{"id":7069,"date":"2013-10-04T12:32:09","date_gmt":"2013-10-04T10:32:09","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/au-chili-resurgit-une-memoire-que7069\/"},"modified":"2013-10-04T12:32:09","modified_gmt":"2013-10-04T10:32:09","slug":"au-chili-resurgit-une-memoire-que7069","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=7069","title":{"rendered":"Au Chili resurgit \u00ab une m\u00e9moire que la dictature a voulue briser \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dans <em>Chili 1970-1973, Mille jours qui \u00e9branl\u00e8rent le monde<\/em> (Presses Universitaires de Rennes, 2013), Franck Gaudichaud, sp\u00e9cialiste du Chili et des mouvements sociaux en Am\u00e9rique Latine, nous invite \u00e0 renouveler notre vision d\u2019un \u00e9pisode qui a marqu\u00e9 la gauche mondiale. A quarante ans du coup d\u2019Etat, et \u00e0 l\u2019approche de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, il \u00e9voque pour nous le Chili actuel, et la m\u00e9moire brulante du \u00ab pouvoir populaire \u00bb. Entretien.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr.<\/strong> <em> <strong>En quoi votre livre s\u2019inscrit-il dans une \u00ab r\u00e9novation historiographique en profondeur \u00bb de l\u2019histoire de l\u2019Unit\u00e9 Populaire ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p><strong>Franck Gaudichaud.<\/strong> Au point de d\u00e9part de ce livre issu d\u2019une th\u00e8se de doctorat en science politique, il y a d\u2019abord un paradoxe qui m\u2019est apparu en r\u00e9visant la bibliographie sur l\u2019Unit\u00e9 Populaire [<em>nous noterons \u00ab UP \u00bb, ndlr<\/em>]. Je me suis aper\u00e7u qu\u2019il y avait une litt\u00e9rature abondante sur les directions des partis politiques de l\u2019UP, leurs programmes, les conflits qui les opposaient au sein du parlement, l\u2019intervention imp\u00e9rialiste des Etats-Unis, alors que tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9tudes avaient \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es au mouvement populaire en tant que tel. Celui-ci appara\u00eet souvent comme un acteur effac\u00e9. C\u2019est pourquoi j\u2019ai voulu consid\u00e9rer le processus politique \u00ab par en bas \u00bb, en me concentrant sur ce qu\u2019il se passait dans les usines, dans les quartiers populaires, dans ce qui s\u2019appelait alors le \u00ab pouvoir populaire \u00bb. C\u2019est donc sous cet angle-l\u00e0 que je m\u2019int\u00e9resse aux partis, au gouvernement Allende, et \u00e0 ses conflits. D\u2019autre part deux livres datant de 1974 ont attir\u00e9 mon attention sur cette piste de recherche : <em>Le Chili sous Allende<\/em>, \u00e9crit dans l\u2019urgence par Alain Joxe, dans lequel l\u2019auteur remarque l\u2019absence d\u2019analyses \u00e0 chaud sur les formes de pouvoir populaire ; et <em>Le Chili est proche<\/em>, de Maurice Najman, l\u2019un des rares ouvrages \u00e0 mettre en avant le pouvoir populaire. Trente ans apr\u00e8s, ce champ de la recherche \u00e9tait encore quasiment inexplor\u00e9.<\/p>\n<p><em> <strong>Qu\u2019entendez-vous par \u00ab pouvoir populaire \u00bb ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de d\u00e9finition ferm\u00e9e du \u00ab pouvoir populaire \u00bb. Cette expression fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des tentatives d\u2019autogestion partielles ou plus compl\u00e8tes de la production, mais aussi du ravitaillement, de la d\u00e9fense de quartiers ou d\u2019entreprises. Ces exp\u00e9riences localis\u00e9es vont parfois jusqu\u2019\u00e0 cr\u00e9er un double-pouvoir : le pouvoir populaire entre alors en concurrence avec les pouvoirs constitu\u00e9s. C\u2019est pourquoi je parle de <em>\u00ab pouvoir populaire constituant \u00bb<\/em>, pour le diff\u00e9rencier des pouvoirs constitu\u00e9s que sont les institutions, le gouvernement, les syndicats, et les partis, souvent d\u00e9bord\u00e9s. C\u2019est cette relation conflictuelle entre le gouvernement Allende et le mouvement populaire qui est au centre de mon \u00e9tude. Il ne faut cependant pas perdre de vue que ces exp\u00e9riences d\u2019auto-organisation ne sont pas une particularit\u00e9 du Chili : elles ont pris des aspects sp\u00e9cifiques sous l\u2019UP, mais on les retrouve \u00e0 Cuba, en Chine, et dans tous les grands mouvements r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p><em> <strong>Comment expliquez-vous l\u2019\u00e9chec de \u00ab la voie chilienne au socialisme \u00bb ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est un d\u00e9bat strat\u00e9gique qui a agit\u00e9 et divis\u00e9 la gauche mondiale \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et qui continue encore aujourd\u2019hui. Le pari d\u2019Allende consistait d\u2019une part \u00e0 croire en la possibilit\u00e9 d\u2019une transition graduelle, d\u00e9mocratique et l\u00e9galiste au socialisme ; et d\u2019autre part \u00e0 faire confiance au constitutionnalisme des forces arm\u00e9es. Une grande partie de la gauche a cru qu\u2019elles allaient respecter le suffrage universel. De ce point de vue la d\u00e9faite est \u00e9vidente : elle a \u00e9t\u00e9 reconnue par un des piliers du gouvernement, le Parti Communiste, dont le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral en 1974 parle de <em>\u00ab vide historique \u00bb<\/em>. Mais il y a aussi un ensemble de facteurs qui ont particip\u00e9 \u00e0 cette d\u00e9faite. Outre l\u2019intervention imp\u00e9rialiste de la CIA, aujourd\u2019hui bien document\u00e9e, Allende a d\u00fb faire face \u00e0 un blocage institutionnel : il \u00e9tait minoritaire au Parlement, et avait l\u2019ensemble des corps constitu\u00e9s contre lui. Pourtant, au nom du l\u00e9galisme, il n\u2019a pas voulu s\u2019appuyer davantage sur le pouvoir populaire. D\u2019autre part, la gauche r\u00e9volutionnaire, celle du MIR [Mouvement de la gauche r\u00e9volutionnaire, <em>ndlr<\/em>] et de la gauche du PS, n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9laborer un projet politique alternatif cons\u00e9quent. Je reprends donc \u00e0 mon compte une argumentation du sociologue chilien Tom\u00e1s Moulian, selon laquelle l\u2019UP a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 une double incapacit\u00e9 : ni les r\u00e9formistes ni les r\u00e9volutionnaires n\u2019ont r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9viter le coup d\u2019Etat.<\/p>\n<p><em> <strong>Comment interpr\u00e9tez-vous le contraste saisissant entre la manifestation massive de soutien \u00e0 Allende le 4 septembre 1973, pour f\u00eater les trois ans de son \u00e9lection, et l\u2019h\u00e9catombe du 11 septembre ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est la preuve qu\u2019\u00e0 ce stade \u00ab la voie chilienne au socialisme \u00bb \u00e9tait dans l\u2019impasse. Il y avait 800 000 personnes dans les rues de Santiago le 4 septembre 1973, dans une capitale qui comptait trois millions d\u2019habitants, ce qui est impressionnant. Au-del\u00e0 de leur soutien \u00e0 Allende, certains demandaient la fermeture du \u00ab parlement bourgeois \u00bb, des secteurs minoritaires appelaient \u00e0 l\u2019armement de la classe ouvri\u00e8re, et tous scandaient <em>\u00ab crear, crear poder popular \u00bb<\/em> [<em>\u00ab cr\u00e9er, cr\u00e9er, le pouvoir populaire \u00bb<\/em>, <em>ndlr<\/em>]. Et malgr\u00e9 tout, quelques jours plus tard, en quarante-huit heures le coup d\u2019Etat \u00e9crase le processus r\u00e9volutionnaire. Pourquoi ? Parce que la r\u00e9volution \u00e9tait d\u00e9sarm\u00e9e. Sur ce point la gauche a fait preuve d\u2019aveuglement, car au moment o\u00f9 elle martelait le mot d\u2019ordre \u00ab non \u00e0 la guerre civile \u00bb, celle-ci avait tacitement d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. On touche alors \u00e0 la question \u00e9pineuse de la violence politique : quelle violence populaire opposer \u00e0 la violence des forces arm\u00e9es ?