{"id":7183,"date":"2013-11-06T13:46:58","date_gmt":"2013-11-06T12:46:58","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/besoin-de-mondialite7183\/"},"modified":"2023-06-23T23:15:53","modified_gmt":"2023-06-23T21:15:53","slug":"besoin-de-mondialite7183","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7183","title":{"rendered":"Besoin de mondialit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab\u00a0Pour la d\u00e9mondialisation, tapez 1\u00a0; pour la mondialit\u00e9, tapez 2\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: l\u2019accroche de couverture du dernier essai de Roger Martelli nous met dans le bain du dilemme contemporain. L\u2019auteur a r\u00e9solument tap\u00e9 2. Sa <em>Bataille des mondes<\/em>, qui vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions FB, prend parti dans le d\u00e9bat entre \u00ab\u00a0Anti\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Alter\u00a0\u00bb en nous invitant \u00e0 sortir des sch\u00e9mas binaires. Oui, il faut se d\u00e9faire de la mondialisation en cours qui est \u00e0 la fois r\u00e9alit\u00e9 et id\u00e9ologie du r\u00e8gne de la marchandise avec pour corolaire la gouvernance qui privatise et concentre le pouvoir politique. Mais pour combattre la mondialisation du capital, il faut penser et construire l\u2019espace plan\u00e9taire\u00a0: nous avons besoin de <em>\u00ab\u00a0mondialit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. Roger Martelli reprend le terme initi\u00e9 par le po\u00e8te Edouard Glissant car, <em>\u00ab\u00a0pour \u00eatre libres sans s\u2019engluer dans une novlangue abusive\u00a0\u00bb<\/em>, il faut <em>\u00ab\u00a0forger et diffuser des mots inusit\u00e9s, qui disent mieux que d\u2019autres ce que peut \u00eatre la volont\u00e9 commune\u00a0\u00bb<\/em>. La mondialit\u00e9 permet de d\u00e9signer l\u2019ensemble des interconnexions mat\u00e9rielles et des solidarit\u00e9s qui font de la plan\u00e8te un espace commun. L\u2019oppos\u00e9 de la mondialisation ne serait donc pas la <em>\u00ab\u00a0non mondialisation\u00a0\u00bb<\/em> ou la <em>\u00ab\u00a0d\u00e9mondialisation\u00a0\u00bb<\/em> mais la mondialit\u00e9 du bien commun.<\/p>\n<p>Dans cette r\u00e9flexion stimulante de grande \u00e9chelle, l\u2019intellectuel communiste s\u2019interroge sur la nation et l\u2019identit\u00e9. Au fond, il n\u2019y a pas de soci\u00e9t\u00e9 sans territoire. La nation continue d\u2019\u00eatre un agent de mobilisation et d\u2019implication des individus dans l\u2019ordre politique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le local parcellise et isole les cat\u00e9gories populaires, tandis que le monde leur semble trop incertain\u00a0\u00bb<\/em> et, pour l\u2019instant, la nation est la <em>\u00ab\u00a0seule forme de communaut\u00e9 articul\u00e9e historiquement \u00e0 l\u2019affirmation du peuple souverain\u00a0\u00bb<\/em>. Roger Martelli observe que l\u2019espace national appara\u00eet comme <em>\u00ab\u00a0un interm\u00e9diaire r\u00e9aliste entre un local trop \u00e9triqu\u00e9 et un monde abstrait\u00a0\u00bb<\/em> et correspond au besoin de construire des formes d\u2019unification et de socialisation \u00e0 m\u00eame de rendre tol\u00e9rables les conflits et tensions de classes, de d\u00e9velopper des cadres collectifs pour y faire face. Si la nation reste donc op\u00e9rante, encore faut-il promouvoir la nation-peuple, celle n\u00e9e de 1789-1793 et qui place la nation dans la communaut\u00e9 politique de ceux qui la composent et assumer <em>\u00ab\u00a0la tension entre l\u2019esprit d\u2019ouverture et celui de fermeture, le balancement de la fiert\u00e9 de soi et du refus de l\u2019autre\u00a0\u00bb<\/em>. La nation-peuple doit prendre le dessus sur la nation-race et la nation-\u00c9tat.