{"id":6931,"date":"2013-07-27T10:00:00","date_gmt":"2013-07-27T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mouloud-feraoun-un-ecrivain-engage6931\/"},"modified":"2023-06-23T23:15:14","modified_gmt":"2023-06-23T21:15:14","slug":"mouloud-feraoun-un-ecrivain-engage6931","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6931","title":{"rendered":"Vie et mort de Mouloud Feraoun"},"content":{"rendered":"<p>1913, dont c&#8217;est le centenaire, fut une ann\u00e9e f\u00e9conde pour la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. C&#8217;est la naissance d&#8217;Aim\u00e9 C\u00e9saire et d&#8217;Albert Camus. C&#8217;est aussi celle d&#8217;un autre \u00ab\u00e9crivain engag\u00e9\u00bb (expression qui ne suffit pas, loin de l\u00e0, \u00e0 r\u00e9sumer le parcours d&#8217;aucun de ces trois hommes), moins connu: Mouloud Feraoun.<br \/>\nOn (re)d\u00e9couvre dans cet ouvrage la trajectoire de cet auteur kabyle retrac\u00e9e par Jos\u00e9 lenzini, \u00e9crivain, journaliste, n\u00e9 en Alg\u00e9rie, grand connaisseur de Camus [[Jos\u00e9 lenzini a consacr\u00e9 plusieurs ouvrages \u00e0 Albert Camus. Le dernier d&#8217;entre eux, <em>Les derniers jours de la vie d&#8217;Albert Camus<\/em> (Actes Sud 2009), vient de repara\u00eetre en poche chez Babel.]]. Qui nous livre l\u00e0 une biographie bienvenue, puisant \u00e0 foison dans l&#8217;\u0153uvre du sujet, nourrie d&#8217;entretiens avec ses enfants, et dont le m\u00e9rite est de donner \u00e0 voir, au-del\u00e0 du personnage, un territoire, la Kabylie, et une p\u00e9riode qui sera \u00e9videmment marqu\u00e9e par la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie. <\/p>\n<p>Mouloud Feraoun est issu d&#8217;une famille kabyle pauvre de Tizi Hibel devenu, \u00e0 force de travail sur les bancs de \u00abl&#8217;\u00e9cole indig\u00e8ne\u00bb, instituteur et \u00e9crivain. Un parcours qu&#8217;il retracera lui-m\u00eame dans son premier roman, <em>Le fils du pauvre<\/em>, sous les traits d&#8217;un jeune instituteur n\u00e9 d&#8217;un anagramme, Fouroulou Menrad.<br \/>\nKabyle fier de son histoire avec laquelle il ne rompra pas, \u00e9pousant notamment une cousine qui lui a \u00e9t\u00e9 promise et avec qui il aura plusieurs enfants, c&#8217;est par le fran\u00e7ais des colons qu&#8217;il va acc\u00e9der au savoir et c&#8217;est en fran\u00e7ais qu&#8217;il va construire son \u0153uvre. Tout en \u00e9prouvant tout au long de sa vie l&#8217;oppression et la s\u00e9gr\u00e9gation coloniale, fran\u00e7aise \u00e9galement.<br \/>\nUne dualit\u00e9 qui a d\u00e9chir\u00e9 mais aussi nourrit tous les \u00e9crivains et\/ou intellectuels &#8220;colonis\u00e9s&#8221; de cette g\u00e9n\u00e9ration. L&#8217;un des plus grands d&#8217;entre eux, Kateb Yacine, d\u00e9signant la voie d&#8217;issue: la langue fran\u00e7aise est une &#8220;<em>prise de guerre<\/em>\u00bb. Cette prise, le discret et angoiss\u00e9 Mouloud Feraoun en fera, \u00e0 travers ses ouvrages, un usage qui lui vaudra la reconnaissance d&#8217;Albert Camus ou d&#8217;Emmanuel Robl\u00e8s qu&#8217;il aura l&#8217;occasion de rencontrer \u00e0 plusieurs reprises et avec qui il correspondra. Pierre Bourdieu, Jules Roy, Mouloud Mammeri et Germaine Tillion, qui voyait en lui \u00ab<em>un \u00e9crivain de grande race<\/em>\u00bb, croiseront aussi la route de cet homme qui est pour certain l&#8217;arch\u00e9type de \u00ab<em>l&#8217;intellectuel organique<\/em>\u00bb de Gramsci, celui \u00ab<em>qui est li\u00e9 de mani\u00e8re vivante et vitale \u00e0 la classe sociale \u00e0 laquelle il appartient<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Favorable \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance de son pays, Mouloud Feraoun, humaniste, \u00abrousseauiste\u00bb abhorrant la violence est critique sur les m\u00e9thodes du FLN. Impliqu\u00e9 au Parti socialiste autonome, son engagement reste en premier lieu celui de l&#8217;enseignement \u00ab<em>lui qui voulait croire d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment en une nation nouvelle et libre qui pourrait s&#8217;enrichir de cultures et de forces multiples de tous ses enfants<\/em>\u00bb.  En 1960, il sera d&#8217;ailleurs nomm\u00e9 comme inspecteur des centre socio-\u00e9ducatifs de Germaine Tillion. En 1955, un an apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre, il avait d\u00e9but\u00e9 son journal. Le 14 mars 1962, il \u00e9crit: \u00ab<em>A Alger, c&#8217;est la terreur. Les gens circulent tout de m\u00eame et ceux qui doivent gagner leur vie ou simplement faire leurs commissions sont oblig\u00e9s de sortir et sortent sans trop savoir s&#8217;ils vont revenir ou tomber dans la rue<\/em>\u00bb. Le lendemain Mouloud Feraoun est ex\u00e9cut\u00e9 par un commando de l&#8217;OAS, avec cinq autres responsables de centres sociaux. C&#8217;est le 15 mars 1962, date de la signature des accords d&#8217;Evian. <\/p>\n<p><strong> <em>Mouloud Feraoun, un \u00e9crivain engag\u00e9<\/em> <\/strong>, Jos\u00e9 Lenzini, \u00e9d. Actes Sud, 374 pages, 25 euros.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6931 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/ef-aca.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/ef-aca-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"ef.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1913, dont c&#8217;est le centenaire, fut une ann\u00e9e f\u00e9conde pour la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. C&#8217;est la naissance d&#8217;Aim\u00e9 C\u00e9saire et d&#8217;Albert Camus. 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