{"id":7213,"date":"2013-11-15T10:18:24","date_gmt":"2013-11-15T09:18:24","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/festival-de-cinema-de-tripoli-atiq7213\/"},"modified":"2023-06-23T23:15:57","modified_gmt":"2023-06-23T21:15:57","slug":"festival-de-cinema-de-tripoli-atiq7213","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7213","title":{"rendered":"Festival de cin\u00e9ma de Tripoli, Atiq Rahimi\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La culture change le combat en d\u00e9bat\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Invit\u00e9 d\u2019honneur du premier festival de cin\u00e9ma de Tripoli, organis\u00e9 par l\u2019association libanaise R\u00e9sistance Culturelle, l\u2019\u00e9crivain et r\u00e9alisateur franco-afghan livre sa vision de la culture comme arme de rassemblement. <\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les hommes qui ne savent plus faire l\u2019amour font la guerre.\u00a0\u00bb<\/em> Mardi 12 novembre, quand Atiq Rahimi est venu parler de Syngu\u00e9 Sabour avec les \u00e9l\u00e8ves du lyc\u00e9e de Amchit, au nord du Liban, ils avaient \u00e9crit cette phrase tir\u00e9e de son film, sorti en f\u00e9vrier 2013, sur leur tableau noir. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est pour cela que je ne r\u00e9siste pas \u00e0 rendre visite aux jeunes, pour leur spontan\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, sourit le cin\u00e9aste et \u00e9crivain, qui a re\u00e7u le prix Goncourt en 2008 pour son roman \u00e9ponyme. C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019occasion r\u00eav\u00e9e de d\u00e9border du cadre officiel du festival du cin\u00e9ma de Tripoli, organis\u00e9 du 14 au 18 novembre dans la ville du nord du Liban, en proie \u00e0 une violence chronique qui d\u00e9figure ses fa\u00e7ades et d\u00e9truit la vie de ses habitants. Car sous son panama feutr\u00e9 et sa moustache de dandy, l\u2019homme qui a fui la guerre d\u2019Afghanistan \u00e0 22 ans, avant de s\u2019installer en France en 1985, est devenu un passeur d\u2019histoires et d\u2019espoir. Un artiste pour qui la culture ne vaut que pour \u00eatre partag\u00e9e, meilleur rem\u00e8de contre les maux de la guerre contre laquelle il est entr\u00e9 en r\u00e9sistance.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr.<\/strong> <em> <strong>Le festival de cin\u00e9ma de Tripoli est organis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Liban par l\u2019association Cultural Resistance (\u00ab\u00a0R\u00e9sistance culturelle\u00a0\u00bb). Quelle r\u00e9sonnance avec votre film Syngu\u00e9 Sabour, qui a fait l\u2019ouverture du festival le 14 novembre\u00a0?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p><strong>Atiq Rahimi.<\/strong> La culture est un acte de r\u00e9sistance contre tout ce qui divise. La guerre transforme le d\u00e9bat en combat et la culture le combat en d\u00e9bat\u00a0! L\u2019histoire de cette jeune femme qui reste aupr\u00e8s de son mari dans le coma et lui raconte ce qu\u2019elle n\u2019a jamais eu l\u2019occasion de lui dire montre l\u2019impact de la guerre sur celles \u00e0 qui on ne donne pas le choix des armes. C\u2019est par la parole qu\u2019elle parvient \u00e0 se d\u00e9livrer des d\u00e9chirures provoqu\u00e9s par le conflit et, au-del\u00e0, des frustrations li\u00e9es au statut de la femme en Afghanistan. A l\u2019origine de Syngu\u00e9 Sabour, il y a le traumatisme que j\u2019ai ressenti en apprenant le meurtre d\u2019une po\u00e9tesse afghane par son mari. Vu que je n\u2019avais plus la possibilit\u00e9 de lui parler, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en faire le narrateur d\u2019un roman o\u00f9 elle s\u2019assi\u00e9rait \u00e0 son chevet pour lui balancer tout ce qu\u2019elle pense \u00e0 la figure. Ce n\u2019est pas l\u2019histoire de toutes les femmes afghanes, je ne suis pas sociologue. Mais il suffit qu\u2019une personne souffre pour que toute l\u2019humanit\u00e9 soit en deuil. Et \u00e0 Tripoli, dans cette ville d\u00e9chir\u00e9e par un conflit civil, comme hier en Afghanistan, il existe peut-\u00eatre des histoires de r\u00e9sistance culturelle de la sorte. <\/p>\n<p><em> <strong>L\u2019Afghanistan, vous y retournez pour y d\u00e9velopper la culture chez les jeunes justement, les autres victimes silencieuses des conflits civils avec les femmes\u2026<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Je me rends \u00e0 Kaboul tous les deux mois. Le probl\u00e8me, c\u2019est que chaque jour, on m\u2019apporte un nouveau sc\u00e9nario ou un manuscrit \u00e0 mon bureau\u00a0(rires)\u00a0! Je travaille aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une maison d\u2019\u00e9dition en langue persane, avec qui nous avons publi\u00e9 de jeunes auteurs afghans. Et j\u2019ai form\u00e9 de jeunes sc\u00e9naristes qui ont ensuite r\u00e9alis\u00e9 un soap opera afghan.