{"id":6693,"date":"2013-05-30T10:03:22","date_gmt":"2013-05-30T08:03:22","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-fond-de-l-air-est-frais-le-joli6693\/"},"modified":"2023-06-23T23:14:36","modified_gmt":"2023-06-23T21:14:36","slug":"le-fond-de-l-air-est-frais-le-joli6693","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6693","title":{"rendered":"Le fond de l&#8217;air est frais. Le Joli Mai de Chris Marker &#038; Pierre Lhomme"},"content":{"rendered":"<p>On peut se plaindre du temps qu\u2019il fait, des temp\u00e9ratures anormalement basses, de la pluie trop abondante, du printemps qui ne vient pas et constater qu\u2019il n\u2019y a rien de neuf sous le soleil. Il y a cinquante ans un parisien interrog\u00e9 dans la rue par l\u2019\u00e9quipe mise en place par Chris Marker indiquait que le froid persistant, 12,5 C\u00b0 en moyenne cette ann\u00e9e l\u00e0, \u00e9tait caus\u00e9 par les explosions nucl\u00e9aires\u2026 A l\u2019\u00e9poque la grande peur ne venait pas encore du r\u00e9chauffement climatique, mais de la guerre froide. En mai 1962 les accords d\u2019Evian qui mettent fin \u00e0 la guerre en Alg\u00e9rie venaient juste d\u2019\u00eatre sign\u00e9s. De Gaulle au pouvoir depuis quatre ans, n\u2019avait pas encore fait vot\u00e9 l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel. Georges Pompidou, venu de la banque Rothschild occupait le poste de premier ministre depuis le 14 avril. Pour Chris Marker, La France, surtout, conna\u00eet alors apr\u00e8s plus de vingt ann\u00e9es de guerres, mondiale puis coloniales, son premier printemps de paix. Son projet est simple. R\u00e9aliser le portrait d\u2019une ville, Paris, par ses habitants. Pour ce faire Chris Marker et Pierre Lhomme, son op\u00e9rateur, disposent d\u2019un nouveau mat\u00e9riel. La KMT, une cam\u00e9ra de marque Coutant, la premi\u00e8re alors en France \u00e0 synchroniser le son et l\u2019image. Un prototype fabriqu\u00e9 en deux exemplaires. L\u2019un pour Marker, l\u2019autre pour Jean Rouch. De quoi inventer ces films que l\u2019on regroupera bient\u00f4t sous le terme de \u00ab\u00a0cin\u00e9ma du r\u00e9el\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/9uWjFQCRKpw?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Portrait po\u00e9tique tout autant que politique, <em>Le Joli Mai<\/em> donne donc la parole aux parisiennes et aux parisiens choisis un peu au hasard parmi le peuple de la rue. Un vendeur de costumes aussi ronchon que jovial, un bougnat, un garagiste, des femmes dont les fen\u00eatres donnent sur l\u2019all\u00e9e des cit\u00e9es insalubres qui pullulent dans les quartiers populaires. Dans le quartier Mouffetard, qui n\u2019a encore pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par la bourgeoisie cultiv\u00e9e, Marker se fait le t\u00e9moin de la mis\u00e8re qui r\u00e8gne mais aussi de la joie de vivre de ses habitants. L\u2019\u00e9poque sonne le d\u00e9but de l\u2019exil vers les lisi\u00e8res de la ville et ses grands ensembles neufs. Dans son livret, lu par Yves Montand, Marker note que ces taudis laissent quand m\u00eame une place au bonheur alors que dans ces nouvelles constructions, \u00ab\u00a0l\u00e0, on ne sait pas\u00a0\u00bb. Cinquante ans apr\u00e8s, nous savons et pouvons d\u00e9sormais engager la discussion d\u00e9lib\u00e9rative avec le r\u00e9alisateur de 1962. A travers le temps et l\u2019espace. Cette id\u00e9e, qui anime Marker, de t\u00e9moigner d\u2019un temps, d\u2019une \u00e9poque, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en mutation, \u00e0 destination des spectateurs du futur, cette id\u00e9e d\u2019enregistrer le maintenant pour ceux d\u2019apr\u00e8s, Marker la reprendra par la suite pour en faire le c\u0153ur de ce qui deviendra son film le plus c\u00e9l\u00e8bre