<\/p>\n<p><em> <strong>Allende a-t-il envisag\u00e9 la voie arm\u00e9e ?<\/strong> <\/em>  <\/p>\n<p>Il l\u2019a dit dans plusieurs discours, mais ils sont peu nombreux. Allende avait une vision politique profond\u00e9ment l\u00e9galiste et pacifiste. C\u2019\u00e9tait un parlementaire-n\u00e9 : il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident du s\u00e9nat, ministre, et parlementaire toute sa vie. Il est \u00e0 l\u2019origine, avec le PC, de la consigne \u00ab consolider pour avancer \u00bb : c\u2019est pourquoi jusqu\u2019au bout il a tent\u00e9 de trouver des accords avec la D\u00e9mocratie Chr\u00e9tienne [nous noterons \u00ab DC \u00bb, <em>ndlr<\/em>]. Mais la DC \u00e9tait politiquement dirig\u00e9e par des secteurs de plus en plus droitiers, oligarchiques, dont l\u2019obsession croissante \u00e9tait la d\u00e9fense de la propri\u00e9t\u00e9 des grands moyens de production. Elle s\u2019est syst\u00e9matiquement oppos\u00e9e aux nationalisations et \u00e0 l\u2019extension de l\u2019Aire de Propri\u00e9t\u00e9 Sociale [entreprises nationalis\u00e9es par l\u2019UP, ndlr]. De cette mani\u00e8re la DC a jou\u00e9 un r\u00f4le de pivot pour pr\u00e9parer le coup d\u2019Etat. Dans les derni\u00e8res semaines, elle a fait savoir \u00e0 Allende qu\u2019elle n\u2019accepterait le dialogue qu\u2019\u00e0 condition qu\u2019il mette en place un gouvernement militaire, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il limoge tous les civils du gouvernement. Cette fuite en avant remet radicalement en cause le mythe \u2013 tenace au Chili \u2013 du centre politique, et du pr\u00e9tendu \u00ab sectarisme \u00bb dont Allende aurait fait preuve. Celui-ci pensait aussi pouvoir \u00e9viter la guerre civile en convoquant un r\u00e9f\u00e9rendum en septembre, tout en sachant qu\u2019il allait le perdre, car aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de mars 1973 l\u2019UP n\u2019avait remport\u00e9 que 44% des voix. Mais il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop tard : les forces arm\u00e9es et la bourgeoisie \u00e9taient \u00e0 l\u2019offensive, et elles ne voulaient pas seulement \u00e9craser Allende, mais aussi r\u00e9duire au silence tous ceux qui se mobilisaient au nom de leur gouvernement, et qui le d\u00e9bordaient.<\/p>\n<p><em> <strong>Sous l\u2019UP le PC a milit\u00e9 pour le maintien du dialogue avec la DC. Aujourd\u2019hui les deux partis cohabitent au sein d\u2019une coalition \u00e9lectorale \u2013 la Nueva Mayoria \u2013 dont la candidate aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de novembre prochain est Michelle Bachelet. Cette \u00e9volution est-elle logique avec l\u2019histoire du PC?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>L\u2019histoire du PC chilien n\u2019est pas lin\u00e9aire. Pendant la dictature il a pris un virage \u00e0 quatre-vingt-dix degr\u00e9s en adoptant la politique de <em>\u00ab r\u00e9bellion populaire de masses \u00bb<\/em>, qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le contre-pied de <em>\u00ab la voie chilienne au socialisme \u00bb<\/em>. Pendant plusieurs ann\u00e9es le PC a cru qu\u2019il \u00e9tait possible de faire tomber la dictature par la voie insurrectionnelle. Puis, suite au r\u00e9f\u00e9rendum de 1988, le PC