{"id":7120,"date":"2013-10-17T20:47:50","date_gmt":"2013-10-17T18:47:50","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/billie-le-chef-d-oeuvre-d-anna7120\/"},"modified":"2013-10-17T20:47:50","modified_gmt":"2013-10-17T18:47:50","slug":"billie-le-chef-d-oeuvre-d-anna7120","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7120","title":{"rendered":"Billie, le chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019Anna Gavalda"},"content":{"rendered":"<p>La \u00ab\u00a0Billie\u00a0\u00bb d\u2019Anna Gavalda, on la conna\u00eet. Elle est issue d\u2019une grande tradition litt\u00e9raire. C\u2019est l\u2019arri\u00e8re petite-fille de Holden, le h\u00e9ros de <em>L\u2019Attrape-C\u0153ur<\/em>\u00a0; c\u2019est la ni\u00e8ce de Zazie\u00a0; c\u2019est la cousine de Momo, dans <em>La Vie devant de soi<\/em> d\u2019Emile Ajar, ou celle de <em>Billy The Kick<\/em> de Jean Vautrin. Entre autres. <\/p>\n<p>Elle fait partie de ces h\u00e9ros enfants qui racontent le monde et la vie dans un style plus oral qu\u2019\u00e9crit, rel\u00e2ch\u00e9, \u2014 \u00e9minemment rel\u00e2ch\u00e9 dans le cas d\u2019Anna Gavalda \u2014 vulgaire, mais justement\u00a0: c\u2019est tout l\u2019enjeu de ces livres que d\u2019opposer \u00e0 un moment la culture basse \u00e0 la culture haute, et la verve du ruisseau aux berges bourgeoises des fleuves, disons, acad\u00e9miques. Billie s\u2019appelle comme \u00e7a, \u00e0 cause de \u00ab\u00a0Billie Jean\u00a0\u00bb la chanson de Michael Jackson. Mais bient\u00f4t, Franck, son seul ami dans la vie, lui pr\u00e9sentera un autre mod\u00e8le, plut\u00f4t issu de la culture haute, le jazz\u00a0: Billie Holiday. De fait, la vie de Billie ressemble beaucoup \u00e0 celle de la chanteuse de jazz h\u00e9ro\u00efnomane. Non seulement la Billie d\u2019Anna Gavalda a l\u2019air d\u2019en conna\u00eetre au niveau des drogues \u00e0 la mode, mais comme l\u2019autre, elle a \u00e9t\u00e9 une enfant pauvre, qui a grandi dans une caravane avec une m\u00e8re qui ne l\u2019aimait pas et une m\u00e8re qui la battait. Elle aussi, plus tard, va se prostituer. <\/p>\n<p>Mais entre temps, elle va rencontrer l\u2019amour. En la personne de Franck, avec lequel \u00e0 l\u2019\u00e9cole elle doit interpr\u00e9ter une sc\u00e8ne de <em>On ne badine pas avec l\u2019amour<\/em> d\u2019Alfred de Musset. Culture haute. Pi\u00e8ce difficile \u00e0 analyser, ils n\u2019arr\u00eatent pas d\u2019en parler entre eux, d\u2019essayer de la comprendre. En m\u00eame temps, cela ne les concerne pas. En effet, Franck est homosexuel. Ah bon\u00a0? Vraiment\u00a0? Quand on lit le livre, c\u2019est clair. Mais quand on le relit, \u00e7a l\u2019est beaucoup moins\u2026 Or justement les derniers mots du livre\u00a0sont\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La, la, reli\u2026 drela\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nQu\u2019est-ce que va dire\u00a0? <br \/>\nTout simplement ce que \u00e7a dit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0, l\u00e0\u2026 Relis de l\u00e0\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Car si on relit le livre depuis le d\u00e9but, on s\u2019apercevra qu\u2019il commence par une sc\u00e8ne sexuelle\u00a0: alors qu\u2019ils sont tomb\u00e9s au fond d\u2019une crevasse dans les C\u00e9vennes, que Franck est bless\u00e9 et qu\u2019ils attendent des secours, ce dernier demande \u00e0 Billie de bien vouloir v\u00e9rifier que le choc ne l\u2019a pas rendu impuissant. Et soudain Gavalda encha\u00eene sur la l\u00e9gendaire derni\u00e8re r\u00e9plique du film <em>Certains l\u2019aiment chaud<\/em>\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Well\u2026 Nobody\u2019s perfect\u00a0\u00bb<\/em>. Puis elle \u00e9crit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tant pis pour ceux qui ne l\u2019ont pas vu, ou ne comprennent rien au film et qui ne seront donc jamais reconna\u00eetre un pur ami d\u2019un pur travelo, je ne peux rien faire pour eux.