{"id":677,"date":"1997-10-01T00:00:00","date_gmt":"1997-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sur-la-colline677\/"},"modified":"1997-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-09-30T22:00:00","slug":"sur-la-colline677","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=677","title":{"rendered":"Sur la colline"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Alain Fran\u00e7on succ\u00e8de \u00e0 Jorge Lavelli \u00e0 la direction du Th\u00e9\u00e2tre National de la Colline \u00e0 Paris. Il explique pourquoi &#8221; le th\u00e9\u00e2tre public n&#8217;a pas \u00e0 faire des spectacles que pourrait faire le priv\u00e9 &#8220;. <\/p>\n<p>Alain Fran\u00e7on est un homme r\u00e9serv\u00e9, peu m\u00e9diatique, mais qui n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 dire exactement ce qu&#8217;il pense, surtout quand la situation ne lui para\u00eet pas satisfaisante. Jusqu&#8217;ici directeur du Centre dramatique national d&#8217;Annecy, on le conna\u00eet pour ses mises en sc\u00e8ne fortes et d&#8217;une extr\u00eame pr\u00e9cision qui, toutes, interrogent le monde.&#8221; Arracher un peu de sens au chaos du monde &#8220;, voil\u00e0 pour lui l&#8217;utilit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre et le sens de son travail. En 1994, il signait la mise en sc\u00e8ne des fameuses Pi\u00e8ces de guerre d&#8217;Edward Bond qui eurent un grand succ\u00e8s \u00e0 Avignon et firent d\u00e9couvrir l&#8217;auteur contemporain anglais \u00e0 un public \u00e9largi. Puis ce fut la Mouette en 1995, Edouard II en 1996. Il sait aussi faire rire (la Dame de chez Maxim, de Feydeau) et \u00e9mouvoir (Hedda Gabler, d&#8217;Ibsen). Sa premi\u00e8re saison parisienne vient de d\u00e9buter avec les Petites Heures d&#8217;Eug\u00e8ne Durif (jusqu&#8217;au 26 octobre, dans la petite salle) et avec Dans la compagnie des hommes d&#8217;E. Bond (jusqu&#8217;au 16 novembre, dans la grande), deux spectacles dont il signe les mises en sc\u00e8ne. La programmation qu&#8217;il propose cette saison est courageuse et donne app\u00e9tit: Brecht (Dans la jungle des villes); Heiner M\u00fcller (Germania III). C&#8217;est que l&#8217;homme prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux sa responsabilit\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire la mission d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre public :<\/p>\n<p> <strong>  &#8221; Je ne veux pas me poser le probl\u00e8me &#8221; comment remplir la salle ? &#8221; Je ne veux pas fonctionner \u00e0 l&#8217;audimat ou faire des coups m\u00e9diatiques. Le choix des spectacles est essentiellement un choix de textes qui me paraissent aujourd&#8217;hui n\u00e9cessaires. Si Adorno a pu \u00e9crire qu&#8217;il \u00e9tait impossible d&#8217;\u00e9crire apr\u00e8s Auschwitz, des po\u00e8tes comme Brecht, Bond ou M\u00fcller me semblent des guides possibles d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;enfer. Ce n&#8217;est pas le r\u00f4le d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre national de monter aujourd&#8217;hui les Beaux Jours de Beckett ou les Chaises de Ionesco. Il y a d&#8217;autres th\u00e9\u00e2tres pour le faire. En revanche, je souhaite donner leur place \u00e0 des auteurs comme Eug\u00e8ne Durif ou Michel Vinaver. Cela fait vingt ans que l&#8217;on parle de Durif comme d&#8217;un auteur de talent et d&#8217;importance, mais aucun th\u00e9\u00e2tre national ne l&#8217;a encore mont\u00e9. Quant \u00e0 Vinaver, depuis les Cor\u00e9ens, il est absent des sc\u00e8nes. Sur huit spectacles annuels, ce serait formidable de pouvoir proposer huit v\u00e9ritables cr\u00e9ations contemporaines. C&#8217;est h\u00e9las impossible pour des raisons de moyens et de salle. Le Th\u00e9\u00e2tre de la Colline est &#8221; national &#8220;, mais c&#8217;est le moins subventionn\u00e9 de tous les th\u00e9\u00e2tres nationaux. J&#8217;avais 5 millions et demi de subvention au Centre dramatique national d&#8217;Annecy. Ici, si l&#8217;on soustrait ce qui concerne l&#8217;administratif et le technique, il reste 3 millions pour l&#8217;artistique. Jorge Lavelli s&#8217;\u00e9tait pourtant beaucoup battu pour am\u00e9liorer cette situation, il n&#8217;y est pas parvenu.