{"id":6556,"date":"2013-04-29T00:36:12","date_gmt":"2013-04-28T22:36:12","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/colloque-au-dela-du-mariage6556\/"},"modified":"2023-06-23T23:14:17","modified_gmt":"2023-06-23T21:14:17","slug":"colloque-au-dela-du-mariage6556","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6556","title":{"rendered":"Colloque \u00ab Au-del\u00e0 du mariage \u00bb : \u00e9largir la critique de la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le mariage pour tous est d\u00e9sormais inscrit dans les textes. Et apr\u00e8s ? Cette question fut au c\u0153ur d&#8217;un colloque organis\u00e9 en avril \u00e0 l\u2019EHESS. La parole \u00e0 des penseurs qui croient en un au-del\u00e0 de la loi Taubira.  <\/p>\n<p><em>\u00ab La critique des normes ne vient pas apr\u00e8s la bataille pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des droits, mais pr\u00e9c\u00e8de cette bataille et l\u2019a rendue possible, n\u00e9cessaire. \u00bb<\/em> Ainsi s\u2019est exprim\u00e9 Didier Eribon lors du colloque \u00ab Au-del\u00e0 du mariage. De l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des droits \u00e0 la critique des normes \u00bb organis\u00e9 \u00e0 l\u2019EHESS le 8 avril dernier. L\u2019occasion de revenir sur la s\u00e9quence qui vient de se terminer, de la mettre en perspective g\u00e9ographique et historique et surtout de lui donner des suites. Car pour le philosophe, <em>\u00ab la critique de la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle doit toujours se renouveler et s\u2019\u00e9largir, sinon la bataille pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 risque de se r\u00e9v\u00e9ler mutilante et \u00e9touffante \u00bb<\/em>. Et le conservatisme pourrait vite revenir par la porte de derri\u00e8re. Loin de clore le d\u00e9bat, la loi en faveur du mariage pour tous vot\u00e9e le 23 avril doit donc au contraire l\u2019ouvrir. Pour \u00e9viter <em>\u00ab de masquer, par l\u2019insistance sur une revendication, d\u2019autres formes de vie, d\u2019aspirations, de choix sociaux \u00bb<\/em>, de laisser dans l\u2019ombre de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, la partie immerg\u00e9e de l\u2019iceberg : le genre, la filiation, la sexualit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, le compte n\u2019y est pas. Plut\u00f4t que de s\u2019\u00e9teindre avec le mariage pour tous, les conservatismes se sont d\u00e9plac\u00e9s. Certes un homme + une femme ne vaut plus pour le couple\u2026 mais vaut plus que jamais pour les parents ! Si l\u2019ovule et le spermatozo\u00efde sont n\u00e9cessaires pour enfanter, ils le seraient aussi pour \u00e9lever des petits. Les slogans du type \u00ab Un p\u00e8re + une m\u00e8re, c\u2019est \u00e9l\u00e9mentaire \u00bb ou \u00ab Il n\u2019y a pas d\u2019ovule dans les testicules \u00bb en disent long de ce point de vue. Voici donc venu le temps de la biologisation de la filiation. Une croyance d\u00e9sormais l\u00e9gitim\u00e9e par des cercles \u00ab savants \u00bb qui pr\u00e9tendent que l\u2019homoparentalit\u00e9 serait impossible car impensable. Une frange de la psychanalyse s\u2019est \u00e9rig\u00e9e en gardienne de l\u2019ordre symbolique, soucieuse de prot\u00e9ger les butoirs ind\u00e9passables de la pens\u00e9e humaine. Ainsi de Jean-Pierre Winter qui d\u00e9cr\u00e9tait que <em>\u00ab tout enfant est confront\u00e9 au fait qu\u2019il est n\u00e9 du d\u00e9sir d\u2019un p\u00e8re et d\u2019une m\u00e8re \u00bb<\/em>. Pour se construire, celui-ci aurait absolument besoin d\u2019un r\u00e9cit des origines reposant sur <em>\u00ab l\u2019incompl\u00e9tude des sexes \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>\u0152dipe ou la folie ? <em>\u00ab Lacan disait que cet \u0152dipe ne saurait tenir ind\u00e9finiment l\u2019affiche dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 on assiste \u00e0 une perte du sens de la trag\u00e9die ! \u00bb<\/em>, a rappel\u00e9 la psychanalyste Laurie Laufer lors de cette journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes. Sous l\u2019autorit\u00e9 des p\u00e8res fondateurs, elle s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 montrer la possibilit\u00e9 d\u2019une autre pratique clinique que celle qui contribue aujourd\u2019hui \u00e0 transformer la loi morale en loi scientifique.