\u00a0\u00bb<\/em> Tout est dit. Notons \u00e0 ce point qu\u2019avec le personnage de l\u2019Oncle Gabriel, que tout le monde pense \u00ab\u00a0homossessuel\u00a0\u00bb pour le dire comme Zazie, et qui gagne sa vie en faisant un num\u00e9ro de travesti \u00e0 Pigalle, il y a d\u00e9j\u00e0 la m\u00eame id\u00e9e chez Queneau&#8230; <\/p>\n<p>Comme la pi\u00e8ce de Musset qui lui sert de fondation, <em>Billie<\/em> est une apologie de l\u2019amour absolu, au-del\u00e0 de la diff\u00e9rence des sexes, des genres et des classes sociales. Un roman qui renvoie dos \u00e0 dos les pro et les anti-mariage pour tous, clairement, distinctement, en racontant l\u2019amour d\u2019une h\u00e9t\u00e9ro pour un homo\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ils sont tous en train de nous casser les pieds avec leur mariage pour tous, leur manif pour tous,\u00a0leur contre-manif pour tous, leurs pr\u00e9jug\u00e9s pour tous et leurs bons sentiments pour tous\u2026 Alors pourquoi pas nous, hein\u2026 Pourquoi pas nous\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> En ce sens, <em>Billie<\/em> est tout juste le contraire de <em>La vie d\u2019Ad\u00e8le<\/em>, ce film affreux qui ne fait que d\u00e9crire des \u00eatres prisonniers de leur classe, de leur genre, de leur culture et de leur sexualit\u00e9. <\/p>\n<p>Autre point commun avec <em>Zazie dans le m\u00e9tro<\/em>, <em>Billie<\/em> est une apologie de Paris, comme ville de la libert\u00e9, en tout cas des identit\u00e9s. Une fois affranchis, non sans mal, de leurs surmoi sociaux et familiaux, Franck et Billie s\u2019installent dans <em>\u00ab\u00a0la ville doudou\u00a0\u00bb<\/em> comme elle l\u2019appelle, et\u2026 <em>\u00ab\u00a0A partir de maintenant, on devient des petits bobos comme les autres et putain, et je ne devrais pas dire ce mot, mais je le dis quand m\u00eame\u00a0: et putain, que c\u2019est bon\u00a0! Oh oui, que c\u2019est bon d\u2019\u00eatre aussi cons que les Parisiens\u00a0! De se foutre en rogne contre un V\u00e9lib\u2019 foireux, une place de livraison occup\u00e9e, un PV injuste, un restau bond\u00e9, un t\u00e9l\u00e9phone d\u00e9charg\u00e9 ou un horaire de brocante mal indiqu\u00e9 (\u2026) Je m\u2019en lasserai jamais\u00a0\u00bb <\/em> dit Billie. Pour cette m\u00eame raison, Franck et Billie vont faire cette randonn\u00e9 typiquement bobo que sont les C\u00e9vennes \u00e0 dos d\u2019\u00e2ne (sur les traces de Stevenson, mais cela Gavalda ne le dit pas\u00a0: trop culture haute, pour le coup). <\/p>\n<p>Beaucoup de critiques litt\u00e9raires sont d\u00e9j\u00e0 compl\u00e8tement pass\u00e9 \u00e0 ce c\u00f4t\u00e9 de ce chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019\u00e9mancipation, de toutes les \u00e9mancipations, \u00e0 commencer par celle du langage, de la forme, o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain se donne toutes les permissions, y compris celle du ridicule et de l\u2019incompr\u00e9hension. \u00ab\u00a0Nobody\u2019s perfect\u00a0\u00bb. Ils seront bons pour le relire encore une fois, selon le souhait de l\u2019auteur.<\/p>\n<p><em>Billie<\/em>, d&#8217;Anna Gavalda, \u00e9d. Le Dilettante, 224 pages, 15 euros.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La \u00ab\u00a0Billie\u00a0\u00bb d\u2019Anna Gavalda, on la conna\u00eet. Elle est issue d\u2019une grande tradition litt\u00e9raire. C\u2019est l\u2019arri\u00e8re petite-fille de Holden, le h\u00e9ros de L\u2019Attrape-C\u0153ur\u00a0; c\u2019est la ni\u00e8ce de Zazie\u00a0; c\u2019est la cousine de Momo, dans La Vie devant de soi d\u2019Emile Ajar, ou celle de Billy The Kick de Jean Vautrin. Entre autres. 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