{"id":7338,"date":"2014-01-07T10:34:04","date_gmt":"2014-01-07T09:34:04","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/desobeir-a-l-union-europeenne7338\/"},"modified":"2023-06-23T23:16:16","modified_gmt":"2023-06-23T21:16:16","slug":"desobeir-a-l-union-europeenne7338","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7338","title":{"rendered":"D\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong>Parti pris : C\u00e9dric Durand et Razmig Keucheyan<\/strong> \u2013 L&#8217;abandon par les \u00e9lites europ\u00e9ennes de toute ambition de progr\u00e8s social, au profit d&#8217;une gestion de la stagnation, ne laisse d&#8217;autre solution que la rupture avec l&#8217;UE.<\/p>\n<p>On a les r\u00eaves qu\u2019on peut. Il n\u2019y a pas si longtemps, les \u00e9lites europ\u00e9ennes ambitionnaient, dans le cadre de la strat\u00e9gie de Lisbonne, de faire de l\u2019Union europ\u00e9enne <em>\u00ab l\u2019\u00e9conomie de la connaissance la plus comp\u00e9titive et la plus dynamique du monde d\u2019ici \u00e0 2010, capable d\u2019une am\u00e9lioration quantitative et qualitative de l\u2019emploi et d\u2019une plus grande coh\u00e9sion sociale \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><strong><em>\u00ab Les \u00e9lites europ\u00e9ennes ont d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9 qu\u2019un taux de ch\u00f4mage \u00e0 10% ou 12% est une donn\u00e9e irr\u00e9ductible de la situation \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>La crise est pass\u00e9e par l\u00e0, et avec elle un long cort\u00e8ge de convulsions financi\u00e8res et de psychodrames institutionnels. Des ambitions d\u2019autrefois il ne reste aujourd\u2019hui plus rien : l\u2019agenda de la comp\u00e9titivit\u00e9 et de l\u2019innovation n\u2019a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 ni croissance, ni progr\u00e8s social, ni encore moins de solutions aux grands d\u00e9fis \u00e9cologiques de notre temps. \u00c0 quoi r\u00eavent d\u00e9sormais les \u00e9lites europ\u00e9ennes ? De stabilit\u00e9. Que la catastrophe ralentisse son cours et leur laisse un peu de r\u00e9pit, ne serait-ce que pour quelque temps. C\u2019est ce qui ressort des r\u00e9cents propos de Mario Draghi, le patron de la Banque centrale europ\u00e9enne, l\u2019un des hommes les plus puissants du continent. <\/p>\n<p>Contre toute attente, la tonalit\u00e9 des entretiens accord\u00e9s la semaine pass\u00e9e par Draghi \u00e0 la presse est optimiste. Il n\u2019est bien s\u00fbr plus question de faire de l\u2019UE l\u2019\u00e9conomie <em>\u00ab la plus dynamique du monde \u00bb<\/em>, et pas davantage d\u2019y promouvoir la <em>\u00ab coh\u00e9sion sociale <\/em> \u00bb. Draghi se r\u00e9jouit d\u00e9sormais de ce que le ch\u00f4mage semble se stabiliser en Europe \u00e0 12%. Le rythme de la croissance, ajoute-t-il, atteindra \u2013 peut-\u00eatre \u2013 de 1,1% \u00e0 1,5%. Les mots <em>\u00ab stabilit\u00e9 \u00bb<\/em> et <em>\u00ab stabiliser \u00bb<\/em> sont prononc\u00e9s pas moins de sept fois dans un entretien paru fin d\u00e9cembre dans le <em>JDD<\/em>. Les <em>\u00ab incertitudes refluent \u00bb<\/em>, dit-il, invitant les gouvernements \u00e0 <em>\u00ab continuer sur le chemin des r\u00e9formes \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>\u00c0 la lecture des propos de Mario Draghi, une conclusion s\u2019impose : les \u00e9lites europ\u00e9ennes \u2013 la frange de ces \u00e9lites la moins encline \u00e0 se raconter des histoires \u2013 ont d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9 qu\u2019un taux de ch\u00f4mage \u00e0 10% ou 12% est une donn\u00e9e irr\u00e9ductible de la situation. Elles ont int\u00e9gr\u00e9, par