leurs positions strictement identitaires, face \u00e0 l&#8217;intransigeance des &#8221; partitionnistes &#8220;. Mais l&#8217;analyse de ces ph\u00e9nom\u00e8nes se r\u00e9v\u00e8le complexe. Chez les anglophones eux-m\u00eames, les positions extr\u00e9mistes sont loin d&#8217;\u00eatre majoritaires, bien qu&#8217;elles occupent beaucoup de place sur la sc\u00e8ne m\u00e9diatique. M\u00eame chose pour les Qu\u00e9b\u00e9cois souverainistes, o\u00f9 l&#8217;aile pure et dure est loin de faire l&#8217;unanimit\u00e9. Malgr\u00e9 le retentissement des positions extr\u00e9mistes, nombreux sont les porte-parole f\u00e9d\u00e9ralistes et souverainistes qui appellent \u00e0 l&#8217;apaisement et, surtout, au respect du processus d\u00e9mocratique. Certains leaders d&#8217;opinion, tant anglophones que francophones, ont publiquement appel\u00e9 au dialogue et \u00e0 la recherche de solutions communes aux enjeux qui transcendent la seule question nationale, tels le ch\u00f4mage, l&#8217;\u00e9ducation, l&#8217;environnement, la vie urbaine, etc., des pr\u00e9occupations auxquelles tous sont confront\u00e9s, francophones comme anglophones. Ces rencontres permettraient aux deux communaut\u00e9s de d\u00e9couvrir quelles sont leurs valeurs communes et les projets qu&#8217;ils peuvent faire aboutir ensemble. Ces d\u00e9marches encore en germe d\u00e9montrent qu&#8217;anglophones et francophones, f\u00e9d\u00e9ralistes ou souverainistes, ne forment pas des blocs homog\u00e8nes aux positions inconciliables.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;appui \u00e0 la souverainet\u00e9 du Qu\u00e9bec en chute libre <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;appui \u00e0 la souverainet\u00e9 est d&#8217;ailleurs en chute libre dans les sondages, surtout depuis l&#8217;adh\u00e9sion du gouvernement du Parti qu\u00e9b\u00e9cois (PQ) aux dogmes n\u00e9o-lib\u00e9raux. Une importante proportion du vote pour le &#8221; oui &#8221; au r\u00e9f\u00e9rendum de 1995 adh\u00e9rait au projet souverainiste au nom de convictions sociales progressistes habilement v\u00e9hicul\u00e9es par le Parti qu\u00e9b\u00e9cois durant la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire, et non en raison d&#8217;un attachement aux th\u00e8ses nationalistes. Depuis lors, le PQ, dirig\u00e9 par l&#8217;actuel premier ministre qu\u00e9b\u00e9cois Lucien Bouchard, a d\u00e9montr\u00e9 que ce n&#8217;\u00e9tait l\u00e0 qu&#8217;affaire de strat\u00e9gie, et a impos\u00e9 d&#8217;importantes restrictions dans les services de sant\u00e9 et dans la protection sociale, et de massives suppressions de postes dans la fonction publique, faisant ainsi r\u00e9gner l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire. Dur r\u00e9veil pour ces nombreux Qu\u00e9b\u00e9cois qui ont appuy\u00e9 la souverainet\u00e9 en croyant sur parole le parti qui l&#8217;incarnait, au nom, selon lui, de valeurs de solidarit\u00e9 et de justice sociales.<\/p>\n<p> <strong> Des formations aux prises avec la r\u00e9alit\u00e9 politique pancanadienne <\/strong><\/p>\n<p>De camp souverainiste se r\u00e9v\u00e8le lui aussi marqu\u00e9 par d&#8217;importantes contradictions. Il est d\u00e9j\u00e0 profond\u00e9ment divis\u00e9. Tout cela ne laisse rien pr\u00e9sager quant \u00e0 son avenir. D&#8217;ailleurs, les \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales du 2 juin dernier ont confirm\u00e9 sa vuln\u00e9rabilit\u00e9: le Bloc qu\u00e9b\u00e9cois, formation politique ind\u00e9pendantiste qui avait obtenu 54 d\u00e9put\u00e9s au parlement f\u00e9d\u00e9ral lors du scrutin de 1993 a perdu plus de 500 000 voix en juin 1997, soit 11% des suffrages. Plusieurs analystes y ont vu une sanction contre les politiques gouvernementales du Parti qu\u00e9b\u00e9cois, dont le chef Lucien Bouchard est le fondateur du Bloc.