<\/p>\n<p><em> <strong>Mais c\u2019est en fran\u00e7ais que vous avez \u00e9crit Syngu\u00e9 Sabour, dont est tir\u00e9 le film r\u00e9alis\u00e9 avec Jean-Claude Carri\u00e8re. Une fa\u00e7on de rendre hommage \u00e0 votre pays d\u2019accueil\u00a0?<\/strong><br \/>\n <\/em><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait surtout pour les titiller\u00a0! Vous savez, quand j\u2019ai re\u00e7u le Goncourt, beaucoup de gens en France n\u2019ont gu\u00e8re appr\u00e9ci\u00e9. Certains trouvaient d\u00e9plac\u00e9 qu\u2019un Afghan remporte un prix de litt\u00e9rature fran\u00e7aise, d\u2019autre, au contraire, se f\u00e9licitaient qu\u2019un pauvre r\u00e9fugi\u00e9 parvienne \u00e0 adopter avec brio la langue fran\u00e7aise. Certains s\u2019en sont \u00e9nerv\u00e9s, d\u2019autres en ont profit\u00e9\u00a0; je n\u2019\u00e9cris pour aucun des deux. J\u2019aime la langue fran\u00e7aise et c\u2019est sa litt\u00e9rature, de Marguerite Duras \u00e0 Maupassant, qui m\u2019a guid\u00e9e vers l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p><em> <strong>La mont\u00e9e actuelle de la x\u00e9nophobie en France vous inqui\u00e8te, vous attriste ou vous r\u00e9volte\u00a0?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Vous savez, en Afghanistan ou ici au Liban, la peur de l\u2019autre conduit \u00e0 des guerres fratricides. La x\u00e9nophobie n\u2019est pas l\u2019apanage de la France, elle fait partie de la part animale qui est en nous, ce besoin de repli sur soi en p\u00e9riode d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, cette vigilance par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Le seul moyen de combattre cette part essentielle de nous-m\u00eame, c\u2019est de la d\u00e9passer par la culture. <\/p>\n<p><em> <strong>L\u2019\u00e9criture, de roman et de sc\u00e9narios, a-t-elle \u00e9t\u00e9 un moyen pour vous de d\u00e9passer l\u2019exp\u00e9rience de la guerre\u00a0?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>R\u00e9cemment, un journal fran\u00e7ais m\u2019a demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire sur la guerre en Afghanistan. Facile, j\u2019ai pens\u00e9. Mais devant ma copie, impossible d\u2019\u00e9crire une ligne\u00a0: j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 tout dit\u00a0! L\u00e0, j\u2019ai d\u00e9prim\u00e9, je me suis dit que ma vie se r\u00e9sumait \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la guerre et le d\u00e9sir permanent de la d\u00e9passer. Je crois que l\u2019\u00e9criture et le cin\u00e9ma m\u2019ont permis de faire le deuil de la guerre. A pr\u00e9sent, il est temps pour moi de d\u00e9velopper d\u2019autres th\u00e8mes qui me tiennent \u00e0 c\u0153ur.  <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7213 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/liban-a11.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/liban-a11-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"liban.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Invit\u00e9 d\u2019honneur du premier festival de cin\u00e9ma de Tripoli, organis\u00e9 par l\u2019association libanaise R\u00e9sistance Culturelle, l\u2019\u00e9crivain et r\u00e9alisateur franco-afghan livre sa vision de la culture comme arme de rassemblement. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":19345,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[293],"class_list":["post-7213","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-entretien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7213","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7213"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7213\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/19345"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7213"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7213"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7213"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}