la m\u00eame occasion, que la croissance restera d\u00e9prim\u00e9e, s\u2019\u00e9levant au mieux \u00e0 1,5%, plus probablement autour de 0,5%. \u00c0 supposer m\u00eame que les <em>\u00ab nouveaux mod\u00e8les de croissance \u00bb<\/em> que Draghi appelle de ses v\u0153ux voient le jour, leurs effets sur l\u2019emploi ne se feraient sentir que dans des ann\u00e9es, voire des d\u00e9cennies. Adieu la strat\u00e9gie de Lisbonne. Gouverner la stagnation, tel est le nouvel horizon des dirigeants de l\u2019UE. <\/p>\n<h2> \u00ab L\u2019 &#8220;euro-keyn\u00e9sianisme&#8221; dont il \u00e9tait encore question au d\u00e9but de la crise n\u2019est plus qu\u2019un lointain souvenir \u00bb <\/h2>\n<p>Depuis le 19e si\u00e8cle, les avanc\u00e9es d\u00e9mocratiques sont indissociables du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social. Les p\u00e9riodes de crise, quant \u00e0 elles, g\u00e9n\u00e8rent souvent des raidissements autoritaires. Conform\u00e9ment \u00e0 cette r\u00e8gle, la stagnation qui s\u2019installe donne lieu \u00e0 des processus de r\u00e9gression d\u00e9mocratique. En r\u00e9ponse \u00e0 la crise, les \u00c9tats europ\u00e9ens ont accept\u00e9 un &#8220;grand bond en avant&#8221; dans l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne. Ils ont pour cela abdiqu\u00e9 l\u2019essentiel de leur capacit\u00e9 d\u2019initiative en mati\u00e8re \u00e9conomique, au profit d\u2019institutions de l\u2019UE \u2013 comme la Banque centrale \u2013 dont les fondements d\u00e9mocratiques sont dans le meilleur des cas tr\u00e8s faibles, mais le plus souvent inexistants. <\/p>\n<p>Si la fabrique du politique est d\u00e9sormais europ\u00e9enne, cela n\u2019implique pas pour autant que la vie politique elle-m\u00eame le soit devenue. Le foss\u00e9 ne cesse de se creuser entre l\u2019\u00e9chelon continental et national : au premier l\u2019initiative de la politique \u00e9conomique, au second le d\u00e9bat d\u00e9mocratique. En l\u2019absence de mouvement social \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent, ce foss\u00e9 va continuer \u00e0 se creuser, et la d\u00e9-d\u00e9mocratisation s\u2019accentuer. Dans ce contexte, l\u2019\u00e9mergence d\u2019une majorit\u00e9 de gauche en rupture avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme, en capacit\u00e9 de gouverner l\u2019UE, est tout simplement inconcevable. L\u2019 &#8220;euro-keyn\u00e9sianisme&#8221; dont il \u00e9tait encore question au d\u00e9but de la crise n\u2019est plus qu\u2019un lointain souvenir. <\/p>\n<p>Pourtant, les partis de la gauche europ\u00e9enne (PGE), r\u00e9unis r\u00e9cemment en congr\u00e8s \u00e0 Madrid, semblent encore attach\u00e9s \u00e0 cette option. Un budget europ\u00e9en substantiel et une banque centrale soutenant les finances publiques, des investissements dans les infrastructures \u00e9cologiques et une assurance ch\u00f4mage continentale, parmi d\u2019autres mesures, permettraient \u00e0 leurs yeux l\u2019\u00e9mergence d\u2019une autre Europe. H\u00e9las, les obstacles \u00e0 la mise en \u0153uvre d\u2019un tel programme sont infranchissables. Ces mesures sont contraires au code g\u00e9n\u00e9tique des trait\u00e9s europ\u00e9ens en vigueur. La construction de l\u2019Europe s\u2019est effectu\u00e9e autour du projet &#8220;ordo-lib\u00e9ral&#8221; d\u2019\u00e9conomie sociale de march\u00e9. Comme l\u2019a montr\u00e9 Michel Foucault, dans cette perspective, <em>\u00ab  la forme fondamentale de la politique sociale, \u00e7a ne doit pas \u00eatre quelque chose qui viendrait contrebattre la politique \u00e9conomique et la compenser \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p><strong><em>\u00ab Ce n\u2019est