{"id":6721,"date":"2013-06-06T10:00:00","date_gmt":"2013-06-06T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mali-terres-bradees-paysans6721\/"},"modified":"2023-06-23T23:14:39","modified_gmt":"2023-06-23T21:14:39","slug":"mali-terres-bradees-paysans6721","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6721","title":{"rendered":"Mali : terres brad\u00e9es, paysans spoli\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Au Mali, l\u2019appel du pied fait par l\u2019Etat aux investisseurs agro-industriels pour am\u00e9nager l\u2019Office du Niger fait une victime collat\u00e9rale : les cultivateurs locaux, spoli\u00e9s de leurs terres, qui ont saisi la justice. Reportage.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Modibo Keita est venu nous demander si on acceptait de lui c\u00e9der des terres. On a refus\u00e9. Ensuite, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 voir des g\u00e9om\u00e8tres mesurer nos terrains sans nous consulter. Puis il a pris nos meilleurs champs et voil\u00e0 trois ans que nous ne cultivons plus rien.\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb Assis sur une peau de mouton, le chef du village de Saou, au Mali, a beau \u00eatre aveugle et \u00e2g\u00e9 de 78 ans, sa m\u00e9moire est rest\u00e9e intacte. <\/p>\n<p>Il se souvient qu\u2019en 2010, l\u2019investisseur agro-industriel malien Modibo Ke\u00efta lui a rendu visite, et qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0, les \u00e9v\u00e8nements se sont pr\u00e9cipit\u00e9s\u00a0: l\u2019arriv\u00e9e des bulldozers de sa soci\u00e9t\u00e9 GDCM, renomm\u00e9e Moulin Moderne du Mali (3M), le d\u00e9but des travaux sur les terres de Saou et Sanamadougou, le village voisin, la r\u00e9sistance des paysans des deux villages et la r\u00e9pression muscl\u00e9e de la police. <\/p>\n<p>A Sanamadougou non plus, personne n\u2019a oubli\u00e9 le 18 juin 2010. A l\u2019\u00e9vocation de Modibo Keita, un cultivateur court chercher la Une du journal de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il est photographi\u00e9 avec le cr\u00e2ne ensanglant\u00e9. A c\u00f4t\u00e9 de lui, une femme souriante, dont les coups port\u00e9s par les gendarmes ont entra\u00een\u00e9 une fausse couche. Ce jour-l\u00e0, 31 villageois frondeurs ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s avant d&#8217;\u00eatre d\u00e9tenus pendant 2 mois. Depuis, des forces de l\u2019ordre arm\u00e9es r\u00f4dent pour pr\u00e9venir le retour des paysans sur leurs terres. <\/p>\n<p>Derri\u00e8re le conflit foncier entre les deux villages et la soci\u00e9t\u00e9 3M, se joue la survie de l\u2019agriculture vivri\u00e8re au Mali, affaiblie par la volont\u00e9 de l\u2019Etat d\u2019accueillir \u00e0 tout prix des investisseurs agro-industriels dans la zone g\u00e9r\u00e9e par l&#8217;organisme public de l\u2019Office du Niger (ON). Une zone de deux millions d\u2019hectares de terres irrigables situ\u00e9es dans le delta central du fleuve Niger, \u00e0 250 km au nord-est de Bamako, am\u00e9nag\u00e9es par les colons fran\u00e7ais dans les ann\u00e9es 1920, en ayant recours au travail forc\u00e9. Toutes les terres de la zone ont \u00e9t\u00e9 immatricul\u00e9es au nom de l\u2019Etat, sous le principe qu\u2019\u00ab\u00a0<em>elles \u00e9taient inhabit\u00e9es quand l\u2019Office du Niger faisait des prospections<\/em>\u00a0\u00bb, explique Boubacar Sow, directeur g\u00e9n\u00e9ral adjoint de l\u2019ON. <\/p>\n<p>Une h\u00e9r\u00e9sie pour les habitants de Saou et Sanamadougou\u00a0:\u00a0\u00ab<em>\u00a0Nos p\u00e8res, nos grands-p\u00e8res et nos arri\u00e8res grands-p\u00e8res ont cultiv\u00e9 le mil sur ces terres<\/em>\u00a0\u00bb, explique le chef de village de Saou, qui fait valoir le droit coutumier contre l\u2019accaparement de ses terres. Amandine Adamczewski, chercheuse au Centre de coop\u00e9ration internationale en recherche agronomique pour le d\u00e9veloppement (Cirad), tranche, en expliquant que \u00ab\u00a0<em>la zone de l&#8217;ON \u00e9tait tr\u00e8s peu peupl\u00e9e, mais certains villages, \u00e0 droite de la route qui va au projet, existaient d\u00e9j\u00e0 avant l&#8217;arriv\u00e9e des colons et les paysans y pratiquaient la culture de mil et l&#8217;\u00e9levage.