{"id":6783,"date":"2013-06-20T10:31:45","date_gmt":"2013-06-20T08:31:45","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/man-of-steel-le-cote-obscur-de-la6783\/"},"modified":"2023-06-23T23:14:51","modified_gmt":"2023-06-23T21:14:51","slug":"man-of-steel-le-cote-obscur-de-la6783","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6783","title":{"rendered":"Man of Steel, le c\u00f4t\u00e9 obscur de la force"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">D\u00e9boulant en Europe, et sur pr\u00e8s de six cent \u00e9crans fran\u00e7ais apr\u00e8s avoir conquis l\u2019Am\u00e9rique <em>Man of Steel<\/em>, nouvelle version des aventures de Superman, offre \u00e0 qui veut bien la regarder en face, une \u00e9trange repr\u00e9sentation de notre monde, entre d\u00e9sir de destruction massive et r\u00e9v\u00e9lation messianique. Un film sympt\u00f4me.  <\/p>\n<h2>Soyez sympa, rembobinez<\/h2>\n<p>Voil\u00e0 le genre de film \u00e0 la projection duquel on assiste \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un(e) anthropologue (a)mateur, histoire de voir quelles histoires la peuplade \u00e9trange dans laquelle nous sommes immerg\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire la soci\u00e9t\u00e9 occidentale globalis\u00e9e, se raconte &#8211; et de quelle mani\u00e8re elle se les raconte. Un film, non pas pour soi, mais pour apprendre ce que sont les autres, ce qui les structure, comment au travers de personnages de (science) fiction, ils se repr\u00e9sentent, eux-m\u00eames, et le monde dans lequel ils vivent. C\u2019est-\u00e0-dire le n\u00f4tre.  Superman, donc. Ou plut\u00f4t <em>Man of Steel<\/em>, nouvelle adaptation cin\u00e9 du h\u00e9ros de papier \u00e0 la cape rouge n\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930 aux Etats-Unis. Un film qui, en langue hollywoodienne, appartient \u00e0 la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0reboot\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire consistant \u00e0 revenir aux origines du personnage pour tenter d\u2019en relancer la saga. Pour ce faire la Warner Bros a fait appel \u00e0 un triumvirat de choc comprenant Christopher Nolan, auteur de la derni\u00e8re trilogie des Batman, \u00e0 la production, son sc\u00e9nariste attitr\u00e9 David S. Goyer avec derri\u00e8re la cam\u00e9ra Zack Snyder d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alisateur de deux adaptations de comics ultra violents\u00a0: <em>Three Hundred<\/em> et<em> Watchmen<\/em>. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/BddbWRmAZWQ?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h2>Super J\u00e9sus\u00a0?<\/h2>\n<p>A l\u2019issue de la projection, deux choses principalement auront donc frapp\u00e9 notre spectateur(trice) anthropologue. La premi\u00e8re concerne le personnage de Superman lui m\u00eame. Si le film reprend \u00e0 la lettre la trame originelle de l\u2019enfant des \u00e9toiles, survivant de la plan\u00e8te Krypton, exil\u00e9 sur terre pour \u00e9chapper \u00e0 la destruction de son monde, il la redouble d\u2019un enjeu messianique assez manifeste pour que l\u2019on puisse sans peine \u00e9tablir une correspondance entre Superman et J\u00e9sus, celle-ci s\u2019exprimant notamment lors de la premi\u00e8re apparition face aux hommes de Superman, l\u00e9vitant \u00e0 trois m\u00e8tres du sol, dos au soleil, et cape au vent. Un nouveau j\u00e9sus donc qui en aura bav\u00e9 parmi ses cong\u00e9n\u00e8res, enfant cette fois-ci effray\u00e9 par l\u2019\u00e9tendu de ses capacit\u00e9s perceptives et de ses pouvoirs physiques, longtemps maintenu dans l\u2019ignorance de son arriv\u00e9e sur terre. Une sorte de mutant aussi, abritant en lui m\u00eame de quoi reproduire toute une