qu\u2019une fois la rupture avec l\u2019UE consomm\u00e9e que la vraie politique pourra commencer \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il s\u2019agit au contraire de permettre la prise en charge par le march\u00e9 de l\u2019ensemble des besoins sociaux. Le principe contraignant de concurrence libre et non-fauss\u00e9e, l\u2019ind\u00e9pendance de la banque centrale, les limites \u00e0 la politique budg\u00e9taire, la libre circulation des capitaux, l\u2019absence de politique sociale unifi\u00e9e, d\u00e9coulent m\u00e9caniquement de ces pr\u00e9misses. Pr\u00e9tendre r\u00e9orienter l\u2019Europe suppose donc au pr\u00e9alable de briser cette machine infernale.<\/p>\n<p>Au cas o\u00f9 elle conna\u00eetrait des succ\u00e8s \u00e9lectoraux dans un ou plusieurs pays, ce qui est tout \u00e0 fait possible, une gauche en rupture avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme sera donc plac\u00e9e devant une alternative implacable : ravaler ses ambitions de transformation \u00e9cologique et sociale afin de devenir euro-compatible, ou d\u00e9sob\u00e9ir et in fine rompre avec l\u2019UE. Il n\u2019y a pas de troisi\u00e8me possibilit\u00e9. Ce n\u2019est qu\u2019une fois la rupture avec l\u2019UE consomm\u00e9e que la vraie politique pourra commencer : politique de plein emploi, r\u00e9orientation de l\u2019\u00e9conomie en fonction des besoins sociaux, int\u00e9gration internationale solidaire, planification de la transition \u00e9cologique\u2026 <\/p>\n<p>Laisser imaginer, comme le font des secteurs majoritaires de la &#8220;gauche de la gauche&#8221;, qu\u2019une <em>\u00ab autre Europe est possible \u00bb<\/em> \u00e0 partir de celle qui existe, comporte un risque : celui de susciter le pessimisme et la d\u00e9sesp\u00e9rance parmi les militants et les \u00e9lecteurs. D\u2019ici aux \u00e9lections europ\u00e9ennes de juin prochain, clarifier cette question est donc une n\u00e9cessit\u00e9. Un seul mot d\u2019ordre s\u2019impose pour cette campagne : d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne ! <\/p>\n<p><strong>C\u00e9dric Durand<\/strong> est ma\u00eetre de conf\u00e9rences en \u00e9conomie \u00e0 Paris 13<\/p>\n<p><strong>Razmig Keucheyan<\/strong> est ma\u00eetre de conf\u00e9rences en sociologie \u00e0 Paris 4<\/p>\n<p><strong>LIRE AUSSI :<\/strong> <a href=\"7352\">&#8220;D\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, pour faire quoi\u00a0?&#8221;, de Pierre Khalfa<\/a><br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7338 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/pp-4-c5d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/pp-4-c5d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"pp-4.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong>Parti pris : C\u00e9dric Durand et Razmig Keucheyan<\/strong> \u2013 L&#8217;abandon par les \u00e9lites europ\u00e9ennes de toute ambition de progr\u00e8s social, au profit d&#8217;une gestion de la stagnation, ne laisse d&#8217;autre solution que la rupture avec l&#8217;UE.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":19591,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[352],"class_list":["post-7338","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-europe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7338","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7338"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7338\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/19591"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7338"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7338"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7338"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}