{"id":699,"date":"1997-10-01T00:00:00","date_gmt":"1997-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/connexions699\/"},"modified":"1997-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-09-30T22:00:00","slug":"connexions699","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=699","title":{"rendered":"Connexions"},"content":{"rendered":"<p>C&#8217;est l&#8217;un des privil\u00e8ges des soci\u00e9t\u00e9s dont l&#8217;histoire est longue, de permettre que s&#8217;\u00e9tablissent d&#8217;inattendues g\u00e9n\u00e9alogies d&#8217;id\u00e9es ou de pratiques. C&#8217;est \u00e0 ce travail de filiation que s&#8217;est livr\u00e9 Pierre Musso avec T\u00e9l\u00e9communications et philosophie des r\u00e9seaux. La post\u00e9rit\u00e9 paradoxale de Saint-Simon (1), ouvrage dans lequel il a mis en oeuvre ses savoirs de philosophe, d&#8217;ing\u00e9nieur des T\u00e9l\u00e9communications et de docteur en sciences politiques. Un carrefour de cultures pour traiter historiquement d&#8217;un syst\u00e8me de parent\u00e9 ainsi r\u00e9sum\u00e9: &#8221; De Saint-Simon \u00e0 Internet &#8220;, c&#8217;est-\u00e0-dire d&#8217;un ensemble de territoires o\u00f9 sont activ\u00e9es quelques-unes des probl\u00e9matiques cruciales du temps pr\u00e9sent, la &#8221; soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;information et de communication &#8220;, ses origines, ses effets \u00e9conomiques, politiques, sociaux, culturels qui sont en cours d&#8217;\u00e9valuation permanente. Pierre Musso entreprend donc un retour \u00e0 Saint-Simon (Claude Henry de Rouvroy, comte de, 1760-1825) sur ce constat: &#8221; Aujourd&#8217;hui, tout est r\u00e9seau.&#8221; [&#8230;]<\/p>\n<p>Pour interroger cette notion, il faut paradoxalement s&#8217;\u00e9loigner de cette omnipr\u00e9sence contemporaine du r\u00e9seau, et faire un long d\u00e9tour, c&#8217;est-\u00e0-dire un retour \u00e0 la philosophie de Saint-Simon &#8220;. Si ce dernier n&#8217;a pas lui-m\u00eame employ\u00e9 le terme &#8221; r\u00e9seau &#8220;, il est cependant au coeur de la doctrine d\u00e9velopp\u00e9e par ses disciples pour qui les principes de circulation et de connexion (donc de communication et d&#8217;\u00e9change) sont fondamentaux, et op\u00e9rationnels en termes de structuration de la vie \u00e9conomique et sociale. Une fois \u00e9cart\u00e9s les aspects organicistes et religieux de la pens\u00e9e saint-simonienne, aujourd&#8217;hui irrecevables, elle constitue sans doute un rep\u00e8re historique dans l&#8217;\u00e9volution des th\u00e9ories sociales utopiques, non ou pr\u00e9-marxistes. A ce titre, elle exerce encore une influence non n\u00e9gligeable, comme le prouve la cr\u00e9ation, en 1980-1981, de la Fondation Saint-Simon qui regroupe des personnalit\u00e9s de l&#8217;appareil d&#8217;Etat, du monde industriel, universitaire, m\u00e9diatique, politique, syndical. La r\u00e9flexion de Pierre Musso op\u00e8re ainsi entre le p\u00f4le entreprise publique et le p\u00f4le industrie priv\u00e9e, entre monopole et privatisation o\u00f9 se jouent r\u00e9gulation et d\u00e9r\u00e9gulation des syst\u00e8mes de t\u00e9l\u00e9communications, et leur histoire.<\/p>\n<p>En une suite de chapitres passionnants, Pierre Musso aborde cette histoire (2), et ses interpr\u00e9tations symboliques, montrant comment &#8221; la matrice saint-simonienne &#8221; est toujours \u00e0 l&#8217;oeuvre. Il s&#8217;attache aussi \u00e0 l&#8217;analyse de la &#8221; soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;information &#8220;, version num\u00e9rique et multim\u00e9dia du mythe saint-simonien de &#8221; l&#8217;association universelle &#8220;, dans laquelle certains voient la promesse d&#8217;une &#8221; soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9gaux &#8220;, d&#8217;une &#8221; d\u00e9mocratie plan\u00e9taire &#8220;, l&#8217;illusion d&#8217;une mutation sociale qui serait &#8221; r\u00e9duite \u00e0 la multiplication des r\u00e9seaux techniques et \u00e0 leur &#8221; convergence &#8221; multim\u00e9dia &#8220;. Mise en garde contre les utopies que produisent la mise en oeuvre des NTIC (Nouvelles technologies de l&#8217;information et de la communication) et l&#8217;usage des &#8221; autoroutes de l&#8217;information &#8220;, ainsi du &#8221; gouvernement \u00e9lectronique &#8221; \u00e9voqu\u00e9 par le vice-pr\u00e9sident am\u00e9ricain, Al Gore, en 1994 o\u00f9 &#8221; le futur social est d\u00e9fini par la r\u00e9volution technique en cours &#8220;. Et cet avertissement qui a d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 ses premi\u00e8res v\u00e9rifications: &#8220;&#8230;nous croyons \u00eatre parvenus avec les &#8221; autoroutes de l&#8217;information &#8220;, au sommet de la roche tarp\u00e9ienne de la symbolique surcharg\u00e9e des r\u00e9seaux et de leur r\u00e9gulation. En acc\u00e9dant au versant glorieux qui m\u00e8ne au Capitole d&#8217;une religion consensuelle et universalisante, appara\u00eet le versant conflictuel que met en sc\u00e8ne la guerre \u00e9conomique de la communication, laissant tomber de nombreux &#8221; cadavres &#8221; &#8220;.<\/p>\n<p>1. Pierre Musso, T\u00e9l\u00e9communications et philosophie des r\u00e9seaux.La post\u00e9rit\u00e9 paradoxale de Saint-Simon.PUF, 1997, 395 p., 148F.<\/p>\n<p>2. Sur l&#8217;histoire de l&#8217;Etat acteur principal de la modernisation dans les domaines des t\u00e9l\u00e9coms, du transport ferroviaire et a\u00e9rien, on lira aussi le r\u00e9cent ouvrage de Ezra Suleima et Guillaume Courty, l&#8217;Age d&#8217;or de l&#8217;Etat, le Seuil-L&#8217;histoire imm\u00e9diate, 1997, 335 p., 140F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est l&#8217;un des privil\u00e8ges des soci\u00e9t\u00e9s dont l&#8217;histoire est longue, de permettre que s&#8217;\u00e9tablissent d&#8217;inattendues g\u00e9n\u00e9alogies d&#8217;id\u00e9es ou de pratiques. C&#8217;est \u00e0 ce travail de filiation que s&#8217;est livr\u00e9 Pierre Musso avec T\u00e9l\u00e9communications et philosophie des r\u00e9seaux. 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