{"id":7174,"date":"2013-11-04T10:38:10","date_gmt":"2013-11-04T09:38:10","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/fagor-la-coop-espagnole-est-a-sec7174\/"},"modified":"2013-11-04T10:38:10","modified_gmt":"2013-11-04T09:38:10","slug":"fagor-la-coop-espagnole-est-a-sec7174","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7174","title":{"rendered":"Fagor, la coop espagnole est \u00e0 sec"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En Espagne, la coop\u00e9rative de travail Fagor electrodom\u00e9sticos, membre du groupe Mondrag\u00f3n, est en cessation de paiement. 5700 emplois sont menac\u00e9s dont 2000 en France. Le secteur sinistr\u00e9 de l&#8217;\u00e9lectrom\u00e9nager et une encore trop forte d\u00e9pendance au march\u00e9 espagnol expliquent cette situation. <\/p>\n<p>Le symbole est fort\u00a0: Fagor electrodom\u00e9sticos, la coop\u00e9rative la plus ancienne du groupe Mondrag\u00f3n, s&#8217;est d\u00e9clar\u00e9e en cessation de paiement le 16 octobre dernier. Cette entreprise a le double handicap d&#8217;op\u00e9rer dans l&#8217;\u00e9lectrom\u00e9nager et d&#8217;\u00eatre bas\u00e9e en Espagne, deux march\u00e9s particuli\u00e8rement sinistr\u00e9s. Son grand concurrent, le su\u00e9dois Electrolux a connu une brutale chute de son chiffre d&#8217;affaires et envisage de supprimer 2000 emplois et peut-\u00eatre de fermer son usine italienne issue du rachat de Zanussi en 1984. Si Fagor electrodom\u00e9sticos s&#8217;est largement internationalis\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es, elle n&#8217;en restait pas moins fortement attach\u00e9e \u00e0 son march\u00e9 d&#8217;origine, 30\u00a0% de ses ventes provenant de l&#8217;\u00c9tat espagnol, pays en pleine r\u00e9cession. <\/p>\n<p>Fagor electrodom\u00e9sticos n&#8217;est pas une soci\u00e9t\u00e9 comme une autre. Il s&#8217;agit d&#8217;une coop\u00e9rative appartenant \u00e0 ses travailleurs, un peu comme une SCOP fran\u00e7aise \u00e0 ceci pr\u00e8s que les soci\u00e9taires n&#8217;ont pas le statut de salari\u00e9 mais d&#8217;ind\u00e9pendant. Fond\u00e9e en 1955 sous le nom d&#8217;Ulgor, c&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re coop\u00e9rative de la ville de Mondrag\u00f3n-Arasate au pays basque. Son inspirateur, un pr\u00eatre r\u00e9publicain, Jos\u00e9 Mar\u00eda Arizmendiarrieta, souhaitait multiplier ces exp\u00e9riences coop\u00e9ratives et surtout les coordonner de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&#8217;elles forment un groupe solide capable de r\u00e9sister aux crises et aux retournements des march\u00e9s. Et cela a fonctionn\u00e9. D&#8217;une coop\u00e9rative avec cinq fondateurs, le groupe Mondrag\u00f3n comprend aujourd&#8217;hui 110 coop\u00e9ratives et emploie 80\u00a0000 personnes devenant ainsi le premier groupe industriel et financier du pays basque et le cinqui\u00e8me de l&#8217;\u00c9tat espagnol. \u00c0 l&#8217;inverse d&#8217;un groupe capitaliste organis\u00e9 autour d&#8217;une holding qui d\u00e9tient des filiales, les coop\u00e9ratives sont associ\u00e9es entre elles, partagent une partie de leur surplus pour aider celles qui sont en difficult\u00e9 et financer des structures de t\u00eate r\u00e9alisant de la formation, de l&#8217;investissement et de la recherche. Les coop\u00e9ratives restent souveraines et peuvent rejoindre ou quitter le groupe. Ce groupe avait, jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er une s\u00e9curit\u00e9 sociale professionnelle, garantissant un emploi \u00e0 vie \u00e0 ses soci\u00e9taires. Si une coop\u00e9rative allait mal et devait se s\u00e9parer de personnel ou pire, fermer, ses travailleurs-associ\u00e9s se voyaient proposer une formation d\u00e9bouchant sur un nouveau poste dans une autre entit\u00e9 du groupe. <\/p>\n<p>Malheureusement, tout est loin d&#8217;\u00eatre rose dans ce conte de f\u00e9es. Sur ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, le groupe s&#8217;est largement internationalis\u00e9, notamment par rachat de soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. C&#8217;est ainsi qu&#8217;en France, Brandt a \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9e en 2005 par Fagor electrodom\u00e9sticos. \u00c0 la cl\u00e9, une restructuration et des dizaines de licenciements comme l&#8217;aurait fait