{"id":709,"date":"1997-11-01T00:00:00","date_gmt":"1997-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jardins709\/"},"modified":"1997-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-10-31T23:00:00","slug":"jardins709","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=709","title":{"rendered":"Jardins"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Des jardins de la mode<strong> L&#8217;engouement pour les jardins ne t\u00e9moigne pas seulement d&#8217;un d\u00e9go\u00fbt de la ville. Il c\u00e9l\u00e8bre le besoin d&#8217;agir, de lutter contre la tristesse de l&#8217;anonymat et du fonctionnel, d&#8217;affirmer qu&#8217;il y a de l&#8217;humain, donc du r\u00eave. <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est flagrant, c&#8217;est \u00e9gayant, mais c&#8217;est, somme toute, surprenant: l&#8217;\u00e9poque se tourne vers la verdure, les jardins font \u00e0 nouveau r\u00eaver. Non, \u00e7a n&#8217;a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. Pendant les ann\u00e9es 80, ce qui faisait fureur, rappelons-nous, c&#8217;\u00e9tait la cuisine, promue au rang d&#8217;art \u00e0 part enti\u00e8re, ce qui continue \u00e0 laisser r\u00eaveur&#8230; En ces temps point si \u00e9loign\u00e9s o\u00f9 triomphaient la com&#8217;, la pub&#8217;, et les golden boys, o\u00f9 r\u00e9ussir (financi\u00e8rement, s&#8217;entend) \u00e9tait moral, o\u00f9 les journaux ouvraient leurs pages au cours de la Bourse, c&#8217;\u00e9tait donc le plaisir de la table qui \u00e9tait c\u00e9l\u00e9br\u00e9, et la fermeture d&#8217;un restaurant c\u00e9l\u00e8bre devenait un \u00e9v\u00e9nement gravement trait\u00e9 dans les gazettes. On peut penser qu&#8217;en ces temps nerveux et affol\u00e9s, tout entiers consacr\u00e9s \u00e0 chanter les n\u00e9cessit\u00e9s du &#8221; d\u00e9graissage &#8220;, et les vertus des (non)lois de la jungle, il fallait garder un &#8221; espace &#8220;, pour reprendre un terme qui fit fureur, un &#8221; espace &#8220;&#8230;convivial, o\u00f9 se partageait l&#8217;agr\u00e9ment du repas, o\u00f9 l&#8217;homme cessait d&#8217;\u00eatre un &#8221; battant &#8221; pour devenir un gourmet. En d&#8217;autres termes, c&#8217;est autour de la table que l&#8217;individu fin de si\u00e8cle, somm\u00e9 d&#8217;\u00eatre offensif et cynique, pouvait redevenir hautement civilis\u00e9, et s&#8217;adonner au plaisir de la d\u00e9gustation comment\u00e9e. Merveille, merveille, c&#8217;est termin\u00e9.<\/p>\n<p>Entendons-nous: il est clair qu&#8217;\u00e0 l&#8217;heure de la &#8221; mondialisation &#8220;, en plein Maastricht, au moment donc o\u00f9 chaque pays peut craindre de voir se dissoudre son identit\u00e9 dans une super identit\u00e9 &#8221; europ\u00e9enne &#8220;, il \u00e9tait logique, aussi, de se raccrocher \u00e0 ce qui est, traditionnellement, l&#8217;une des caract\u00e9ristiques fran\u00e7aises: l&#8217;art de vivre, et de manger. Il est \u00e9galement \u00e9vident que la bonne cuisine exige un grand savoir-faire, la connaissance des ingr\u00e9dients, deux \u00e9l\u00e9ments qui la rattachent aux vertus rassurantes de la transmission de l&#8217;h\u00e9ritage. Mais c&#8217;\u00e9tait peut-\u00eatre un peu beaucoup que de transformer les cuisiniers en superstars, et un artisanat en art. Aujourd&#8217;hui, on parle des enfants qui ne mangent pas \u00e0 la cantine parce que c&#8217;est trop cher, on parle de la vache folle et du ma\u00efs transg\u00e9nique, bref, les propos sur la nourriture sont alourdis par la r\u00e9alit\u00e9, les r\u00eaves ne se portent plus sur le luxe, mais sur un bonheur \u00e0 port\u00e9e de main: p\u00e2querettes et g\u00e9ranium, on se fait une passion pour les plantations.