{"id":692,"date":"1997-10-01T00:00:00","date_gmt":"1997-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique-etrangere692\/"},"modified":"1997-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-09-30T22:00:00","slug":"politique-etrangere692","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=692","title":{"rendered":"Politique \u00e9trang\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Un vrai minist\u00e8re du d\u00e9veloppement charg\u00e9 de g\u00e9rer l&#8217;aide \u00e0 l&#8217;Afrique comme contribution \u00e0 des projets voulus par les int\u00e9ress\u00e9s. C&#8217;est l&#8217;une des propositions face aux besoins des peuples du Sud. <\/p>\n<p>L&#8217;actualit\u00e9 internatio-nale est exigeante envers la nouvelle majorit\u00e9 et le gouvernement qui en est issu. Le &#8221; calendrier diplomatique &#8221; europ\u00e9en est \u00e0 lui seul d&#8217;une impressionnante densit\u00e9 (1). La construction europ\u00e9enne n&#8217;est naturellement pas le seul terrain international o\u00f9 des choix s&#8217;imposent sans d\u00e9lai. C&#8217;est notamment le cas de l&#8217;Afrique et du Sud de la M\u00e9diterran\u00e9e.&#8221; La France est et restera le premier partenaire de l&#8217;Afrique subsaharienne &#8220;: Jacques Chirac multiplie depuis quelques semaines les assurances \u00e0 destination d&#8217;un continent o\u00f9 l&#8217;image de la France s&#8217;est, du fait de la politique suivie ces derni\u00e8res ann\u00e9es, profond\u00e9ment d\u00e9grad\u00e9e. Au point o\u00f9 nous en sommes, de simples paroles g\u00e9n\u00e9reuses ne suffiront pas \u00e0 les r\u00e9tablir. C&#8217;est d\u00e9sormais aux nouvelles autorit\u00e9s \u00e9lues \u00e0 Paris de reprendre l&#8217;initiative en toute clart\u00e9 et sur le fond. Un seul exemple, mais naturellement de premi\u00e8re importance: l&#8217;aide au d\u00e9veloppement. Les premi\u00e8res intentions annonc\u00e9es dans ce domaine par le gouvernement sont int\u00e9ressantes: Lionel Jospin promet une &#8221; r\u00e9novation de notre coop\u00e9ration &#8221; incluant l&#8217;adaptation de &#8221; nos instruments techniques et financiers &#8220;, ainsi que &#8221; leur mise en coh\u00e9rence &#8220;. Il serait particuli\u00e8rement bienvenu, \u00e0 cet \u00e9gard, qu&#8217;une part substantielle des moyens actuellement d\u00e9volus \u00e0 l&#8217;aide publique au d\u00e9veloppement &#8211; trop faible, puisque \u00e0 peine de l&#8217;ordre de 0,5% du PIB, mais non n\u00e9gligeable dans l&#8217;absolu: plus de 40 milliards de francs par an &#8211; soit, non plus dilu\u00e9e dans diff\u00e9rentes administrations, dont celle du Tr\u00e9sor, pour lesquelles les besoins des populations africaines ne sont pas le souci premier, mais g\u00e9r\u00e9e par un vrai &#8221; minist\u00e8re du d\u00e9veloppement &#8221; et concentr\u00e9e sur quelques grandes priorit\u00e9s. D&#8217;abord, l&#8217;aide \u00e0 la promotion des capacit\u00e9s humaines: l&#8217;alphab\u00e9tisation et la formation technique de base, l&#8217;\u00e9ducation, la sant\u00e9, l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;eau potable, un habitat d\u00e9cent. Ensuite, le soutien au d\u00e9veloppement de l&#8217;agriculture et de l&#8217;agro-industrie afin de contribuer \u00e0 l&#8217;autosuffisance alimentaire et d&#8217;enrayer la ruineuse spirale des importations de denr\u00e9es. Enfin, les concours n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9alisation des infrastructures nationales et r\u00e9gionales: routes, rails, irrigation, \u00e9lectricit\u00e9. La France dispose, pour ce faire, d&#8217;outils tr\u00e8s performants: les grandes entreprises publiques telles que la SNCF, le CEA, l&#8217;EDF en particulier, ainsi que des organismes publics ayant acquis une exp\u00e9rience concr\u00e8te sur le terrain, comme le BRGM, l&#8217;ORSTOM, l&#8217;INRA, l&#8217;INSERM.