<em> \u00ab Oui, reconna\u00eet-elle, certains psychanalystes se sont autoproclam\u00e9s experts de la sant\u00e9 mentale et autorit\u00e9s morales. \u00bb <\/em> Mais selon elle, ceux qui affirment savoir la norme, naturalisant les diff\u00e9rences sexuelles et essentialisant les cat\u00e9gories, oublient que Freud puis Lacan avaient admis en leur temps la dimension plurielle des genres et de la sexualit\u00e9. Ce qu\u2019elle reproche \u00e0 ces praticiens ? Leurs discours g\u00e9n\u00e9raux et normatifs qui reposent sur des notions consid\u00e9r\u00e9es \u00e0 tort comme anhistoriques. Comme si leurs lois suppos\u00e9es universelles valaient pour toutes les soci\u00e9t\u00e9s et tous les individus. Quoi d\u2019autre ? L\u2019obsession consistant \u00e0 <em>\u00ab chercher une cause \u00e0 un comportement jug\u00e9 d\u00e9viant \u00bb<\/em>, doubl\u00e9e d\u2019une id\u00e9ologie de la <em>\u00ab d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence \u00bb<\/em> cens\u00e9e caract\u00e9riser l\u2019homosexualit\u00e9. Au d\u00e9part, pourtant, l\u2019invention de la psychanalyse portait une critique des normes sociales. Il s\u2019agissait de d\u00e9faire les hi\u00e9rarchies induisant notamment qu\u2019il existe une identit\u00e9 sexuelle meilleure qu\u2019une autre. <em>\u00ab Il y a eu dans ce mouvement un tranchant qui peut rester subversif \u00bb<\/em>, estime Laurie Laufer. Du moins si l\u2019on veut bien se souvenir que Freud  a entrepris d\u2019effacer radicalement le partage du normal et du pathologique.  <\/p>\n<p>\tSeulement voil\u00e0, le retour de la religion sur la sc\u00e8ne politique ne facilite pas la t\u00e2che aux tenants d\u2019une critique des normes. <em>\u00ab En 1998, lorsque Christine Boutin brandit une Bible, elle suscite la d\u00e9sapprobation g\u00e9n\u00e9rale. Aujourd\u2019hui, les mobilisations peuvent se faire explicitement au nom de la religion, avec c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te des partis politiques et des \u00e9glises dans les manifestations \u00bb<\/em>, a compar\u00e9 le sociologue Eric Fassin lors du colloque. <em>\u00ab Quand on parle de sexe,<\/em> souligne-t-il,<em> on parle souvent de race et de nation. \u00bb<\/em> Si bien que les d\u00e9bats autour de l\u2019homosexualit\u00e9 ont vu \u00e9merger deux propos en miroir. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on assiste \u00e0 une instrumentalisation de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes au service de logiques x\u00e9nophobes et racistes. La grande diff\u00e9rence avec \u00ab nous \u00bb, c\u2019est que \u00ab eux \u00bb seraient homophobes ! D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, \u00e9merge un discours \u00e0 gauche qui ne conteste pas les termes du premier. Ainsi pour la porte-parole des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, Houria Bouteldja, <em>\u00ab le danger est aujourd\u2019hui l\u2019imp\u00e9rialisme gay \u00bb<\/em> qui cherche \u00e0 s\u2019imposer aux banlieues dont les habitants auraient pourtant, selon elle, d\u2019autres priorit\u00e9s. Eric Fassin, qui voit l\u00e0 une mani\u00e8re <em>\u00ab de reconduire l\u2019opposition entre \u00ab eux \u00bb et \u00ab nous \u00bb \u00bb<\/em>, s\u2019interroge : <em>\u00ab Sommes-nous condamn\u00e9s \u00e0 cette alternative ? \u00bb<\/em> Pour en sortir, il propose d\u2019articuler les questions de races et de sexes. D&#8217;autant que l\u2019exemple de Christiane Taubira nous y invite : celle qui a port\u00e9 la proposition du mariage pour tous faisait inscrire dans les textes, en 2001, la reconnaissance de l\u2019esclavage en tant que crime contre l&#8217;humanit\u00e9. <\/p>\n<p>La loi vot\u00e9e il y a quelques jours est venue bouleverser un a-priori. <em>\u00ab Nous avons assist\u00e9 \u00e0 l\u2019effondrement des discours pseudo-savants d\u00e9cr\u00e9tant l\u2019impossibilit\u00e9 de changer le droit \u00bb<\/em>, s\u2019est f\u00e9licit\u00e9 Didier Eribon. La preuve que le droit n\u2019est ni intemporel, ni in\u00e9luctable, qu&#8217;il n&#8217;est pas qu&#8217;un bon petit soldat&#8230;  L&#8217;horizon ? <em>\u00ab Travailler \u00e0 l\u2019\u00e9largissement jamais clos des possibilit\u00e9s, notamment juridiques, auxquels peuvent aspirer les individus \u00bb<\/em>. Pour critiquer les verdicts qui s\u2019emparent de nos vies, la loi peut donc servir d\u2019outil.   <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6556 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/h-2-124.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/h-2-124-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"h-2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mariage pour tous est d\u00e9sormais inscrit dans les textes. Et apr\u00e8s ? Cette question fut au c\u0153ur d&#8217;un colloque organis\u00e9 en avril \u00e0 l\u2019EHESS. 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