{"id":696,"date":"1997-10-01T00:00:00","date_gmt":"1997-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-emotion-mondialisee-ne-cree-pas696\/"},"modified":"1997-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-09-30T22:00:00","slug":"l-emotion-mondialisee-ne-cree-pas696","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=696","title":{"rendered":"L&#8217;\u00e9motion mondialis\u00e9e ne cr\u00e9e pas d&#8217;emplois"},"content":{"rendered":"<p>Lorsque Diana se crashe, les photographes, dits aussi paparazzi lorsque leur pratique d\u00e9range, avec les patrons de la presse tout court, puis ceux de la presse people et enfin les lecteurs se renvoient la balle et chantonnent comme des enfants: &#8221; Au feu les pompiers, la maison qui br\u00fble; au feu les pompiers, la maison a br\u00fbl\u00e9. Ce n&#8217;est pas moi qui l&#8217;ai br\u00fbl\u00e9e, c&#8217;est le petit gendarme; ce n&#8217;est pas moi qui l&#8217;ai br\u00fbl\u00e9e, c&#8217;est le petit pompier &#8220;&#8230; Beaucoup s&#8217;accordent au moins sur un point, l&#8217;aptitude de Diana \u00e0 mettre en sc\u00e8ne son corps, ma\u00eetriser les cadres, convoquer au bon moment les photographes, r\u00e9gler et localiser les entretiens; m\u00eame la fuite a fait partie de son man\u00e8ge, jusqu&#8217;au tour de trop. Avec un corps photog\u00e9nique prompt \u00e0 \u00e9carter parfois les micros du champ (1) et, par cons\u00e9quent, \u00e0 cacher la moindre trace de ses compagnons m\u00e9diatiques, elle a contribu\u00e9 \u00e0 la naissance d&#8217;une image de qualit\u00e9 z\u00e9ro-d\u00e9faut comme un morceau tomb\u00e9 du ciel, une sublimation. Ironie du sort, le 31 ao\u00fbt sur FR3, lors de la d\u00e9claration t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e d&#8217;un des chirurgiens qui a tent\u00e9 de ramener la princesse \u00e0 la vie, une voix tr\u00e8s claire, \u00e9chapp\u00e9e du hors champ, d\u00e9nonce sur un ton imp\u00e9ratif &#8221; la perche &#8220;, ce bout de fer qui lui bouche la vue. Syndrome de l&#8217;image z\u00e9ro-d\u00e9faut ou pas, le cadavre est encore chaud et le journaliste en veut sa part; apr\u00e8s tout, il a largement contribu\u00e9 au d\u00e9roulement de l&#8217;histoire pour ne pas manquer &#8221; le morceau &#8221; de la fin, m\u00eame s&#8217;il manque de retenue. Ici, la l\u00e9gitimit\u00e9 journalistique devient une obsc\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, le lecteur et le t\u00e9l\u00e9spectateur qui ont bien des raisons d&#8217;\u00eatre affam\u00e9s de lien social et de justice peuvent faire de ces images, peu importe l&#8217;origine, des embl\u00e8mes de leurs aspirations et malheureusement d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 ces nouvelles ic\u00f4nes le pouvoir de les exaucer. C&#8217;est dans cet entrelacs de jeux, de qu\u00eate de sens, de pouvoir et de fric que se construit la Star, vou\u00e9e aujourd&#8217;hui \u00e0 r\u00e9pandre l&#8217;\u00e9motion par des r\u00e9seaux de communication qui servent souvent de courroie de transmission au projet de mondialisation des fous de l&#8217;Argent. Car, derri\u00e8re les larmes qui coulent, il y a des marchands de mouchoirs qui s&#8217;agitent dans tous les m\u00e9dias pour imposer les r\u00e8gles d&#8217;un syst\u00e8me d\u00e9j\u00e0 ma\u00eetre de nombreux pays. Invit\u00e9 au 20 heures de TF1 par Claire Chazal, son amie de toujours, Edouard Balladur envisage la mondialisation comme une destin\u00e9e; \u00e0 Michel Field, qui l&#8217;\u00e9coute d&#8217;un oeil, Alain Madelin parle d&#8217;une formidable promesse et Alain Minc, qui s&#8217;infiltre o\u00f9 il peut, nous pr\u00e9voit une mondialisation heureuse (2). Or, d&#8217;apr\u00e8s la Banque mondiale, le nombre de pauvres est pass\u00e9 de 200 millions en 1970 \u00e0 deux milliards en 1990, un vrai d\u00e9sastre.