{"id":690,"date":"1997-10-01T00:00:00","date_gmt":"1997-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/amerique-latine690\/"},"modified":"1997-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-09-30T22:00:00","slug":"amerique-latine690","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=690","title":{"rendered":"Am\u00e9rique latine"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Il y a plusieurs chemins de la montagne au pouvoir, des gu\u00e9rillas cubaines ou nicaraguayennes aux accords politiques de paix au Salvador ou Guatemala. <\/p>\n<p>Si tu ne peux pas sortir du palais o\u00f9 tu vis dans l&#8217;opulence, cesse donc de parler des pauvres que tu ne vois pas de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de ta porte ! &#8221; affirme Antonio Barco, le pr\u00eatre espagnol qui vient d&#8217;\u00eatre expuls\u00e9 de Bolivie parce que ses critiques sociales \u00e9pouvantent la hi\u00e9rarchie. Il portait l&#8217;image de Che Guevara sur son tee-shirt. On manifeste, on p\u00e9titionne dans quatorze quartiers pauvres de Santa Cruz pour le retour du pr\u00eatre exil\u00e9. Mais les armes de la gu\u00e9rilla se sont tues en Bolivie, comme celles des Tupamaros d&#8217;Uruguay dans les ann\u00e9es 70, ou des V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens de Douglas Bravo \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Y a-t-il encore des gu\u00e9rillas en Am\u00e9rique latine? Vaste chronique des espoirs, des d\u00e9faites &#8211; de la seule victoire arm\u00e9e, cubaine &#8211; depuis trente ans que les opprim\u00e9s ont tout tent\u00e9 pour faire entendre leur voix.depuis la tactique du &#8221; foco gu\u00e9rillero &#8220;, pour multiplier les Vietnam \u00e0 l&#8217;appel du Che avant sa d\u00e9route bolivienne, jusqu&#8217;aux r\u00e9ussites de l&#8217;arm\u00e9e populaire sandiniste au Nicaragua et du Front Farabundo Marti au Salvador. Il y a plusieurs fa\u00e7ons de descendre de la montagne vers le pouvoir. La cubaine, magistrale victoire populaire; la v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne en d\u00e9route, vers l&#8217;actuel pouvoir n\u00e9o-lib\u00e9ral qui compte cinq ministres anciens gu\u00e9rilleros, parmi lesquels Teodoro Petkoff, chantre des vertus du &#8221; Calendrier &#8221; de l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9, attach\u00e9e \u00e0 l&#8217;indispensable veto du FMI.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;adieu aux armes, l&#8217;intervention dans le jeu d\u00e9mocratique <\/strong><\/p>\n<p>Rien de comparable avec les victoires militaires impos\u00e9es par un peuple en armes au Nicaragua sous le drapeau de Sandino &#8221; le g\u00e9n\u00e9ral des hommes libres &#8220;, remettant le pouvoir aux urnes dont ils acceptent le verdict d\u00e9favorable apr\u00e8s avoir surmont\u00e9 l&#8217;intervention militaire yankee. Rien \u00e0 voir non plus avec la transformation r\u00e9ussie jusqu&#8217;\u00e0 nouvel ordre de la gu\u00e9rilla salvadorienne imposant son intervention dans le jeu d\u00e9mocratique sans cesser de se r\u00e9clamer, comme au temps de la lutte arm\u00e9e, du Front Farabundo Marti de Lib\u00e9ration nationale. Plus complexe encore est le destin d&#8217;Hugo Blanco, au P\u00e9rou, qui fait le chemin inverse. D&#8217;abord les urnes: candidat \u00e0 la Pr\u00e9sidence, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 et m\u00eame s\u00e9nateur comme leader paysan, mais chass\u00e9 de son pays comme dirigeant des comit\u00e9s d&#8217;autod\u00e9fense paysanne. Faute d&#8217;avoir pu faire avancer d&#8217;un pouce la r\u00e9forme agraire par le bulletin de vote, il a eu recours \u00e0 l&#8217;autod\u00e9fense paysanne arm\u00e9e. Les r\u00e9clamations l\u00e9gales n&#8217;ayant connu d&#8217;autre r\u00e9ponse que les arrestations de dirigeants ou l&#8217;expulsion des terres occup\u00e9es, la gu\u00e9rilla a la priorit\u00e9, celle du MIR (Mouvement ind\u00e9pendant r\u00e9volutionnaire) et de l&#8217;ELN (Arm\u00e9e de lib\u00e9ration nationale), anc\u00eatres du Sentier lumineux et du Mouvement r\u00e9volutionnaire Tupac Amaru (MRTA) dont Hugo Blanco d\u00e9nonce aujourd&#8217;hui: qu'&#8221; ils se substituent au peuple pour lutter \u00e0 sa place &#8220;. Le Sentier extermine tout ce qui s&#8217;oppose \u00e0 lui, capitalistes de la terre ou de la banque, fonctionnaires publics ou militaires, policiers, mais aussi dirigeants chevronn\u00e9s du mouvement ouvrier ou paysan qui ne