&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Dans son texte de pr\u00e9sentation de la saison th\u00e9\u00e2trale, Alain Fran\u00e7on parle de &#8221; l&#8217;utilit\u00e9 &#8221; du th\u00e9\u00e2tre. Il regrette que cette id\u00e9e d&#8217;une &#8221; mission du th\u00e9\u00e2tre public &#8221; soit oubli\u00e9e et il pose des questions qu&#8217;il regrette de ne voir discut\u00e9es nulle part: &#8221; Pourquoi les places sont-elles si ch\u00e8res ? &#8220;; &#8221; Pourquoi n&#8217;y a-t-il plus de troupe dans un th\u00e9\u00e2tre national ? &#8220;; &#8221; Pourquoi dans un th\u00e9\u00e2tre comme La Colline est-il le seul permanent artistique, alors qu&#8217;il y a 85 permanents administratifs et techniques ? &#8220;. Alain Fran\u00e7on d\u00e9plore l&#8217;absence de d\u00e9finition pr\u00e9cise de la mission de service public, ce qui permet et encourage le favoritisme, les passe-droits et ouvre la possibilit\u00e9 de toutes les d\u00e9magogies.<\/p>\n<p> <strong>  &#8221; J&#8217;ai appris \u00e0 conna\u00eetre le th\u00e9\u00e2tre dans les ann\u00e9es 60 \u00e0 Saint Etienne. A l&#8217;\u00e9poque, on parlait des &#8221; Dast\u00e9 &#8221; comme on a dit plus tard &#8221; les Verts &#8220;. Cette utopie d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre d&#8217;art ouvert au plus grand nombre est toujours la mienne et si j&#8217;avais l&#8217;impression de &#8221; faire un spectacle de plus &#8220;, je m&#8217;arr\u00eaterais. Comment veiller \u00e0 ce que la cr\u00e9ation s&#8217;adresse au plus grand nombre ? Refuser la facilit\u00e9 d&#8217;offrir des spectacles de consommation. Quand le th\u00e9\u00e2tre public se met \u00e0 faire les spectacles que pourrait faire le priv\u00e9, alors il ne faut plus parler de cr\u00e9ation. La responsabilit\u00e9 de l&#8217;Etat dans cette affaire est \u00e9norme. Si l&#8217;on pense que nous sommes des dinosaures, alors qu&#8217;on nous le dise et qu&#8217;on nous mette au mus\u00e9e. Moi, je ne crois pas que notre place soit au mus\u00e9e.&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Dans la grande salle du Th\u00e9\u00e2tre de la Colline, Alain Fran\u00e7on a donc choisi de re-pr\u00e9senter Dans la compagnie des hommes, mais il refuse de parler de &#8221; reprise &#8220;, puisque la distribution est nouvelle et que Michel Vittoz a enti\u00e8rement retraduit le texte en collaboration \u00e9troite avec l&#8217;auteur qui a lui-m\u00eame op\u00e9r\u00e9 quelques coupures. Avec ce choix, Alain Fran\u00e7on donne avec force sa vision forte du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p> <strong> &#8221; Quand la pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9e, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Jackett&#8217;s, le livre portait le sous-titre &#8221; pi\u00e8ces post-modernes &#8220;. Pour bien conna\u00eetre Bond, je sais que ce mot signifie pour lui &#8221; perte de sens &#8220;; c&#8217;est avec ce mot qu&#8217;il se collette et bataille. A travers une intrigue polici\u00e8re o\u00f9 il est question de possessions et d&#8217;injustice dans le monde des affaires &#8211; il s&#8217;agit l\u00e0 de l&#8217;anecdote &#8211; un personnage, le fils, L\u00e9onard, est