{"id":6642,"date":"2013-05-16T09:58:13","date_gmt":"2013-05-16T07:58:13","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/gatsby-eloge-de-l-imposture6642\/"},"modified":"2023-06-23T23:14:29","modified_gmt":"2023-06-23T21:14:29","slug":"gatsby-eloge-de-l-imposture6642","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6642","title":{"rendered":"Gatsby, \u00e9loge de l&#8217;imposture"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Baroque, foisonnante, d\u00e9passant all\u00e9grement les bornes du kitsch, l\u2019adaptation sign\u00e9e Baz Luhrmann du roman le plus c\u00e9l\u00e8bre de Francis Scott Fitzgerald marque le grand retour du cin\u00e9aste pop australien. Par del\u00e0 la question de l\u2019adh\u00e9sion ou du rejet de l\u2019univers d\u2019op\u00e9rette \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb propre au r\u00e9alisateur de <em>Rom\u00e9o + Juliette<\/em>, la m\u00e9ga production <em>Gatsby<\/em> se donne surtout \u00e0 voir comme le miroir d\u00e9formant d\u2019une \u00e9poque, la n\u00f4tre. Un film sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>Dans une conf\u00e9rence donn\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es, Pierre Sterckx, critique d\u2019art belge distinguait l\u2019Art de l\u2019esth\u00e9tique publicitaire par son caract\u00e8re excessif, d\u00e9bordant. De ce point de vue, la version que Baz Luhrmann, par ailleurs r\u00e9alisateur de films pour l\u2019industrie du luxe, donne de <em>Gatsby le Magnifique<\/em> rentre absolument dans cette cat\u00e9gorie. Car ici tout est \u00abtrop\u00a0\u00bb. Que l\u2019on s\u2019attache aux d\u00e9cors d\u2019un New York en \u00e9bullition, aux costumes sigl\u00e9s, d\u2019une \u00e9l\u00e9gance extravagante, mais aussi \u00e0 la bande musicale produite par Jay Z, cocktail improbable de hip hop et fox-trot, tubes pop et swing zazou, \u00e0 l\u2019exub\u00e9rance de la mise en sc\u00e8ne, entre ambiance Cotton Club et \u00e9nergie Studio 54, de f\u00eates irr\u00e9elles, ou \u00e0 la r\u00e9alisation survolt\u00e9e des aller-retour entre Big Apple et Long Island, tout laisse \u00e0 croire que Monsieur Plus a pris le pouvoir derri\u00e8re la cam\u00e9ra pour raconter, une fois encore au cin\u00e9ma, l\u2019histoire tragique de Jay Gatsby, jeune et myst\u00e9rieux millionnaire, amoureux fou de l\u2019aristocrate Daisy, condamn\u00e9 \u00e0 la chute pour avoir cru pouvoir abolir les rapports de caste, dans l\u2019Am\u00e9rique des ann\u00e9es folles.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/cDdIpYr4hY4?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>D\u2019une certaine mani\u00e8re le choix qu\u2019op\u00e8re Baz Luhrman dans son adaptation, serait de n\u2019en faire aucun. Etalant le luxe le plus ostentatoire tout en d\u00e9non\u00e7ant le r\u00e8gne de l\u2019argent fou, critiquant la d\u00e9cadence tout en prenant plaisir \u00e0 en organiser le ballet visuel, jouissant des apparences en m\u00eame temps qu\u2019il en d\u00e9cortique les impostures, reconstituant enfin le plus fid\u00e8lement possible une \u00e9poque en la truffant d\u2019anachronismes, Luhrman ne recule pas non plus devant le grand \u00e9cart qui consiste \u00e0 faire de son Gatsby une sorte Citizen Kane \u00e9voluant sur le plateau d\u2019un programme de t\u00e9l\u00e9 r\u00e9alit\u00e9. Bref un grand mix au del\u00e0 du post moderne, entre authenticit\u00e9 et futilit\u00e9. Reconnaissons alors dans ce caravans\u00e9rail la prouesse de L\u00e9onardo Di Caprio, reprenant tout \u00e0 la fois le Rom\u00e9o qu\u2019il incarnait dans le premier opus de Baz Luhrmann, tout autant que les diff\u00e9rents r\u00f4les embl\u00e9matiques de sa carri\u00e8re, de l\u2019esp\u00e9rance bris\u00e9e de <em>Titanic<\/em> de Cameron \u00e0 la double identit\u00e9 du h\u00e9ros de <em>Shutter Island<\/em> de Scorsese. On comprendra alors ais\u00e9ment aussi, en parall\u00e8le de la romance h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9e de Gatsby pour Daisy, la fascination manifestement homosexuelle du narrateur principal, Nick, interpr\u00e9t\u00e9 par Tobey Maguire, pour la figure de Gatsby. Apr\u00e8s tout l\u2019univers de Baz Luhrman ne constitue-t-il pas la version mainstream de l\u2019esth\u00e9tique queer\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est alors que l\u2019on peut comprendre <em>Gatsby le Magnifique<\/em> comme un film structur\u00e9 sur le principe du double regard, le personnage de Nick poss\u00e9dant \u00e0 ce propos une r\u00e9plique assez peu \u00e9quivoque, <em>\u00ab\u00a0j\u2019\u00e9tais dedans et dehors, fascin\u00e9 et rebut\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> prononc\u00e9e alors que le montage de la plupart des sc\u00e8nes, \u00e0 la limite du supportable visuel, alterne les axes oppos\u00e9s. Comme si se donnait \u00e0 voir ici l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019une prise de position coh\u00e9rente par rapport au monde dans lequel il \u00e9volue, l\u2019individu n\u2019\u00e9tant finalement autoris\u00e9 \u00e0 sortir de sa place de spectateur, que pour \u00eatre plac\u00e9 illico dans celle de pantin. A ce titre l\u2019utilisation de la 3D renforce \u00e9trangement cette sensation de voir s\u2019agiter, d\u00e9coll\u00e9s du fond de leurs d\u00e9cors, des protagonistes transform\u00e9e  \u00e0 l\u2019\u00e9tat de marionnettes plus ou moins articul\u00e9es. Par del\u00e0 la m\u00e9ga-production \u00e0 125 millions de dollars, ce que r\u00e9ussit alors assez brillamment ce <em>Gatsby le Magnifique<\/em> c\u2019est de se donner \u00e0 voir comme th\u00e9\u00e2tre mondialis\u00e9 de la cruaut\u00e9 comme celui des impostures contemporaines.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6642 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/gatsby-8d6.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/gatsby-8d6-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"gatsby.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Baroque, foisonnante, d\u00e9passant all\u00e9grement les bornes du kitsch, l\u2019adaptation sign\u00e9e Baz Luhrmann du roman le plus c\u00e9l\u00e8bre de Francis Scott Fitzgerald marque le grand retour du cin\u00e9aste pop australien. 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