{"id":707,"date":"1997-11-01T00:00:00","date_gmt":"1997-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-procas-necessaire707\/"},"modified":"1997-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-10-31T23:00:00","slug":"un-procas-necessaire707","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=707","title":{"rendered":"Un proc\u00e0s n\u00e9cessaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Le chemin de Vichy<strong> Pour la premi\u00e8re fois, un haut fonctionnaire vichyste est jug\u00e9, ce qui n&#8217;\u00e9tait pas le cas de Paul Touvier, simple milicien, ex\u00e9cutant des basses oeuvres, ni de Klaus Barbie, tortionnaire allemand. <\/strong><\/p>\n<p>Dans le box des accus\u00e9s de la cour d&#8217;assises de la Gironde, cinq hommes auraient d\u00fb prendre place. Ren\u00e9 Bousquet, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la police au minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur de mai 1942 \u00e0 fin 1943; Jean Leguay, son repr\u00e9sentant en zone occup\u00e9e; Maurice Sabatier, pr\u00e9fet r\u00e9gional de Bordeaux de mai 1942 \u00e0 ao\u00fbt 1944; Maurice Papon, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la pr\u00e9fecture de la Gironde \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode; et Norbert Techoueyres, commissaire de police \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<p>Maurice Papon compara\u00eet seul. Tous les autres, accus\u00e9s comme lui de &#8221; crimes contre l&#8217;humanit\u00e9 &#8220;, sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. L&#8217;affaire ne trouve son aboutissement aujourd&#8217;hui qu&#8217;au terme de seize ans de proc\u00e9dure. Seize ans durant lesquels les parties civiles, parents des victimes ou repr\u00e9sentants d&#8217;associations, ont d\u00fb \u00e9viter de multiples chausse-trappes. Tout a \u00e9t\u00e9 fait, souvent dans l&#8217;ombre, et parfois au plus haut niveau de l&#8217;Etat, pour que le proc\u00e8s des hauts fonctionnaires vichystes n&#8217;ait pas lieu. Les lenteurs et complications de la justice ont t\u00e9moign\u00e9 de la &#8221; mauvaise conscience &#8221; fran\u00e7aise ou de la volont\u00e9 de certains milieux de ne pas r\u00e9ouvrir le dossier de cette p\u00e9riode noire de notre histoire.<\/p>\n<p> <strong> Un des acteurs fran\u00e7ais de la Solution finale <\/strong><\/p>\n<p>Cependant, le proc\u00e8s de Maurice Papon a lieu. S&#8217;agit-il de la r\u00e9ouverture d&#8217;un dossier ou de son ouverture ? Pour la premi\u00e8re fois, un haut fonctionnaire vichyste est jug\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois en France, on juge un homme qui a \u00e9t\u00e9 un des acteurs fran\u00e7ais de la Solution finale. En effet, si des collaborateurs ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s et condamn\u00e9s \u00e0 la Lib\u00e9ration ou dans les ann\u00e9es qui suivirent, aucun ne le fut pour sa participation \u00e0 la Shoah. Pourtant, la situation de la France \u00e9tait singuli\u00e8re. C&#8217;\u00e9tait le seul pays occup\u00e9 \u00e0 disposer d&#8217;un gouvernement national contr\u00f4lant une administration, une police et des forces de s\u00e9curit\u00e9, non seulement en zone libre, mais \u00e9galement en zone occup\u00e9e. Ainsi, la d\u00e9portation des juifs \u00e0 partir de la France fut-elle le fait d&#8217;un Etat ind\u00e9pendant. Celui-ci a d&#8217;ailleurs su devancer l&#8217;Allemagne nazie en \u00e9tablissant de son propre chef, d\u00e8s l&#8217;automne 1940, un statut des juifs les excluant de certaines professions, leur \u00f4tant tout droit de citoyen, les livrant \u00e0 l&#8217;internement arbitraire.<\/p>\n<p>Vichy, gr\u00e2ce \u00e0 ce statut et au d\u00e9cha\u00eenement d&#8217;une propagande antis\u00e9mite pire que celle qu&#8217;on avait connue au moment de l&#8217;affaire Dreyfus, pr\u00e9parait les esprits \u00e0 des mesures d\u00e9finitives. Le recensement des juifs, la centralisation des listes d&#8217;\u00e9trangers d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablies par les gouvernements de la d\u00e9faite allaient permettre, le moment voulu, l&#8217;arrestation, l&#8217;internement dans des camps de transit comme Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Drancy, M\u00e9rignac, Gurs, les Milles&#8230;de 76 000 hommes, femmes, enfants, leur d\u00e9portation et leur massacre.