<\/p>\n<p> <strong> La nature apprivois\u00e9e contre l&#8217;angoisse de la nature folle <\/strong><\/p>\n<p>Il suffit de lever les yeux: en ville, les balcons aujourd&#8217;hui sont fleuris, mieux, ils commencent \u00e0 s&#8217;enrichir de treillages qui mettent en sc\u00e8ne les plantes, et transforment le balcon en petit salon de verdure. A Paris, de plus en plus d&#8217;expositions pr\u00e9sentent en galerie les travaux de paysagistes, ou de photographes inspir\u00e9s par les jardins. Les visites de jardins priv\u00e9s connaissent un succ\u00e8s consid\u00e9rable. Les \u00e9missions de radio consacr\u00e9es au jardinage ont un taux d&#8217;\u00e9coute exceptionnel. Les journaux, de plus en plus, ont des rubriques jardinage. Bref, c&#8217;est un ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agit l\u00e0 de bien plus que d&#8217;un simple &#8221; retour &#8221; \u00e0 la nature. Ou plus exactement, ne s&#8217;exprime pas l\u00e0 un d\u00e9go\u00fbt de la ville, b\u00e9ton et pollution, ou pas seulement. Il semble bien en effet qu&#8217;apparaissent, dans ce plaisir de jardiner, dans ce bonheur d&#8217;arpenter des parcs, des d\u00e9sirs plus complexes, des sentiments moins attendus. Il y a, d&#8217;abord, le besoin de faire, d&#8217;agir, de produire, pour la seule joie des yeux: c&#8217;est inutile, mais c&#8217;est beau. On ne peut qu&#8217;\u00eatre reconnaissant devant cette recherche d&#8217;un embellissement, d&#8217;un \u00e9gaiement, de nos villes, offert \u00e0 tous, pour rien, pour r\u00e9jouir le regard, lutter contre la tristesse de l&#8217;anonymat et du fonctionnel, affirmer qu&#8217;il y a de l&#8217;humain et donc du r\u00eave. Il y a l\u00e0 aussi, probablement, le besoin de v\u00e9rifier, sourdement, que la nature sait toujours faire son travail, malgr\u00e9 toutes les horreurs dont on est cern\u00e9, de la couche d&#8217;ozone mise \u00e0 mal aux pluies acides, et qu&#8217;on sait l&#8217;accompagner. Contre l&#8217;angoisse de la nature devenue folle \u00e0 cause de nos d\u00e9boisages d\u00e9ments, de nos fum\u00e9es toxiques, et autres avides m\u00e9faits, les fleurs qui poussent sur le balcon rassurent. Parall\u00e8lement, on peut supposer que le contact avec la terre, l&#8217;eau, la verdure, renvoient \u00e0 un pass\u00e9 plus ou moins recompos\u00e9, o\u00f9 chacun aurait eu une chaumi\u00e8re et un lopin, des origines pr\u00e9cises et un avenir simple. Comme souvent, le jardin, m\u00eame minuscule et en bacs Riviera, renvoie alors \u00e0 son origine \u00e9tymologique, puisque le mot vient du persan &#8221; paradis &#8220;. Ceux qui disposent d&#8217;un vrai bout de jardin t\u00e9moignent des m\u00eames aspirations, de fa\u00e7on bien s\u00fbr encore plus flagrante. Le jardin est une \u00eele, le lieu o\u00f9 \u00eatre soi, o\u00f9 exprimer son go\u00fbt de la couleur, le lieu o\u00f9 on se &#8221; ressource &#8221; en se fatiguant comme les a\u00efeux le faisaient, l&#8217;endroit o\u00f9 on sent la continuit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations et l&#8217;\u00e9ternit\u00e9 de la nature. Contre la transformation des paysans en &#8221; gardiens du paysage &#8220;, on devient paysan: le potager, qui fut longtemps cach\u00e9, est maintenant le coeur du jardin, et la fiert\u00e9 du jardinier. Tr\u00e8s joli changement. On dissimulait autrefois ce qui nourrissait, on montre aujourd&#8217;hui qu&#8217;on sait toujours entretenir avec la terre les rapports primordiaux. Le potager, d&#8217;ailleurs, se modifie: on m\u00eale les fleurs et les l\u00e9gumes, on fait pousser certains l\u00e9gumes pour leurs fleurs, etc.<\/p>\n<p> <strong> Le besoin d&#8217;isolement, le go\u00fbt de l&#8217;innocence et de la puret\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Le jardinier amateur prend la rel\u00e8ve du paysan europ\u00e9anis\u00e9, pour maintenir l&#8217;identit\u00e9 du pays, et continuer \u00e0 affirmer une libert\u00e9: celle de travailler le paysage, plut\u00f4t que le garder. Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas, d&#8217;ailleurs, la &#8221; modernit\u00e9 &#8221; d&#8217;appara\u00eetre dans l&#8217;art des jardins: ce qui est aujourd&#8217;hui \u00e0 la mode, c&#8217;est le &#8221; jardin en mouvement &#8220;, pour reprendre l&#8217;expression du paysagiste Gilles Cl\u00e9ment, c&#8217;est la mise en valeur de la friche, et l&#8217;int\u00e9r\u00eat port\u00e9 aux fleurs sauvages. Dans les petits jardins con\u00e7us par les seuls propri\u00e9taires des (modestes) lieux, cela se traduit par une pr\u00e9f\u00e9rence de plus en plus marqu\u00e9e pour une pelouse piqu\u00e9e de fleurs, et l&#8217;exub\u00e9rance de fleurs &#8221; comme en libert\u00e9 &#8220;, au d\u00e9triment des massifs au cordeau qui r\u00e9gnaient autrefois. Le jardin \u00e0 la fran\u00e7aise est bien loin, qui affirmait, dans son trac\u00e9 m\u00eame, l&#8217;absolue pr\u00e9\u00e9minence de l&#8217;homme. L&#8217;homme aujourd&#8217;hui est moins orgueilleux. Il collabore avec la nature, il en salue l&#8217;invention, il cherche davantage \u00e0 profiter de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qu&#8217;\u00e0 la transformer en pur dessin. Bien s\u00fbr, comme toujours, on peut voir dans ce retour aux jardins des mouvements contradictoires: un besoin de &#8221; naturel &#8220;, oppos\u00e9 aux s\u00e9ductions et aux vices de &#8221; l&#8217;artificiel &#8220;, essentiellement technologique; un besoin d&#8217;isolement, cern\u00e9 par les haies et les barri\u00e8res: une nostalgie active&#8230; Bref, un go\u00fbt de &#8221; l&#8217;innocence &#8221; et de la &#8221; puret\u00e9 &#8221; comparable \u00e0 celui qui, dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle, fit s&#8217;\u00e9panouir les &#8221; jardins anglais &#8220;, o\u00f9 l&#8217;homme pouvait communier avec la saine, l&#8217;ancestrale nature. C&#8217;est probable, mais cet engouement durable et actif t\u00e9moigne aussi d&#8217;autres aspirations: l&#8217;envie de s&#8217;\u00e9merveiller lentement, d&#8217;\u00eatre modestement responsable d&#8217;une oeuvre dont on ne peut qu&#8217;\u00eatre co-auteur, le d\u00e9sir de se resituer, corps et t\u00eate, humain sur la Terre, plus compl\u00e8tement, et peut-\u00eatre bien l&#8217;obscure n\u00e9cessit\u00e9 de se rappeler qu&#8217;on est mortel, oui, comme les plantes, soumis \u00e0 des forces qui nous d\u00e9passent, oui, mais qu&#8217;on peut n\u00e9anmoins tenter d&#8217;imposer ses id\u00e9es, ses imaginations, sa libert\u00e9. Le bonheur pris \u00e0 la verdure et aux jardins serait aussi, alors, celui de l&#8217;affirmation \u00e0 nouveau comprise de la menue, splendide grandeur humaine. C&#8217;est beaucoup pour des g\u00e9raniums ? Peut-\u00eatre pas.<\/p>\n<p><strong> Des jardins de la mode <\/strong><\/p>\n<p>De la mode et des jardins, au Palais Galli\u00e9ra. Photos de Frank Horvat, texte de Catherine Join-Dieterl\u00e9, Paris-Mus\u00e9es. Imprimerie nationale, 200p. A l&#8217;occasion de l&#8217;exposition au mus\u00e9e Galli\u00e9ra, Frank Horvat, photographe c\u00e9l\u00e8bre notamment pour ses photos de mode, et Catherine Join-Dieterl\u00e9, conservateur du mus\u00e9e, se sont associ\u00e9s pour offrir un livre splendide,o\u00f9 s&#8217;entrelacent robes et jardins, o\u00f9 se donne \u00e0 voir l&#8217;influence qu&#8217;ont eue les jardins sur les robes des femmes (riches). C&#8217;est magnifique, c&#8217;est passionnant. Car c&#8217;est \u00e9galement un parcours dans l&#8217;\u00e9volution d&#8217;une sensibilit\u00e9 collective, une \u00e9lucidation des liens entre les id\u00e9es d&#8217;un temps et leur transposition dans les jardins et la mode qui, avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et pr\u00e9cision, se proposent ici. Rien de futile, mais rien qui p\u00e8se&#8230;n E. P.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-709","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/709","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=709"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/709\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=709"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=709"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=709"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}