s\u2019est rapproch\u00e9 des secteurs les plus mod\u00e9r\u00e9s, notamment de la DC, pour participer clandestinement \u00e0 la transition pact\u00e9e chilienne dont il \u00e9tait officiellement exclu. Aujourd\u2019hui on assiste \u00e0 un retournement de l\u2019histoire, puisqu\u2019il c\u00f4toie dans la <em>Nueva Mayoria<\/em> le Parti D\u00e9mocrate-Chr\u00e9tien, dont l\u2019ADN politique \u2013 y compris au niveau mondial \u2013 est l\u2019anticommunisme. Cette strat\u00e9gie n\u2019est pas nouvelle : dans les ann\u00e9es 1970, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PC Italien, Enrico Berlinguer, tirant les conclusions de la chute d\u2019Allende, forgea la strat\u00e9gie dite du \u00ab compromis historique \u00bb, selon laquelle l\u2019alliance avec la DC \u00e9tait indispensable pour commencer une transition. Il y a donc bien une logique historique dans ce revirement du PC chilien.<\/p>\n<p><em> <strong>Selon vous le mouvement ouvrier a su profiter de l\u2019appel d\u2019air cr\u00e9\u00e9 par le gouvernement d\u2019Allende pour accentuer ses mobilisations. Le retour probable de la socialiste Michelle Bachelet au pouvoir peut-il cr\u00e9er un appel d\u2019air similaire?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>En aucun cas. La conjoncture est trop diff\u00e9rente. A l\u2019\u00e9poque Allende est \u00e0 la t\u00eate d\u2019un parti ancr\u00e9 dans le mouvement ouvrier, qui se d\u00e9finit comme marxiste-l\u00e9niniste avec des tendances gu\u00e9varistes et dont la politique est \u00e0 gauche de celle du PC. Ce dernier est un des plus puissants d\u2019Am\u00e9rique Latine, un parti de masse implant\u00e9 dans les syndicats, dans les classes populaires, et aux perspectives marxistes. Aujourd\u2019hui, la Concertation \u2013 dans ses nouveaux habits de <em>Nueva Mayoria<\/em> \u2013 s\u2019inscrit dans ce qu\u2019on pourrait appeler un \u00ab social-n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00bb tr\u00e8s avanc\u00e9. Pendant vingt ans elle a administr\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage \u00e9conomique et institutionnel de Pinochet, incarn\u00e9 dans la Constitution de 1980, toujours en vigueur. Bachelet ne va pas cr\u00e9er un appel d\u2019air en faveur des mobilisations sociales, elle va au contraire servir \u00e0 fomenter un contr\u00f4le social dans une p\u00e9riode de forte agitation, c\u2019est pourquoi la SOFOFA [association patronale du secteur industriel chilien, <em>ndlr<\/em>] la soutient. Le plus dramatique c\u2019est qu\u2019\u00e0 plus de deux ans des grandes mobilisations de la jeunesse le PC va jouer le jeu de l\u2019amortissement social. Pour autant, compte-tenu de l\u2019\u00e9tat du mouvement social et de ses relations avec les partis, il est tr\u00e8s peu probable que Bachelet r\u00e9ussisse \u00e0 stabiliser la situation. Il y aura de grandes mobilisations sociales sous Bachelet, mais ce ne sera pas un appel d\u2019air comme sous Allende. Celui-ci donnait une orientation aux mouvements sociaux pour aller vers le socialisme. Sous Bachelet les mouvements sociaux seront contre le gouvernement.<\/p>\n<p><em> <strong>Cette autonomie des mouvements sociaux est-elle un signe de vitalit\u00e9 d\u2019une m\u00e9moire citoyenne du \u00ab pouvoir populaire \u00bb ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Dans les derni\u00e8res grandes manifestations on a effectivement vu resurgir les portraits des grandes figures du mouvement ouvrier et r\u00e9volutionnaire chilien et latino-am\u00e9ricain, d\u2019Allende au Che, en passant par Miguel Enr\u00edquez ou Clotario Blest. On a aussi entendu des consignes telles que <em>\u00ab crear, crear, poder popular \u00bb<\/em>. Il est clair que ces mots d\u2019ordre