<\/p>\n<p>Le camp de M\u00e9rignac \u00e9tait sous la responsabilit\u00e9 de la pr\u00e9fecture de la Gironde. Il \u00e9tait administr\u00e9 par des Fran\u00e7ais, et gard\u00e9 par eux. Le service des questions juives de cette m\u00eame pr\u00e9fecture \u00e9tait sous la responsabilit\u00e9 de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral. Entre 1942 et 1944, celui-ci s&#8217;appelait Maurice Papon. C&#8217;est lui, jeune fonctionnaire de 32 ans, qui remit aux Allemands les listes des juifs recens\u00e9s. C&#8217;est lui qui mobilisait la police pour les arr\u00eater par familles enti\u00e8res. C&#8217;est lui qui ordonnait leur transfert \u00e0 Drancy. L&#8217;acte d&#8217;accusation de 169 pages, qui a \u00e9t\u00e9 lu \u00e0 la mi-octobre, d\u00e9taille les faits de ce personnage: onze convois, partis de la gare Saint-Jean de Bordeaux. Des centaines de wagons emportant vers la mort 1 560 personnes, dont plus de deux cents mineurs. Aucun n&#8217;en est revenu.<\/p>\n<p> <strong> &#8221; Destination inconnue &#8221; un synonyme pour d\u00e9portation <\/strong><\/p>\n<p>Au cours du proc\u00e8s, on d\u00e9battra de ce que savait ou ne savait pas Maurice Papon et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, Vichy, de la destination finale des juifs qu&#8217;il remettait aux Allemands. Les historiens, l\u00e0-dessus, sont divis\u00e9s. Les responsables politiques et administratifs de l&#8217;\u00e9poque, \u00e9videmment, affirment qu&#8217;ils ne savaient rien. Maurice Papon l&#8217;a dit lui-m\u00eame: &#8221; Drancy on sait. Auschwitz, on ne savait pas.&#8221; Mais lui-m\u00eame a reconnu, au cours de l&#8217;instruction, qu&#8217;\u00e0 partir de juillet 1942, il lui \u00e9tait \u00e9vident que Drancy n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une \u00e9tape et que les juifs \u00e9taient d\u00e9port\u00e9s &#8221; vers l&#8217;Est &#8220;. En octobre de la m\u00eame ann\u00e9e, son subordonn\u00e9, Pierre Garat, responsable du service des questions juives, lui avait d&#8217;ailleurs transmis une note \u00e9crite dans laquelle figurait, en toutes lettres, le terme: d\u00e9portation. Un point est donc acquis: l&#8217;ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la pr\u00e9fecture de la Gironde savait que les juifs qu&#8217;il faisait arr\u00eater \u00e9taient d\u00e9port\u00e9s au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du pays. Le crime contre l&#8217;humanit\u00e9 est donc constitu\u00e9, dont la d\u00e9finition repose entre autres sur la d\u00e9portation.<\/p>\n<p>Mais il n&#8217;est pas indiff\u00e9rent qu&#8217;\u00e0 l&#8217;occasion de ces d\u00e9bats, la lumi\u00e8re soit faite sur la connaissance qu&#8217;avait Vichy de la solution finale. Les hommes de la collaboration pouvaient-ils ignorer ce que savait la R\u00e9sistance ? Or, c&#8217;est en octobre 1942 qu&#8217;un tract du Parti communiste fran\u00e7ais, clandestin, r\u00e9v\u00e9la que, parmi les juifs arr\u00eat\u00e9s lors des rafles de juillet, onze mille hommes, femmes et enfants avaient \u00e9t\u00e9 gaz\u00e9s en Pologne. A la m\u00eame \u00e9poque, le gouvernement polonais en exil \u00e0 Londres rendit publiques des informations \u00e9manant de la r\u00e9sistance polonaise, sur les ex\u00e9cutions massives, notamment \u00e0 Auschwitz. D\u00e8s 1941 d&#8217;ailleurs, Radio-Moscou avait alert\u00e9 l&#8217;opinion internationale sur les exactions sanglantes des kommandos sp\u00e9ciaux en Bi\u00e9lorussie, en Lithuanie et en Ukraine. Il est donc inconcevable que de hauts responsables de Vichy aient pu ignorer qu&#8217;apr\u00e8s Drancy, c&#8217;\u00e9tait la mort.<\/p>\n<p>Au reste, qui pouvait croire que des enfants et des vieillards \u00e9taient regroup\u00e9s \u00e0 l&#8217;Est pour travailler ? Qui pouvait croire que les enfants arrach\u00e9s \u00e0 leurs parents lors des premi\u00e8res rafles et d\u00e9port\u00e9s apr\u00e8s, rejoindraient leurs familles ? Qui pouvait le croire, alors qu&#8217;on affirmait qu&#8217;ils partaient pour une &#8221; destination inconnue &#8221; ?