{"id":6633,"date":"2013-05-14T11:28:37","date_gmt":"2013-05-14T09:28:37","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-biographie-de-denis-berger-par6633\/"},"modified":"2013-05-14T11:28:37","modified_gmt":"2013-05-14T09:28:37","slug":"la-biographie-de-denis-berger-par6633","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6633","title":{"rendered":"La biographie de Denis Berger par Michael L\u00f6wy pour Maitron"},"content":{"rendered":"<p>Denis BERGER, Paris (7\u00e8me arrondissement), 11 juin 1932. Dirigeant communiste oppositionnel, fondateur du journal <em>La voie communiste<\/em>, actif dans les r\u00e9seau de soutien au FLN pendant la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie. Enseignant au d\u00e9partement de sciences politiques de l&#8217;Universit\u00e9 de Paris 8 \u00e0 partir de 1982.<\/p>\n<p>Denis Berger a exerc\u00e9 une influence souterraine importante sur l&#8217;extr\u00eame-gauche fran\u00e7aise des ann\u00e9es 50 et 60, en particulier \u00e0 travers le journal <em>La voie communiste<\/em>, dont il fut le principal animateur. Malgr\u00e9 la grande diversit\u00e9 de ses engagements politiques et organisationnels successifs et souvent \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, l&#8217;adh\u00e9sion \u00e0 un communisme de gauche, antistalinien, anticolonialiste et anti-imp\u00e9rialiste, donne le fil rouge de sa vie militante.<\/p>\n<p>Son activit\u00e9 militante commence en mars 1950, quant il adh\u00e8re \u00e0 la cellule \u00e9tudiante du Parti Communiste Internationaliste (PCI), Section Fran\u00e7aise de la Quatri\u00e8me Internationale. Sa premi\u00e8re action importante sera la participation \u00e0 la brigade de travail &#8220;14 Juillet&#8221; -organis\u00e9e par le PCI en solidarit\u00e9 avec la Yougoslavie &#8211; qui va contribuer \u00e0 construire une Cit\u00e9 Universitaire \u00e0 Zagreb (\u00e9t\u00e9 1950). De retour \u00e0 la cellule \u00e9tudiante du PCI, il participe aux ventes du journal trotskyste &#8220;La V\u00e9rit\u00e9&#8221; aux portes de la Sorbonne, et se trouve dans l&#8217;obligation de se d\u00e9fendre contre des attaques muscl\u00e9es de militants du PCF. Lors d&#8217;un meeting le 9 f\u00e9vrier 1953, il va se confronter personnellement, \u00e0 coups de gourdins, avec Le Pen et ses hommes, qui interviennent aux cris de &#8220;Vive la r\u00e9action !&#8221;.<\/p>\n<p>Lors de la scission du PCI, il se solidarise avec le courant de Pablo et Frank, et accepte de mettre en pratique l&#8217;orientation &#8220;entriste&#8221; adopt\u00e9e par la majorit\u00e9 du Secr\u00e9tariat International de la Q.I. (mais seulement la minorit\u00e9 du PCI). Il adh\u00e8re donc en 1953 au PCF, o\u00f9 il devient membre &#8211; et bient\u00f4t secr\u00e9taire &#8211; de la cellule &#8220;Saint Just&#8221;, compos\u00e9e d&#8217;\u00e9tudiants d&#8217;histoire, o\u00f9 il c\u00f4toy\u00e9 Alain Besan\u00e7on, Claude Mazauric et Paul Boccara. Il reconna\u00eet, devant ses camarades du PCF, avoir \u00e9t\u00e9 un &#8220;trotsko-titiste&#8221;, et se trouve, pour cette raison, \u00e9cart\u00e9 du comit\u00e9 de section. Parall\u00e8lement, il devient un des responsables du &#8220;travail entriste&#8221; du PCI, et bient\u00f4t membre de son Comit\u00e9 Central et de son Bureau Politique (1955).