<\/p>\n<p> <strong> Ce que l&#8217;Afrique attend de la France <\/strong><\/p>\n<p>En se fixant ainsi comme crit\u00e8re du &#8221; nouveau partenariat &#8221; franco-africain non plus &#8221; l&#8217;aide &#8221; au respect des r\u00e8gles des institutions financi\u00e8res internationales, mais la contribution \u00e0 des projets voulus et port\u00e9s par les populations concern\u00e9es, la France op\u00e9rerait le virage que l&#8217;Afrique attend, sans encore trop oser l&#8217;esp\u00e9rer. Dans le m\u00eame esprit, une intervention plus volontariste de la France dans les grandes enceintes internationales est souhaitable et souhait\u00e9e. Une \u00e9ch\u00e9ance importante sur ce plan est la n\u00e9gociation entre les &#8221; Quinze &#8221; sur l&#8217;avenir de la Convention de Lom\u00e9 liant l&#8217;Union europ\u00e9enne \u00e0 70 pays en d\u00e9veloppement, parmi lesquels toute l&#8217;Afrique subsaharienne. Des acquis importants de cette relation sans \u00e9quivalent dans le monde sont menac\u00e9s par la tendance au d\u00e9sengagement financier de plusieurs partenaires europ\u00e9ens, \u00e0 commencer par l&#8217;Allemagne. De m\u00eame, une initiative marquante sur la dette, comme sur les autres contentieux Nord-Sud les plus br\u00fblants, en particulier au sein de l&#8217;Organisation mondiale du Commerce, serait de nature \u00e0 faire rena\u00eetre l&#8217;espoir et la confiance dans les relations de notre pays avec un continent proche \u00e0 tous \u00e9gards et qui comptera bient\u00f4t un milliard d&#8217;habitants. Ajoutons que &#8221; l&#8217;action de la France &#8221; ne se limite pas aux interventions de l&#8217;Etat. Une r\u00e9orientation de la politique de coop\u00e9ration d\u00e9cuplerait l&#8217;impact de la floraison d&#8217;actions qui \u00e9manent d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 des collectivit\u00e9s locales, des ONG et de la &#8221; soci\u00e9t\u00e9 civile &#8221; en g\u00e9n\u00e9ral. Elle ouvrirait des perspectives nouvelles \u00e0 la coop\u00e9ration \u00e9conomique. Elle poserait en termes neufs, et \u00e0 grande \u00e9chelle, les relations des Africains r\u00e9sidant en France avec leurs proches rest\u00e9s au pays, tout en favorisant les rapprochements entre Fran\u00e7ais et immigr\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Rejouer un r\u00f4le au sud de la M\u00e9diterran\u00e9e <\/strong><\/p>\n<p>La m\u00eame d\u00e9marche vaut pour les relations de la France avec ses voisins de la rive-sud de la M\u00e9diterran\u00e9e. Le type de rapports que noue l&#8217;Union europ\u00e9enne avec le Maghreb, \u00e0 la suite de la Conf\u00e9rence euro-m\u00e9diterran\u00e9enne de Barcelone (novembre 1995), ne peut donner satisfaction. L&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;une zone de libre \u00e9change entre pays qui connaissent des \u00e9carts de d\u00e9veloppement aussi marqu\u00e9s &#8211; et qui s&#8217;aggravent &#8211; fait courir le risque d&#8217;une d\u00e9stabilisation d&#8217;\u00e9conomies fragiles: des d\u00e9veloppements sectoriels limit\u00e9s, pr\u00e9caires, et fond\u00e9s sur la faiblesse du co\u00fbt de la main-d&#8217;oeuvre ne contribuent pas \u00e0 ouvrir des perspectives d&#8217;int\u00e9r\u00eat mutuel et durables. Certes, certaines dispositions des engagements de Barcelone peuvent s&#8217;inscrire dans une d\u00e9marche positive &#8211; aides \u00e0 la formation; r\u00e9alisation ou modernisation d&#8217;infrastructures &#8211; \u00e0 condition de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une volont\u00e9 politique clairement favorable au d\u00e9veloppement, ainsi que de financements qui soient \u00e0 la hauteur des ambitions affich\u00e9es. Une r\u00e9\u00e9valuation de ces accords serait donc salutaire. La France pourrait prendre l&#8217;initiative d&#8217;une telle proposition. Un \u00e9tablissement public pourrait \u00eatre charg\u00e9 d&#8217;aider &#8211; en respectant leur souverainet\u00e9 &#8211; chacun des pays de la rive-sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, \u00e0 mettre sur pied un plan de d\u00e9veloppement global; de d\u00e9finir les besoins de financements externes pour la r\u00e9alisation de ce plan; puis de solliciter chacun des pays membres de l&#8217;Union europ\u00e9enne pour d\u00e9terminer leur participation. Cet \u00e9tablissement serait \u00e9galement charg\u00e9 de veiller \u00e0 ce que l&#8217;utilisation de ces fonds reste conforme aux objectifs d\u00e9finis en commun. Enfin, il piloterait les programmes d&#8217;assistance technique et la mise sur pied de projets industriels par association d&#8217;entreprises locales et \u00e9trang\u00e8res. Il s&#8217;agit l\u00e0 de propositions. Ne