peut \u00eatre\u00a0: La Jet\u00e9e. <\/p>\n<p>Alors oui le spectateur du XXI si\u00e8cle ne peut qu\u2019\u00eatre saisi, \u00e0 cinquante ans d\u2019\u00e9cart, par l\u2019ensemble des transformations qui se sont op\u00e9r\u00e9es, par tout ce qui subsiste aussi, tout ce que persiste. La langue de Paris, d\u2019abord, est ce qui frappe le plus. Vallonn\u00e9e dans ses intonations, ses accents, ses couleurs, telle qu\u2019elle se laisse \u00e9couter dans le film, on pourrait la croire disparue, format\u00e9e. Elle s\u2019est juste transform\u00e9e, transport\u00e9e par d\u2019autres populations, d\u2019autres indig\u00e8nes, comme cet \u00e9tudiant Dahom\u00e9en dont la grand m\u00e8re lui disait <em>\u00ab\u00a0m\u00e9fie toi des fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<\/em>. C\u2019est que le dernier des prol\u00e9taires a toujours un sous prol\u00e9taire issu des pays colonis\u00e9s <em>\u00ab\u00a0 et que cela survit \u00e0 la colonisation\u00a0\u00bb<\/em>. La question du logement\u00a0? Cruciale aujourd\u2019hui, elle l\u2019est encore plus alors ou l\u2019on d\u00e9nonce d\u00e9j\u00e0 la mise en cage des populations et la sp\u00e9culation immobili\u00e8re sur les terrains constructibles. Le travail aussi est alors l\u2019objet de questionnements auxquels nous n\u2019avons toujours pas apport\u00e9 de r\u00e9ponse. Deux ing\u00e9nieurs, r\u00e9unis autour d\u2019une table affirment que <em>\u00ab\u00a0la semaine de trente heures, techniquement on pourrait y \u00eatre d\u00e9j\u00e0, s\u2019il n\u2019y avait pas de blocage moral\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Alors les gens seront sans travail\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> relance l\u2019interlocuteur. <em>\u00ab\u00a0Non ils seront sans prestige\u00a0\u00bb<\/em> r\u00e9pondent les ing\u00e9nieurs. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 de loisirs qui se met en place, Marker note que <em>\u00ab\u00a0le travail n\u2019ach\u00e8te que l\u2019oubli du travail (\u2026) et le r\u00eave se consomme tout pr\u00e9par\u00e9. Seule fen\u00eatre sur le monde, la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019av\u00e8re d\u2019autant plus n\u00e9cessaire que le logement est petit\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Par association d\u2019id\u00e9es, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un marabout\u2019d\u2019ficelle, Marker d\u00e9plie son film, passant du t\u00e9moignage \u00e0 l\u2019analyse, de la capture du r\u00e9el \u00e0 sa construction esth\u00e9tique, ironique. Pour les besoins de sa restauration num\u00e9rique, Pierre Lhomme, v\u00e9ritable co-auteur du film a suivi les instructions laiss\u00e9es par Marker et que son d\u00e9c\u00e8s l\u2019an pass\u00e9 ne lui perm\u00eet pas de r\u00e9aliser. Vingt minutes du montage initial ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9es, qui redonnent au <em>Joli Mai<\/em> l\u2019\u00e9lan qu\u2019il avait il y a cinquante ans. Comme s\u2019il venait d\u2019\u00eatre termin\u00e9 il y a cinquante jours. Il aura fallu que tout change pour que rien ne change, pourra-t-on dire avec Lampedusa. Quoi de plus actuel en effet\u00a0que ce Joli (mois de) mai\u00a0?<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6693 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/jolimai-1d8.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/jolimai-1d8-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"jolimai.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On peut se plaindre du temps qu\u2019il fait, des temp\u00e9ratures anormalement basses, de la pluie trop abondante, du printemps qui ne vient pas et constater qu\u2019il n\u2019y a rien de neuf sous le soleil. 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