<\/p>\n<p>Devenu instituteur \u00e0 Saint Ouen en 1954, D.Berger passe \u00e0 militer dans des cellules de banlieue du PCF. En 1956, suite au XX\u00e8me congr\u00e8s du PCUS et aux &#8220;\u00e9v\u00e9nements&#8221; d&#8217;Hongrie, des courants dissidents apparaissent au sein du PCF. Felix Guattari, psychiatre ex-trotskyste, propose \u00e0 des \u00e9tudiants de la cellule de philo du Parti avec lesquels il est en contact -Lucien Sebag, Anne Giannini, et d&#8217;autres &#8211; la fondation d&#8217;un bulletin d&#8217;opposition interne : &#8220;Tribune de Discussion&#8221;. D.Berger rejoint ce groupe, qui va bient\u00f4t adh\u00e9rer au PCI, et publier des prises de position radicales contre l&#8217;invasion sovi\u00e9tique en Hongrie. La &#8220;Tribune&#8221; entre peu apr\u00e8s en contact avec un autre groupe de militants oppositionnels du PCF &#8211; Victor Leduc, Jean Pierre Vernant, Yves Cachin, Gerard Spitzer &#8211; qui a des opinions plus ambivalentes sur les \u00e9v\u00e9nements hongrois, et qui avait cr\u00e9e son propre bulletin : &#8220;l&#8217;Etincelle&#8221;. Certains intellectuels oppositionnels &#8211; comme Henri Lefebvre et Fran\u00e7ois Ch\u00e2telet &#8211; collaborent aux deux bulletins, qui finiront apr\u00e8s quelques discussions, par fusionner au printemps 1957, en produisant une publication conjointe sous le titre &#8220;Etincelle -Tribune de Discussion&#8221;. La d\u00e9nonciation de Denis Berger et de ses amis comme trotskystes par l&#8217;ex-militante du PCI (devenue pro-sovi\u00e9tique) Michelle Mestre provoque le d\u00e9part de Victor Leduc et de ses amis de &#8220;l&#8217;Etincelle&#8221; \u00e0 la fin 1957.<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard Gerard Spitzer, qui avait rejoint le bulletin &#8220;La Tribune de Discussion&#8221;, convainc le groupe \u00e0 s&#8217;engager \u00e0 fond dans la combat contre la guerre coloniale en Alg\u00e9rie. C&#8217;est \u00e0 ce moment, d\u00e9but 1958, que Denis Berger d\u00e9cide, avec ses camarades, de lancer un journal, <em>La Voie Communiste<\/em>, qui se pr\u00e9sente toujours comme une opposition interne du PCF, mais s&#8217;adresse en fait \u00e0 un public plus large. Soutenu financi\u00e8rement pendant une (tr\u00e8s) courte p\u00e9riode par J.P.Sartre, la publication aura comme principale ressource la clinique de Laborde, \u00e0 Cour-Cheverny, o\u00f9 exerce Felix Guattari.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, un d\u00e9bat t s&#8217;ouvre au sein du PCI : tandis que D.Berger propose que le parti rejoigne un regroupement large avec des oppositionnels du PCF, limitant l&#8217;activit\u00e9 trotskyste \u00e0 une revue th\u00e9orique, Pierre Frank et la majorit\u00e9 &#8211; soutenus par les dirigeants internationaux, Michel Pablo et Ernest Mandel &#8211; insistent sur la construction du PCI comme noyau du parti r\u00e9volutionnaire. La confrontation aboutit \u00e0 la rupture et au d\u00e9part fin 1958 de D.Berger et ses camarades &#8211; Lucien Sebag, Anne Giannini, Gabriel Cohen-Bendit, Felix Guattari.<\/p>\n<p><em>La Voie Communiste<\/em>, qui s&#8217;est renforc\u00e9 avec l&#8217;adh\u00e9sion de Simon Blumenthal, Roger Rey et d&#8217;autres, d\u00e9cide de soutenir le FLN, et prend contact avec la F\u00e9d\u00e9ration de France du mouvement ind\u00e9pendantiste alg\u00e9rien. Arr\u00eat\u00e9 le 5 d\u00e9cembre 1958 avec un groupe de militants fran\u00e7ais et alg\u00e9riens &#8211; dont Moussa Kheba\u00efli, chef de la willaya Paris-p\u00e9riph\u00e9rie &#8211; D.Berger passe dix jours dans les caves de la DST, mais &#8211; contrairement aux militants maghr\u00e9bins &#8211; n&#8217;est pas tortur\u00e9, et finit par \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 par absence de preuves.<\/p>\n<p>Exclu du PCI fin 1958 et du PCF en 1960 &#8211; il avait en fait cess\u00e9 de militer dans ce parti &#8211; D.Berger conna\u00eet aussi des difficult\u00e9s internes dans <em>La Voie Communiste<\/em>, o\u00f9 il se trouve, pendant quelques temps, marginalis\u00e9. Il se consacre essentiellement, avec certains amis de la V.C. comme Roger Rey, \u00e0 l&#8217;aide au FLN, en se sp\u00e9cialisant dans l&#8217;\u00e9vasion de militants anticolonialistes.