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le gouvernement lib\u00e9ral de Jean Chr\u00e9tien, s&#8217;il a \u00e9t\u00e9 reconduit \u00e0 la t\u00eate du Canada avec une majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s \u00e0 la Chambre des Communes, est aux prises avec une r\u00e9alit\u00e9 politique pancanadienne compl\u00e8tement divis\u00e9e par les int\u00e9r\u00eats r\u00e9gionalistes. Le gouvernement puise son influence surtout dans la province d&#8217;Ontario &#8211; 103 d\u00e9put\u00e9s lib\u00e9raux sur 103 si\u00e8ges &#8211; parmi un total de 155 d\u00e9put\u00e9s lib\u00e9raux \u00e0 la Chambre, laquelle compte en tout 301 d\u00e9put\u00e9s. Les provinces maritimes ont permis le retour des conservateurs (20 d\u00e9put\u00e9s, dont 5 au Qu\u00e9bec) et, fait sans pr\u00e9c\u00e9dent, elles ont \u00e9lu 8 d\u00e9put\u00e9s sociaux-d\u00e9mocrates (Nouveau parti d\u00e9mocratique) alors que jamais ces provinces n&#8217;\u00e9lisaient de repr\u00e9sentants de cette formation, qui obtient en tout 21 si\u00e8ges. Au Qu\u00e9bec, le Bloc qu\u00e9b\u00e9cois domine avec 44 d\u00e9put\u00e9s (10 de moins qu&#8217;en 1993) mais avec seulement 38% des voix, le reste allant \u00e0 des formations f\u00e9d\u00e9ralistes. Et dans les provinces de l&#8217;Ouest, le Reform party (extr\u00eame droite) a obtenu 60 d\u00e9put\u00e9s, devenant ainsi l&#8217;opposition officielle au Parlement.<\/p>\n<p> <strong> Les citoyens canadiens au coeur des enjeux sociaux  <\/strong><\/p>\n<p>Avec un Parlement f\u00e9d\u00e9ral dont la repr\u00e9sentation est caract\u00e9ris\u00e9e par une tr\u00e8s forte pouss\u00e9e r\u00e9gionaliste, on peut donc consid\u00e9rer que le Canada est entr\u00e9 dans une zone de turbulences, mais de mani\u00e8re contradictoire. Car si le camp souverainiste qu\u00e9b\u00e9cois se r\u00e9v\u00e8le fortement affaibli, ce qui est de nature \u00e0 conforter ceux qui luttent pour l&#8217;unit\u00e9 canadienne, le Canada des autres provinces appara\u00eet fortement divis\u00e9, sinon \u00e9clat\u00e9 en une diversit\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eats r\u00e9gionaux oppos\u00e9s les uns aux autres. L&#8217;avenir imm\u00e9diat du pays est difficilement pr\u00e9visible. L&#8217;une des seules chances de pr\u00e9servation de l&#8217;unit\u00e9 canadienne pourrait se retrouver du c\u00f4t\u00e9 des forces de progr\u00e8s social, qui ressentent de plus en plus la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9unir leurs efforts, par-del\u00e0 les divisions r\u00e9gionalistes. Et l&#8217;id\u00e9e que les citoyens canadiens eux-m\u00eames ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 s&#8217;investir au coeur des enjeux sociaux, \u00e9conomiques et politiques fait aussi son chemin. D. L.<\/p>\n<p>* Pr\u00e9sident du groupe communiste du Conseil r\u00e9gional, un des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la r\u00e9gion au sommet d&#8217;Hanoi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Prosp\u00e8re, d\u00e9mocratique, riche, gigantesque et peu peupl\u00e9, le Canada fait r\u00eaver. 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