esp\u00e8ce, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une bien \u00e9trange banque de sperme ambulante. Comme si, alors que les comics et leurs premi\u00e8res adaptations n\u2019en faisaient qu\u2019un monsieur muscle volant, ce Superman l\u00e0 exprimait le fantasme d\u2019une nouvelle \u00e9tape dans l\u2019\u00e9volution de l\u2019humanit\u00e9. Etrange. Car alors que faire de l\u2019ancienne version, devenue obsol\u00e8te\u00a0? Loin des r\u00e9flexions d\u2019un comit\u00e9 d\u2019\u00e9thique, <em>Man of Steel<\/em> poursuit alors son chemin vers ses morceaux de bravoure qui occupent l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de sa deuxi\u00e8me partie et qui voient Superman lutter contre quelques ren\u00e9gats eux aussi rescap\u00e9s de Krypton, voulant \u00e9radiquer l\u2019humanit\u00e9 pour s\u2019\u00e9tablir en colonie sur Terre. Ici ce qui est mis en sc\u00e8ne, c\u2019est tout d\u2019abord la virtuosit\u00e9 technique dans la repr\u00e9sentation des combats. Des combats particuli\u00e8rement destructeurs. Au point que l\u2019explication convenue selon laquelle l\u2019Am\u00e9rique reviendrait sans cesse via le cin\u00e9ma d\u2019effets sur le traumatisme du 11 septembre ne tient plus. <\/p>\n<h2>De Caligari \u00e0 Superman<\/h2>\n<p>Ici, et c\u2019est notre seconde remarque, comme dans les autres films du genre, de <em>IronMan<\/em> \u00e0 <em>World War Z <\/em> en passant par <em>Avengers<\/em> ce ne sont pas quelques tours qui volent en poussi\u00e8re, mais des villes enti\u00e8res qui sont saccag\u00e9es. Comme si la destruction massive \u00e9tait devenue un trope commun, le moment d\u2019une prouesse \u00e0 chaque fois d\u00e9multipli\u00e9e, et l\u2019expression manifeste d\u2019un plaisir sadique. Tout se passe en effet comme s\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 non plus d\u2019une simple catharsis, mais d\u2019un d\u00e9sir r\u00e9el et r\u00e9current de destruction des villes, d\u2019un besoin d\u2019en passer par l\u2019\u00e9puisement physique de la cit\u00e9 pour revenir \u00e0 une forme de paix. Une sorte de pr\u00e9paration visuelle et mentale, d\u2019anticipation de quelque chose qui pourrait advenir. On songe alors ici \u00e0 Siegfried Kracauer qui en 1947 avait mis en \u00e9vidence dans son  plus c\u00e9l\u00e8bre ouvrage <em>De Caligari \u00e0 Hitler<\/em> la fa\u00e7on dont les films allemands des ann\u00e9es vingt, remplis de figures effrayantes qui peuplaient l\u2019inconscient de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle et pour laquelle ils \u00e9taient produits pr\u00e9ludaient l\u2019ascension puis l\u2019av\u00e8nement du nazisme. En ce sens, <em>Man of Steel<\/em>, exc\u00e8de les cat\u00e9gories de\u00a0\u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0mauvais\u00a0\u00bb film pour se ranger dans celle des films sympt\u00f4mes de notre \u00e9poque. S\u2019en d\u00e9tourner au pr\u00e9texte qu\u2019ils ne nous \u00ab\u00a0plaisent\u00a0\u00bb pas constituerait une \u00e9norme erreur de jugement. <\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6783 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/superman-7c3.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/superman-7c3-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"superman.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9boulant en Europe, et sur pr\u00e8s de six cent \u00e9crans fran\u00e7ais apr\u00e8s avoir conquis l\u2019Am\u00e9rique <em>Man of Steel<\/em>, nouvelle version des aventures de Superman, offre \u00e0 qui veut bien la regarder en face, une \u00e9trange repr\u00e9sentation de notre monde, entre d\u00e9sir de destruction massive et r\u00e9v\u00e9lation messianique. 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