<\/p>\n<p>Ainsi, le 7 janvier 1961, ils pr\u00e9parent, avec l&#8217;aide de Gerard Spitzer, lui aussi emprisonn\u00e9 \u00e0 Fresnes, la fuite de Mohamed Boudiaf et deux de ses compagnons &#8211; Doum et Bensalem &#8211; mais seulement ce dernier r\u00e9ussira \u00e0 partir. L&#8217;op\u00e9ration la plus r\u00e9ussie a \u00e9t\u00e9 l&#8217;\u00e9vasion de six femmes du r\u00e9seau Jeanson &#8211; deux alg\u00e9riennes et quatre fran\u00e7aises (dont Micheline Pouteau et H\u00e9l\u00e8ne Cu\u00e9nat) &#8211; de la prison de la Roquette en f\u00e9vrier 1961, et leur sortie clandestine de la France (vers la Belgique). En mai 1962, pendant les n\u00e9gociations d&#8217;Evian, les alg\u00e9riens demandent \u00e0 Denis Berger et Roger Rey d&#8217;aider \u00e0 l&#8217;\u00e9vasion de leurs principaux dirigeants, Ben Bella, Ait Ahmed et Mohamed Khidder, enferm\u00e9s au ch\u00e2teau de Turquant pr\u00e8s de Saumur. D.Berger et ses amis trouvent une galerie souterraine qui m\u00e8ne aux caves du ch\u00e2teau, mais un coup de t\u00e9l\u00e9phone malencontreux de Ben Bella \u00e0 Rabah Bitat (emprisonn\u00e9 \u00e0 Fresnes) met la police aux aguets et fait avorter la tentative.<\/p>\n<p>Au moment de l&#8217;Independence de l&#8217;Alg\u00e9rie D.Berger et ses amis de <em>La Voie Communiste<\/em> d\u00e9cident de soutenir Mohamed Boudiaf et son Parti de la R\u00e9volution Socialiste, plut\u00f4t que Ben Bella. Le groupe suit de pr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements en Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante, mais s&#8217;int\u00e9resse aussi aux critiques chinoises \u00e0 la politique sovi\u00e9tique, qui commencent \u00e0 s&#8217;exprimer \u00e0 cette \u00e9poque. Cette question provoque des tensions internes, et en 1965 le groupe \u00e9clate, avec le d\u00e9part de Felix Guattari et plusieurs autres. D.Berger &#8211; avec quelques proches &#8211; continue \u00e0 publier un bulletin, bien plus modeste, intitul\u00e9 &#8220;La Voie&#8221;.<\/p>\n<p>Pendant les ann\u00e9es qui suivent, il s&#8217;investit surtout dans le Comit\u00e9 Vietnam National et dans le Tribunal Russel contre les crimes de guerre au Vietnam, deux organisations o\u00f9 il exerce des fonctions de secr\u00e9taire. Il participe aux s\u00e9ances du Tribunal Russel \u00e0 Stockholm et Copenhagen, ainsi qu&#8217;\u00e0 une mission d&#8217;enqu\u00eate &#8211; compos\u00e9e entre autres par le dirigeant noir am\u00e9ricain Stokely Carmichael et Mehmet Ali Aybar du Parti Ouvrier Turc &#8211; envoy\u00e9e par celui-ci au Vietnam en \u00e9t\u00e9 1967.<\/p>\n<p>En mai 1968 il prend part aux \u00e9v\u00e9nements sans jouer un r\u00f4le particulier. Apr\u00e8s l&#8217;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re tentative de publier la revue <em>Front<\/em> (avec le soutien du FLN alg\u00e9rien) en 1969-70, D.Berger et ses amis de &#8220;La Voie&#8221; &#8211; dont sa compagne, Michelle Riot-Sarcey &#8211; d\u00e9cident, en 1971, d&#8217;adh\u00e9rer au Parti Socialiste Unifi\u00e9, o\u00f9 ils s&#8217;int\u00e8grent dans le courant marxiste-r\u00e9volutionnaire anim\u00e9 par Jean-Marie Vincent et Jacques Kergoat. Lorsque en 1972 la plupart des militants de cette tendance d\u00e9cident d&#8217;adh\u00e9rer \u00e0 la Ligue Communiste R\u00e9volutionnaire, Denis Berger quitte lui-aussi le PSU, mais n&#8217;adh\u00e8re \u00e0 l&#8217;organisation trotskyste que trois ans plus tard (1975).