<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s de Bordeaux est le proc\u00e8s d&#8217;un homme. Mais cet homme \u00e9tait l&#8217;agent d\u00e9vou\u00e9, z\u00e9l\u00e9 et responsable d&#8217;un r\u00e9gime. Ce n&#8217;\u00e9tait pas un id\u00e9ologue, \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un Xavier Vallat ou d&#8217;un Brasillach. Il n&#8217;avait pas besoin d&#8217;\u00eatre antis\u00e9mite pour envoyer des juifs \u00e0 la mort. Il lui suffisait d&#8217;\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il se faisait de l&#8217;Etat. C&#8217;est pire. Car Papon avait servi avant Vichy et il allait servir apr\u00e8s. Et pas n&#8217;importe o\u00f9. On le retrouvera pr\u00e9fet de police \u00e0 Paris, dirigeant la sanglante r\u00e9pression des Alg\u00e9riens en octobre 1961 et des manifestants de Charonne en f\u00e9vrier 1962. Comme entre 1942 et 1944, en 1961 et 1962, le nom de ses victimes n&#8217;\u00e9tait jamais plus que quelques lignes sur un rapport.<\/p>\n<p>Il fallut attendre 1981 pour que, devenu ministre du Budget, Papon soit rattrap\u00e9 par l&#8217;histoire. Comment cela se fait-il ? On attend de ce proc\u00e8s qu&#8217;il dise aussi, l\u00e0-dessus, la v\u00e9rit\u00e9. La d\u00e9cision, exceptionnelle, de remettre l&#8217;accus\u00e9 en libert\u00e9 trois jours apr\u00e8s le d\u00e9but des audiences montre que tout le monde ne l&#8217;entend pas ainsi. D\u00e9cid\u00e9ment, Vichy, ce n&#8217;est pas encore tout \u00e0 fait du pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Le chemin de Vichy <\/strong><\/p>\n<p>Le racisme, la x\u00e9nophobie des ann\u00e9es quarante font suite au racisme, \u00e0 la x\u00e9nophobie des ann\u00e9es trente. Le d\u00e9cret-loi du 2 mai 1938 &#8211; deux ans avant la d\u00e9faite &#8211; sur &#8221; la police des \u00e9trangers &#8221; stipule que &#8221; pour d\u00e9celer et identifier les \u00e9trangers clandestins et ceux qui ne sont pas en r\u00e8gle, il nous a paru indispensable d&#8217;\u00e9tendre \u00e0 tout logeur, professionnel ou b\u00e9n\u00e9vole, l&#8217;obligation de d\u00e9clarer qu&#8217;il h\u00e9berge un \u00e9tranger &#8220;. Le gouvernement Daladier, dirigeant du Parti radical, va plus loin: le 12 novembre 1938, un nouveau d\u00e9cret pr\u00e9cise &#8221; les conditions de l&#8217;assignation \u00e0 r\u00e9sidence et de l&#8217;internement &#8221; des \u00e9trangers. Pour ceux qui pr\u00e9sentent &#8221; un p\u00e9ril pour l&#8217;ordre public &#8221; &#8211; les &#8221; subversifs &#8220;, autrement dit les &#8221; Rouges &#8221; &#8211; il est cr\u00e9\u00e9 des &#8221; centres sp\u00e9ciaux o\u00f9 (ils feront) l&#8217;objet d&#8217;une surveillance permanente &#8220;. Les premiers camps de concentration sont n\u00e9s en janvier 1939. Et pourtant nous sommes encore &#8221; en R\u00e9publique &#8220;&#8230; Toutes ces mesures sont bruyamment approuv\u00e9es par la presse et les hommes politiques de droite. Depuis des ann\u00e9es, face \u00e0 la crise, ils d\u00e9veloppent une campagne d&#8217;une violence inou\u00efe contre les &#8221; \u00e9trangers ind\u00e9sirables &#8220;, les &#8221; m\u00e9t\u00e8ques &#8220;, contre les juifs \u00e9galement, coupables de tous les m\u00e9faits, qu&#8217;il faut \u00e9carter de la vie publique, en attendant de la vie tout court.<\/p>\n<p>Par Jean L\u00e9vy*<\/p>\n<p>* A publi\u00e9 avec Simon Pi\u00e9tri De la R\u00e9publique \u00e0 l&#8217;Etat fran\u00e7ais 1930-1940, l&#8217;Harmattan, 1996.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-707","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/707","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=707"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/707\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=707"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=707"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=707"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}