conduit \u00e0 aller \u00e0 la recherche de son humanit\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire de tenter de r\u00e9pondre \u00e0 la question &#8221; Qu&#8217;est-ce qu&#8217;\u00eatre humain ? &#8220;. A un moment de la pi\u00e8ce, il en arrive \u00e0 la conclusion que le monde est vide de sens, qu&#8217;il est injuste et cruel. Un peu comme si Mo\u00efse redescendait de la Montagne avec les Tables de la Loi et qu&#8217;il n&#8217;y ait rien \u00e9crit dessus. Dans la sc\u00e8ne suivante est pos\u00e9e la question &#8221; Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on fait ? &#8220;. Plusieurs solutions se pr\u00e9sentent: aller jouer au billard, mettre en cause Dieu. Il finit par conclure qu&#8217;il faut prendre le monde \u00e0 bras-le-corps et lui donner sens. Et, dans un geste absolument lumineux, il se suicide. Mais, avant, il donne sa montre, c&#8217;est-\u00e0- dire son temps et son argent \u00e0 Barclay. Ce sera le personnage qui donne sens au monde parce qu&#8217;il reste et peut \u00e9chapper \u00e0 la contradiction sens-non-sens. Un autre personnage, Hammon, ne pourra plus oublier le visage de L\u00e9onard au moment de sa d\u00e9cision et la question que celui-ci pose par son geste ne pourra plus le quitter.&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Pour Alain Fran\u00e7on, cette pi\u00e8ce est la plus forte de Bond, peut-\u00eatre avec Coffee qu&#8217;il aimerait bien monter un jour, mais c&#8217;est aussi la plus grande de ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p> <strong> Th\u00e9\u00e2tre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris. T\u00e9l: 01 44 62 52 52 ou Minitel 3615 La Colline. <\/strong><\/p>\n<p>1. La premi\u00e8re f\u00eate des langues a eu lieu au printemps \u00e0 Toulouse, contre les nationalismes, les ethnocentrismes, les racismes &#8221; pour construire cette philosophie radicale de la pluralit\u00e9 culturelle &#8211; le seul message pouvant \u00eatre accept\u00e9 et repris par toutes les cultures du monde &#8221; dit F\u00e9lix Castan.<\/p>\n<p>2. La cr\u00e9ation de Voix du Sud aura lieu \u00e0 Marseille le 30 octobre lors de la Fiesta des Suds, coordonn\u00e9 par Achiary avec la rencontre des voix et des choeurs de Be\u00f1at Achiary et le choeur Ama Lur de San Sebastin, Jean-Paul Poletti et le choeur d&#8217;hommes de Sart\u00e8ne, Michel Bianco et le Corou de Berra (Alpes m\u00e9ridionales).Un CD sera publi\u00e9 par l&#8217;Empreinte Digitale, \u00e0 Marseille (dist.Harmonia Mundi).<\/p>\n<p>3. &#8221; Ces premi\u00e8res rencontres constituent la premi\u00e8re \u00e9tape d&#8217;un p\u00e9riple jalonn\u00e9 de ports francs, de comptoirs, de campements nomades, de chemins de traverses, de questions&#8230;contre la peur, la d\u00e9sinvolture et l&#8217;arrogance, l&#8217;obscurantisme, reste entier notre d\u00e9sir de renouer avec la splendeur qui nous appartient &#8220;, disent les organisateurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Alain Fran\u00e7on succ\u00e8de \u00e0 Jorge Lavelli \u00e0 la direction du Th\u00e9\u00e2tre National de la Colline \u00e0 Paris. Il explique pourquoi &#8221; le th\u00e9\u00e2tre public n&#8217;a pas \u00e0 faire des spectacles que pourrait faire le priv\u00e9 &#8220;. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-677","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/677","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=677"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/677\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=677"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=677"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=677"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}