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9sordre mondial, fruit d&#8217;un turbo capitalisme qui n&#8217;a plus de frein, met en p\u00e9ril l&#8217;\u00e9galit\u00e9 voire la d\u00e9mocratie. Tous les coups sont permis (3)&#8230; Sous le pont de l&#8217;Alma, une Merc\u00e9d\u00e8s a termin\u00e9 sa course en amas de ferraille; \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, \u00e7a roule toujours et le hasard de la pub fait bien les choses. Une petite Renault Clio, sans une \u00e9gratignure et flambant neuf, qui a la qualit\u00e9 des grandes, la souplesse en plus, fait le bonheur du fils d&#8217;un roi du p\u00e9trole; l&#8217;image de ce jeune h\u00e9ritier rassure, il aime les d\u00e9fis d&#8217;une autre nature et rejette la tradition; il affronte le p\u00e8re qui n\u00e9glige cette voiture z\u00e9ro-d\u00e9faut, car &#8221; elle n&#8217;est pas assez ch\u00e8re &#8220;. Mais, dans le contexte, le spot sugg\u00e8re plusieurs fois que cette petite auto colle mieux \u00e0 la ville que certaines grosses. Pas de tr\u00eave, la mondialisation continue, caract\u00e9ris\u00e9e par des slogans publicitaires comme &#8221; vouloir le meilleur et se l&#8217;offrir &#8220;. Cependant, la t\u00e9l\u00e9 sort peu \u00e0 peu de sa fixation larmoyante et saisit plein \u00e9cran des visages et des attitudes de candidats port\u00e9s par l&#8217;espoir d&#8217;obtenir un des nombreux emplois-jeunes ouverts par le gouvernement, pour enfin exister, car, selon L\u00e9vy-Strauss, &#8221; la sant\u00e9 de l&#8217;esprit individuel implique la participation \u00e0 la vie sociale &#8220;. Tout \u00e0 fait modestes mais cr\u00e9ateurs de lien, ces emplois esquissent une forme de r\u00e9sistance au productivisme sans rivage; la t\u00e9l\u00e9 leur doit des attentions comme celles plus ou moins \u00e0 l&#8217;oeuvre dans les s\u00e9ries &#8221; l&#8217;Instit &#8221; et &#8221; P. J.&#8221; pour retrouver certains rep\u00e8res et promouvoir des motifs d&#8217;enthousiasme..<\/p>\n<p>1. &#8220;La t\u00eate pench\u00e9e&#8221;, chronique de Daniel Schneidermann, le Monde TRM du 14 et 15 septembre 1997.<\/p>\n<p>2. La Mondialisation heureuse, \u00e9ditions Plon, 1997.<\/p>\n<p>3. &#8220;La quatri\u00e8me guerre mondiale a commenc\u00e9&#8221;, article du sous-commandant Marcos, le Monde diplomatique d&#8217;ao\u00fbt 1997.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque Diana se crashe, les photographes, dits aussi paparazzi lorsque leur pratique d\u00e9range, avec les patrons de la presse tout court, puis ceux de la presse people et enfin les lecteurs se renvoient la balle et chantonnent comme des enfants: &#8221; Au feu les pompiers, la maison qui br\u00fble; au feu les pompiers, la maison [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[287],"class_list":["post-696","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-medias"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/696","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=696"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/696\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=696"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=696"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=696"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}