m\u00e9ritent-elles pas discussion au moment o\u00f9, de l&#8217;Alg\u00e9rie \u00e0 la Palestine, des situations d&#8217;urgence appellent de la part de l&#8217;Union europ\u00e9enne en g\u00e9n\u00e9ral et de la France en particulier &#8211; si elle a la volont\u00e9 de rejouer un r\u00f4le significatif au Maghreb et au Moyen-Orient &#8211; des initiatives de port\u00e9e exceptionnelle ? Naturellement, une telle ambition sur le plan \u00e9conomique est indissociable d&#8217;une attitude tout aussi claire et r\u00e9solue sur le terrain politique. Vis \u00e0 vis de l&#8217;Alg\u00e9rie, aucun projet de cod\u00e9veloppement n&#8217;est viable si l&#8217;on laisse le Fonds mon\u00e9taire international serrer toujours plus fort le garrot de la dette, organiser la mainmise des capitaux \u00e9trangers sur les richesses du pays et imposer une aust\u00e9rit\u00e9 sociale privant d&#8217;espoir l&#8217;innombrable jeunesse de ce pays. On ne peut pas davantage construire des relations franco-alg\u00e9riennes saines et durables sans un soutien d\u00e9nu\u00e9 d&#8217;ambigu\u00eft\u00e9 aux forces qui, dans une grande diversit\u00e9, r\u00e9sistent \u00e0 l&#8217;int\u00e9grisme politique et particuli\u00e8rement \u00e0 celles qui &#8211; dans les couches populaires comme dans certains secteurs de la classe dirigeante et de l&#8217;arm\u00e9e &#8211; tentent de faire \u00e9merger, pour la premi\u00e8re fois dans l&#8217;histoire de cette nation, les fondements d&#8217;une d\u00e9mocratie qui soit &#8221; s\u00e9rieuse &#8221; et d&#8217;un Etat ne jouant pas de &#8221; jeu trouble &#8220;, selon les mots de Redha Malek.<\/p>\n<p> <strong> Naissance d&#8217;une initiative au Proche-Orient <\/strong><\/p>\n<p>De m\u00eame, au Proche-Orient, la volont\u00e9 de participer au d\u00e9veloppement de la Palestine &#8211; et, partant, de toute la r\u00e9gion &#8211; ne peut s&#8217;accommoder du torpillage syst\u00e9matique du processus de paix par le gouvernement Netanyahou. Elle exige, de la part des &#8221; parrains &#8221; de l&#8217;Accord, comme de toutes les nations disposant de quelque influence &#8211; dont la France -, une mobilisation sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis la Conf\u00e9rence de Madrid. S&#8217;exprimant \u00e0 ce sujet, les propos tr\u00e8s nets d&#8217;Hubert V\u00e9drine sont \u00e0 la hauteur des exigences. Reste \u00e0 passer \u00e0 l&#8217;action politique. Le gel imm\u00e9diat de l&#8217;Accord d&#8217;association Union europ\u00e9enne-Isra\u00ebl &#8211; \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la mise en oeuvre du processus de paix &#8211; pourrait \u00eatre un premier pas. Au-del\u00e0, le moment n&#8217;est-il pas venu, en prenant appui sur les voix de la raison qui s&#8217;expriment avec une grande dignit\u00e9 en Isra\u00ebl m\u00eame, de porter le probl\u00e8me devant la communaut\u00e9 internationale: par exemple, en r\u00e9unissant une Conf\u00e9rence de tous les chefs d&#8217;Etats pr\u00eats \u00e0 r\u00e9affirmer solennellement devant l&#8217;opinion leur exigence de voir respecter les Accords d&#8217;Oslo et \u00e0 mettre en place un suivi permanent des n\u00e9gociations de paix ? La France aurait, l\u00e0, une belle initiative \u00e0 prendre \u00e0 laquelle l&#8217;opinion am\u00e9ricaine elle-m\u00eame &#8211; et, partant, l&#8217;administration Clinton &#8211; ne resteraient pas indiff\u00e9rentes. Une chose est s\u00fbre: bien des peuples, de par le monde, attendent aujourd&#8217;hui beaucoup de la France. Elle ne pourra sans doute pas honorer tous les espoirs qu&#8217;elle suscite \u00e0 nouveau. Pour autant, c&#8217;est dans les p\u00e9riodes de son histoire o\u00f9 notre pays a \u00e9t\u00e9 porteur de grandes esp\u00e9rances qu&#8217;il a accompli ses plus belles avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>* Membre du bureau national du PCF.<\/p>\n<p>1. Voir &#8220;L&#8217;Europe a besoin de surmonter ses fractures&#8221;, Regards n\u00b0 27, septembre 97.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Un vrai minist\u00e8re du d\u00e9veloppement charg\u00e9 de g\u00e9rer l&#8217;aide \u00e0 l&#8217;Afrique comme contribution \u00e0 des projets voulus par les int\u00e9ress\u00e9s. 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