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une culture surann\u00e9e au regard de Boubacar Sow\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>La culture du mil, ce n\u2019est pas le travail de la terre. On ne peut pas rester dans ce genre de culture archa\u00efque. L\u2019ON cherche \u00e0 s\u00e9curiser la population en passant de cultures d\u00e9pendantes de la pluie \u00e0 des cultures irrigu\u00e9es.<\/em>\u00a0\u00bb Depuis 1994, l\u2019Office du Niger s\u2019ouvre aux investisseurs priv\u00e9s pour financer la mise en valeur des terres et moderniser l\u2019agriculture dans la zone. En 2005, une r\u00e9forme du Code des investissements a instaur\u00e9 un r\u00e9gime douanier et fiscal privil\u00e9gi\u00e9 pour promouvoir les investissements de capitaux priv\u00e9s. \u00ab\u00a0<em>Sur la p\u00e9riode 2004-2009, 840\u00a0demandes ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es et 870\u00a0000\u00a0hectares ont fait l\u2019objet de demandes de bail<\/em>\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Amandine Adamczewski. <\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 3M a donc re\u00e7u un bail de 30 ans sur une surface de 7400 hectares en ao\u00fbt 2009 pour y cultiver le bl\u00e9. Sauf que les villages de Saou et Sanamadougou n\u2019en font pas partie :\u00a0\u00ab\u00a0<em>Le bail attribu\u00e9 par l\u2019ON porte sur un terrain inhabit\u00e9 situ\u00e9 \u00e0 30 km, dont les terres n\u2019\u00e9taient pas mises en valeur. Il a donc \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par celles d\u00e9j\u00e0 cultiv\u00e9es par les villageois de Saou et Sanamadougou<\/em>\u00a0\u00bb, estime Chantal Jacovetti, membre de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP). Depuis le 23 f\u00e9vrier 2012, les villages ont d\u00e9pos\u00e9 une plainte contre Modibo Keita. Avec le soutien de cinq organisations paysannes, r\u00e9unies au sein de la Convergence malienne contre l\u2019accaparement des terres, ils ont obtenu du ministre de l\u2019Administration Territoriale une lettre adress\u00e9e au gouverneur de S\u00e9gou, demandant l\u2019arr\u00eat des travaux de Modibo Keita sur les terres situ\u00e9es hors de son bail. <\/p>\n<p>Mais le 29 mai 2013, le juge du tribunal de Markala a encore repouss\u00e9 le d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 au 12 juin suivant. Pendant ce temps, les travaux continuent et laissent des traces ind\u00e9l\u00e9biles. Le 12 avril, un jeune de Sanamadougou est mort noy\u00e9 dans le canal qui sert \u00e0 alimenter les pivots de la soci\u00e9t\u00e9 3M. L\u2019entreprise n\u2019a pas song\u00e9 \u00e0 construire un pont permettant aux habitants de traverser en s\u00e9curit\u00e9 le canal qui coupe la route entre les deux villages.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6721 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/mali_ehaddad2-b1b.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/mali_ehaddad2-b1b-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"mali_ehaddad2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Mali, l\u2019appel du pied fait par l\u2019Etat aux investisseurs agro-industriels pour am\u00e9nager l\u2019Office du Niger fait une victime collat\u00e9rale : les cultivateurs locaux, spoli\u00e9s de leurs terres, qui ont saisi la justice. 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