croient pas en la lutte arm\u00e9e pour lib\u00e9rer le pays. Quand le Sentier dynamite un pyl\u00f4ne \u00e0 haute tension, il n&#8217;y a plus d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 dans les bidonvilles de Lima, mais les quartiers r\u00e9sidentiels ont des groupes \u00e9lectrog\u00e8nes de secours. Nous avons suivi la prise de l&#8217;ambassade du Japon \u00e0 Lima au nom de la gu\u00e9rilla urbaine du MTRA qui pr\u00e9tend s&#8217;imposer sans effusion de sang. On en conna\u00eet le triste d\u00e9nouement. Priv\u00e9 d&#8217;un appui populaire \u00e0 m\u00eame de relayer leur sacrifice enti\u00e8rement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00e0 la gloire du pr\u00e9sident Fujimori.<\/p>\n<p> <strong> De la gu\u00e9rilla paysanne \u00e0 la lutte urbaine <\/strong><\/p>\n<p>Les formes de gu\u00e9rilla paysannes traditionnelles \u00e9voluent vers la lutte urbaine quand tant de millions de ruraux sont venus s&#8217;agglutiner en ville. Le mouvement colombien M-19 avait opt\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 pour l&#8217;action spectaculairement non arm\u00e9e. Le vol de l&#8217;\u00e9p\u00e9e de Bolivar, un 19 avril, donna son nom \u00e0 ce Mouvement. Leur prise de l&#8217;ambassade dominicaine de Bogota en 1980 lors d&#8217;une r\u00e9ception diplomatique dura deux mois. Sa fin &#8211; forte ran\u00e7on et avion pour fuir \u00e0 Cuba &#8211; humilia le pr\u00e9sident Turbay. Son successeur, Belisario Betancourt, entame des n\u00e9gociations avec toutes les gu\u00e9rillas colombiennes mais les interrompt unilat\u00e9ralement. Pour le &#8221; punir &#8220;, le M-19 reprend les armes et c&#8217;est la prise du Palais de Justice de Bogota en 1985 avec la riposte militaire massacrant les 100 plus hauts magistrats du pays. Le prestige du M-19 s&#8217;effondre. Il accepte de se transformer en parti politique en 1990 aux conditions du pr\u00e9sident Virgilio Barco, contribuant m\u00eame avec 20% des voix \u00e0 la r\u00e9daction de la constitution de 1990, la plus d\u00e9mocratique de l&#8217;histoire de la Colombie. Mais ils n&#8217;ont pas franchi le cap de la Constituante et, quand il s&#8217;est agi de gouverner, ils se sont identifi\u00e9s aux partis traditionnels au point de perdre la confiance populaire. En rendant leurs armes de guerre, ils n&#8217;ont pas su se servir de celles de la paix. Personne, durant les trois mois de la prise de l&#8217;ambassade japonaise de Lima, n&#8217;a m\u00eame signal\u00e9 qu&#8217;ils en furent les inspirateurs. Ils sont aujourd&#8217;hui bien oubli\u00e9s. Il n&#8217;en est pas de m\u00eame avec les FARC (Forces Arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires de Colombie), en pleine expansion. Entre l&#8217;ELN (Arm\u00e9e populaire de lib\u00e9ration), qui s&#8217;en prend surtout aux ol\u00e9oducs, symbole de la nouvelle richesse colombienne, certains groupes r\u00e9siduels du mouvement indig\u00e8ne &#8221; Quintin Lame &#8220;, et la v\u00e9ritable arm\u00e9e que constituent les FARC, on estime que le gouvernement de la Colombie n&#8217;administre plus qu&#8217;une petite moiti\u00e9 du territoire national. Les FARC constituent le plus ancien et le plus militariste des mouvements gu\u00e9rilleros d&#8217;Am\u00e9rique latine. Il est n\u00e9 apr\u00e8s la vague de r\u00e9pression cons\u00e9cutive au &#8221; bogotazo &#8221; de 1948, quand l&#8217;assassinat du leader lib\u00e9ral Eli\u00e9cer Gaitan, idole populaire, avait provoqu\u00e9 des \u00e9meutes telles que Bogota en ruines donnait l&#8217;image d&#8217;une des villes d\u00e9vast\u00e9es par la guerre. La chasse aux lib\u00e9raux dans tout le pays d\u00e9clencha l&#8217;escalade des autod\u00e9fenses paysannes. Devenues communistes, ces gu\u00e9rillas proc\u00e8dent par administration directe de zones enti\u00e8res sous l&#8217;\u00e9gide du fameux &#8221; Tirofijo &#8221; (Tire au but) sorte de redresseur de torts, h\u00e9ros mythique. Ernesto Samper, l&#8217;actuel pr\u00e9sident, en est \u00e0 hisser le drapeau blanc. Il propose une zone d\u00e9militaris\u00e9e, dite &#8221; de d\u00e9tente &#8220;, dont l&#8217;arm\u00e9e se retirerait afin que les FARC acceptent de discuter un accord pour la paix permettant la tenue des \u00e9lections r\u00e9gionales du 26 octobre. Il s&#8217;agit en r\u00e9alit\u00e9 de quatre r\u00e9gions depuis longtemps contr\u00f4l\u00e9es par les FARC offertes en retour des \u00e9changes de prisonniers, officiers et soldats