<\/p>\n<p>La <em>\u00ab\u00a0communaut\u00e9 territoriale imagin\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>, pour reprendre l\u2019expression retenue par Roger Martelli, r\u00e9pond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 qui ne rel\u00e8ve pas que du registre de la fantasmagorie. <em>\u00ab\u00a0Le symbolique n\u2019est pas une chose. Il est immat\u00e9riel\u00a0; il n\u2019en est pas moins r\u00e9el\u00a0\u00bb<\/em>, explique l\u2019intellectuel qui nous invite \u00e0 choisir l\u2019identification plut\u00f4t que l\u2019identit\u00e9. L\u2019universalit\u00e9 du genre humain n\u2019existe pas sans la sp\u00e9cification des groupes qui la composent. L\u2019identification est un processus qui peut aller de pair avec l\u2019\u00e9mancipation quand l\u2019identit\u00e9 fige et enferme tel un premier pas vers l\u2019ali\u00e9nation. <em>\u00ab\u00a0L\u2019identit\u00e9 n\u2019est que du pass\u00e9 cristallis\u00e9, une trace qui nous est l\u00e9gu\u00e9e\u00a0; l\u2019identification rel\u00e8ve d\u2019un projet, et donc d\u2019un avenir que l\u2019on envisage de construire\u00a0\u00bb,<\/em> \u00e9crit Martelli. Le probl\u00e8me des appartenances, c\u2019est quand elles sont exclusives. Ce qu\u2019il faut rechercher, c\u2019est leur combinaison. Plut\u00f4t que l\u2019universel, c\u2019est le paradigme du commun qu\u2019il faut valoriser. <em>\u00ab\u00a0La base de l\u2019universalisation est le compromis\u00a0\u00bb<\/em>, nous dit le codirecteur de <em>Regards<\/em> : il y a plus de dynamique dans la mise en commun des biens de notre humanit\u00e9.<\/p>\n<p>La transformation sociale passera par la mixit\u00e9 des espaces politiques. Il n\u2019y a pas lieu de choisir entre nation, Europe et monde\u00a0: <em>\u00ab\u00a0S\u2019il est une issue possible, elle est dans la ma\u00eetrise d\u00e9mocratique d\u2019une mixit\u00e9 assum\u00e9e de national et de supranational.\u00a0\u00bb<\/em> Martelli insiste sur la priorit\u00e9 des r\u00e9flexions\u00a0: le projet, les finalit\u00e9s et les normes, doivent \u00eatre au centre et les institutions en d\u00e9couler. L\u2019heure est venue de travailler plus activement \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de solidarit\u00e9s transnationales et de reprendre le fil d\u2019un espoir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle monde. <em>\u00ab\u00a0Il manque aux indign\u00e9s, aux \u201calters\u201d, aux militants de biens communs, aux gouvernements rebelles du Sud, la force irr\u00e9sistible d\u2019une perspective politique commune\u00a0\u00bb<\/em>, regrette Roger Martelli. Car la solution sera politique ou ne sera pas. <em>La Bataille des mondes<\/em> est une contribution foisonnante qui appelle l\u2019invention.<\/p>\n<p><em>La Bataille des mondes &#8211; &#8220;Pour la d\u00e9mondialisation, tapez 1 ; pour la mondialit\u00e9, tapez 2&#8230;<\/em>, de Roger Martelli, \u00e9ditions Fran\u00e7ois Bourin, 16 euros.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-7183 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/clem-33-d2f.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/clem-33-d2f-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"clem-33.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Pour la d\u00e9mondialisation, tapez 1\u00a0; pour la mondialit\u00e9, tapez 2\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019accroche de couverture du dernier essai de Roger Martelli nous met dans le bain du dilemme contemporain. 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