n&#8217;importe quel groupe capitaliste. Fagor n&#8217;a jamais propos\u00e9 aux salari\u00e9s fran\u00e7ais de rejoindre le soci\u00e9tariat de l&#8217;entreprise. Salari\u00e9s ils \u00e9taient, salari\u00e9s ils resteraient. Fagor-Brandt est ainsi une filiale de Fagor electrodom\u00e9sticos. Rien ne change pour ces salari\u00e9s sauf qu&#8217;ils ont pour patron et actionnaire, une coop\u00e9rative \u00e0 laquelle ils ne sont pas associ\u00e9s. C&#8217;est ainsi que le taux de soci\u00e9tariat du groupe Mondrag\u00f3n a failli passer sous la barre des 50\u00a0%\u00a0: seul un travailleur sur deux \u00e9tait soci\u00e9taire. Le groupe a redress\u00e9 la barre in extremis en faisant adh\u00e9rer massivement les salari\u00e9s d&#8217;Eroski, la coop\u00e9rative de grande distribution du groupe et ce soci\u00e9tariat est d\u00e9sormais de l&#8217;ordre de 75\u00a0%. Mais la situation reste identique que ce soit en France, en Chine ou en Pologne, les travailleurs des filiales ne sont pas soci\u00e9taires de la coop\u00e9rative. Comment expliquer cette situation pour le moins curieuse\u00a0?<\/p>\n<p>A la diff\u00e9rence des SCOP fran\u00e7aises, les parts sociales des coop\u00e9ratives de Mondrag\u00f3n se revalorisent. Si on veut rejoindre une entit\u00e9 de Mondrag\u00f3n en qualit\u00e9 de soci\u00e9taire, il faut apporter environ 14\u00a0000 euros de capital. Si on ne dispose pas de cette somme, la banque du groupe, la Caja laboral, pr\u00eate la somme qui se rembourse par pr\u00e9l\u00e8vement sur la r\u00e9mun\u00e9ration. Au-del\u00e0 des parts sociales, les entit\u00e9s du groupe ont accumul\u00e9 des r\u00e9serves qui, en r\u00e9gime coop\u00e9ratif, sont impartageables\u00a0: cela veut dire qu&#8217;elle n&#8217;appartiennent \u00e0 personne en particulier mais sont \u00e0 la disposition collective des soci\u00e9taires. Les sommes accumul\u00e9es sont aujourd&#8217;hui consid\u00e9rables. Les parts sociales repr\u00e9sentent 2,05 milliards d&#8217;euros et les r\u00e9serves 1,9 milliards. En clair, les travailleurs associ\u00e9s du groupe Mondrag\u00f3n sont devenus, \u00e0 leur corps d\u00e9fendant, des \u00ab\u00a0petits capitalistes\u00a0\u00bb. Pour r\u00e9sister \u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re, il faut racheter des entreprises pour r\u00e9aliser des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle et se positionner sur les march\u00e9s. Cela est tout sauf gratuit et ces soci\u00e9taires veulent fatalement r\u00e9ussir, ne pas perdre leur investissement, d&#8217;o\u00f9 la d\u00e9cision de proc\u00e9der \u00e0 des licenciements d\u00e8s l&#8217;acquisition de Brandt en France. Nous touchons ici une limite de la coop\u00e9rative, entit\u00e9 certes g\u00e9r\u00e9e collectivement mais qui reste de nature priv\u00e9e. Les parts sociales sont priv\u00e9es et dans le cas espagnol, se revalorisent. Les r\u00e9serves impartageables sont certes collectives mais constituent une propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e pour les personnes ext\u00e9rieures \u00e0 la coop\u00e9rative.<\/p>\n<p>La situation de Fagor electrodom\u00e9sticos est catastrophique. Son endettement est de plus de 830 millions, soit 145\u00a0000 euros par travailleur et 415\u00a0000 euros par soci\u00e9taire. Depuis quelques mois, les fournisseurs \u00e9taient r\u00e9ticents \u00e0 livrer l&#8217;entreprise et ses filiales, ce qui arr\u00eatait fr\u00e9quemment la production. C&#8217;est dans ce contexte que l&#8217;entreprise s&#8217;est mise dans une proc\u00e9dure propre \u00e0 l&#8217;Espagne de n\u00e9gociations pour restructurer sa dette. Mardi 29 octobre, Sergio Trevino, directeur g\u00e9n\u00e9ral de Fagor Electrodom\u00e9sticos, indiquait dans la presse espagnole que la soci\u00e9t\u00e9 se donnait dix jours pour trouver les 170 millions d\u2019euros n\u00e9cessaires \u00e0 la poursuite de son activit\u00e9. <\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 emploie environ 5\u00a0600 personnes, filiales comprises, pour seulement 2\u00a0000 soci\u00e9taires. Elle compte treize usines dans cinq pays: Espagne, France, Pologne, Maroc et Chine. En mai 2012, les soci\u00e9taires avaient d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9duire leurs revenus de 7,5% et accept\u00e9 le principe de mobilit\u00e9. Cela