captur\u00e9s par unit\u00e9s enti\u00e8res. L&#8217;ennui est que leurs id\u00e9aux politiques du d\u00e9but sont entach\u00e9s par la corruption li\u00e9e aux trafics de drogue qui gangr\u00e8nent tout le pays, depuis le pr\u00e9sident qui se disculpe p\u00e9niblement de l&#8217;accusation d&#8217;avoir financ\u00e9 son \u00e9lection gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;argent sale, jusqu&#8217;\u00e0 la gu\u00e9rilla qui finance de la m\u00eame mani\u00e8re son armement. Eduardo Rodriguez, ancien du M-19, explique: &#8221; D&#8217;un c\u00f4t\u00e9 la r\u00e9pression de l&#8217;Etat qui assassine et emprisonne les leaders, de l&#8217;autre l&#8217;autod\u00e9fense des paysans qui n&#8217;a plus rien \u00e0 voir avec l&#8217;id\u00e9e de changement politique. Puis les groupes paramilitaires des narcotrafiquants en lutte \u00e0 la fois contre l&#8217;arm\u00e9e et la gu\u00e9rilla, enfin les groupes arm\u00e9s suscit\u00e9s par le service secret militaire, en marge de la loi mais appuy\u00e9s par l&#8217;\u00c9tat.&#8221; L&#8217;expansion de la gu\u00e9rilla en Colombie s&#8217;oppose \u00e0 la voie pacifique des Mayas du Guatemala et de leurs voisins mexicains du Chiapas.<\/p>\n<p> <strong> Le renforcement du pouvoir civil au &#8221; pays de l&#8217;\u00e9ternelle dictature &#8221;  <\/strong><\/p>\n<p>Le processus de paix au Guatemala, commenc\u00e9 en 1991 \u00e0 Oslo, aboutit, en d\u00e9cembre 1996, \u00e0 un accord entre l&#8217;URNG (Unit\u00e9 r\u00e9volutionnaire nationale guat\u00e9malt\u00e8que) et le pr\u00e9sident Alvaro Arzu. Il met fin \u00e0 une guerre civile de 40 ans qui a fait 170 000 morts et 45 000 disparus dans ce &#8221; pays de l&#8217;\u00e9ternelle dictature &#8220;, de dix millions d&#8217;habitants, indiens ou m\u00e9tis \u00e0 80%. Enjeu: le renforcement du pouvoir civil et la d\u00e9finition du r\u00f4le de l&#8217;arm\u00e9e dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Comme l&#8217;indique Jaime Diaz Rozzotto, l&#8217;ancien secr\u00e9taire du pr\u00e9sident Jacobo Arbenz (1950-1954): &#8221; L&#8217;an dernier ont \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9es de Suisse les cendres de l&#8217;homme qui avait rendu aux indig\u00e8nes et aux paysans les terres dont les avait d\u00e9pouill\u00e9s, il y a quatre si\u00e8cles, le pouvoir espagnol et cr\u00e9ole. Aujourd&#8217;hui le pouvoir n\u00e9olib\u00e9ral en place voudrait confisquer le prestige de cette r\u00e9volution d\u00e9mocratique \u00e9trangl\u00e9e en 1954 que notre peuple est parvenu \u00e0 maintenir malgr\u00e9 les agressions dont il a \u00e9t\u00e9 victime. Il faut conna\u00eetre sa lutte contre ces quarante ann\u00e9es d&#8217;anticommunisme pour comprendre combien l&#8217;a \u00e9mu le retour des cendres d&#8217;Arbenz et combien le laissent indiff\u00e9rent les mascarades d\u00e9mocratiques d&#8217;un pouvoir qui se cramponne \u00e0 la rente absolue de la terre et \u00e0 l&#8217;exploitation des maquilas (1) qui multiplient le rendement des multinationales et enfoncent dans la mis\u00e8re 75% de notre peuple.&#8221;. Si le chemin choisi n&#8217;\u00e9tait pas celui de la distribution de la terre, cette paix, comme au Salvador ou au Nicaragua, resterait lettre morte. Comme le serait, au Chiapas si proche, la transformation de l&#8217;Arm\u00e9e zapatiste de lib\u00e9ration nationale en un parti politique enfin capable de se faire entendre de la capitale, Mexico, vers laquelle elle vient d&#8217;effectuer une marche, sans armes, le coeur gonfl\u00e9 d&#8217;espoir.<\/p>\n<p>1. Maquilas (ou maquiladoras): fabriques de pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es produites en grande s\u00e9rie avec des salaires de mis\u00e8re au b\u00e9n\u00e9fice d&#8217;usines de montage situ\u00e9es aux Etats-Unis.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Il y a plusieurs chemins de la montagne au pouvoir, des gu\u00e9rillas cubaines ou nicaraguayennes aux accords politiques de paix au Salvador ou Guatemala. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-690","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/690","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=690"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/690\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=690"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=690"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=690"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}