<\/p>\n<p>Devenu charg\u00e9 de cours \u00e0 temps plein au d\u00e9partement d&#8217;Economie Politique de l&#8217;Universit\u00e9 de Paris 8 (Vincennes) en 1972, il milite \u00e0 la cellule de la LCR dans cette universit\u00e9, en compagnie de Jean-Marie Vincent et d&#8217;Henri Weber. Il participe au comit\u00e9 de r\u00e9daction de la revue de la Ligue, <em>Critique Communiste<\/em> et contribue \u00e0 la formation &#8211; avec Michel Lequenne &#8211; en 1977, d&#8217;un courant oppositionnel dans la LCR, la T-3 (Tendance Trois). Ses principaux d\u00e9saccords avec la ligne de l&#8217;organisation concernent la strat\u00e9gie de construction du parti, et la conception trotskyste classique sur la nature de l&#8217;URSS. Lorsque D.Berger, Michel Lequenne, J.M.Vincent et d&#8217;autres r\u00e9dacteurs de <em>Critique Communiste<\/em> condamnent l&#8217;invasion sovi\u00e9tique en Afghanistan, ils se verront infliger un &#8220;bl\u00e2me&#8221; par la direction de la Ligue. Lors du d\u00e9part de plusieurs militants de la T-3 en 1985, il quitte de fa\u00e7on discr\u00e8te la LCR, mais contrairement \u00e0 la plupart de ces camarades, ne rejoint pas le parti Vert.<\/p>\n<p>A partir de cette date, D.Berger n&#8217;appartient plus \u00e0 aucun organisation politique, mais continue \u00e0 avoir des activit\u00e9s politiques et syndicales (il est militant du SGEN depuis 1972). Devenu assistant au d\u00e9partement de Sciences Politiques de l&#8217;Universit\u00e9 de Paris 8 en 1982, il passe son doctorat en 1988 avec une th\u00e8se intitul\u00e9e &#8220;Les partis politiques : essai m\u00e9thodologique. Le cas du PCF&#8221;, sous la direction de J.M.Vincent et est \u00e9lu ma\u00eetre de conf\u00e9rences en 1989.<\/p>\n<p>Si dans le pass\u00e9 ses \u00e9crits prenaient surtout la forme d&#8217;articles de revues et journaux, il publie \u00e0 partir de cette date deux ouvrages qui auront un certain retentissement dans l&#8217;opinion de gauche : <em>Le spectre d\u00e9fait<\/em>. <em>Le fin du communisme?<\/em>, (1990) et, avec Henri Maler, <em>Une certaine id\u00e9e du communisme. R\u00e9pliques \u00e0 Fran\u00e7ois Furet<\/em> (1996). Il participe aussi \u00e0 plusieurs ouvrages collectifs et est un des fondateurs (1990) de la revue <em>Futur Ant\u00e9rieur<\/em> . R\u00e9cemment, renouant avec son pass\u00e9 de communiste oppositionnel, il participe \u00e0 la r\u00e9daction du journal du courant communiste refondateur du PCF, <em>Futurs<\/em>.<\/p>\n<p><strong>OEUVRES :<\/strong> <em>Le spectre d\u00e9fait. Le fin du communisme?<\/em>, Paris, Editions Bernard Coutaz, 1990; avec Henri Maler, <em>Une certaine id\u00e9e du communisme. R\u00e9pliques \u00e0 Fran\u00e7ois Furet<\/em> , Paris, Editions du Felin, 1996. Participation aux ouvrages collectifs <em>Permanence de la R\u00e9volution<\/em> (Editions la Br\u00e8che, 1989), <em>Femmes, Pouvoirs<\/em> (Kim\u00e9, 1993), <em>D\u00e9mocratie et Repr\u00e9sentation<\/em> (Kim\u00e9, 1995), <em>Marx apr\u00e8s le marxisme<\/em> (L&#8217;Harmattan, 1997) et <em>Faire Mouvement<\/em> (PUF, 1998).<\/p>\n<p><strong>SOURCES:<\/strong> Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman, <em>Les porteurs de valises. La r\u00e9sistance fran\u00e7aise \u00e0 la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie<\/em>, Paris, Albin Michel, 1979; Ali Haroun <em>La Septi\u00e8me Willaya<\/em>, Paris, Seuil, 1986. Entretien avec D.Berger, novembre 1998<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Denis BERGER, Paris (7\u00e8me arrondissement), 11 juin 1932. Dirigeant communiste oppositionnel, fondateur du journal La voie communiste, actif dans les r\u00e9seau de soutien au FLN pendant la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie. Enseignant au d\u00e9partement de sciences politiques de l&#8217;Universit\u00e9 de Paris 8 \u00e0 partir de 1982. 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