restent extr\u00eamement minoritaires, mais il semblerait que l\u2019on assiste \u00e0 un retour de flamme d\u2019une m\u00e9moire historique que la dictature a voulue briser. Cette r\u00e9surgence est \u00e9vidente si l\u2019on consid\u00e8re les perspectives politiques du mouvement social : lorsque les \u00e9tudiants proposent la nationalisation du cuivre pour financer l\u2019\u00e9ducation publique, n\u2019est-ce pas le retour d\u2019Allende par excellence ? Ils appellent \u00e0 mettre fin au mod\u00e8le de Pinochet dans l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, les retraites, veulent convoquer une Assembl\u00e9e Constituante\u2026 C\u2019est un mouvement extr\u00eamement politis\u00e9, et tr\u00e8s critique vis-\u00e0-vis de la politique institutionnelle.<\/p>\n<p><em> <strong>Vous d\u00e9crivez la dictature comme \u00ab une plaie historique jamais referm\u00e9e, celle d\u2019un pass\u00e9 trop vite enfoui \u00bb. Qu\u2019entendez-vous par l\u00e0 ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>A tous les \u00e9tages de la d\u00e9mocratie \u00ab de basse intensit\u00e9 \u00bb chilienne on rencontre la dictature. Prenons le th\u00e8me des droits de l\u2019homme : il y a eu quelques proc\u00e8s, mais les civils et les \u00e9lites \u00e9conomiques n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s par la justice. Sur le plan constitutionnel, il y a eu des r\u00e9formes, mais pas d\u2019Assembl\u00e9e Constituante. Le g\u00e9nie de Jaime Guzm\u00e1n, l\u2019architecte de la Constitution de 1980, a consist\u00e9 \u00e0 penser la survie du mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral chilien au-del\u00e0 de la dictature. C\u2019est pourquoi la plaie ne se referme pas. Seules de grandes mobilisations sociales, de grands mouvements sociaux pourront la faire cicatriser, car il est impossible de r\u00e9former ce syst\u00e8me. Bachelet a largement gauchi son programme pr\u00e9sidentiel : elle parle d\u2019\u00e9ducation gratuite, de r\u00e9forme constitutionnelle, des in\u00e9galit\u00e9s sociales, mais toujours dans le cadre du syst\u00e8me. Or pour proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9forme constitutionnelle il faudrait arriver \u00e0 un accord avec la droite dans le parlement de la Constitution et du syst\u00e8me binominal. Cela condamne le Chili \u00e0 rester dans les limites de la fameuse d\u00e9mocratie du consensus, alors que c\u2019est de d\u00e9saccord que le pays a besoin. Et ce d\u00e9saccord, aujourd\u2019hui, c\u2019est la jeunesse qui lui insuffle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans <em>Chili 1970-1973, Mille jours qui \u00e9branl\u00e8rent le monde<\/em> (Presses Universitaires de Rennes, 2013), Franck Gaudichaud, sp\u00e9cialiste du Chili et des mouvements sociaux en Am\u00e9rique Latine, nous invite \u00e0 renouveler notre vision d\u2019un \u00e9pisode qui a marqu\u00e9 la gauche mondiale. A quarante ans du coup d\u2019Etat, et \u00e0 l\u2019approche de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, il \u00e9voque pour nous le Chili actuel, et la m\u00e9moire brulante du \u00ab pouvoir populaire \u00bb. Entretien.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[320,293],"class_list":["post-7069","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-web","tag-amerique-latine","tag-entretien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7069","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7069"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7069\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7069"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7069"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7069"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}