n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 suffisant. Au premier semestre 2013, le groupe a essuy\u00e9 une perte de 60 millions d&#8217;euros, trois fois plus qu&#8217;au premier semestre 2012, et son chiffre d&#8217;affaires a chut\u00e9 de 19% \u00e0 491 millions. En France, selon la CGT, le d\u00e9p\u00f4t de bilan de Fagor-Brandt serait imminent. Cette filiale emploie 2\u00a0000 salari\u00e9s sur quatre sites &#8211; deux en Vend\u00e9e, un \u00e0 Orl\u00e9ans et l\u2019autre \u00e0 Vend\u00f4me \u2013 qui sont tous \u00e0 l\u2019arr\u00eat depuis le 14 octobre, faute de pouvoir payer les fournisseurs. <\/p>\n<p>Rien ne va plus entre le groupe Mondrag\u00f3n et la coop\u00e9rative. Mercredi soir, la direction du groupe a tranch\u00e9. Mondrag\u00f3n <em>\u00ab\u00a0consid\u00e8re que le projet de Fagor\u00a0\u00bb<\/em>, qui avait entam\u00e9 des n\u00e9gociations avec ses cr\u00e9anciers pour restructurer sa dette et demand\u00e9 le soutien du groupe et des pouvoirs publics, <em>\u00ab\u00a0ne r\u00e9pond pas aux n\u00e9cessit\u00e9s du march\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. Il estime que les ressources que l&#8217;entreprise demande <em>\u00ab\u00a0ne suffiraient pas \u00e0 garantir sa viabilit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. En r\u00e9ponse, la conseill\u00e8re \u00e0 l&#8217;\u00c9conomie du gouvernement basque, Arantza Tapia a averti\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il semble que nous allions vers le pire sc\u00e9nario, la fermeture d&#8217;une entreprise\u00a0\u00bb<\/em>. Des rumeurs de reprise par l&#8217;entreprise chinoise d&#8217;\u00e9lectrom\u00e9nager Haier, par ailleurs partenaire de Fagor en Chine, circulent. Pour d\u00e9fendre les emplois menac\u00e9s, la direction de Fagor electrodom\u00e9sticos et les repr\u00e9sentants du Conseil social de l&#8217;entreprise ont appel\u00e9 \u00e0 manifester jeudi soir dans la ville de San Andres.<\/p>\n<p>Est-ce que Fagor electrodom\u00e9sticos trouvera les liquidit\u00e9s lui permettant de poursuivre ou allons-nous vers la faillite de l&#8217;entreprise\u00a0? Les jours prochains seront cruciaux. Si tel \u00e9tait le cas, ce ne serait pas la premi\u00e8re fois qu&#8217;une coop\u00e9rative de Mondrag\u00f3n ferme. Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent le groupe avait toujours r\u00e9ussi \u00e0 garantir l&#8217;emploi des soci\u00e9taires. Cette fois-ci, le coup est rude tant Fagor electrodom\u00e9sticos \u00e9tait en quelque sorte un symbole fort du groupe\u00a0: c&#8217;\u00e9tait \u00e0 la fois la la plus grosse coop\u00e9rative industrielle et la plus ancienne du groupe. En cas de fermeture, le groupe sera-t-il \u00e0 m\u00eame de reclasser les soci\u00e9taires de l&#8217;entreprise\u00a0? L&#8217;exercice risque d&#8217;\u00eatre difficile tant l&#8217;ensemble des coop\u00e9ratives du groupe sont, comme toutes les autres entreprises de l&#8217;\u00c9tat espagnol, sous pression du fait de la r\u00e9cession en cours. En France, les salari\u00e9s de Fagor-Brandt sont dans la m\u00eame situation que dans une entreprise classique. Seront-ils int\u00e9gr\u00e9s dans une nouvelle solution industrielle ou devront-ils subir des plans de restructuration voulus par les futurs propri\u00e9taires\u00a0? <\/p>\n<p>La croissance de Mondrag\u00f3n a \u00e9t\u00e9 exceptionnelle sur ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, peut-\u00eatre pas suffisamment pour absorber un tel choc. Sans doute qu&#8217;une internationalisation du soci\u00e9tariat aurait permis au groupe Mondrag\u00f3n d&#8217;\u00eatre moins d\u00e9pendant du march\u00e9 espagnol. La situation difficile dans laquelle se trouve Fagor electrodom\u00e9sticos ne trouve nullement sa source dans le fait que celle-ci est dirig\u00e9e par ses travailleurs mais plut\u00f4t dans la nature de la forme coop\u00e9rative, hybride entre public et priv\u00e9. Ce n&#8217;est pas de moins de solidarit\u00e9 ou de coop\u00e9ration qu&#8217;il aurait fallu mais au contraire de beaucoup plus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Espagne, la coop\u00e9rative de travail Fagor electrodom\u00e9sticos, membre du groupe Mondrag\u00f3n, est en cessation de paiement. 5700 emplois sont menac\u00e9s dont 2000 en France. 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